Rétablissons les galères !

Il y a trois ans, j’ai acheté au Musée protestant du Désert le seul témoignage d’un bagnard ayant survécu aux galères de Louis XIV.[1] Entre 1700 et 1713, le jeune Jean Marteilhe a ramé dans des conditions effroyables. Profondément réformé, il ne sera jamais tenté de céder ni aux menaces, ni aux promesses enjôleuses. Son intégrité et celle des autres réformés suscitent le respect des garde-chiourme et même des droit-commun. Ce récit qui n’est en rien inférieur à celui d’un autre bagnard plus tardif, Papillon, est à la fois serein et hallucinant. Il en dit long sur la capacité des humains à résister à des conditions de vie indicibles.Image (Rétablissons les galères !)

Marteilhe cite certains catholiques tout à fait humains, et aussi des musulmans turcs dont le dévouement et la charité le bouleversent.

Il ne conteste jamais l’autorité du roi, mais il défend sans concession sa cause et celle de ses compagnons. Ne manquant ni de finesse, ni d’humour, il ne se plaint jamais de Dieu ni à Dieu.

Enfin libérés sur intervention de la couronne d’Angleterre, les galériens se trouvent embarqués dans un voyage triomphal qui les conduit de Nice aux Pays-Bas, via Genève et l’Allemagne. On pleure de joie devant ces ressuscités qui ont résisté jusqu’au bout.

Marteilhe mourra à 93 ans…

Comme le dit Clint Eastwood dans la version française de Pale Rider après une jolie bagarre à coups de manche de pioche : « Un peu d’exercice, ça peut pas faire de mal. » La longévité de Marteilhe semble en témoigner.

Aussi, convient-il d’appuyer la proposition faite par le chef du MEDEF, Pierre Gattaz : payons les jeunes en dessous du SMIC (au lieu, par exemple, de diminuer les émoluments et stock-options largement mérités par les PDG et les actionnaires).

Et même, cette mesure me paraissant bien timide, rétablissons l’esclavage comme le fit naguère Napoléon, ce grand homme d’État dont la France est si fière. Le travail, c’est la santé. Le travail forcé, c’est la santé forcée. La santé forcée du forçat. Haro sur ces hordes de feignants qui parasitent les boîtes d’intérim en ayant le culot d’exiger un salaire ! Les temps sont durs, la concurrence bulgare, roumaine, bangladeshi ou chinoise est rude. Les Allemands s’apprêtent à créer chez eux un SMIC qui n’existe pas : dissuadons-les-en (ou z’en-les ?) !

 

Postface : À ceux qui auraient des doutes sur l’inspiration de cet article, lire dans la Bible l’épître de Jacques 5.1-5.


[1] Jean Marteilhe : Mémoires d’un galérien condamné pour cause de religion. Édipro, Hendaye, 2010. Publié avec le concours du Musée du Désert

Chargement en cours ...