Re-connaissance(s)

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Mardi, j’assistais aux obsèques d’une amie (88 ans) à B., une petite ville où nous avons vécu pendant 20 ans.

C’est l’occasion de revoir, 14 ans après, les voisins du quartier et un certain nombre de B…ois. J’en reconnais un grand nombre même si je dois parfois redemander leur nom. Il en va de même pour eux qui me font également préciser mon patronyme. 

Au cours du pot de l’amitié qui suit l’inhumation, on échange volontiers sur les souvenirs de la défunte et sur les occasions où nous nous rencontrions alors.

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Je suis surprise de constater combien les évocations sont empreintes de sympathie entre nous, même si la plupart des personnes n’étaient que des relations dues aux limites de la profession ou de la localité. 

Après avoir raccompagné une ex-voisine dans «notre» rue, j’aperçois Jean P. dans son jardin. Je klaxonne, me gare et il vient vers la grille. Il reconnaît plus vite mon époux que moi-même, c’est normal Robert est plus grand  et sa tête dépasse la haie plus facilement.

Après les salutations il insiste  « Venez voir Michèle » et toque à la porte. Celle-ci s’exclame avec autant de joie que de surprise « Entrez donc ». 

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 Une conversation de salon s’amorce sur leur famille et les proches voisins. Mon regard plonge vers la piscine en contrebas, piscine assaillie autrefois par nos abeilles alors que trois lamas hantent désormais ce même parc m’annonce-t-elle !

C’est la première fois que nous pénétrons dans leur maison. En la quittant, Michèle me fait promettre de revenir. 

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En repartant, je ne sais pourquoi j’éprouve un doux sentiment de continuité, de fil renoué, non qu’il fût cassé, juste relâché, distendu. Et ce sentiment, je l’ai éprouvé à diverses reprises ces dernières années et pas plus tard que deux semaines auparavant.

J’ai retrouvé Monique grâce à un site Internet qui regroupe les camarades d’école de ma génération. Elle m’appelle l’autre jour en déclarant, je suis à Paris pour 4 jours, est-ce qu’on peut se voir ?

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Quand elle est venue déjeuner, on s’est retrouvé 40 ans après comme si de rien n’était. Je téléphone à mon frère pour qu’elle lui parle ; et elle au sien  et à sa mère pour que je leur parle. Et on envisage des retrouvailles à Toulouse avec en plus Nicole et Etienne qu’elle voit toujours.

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Là aussi, quelle facilité à renouer et replonger dans les souvenirs de jeunesse. Comme si ce qui est vécu ne s’efface pas et refait surface pour peu qu’on le sollicite à nouveau.

Et je sens une envie, l’âge avançant pour chacun, de recréer des conditions où le bon voisinage, l’insouciance d’antan, la camaraderie, en tous cas les bons moments qui ont cimenté une vie. 

Certes les épreuves ont jalonné la vie de nous tous et aucun n’a été épargné ; mais je perçois une envie de goûter à nouveau à la douceur perdue des relations d’avant.

D’exhumer les sensations éprouvées dans les strates primaires ou secondaires de notre vie. L’avant a une saveur dépouillée des épines, comme si le souvenir s’employait à gommer les aspérités. 

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Au-delà de cette nostalgie d’un temps perdu qu’on est avide de retrouver, il me semble que ce qui est bien vécu, quelque soit l’étape de sa vie, assure un bon passé et prépare un bon avenir...

Autrement dit, on a plaisir à évoquer ce qui a été bien vécu et on se prémunit ainsi de regrets et remords qui entachent l'avenir.

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