13 janvier 1894. William Waddington et la République

13 janvier 1894. Mort de William Henry Waddington (1826-1894).

Image (13 janvier 1894. William Waddington et la République)


Durant un peu moins d’un an, au tout début de la 3ème République, William Henry Waddington (1826-1894), d’origine anglaise, a gouverné la France et a largement contribué à établir la république.
William Waddington s'établit en France en 1780. Gérée avec talent, sa manufacture de textile va prospérer et assurer la fortune de la famille. Petit-fils du fondateur, William Henry Waddington naît au château de Saint-Rémy en 1826. En famille, tout le monde parle anglais et se rend au culte protestant en compagnie d’ouvriers et de contremaître britanniques des filatures paternelles.

Promenade à Paris avec William Waddington


Lycée Saint-Louis
Après des études secondaires au lycée Saint-Louis, Waddington poursuit ses études en Angleterre.  A 23 ans, il est un jeune Anglais typique que tout prédispose à poursuivre une brillante carrière britannique.


Rue de Provence : Chapelle Taitbout
Il se marie pendant l’été 1850 avec une française, Mathilde Lutteroth (1826-1852). Elle était la fille d’Henri Lutteroth (1802-1889), un très actif  et très fervent protestant, prédicateur, éditeur de revues et d’ouvrages de piété, animateur de sociétés d’évangélisation. Waddington était lui-même un protestant fervent, membre d’une église protestante indépendante, la chapelle Taitbout. C’est d’ailleurs lors d’une réunion de l’école du dimanche de cette église qu’il rencontre Mathilde Lutteroth. Mathilde mourut deux ans après leur mariage, à vingt-six ans, en donnant naissance à un garçon, Henry, qui fut surtout élevé par ses grands-parents et vécut jusqu’en 1939.

Quai de Conti : Académie des inscriptions et des belles lettres
William choisit de devenir archéologue. Il  s’intègre  dans le monde universitaire et rejoint progressivement l’opposition à Napoléon III.  Se consacrant à plein temps à l’archéologie, il multiplie les voyages au Proche-Orient, relevant les inscriptions et collectionnant les monnaies. William publie de nombreuses et très érudites études qui lui ouvrent en 1865 les portes de l’Académie des inscriptions et des belles lettres. Bien installé dans un château de l’Aisne, Waddington mène la vie confortable d’un grand bourgeois. Il ne connaît qu’une déception, deux échecs consécutifs aux élections législatives.

Assemblée nationale 
La défaite de la France en 1870 change tout. En février 1871, William Waddington est enfin élu député à l’Assemblée nationale qui doit faire la paix avec l'Allemagne et doter la France d'un nouveau régime. Au Parlement, le nouveau député est convaincu que la république est le moins mauvais des régimes et qu’il est le seul à permettre aux Français de vivre ensemble.  Le secteur où Waddington imprima sa marque fut celui des lois constitutionnelles. Il était l’un des cinq membres républicains de la commission dite des Trente qui devait élaborer enfin une constitution pour la France. Il fut chargé, avec son collègue Laboulaye, de l’étude comparative des constitutions d’Europe et d’Amérique.

Sous leur influence fut introduit dans notre droit public un nouveau modèle de sénat, toujours en place. À l’exemple des États-Unis, ils firent adopter en effet le principe d’une seconde chambre élue au suffrage indirect et représentant les collectivités locales. C’était l’abandon de la tradition française de la Chambre des pairs des deux Chartes, réservée à l’aristocratie, ou du sénat du Second Empire, «  formée de toutes les illustrations du pays ». Waddington avait proposé par amendement de faire élire le président de la République par les conseils généraux. Il ne fut pas suivi.

Rue de Grenelle : ministre de l’instruction publique
Cet engagement résolu en faveur du nouveau régime est récompensé en août 1872 par un éphémère ministère de l’Instruction publique qui dure à peine cinq jours. Waddington attend quatre ans avant de retrouver le même portefeuille en 1876.  Pendant ses quinze mois rue de Grenelle, il fut un ministre réformateur. À son actif, de nombreuses mesures ponctuelles, telles que le transfert à Paris de la faculté de théologie protestante de Strasbourg. Il voulut aller plus loin et exposa, le 26 avril 1876, lors de la réunion annuelle des sociétés savantes à la Sorbonne, un programme en cinq points :

répandre partout l’instruction primaire en la rendant obligatoire ; créer des écoles dans chaque commune ; relever le niveau de l’instruction secondaire ; regrouper les facultés,  ouvrir ces facultés « aux jeunes savants d’après leur doctorat ou leur agrégation ».

Le mérite et la gloire de l’oeuvre scolaire de la 3ème République ont été concentrés sur Jules Ferry. C’est totalement injuste.

Quai d’Orsay : président du conseil et ministre des Affaires étrangères.
L’année suivante, il devient ministre des Affaires étrangères. Avant de recevoir la difficile mission de présider le gouvernement en 1879. Durant près d’une année, il sera amené à jouer un délicat travail d’équilibre entre un sénat conservateur et une chambre plus à gauche. Il reste à son chef d’avoir été, non le premier président du Conseil de la 3ème République, car le premier chef du Gouvernement d’une République intégralement républicaine grâce à la conquête du Palais-Bourbon, du Sénat et de l’Élysée. Le bilan de son gouvernement est notable :

amnistie partielle pour les insurgés de la Commune, adoption de la Marseillaise comme hymne national, retour des chambres de Versailles à Paris, développement des chemins de fer, création d'une école normale par département, l'adoption d'un budget en équilibre.

Mais la présence de nombreux protestants dans son ministère (cinq sur dix !), des mesures hostiles à l'église catholique comme l'abrogation de l'interdiction du travail le dimanche et une épuration des fonctionnaires pas assez républicains suscitent l'hostilité de la droite et finalement, Waddington démissionne le 27 décembre 1879.
Homme d’Etat d’expérience, polyglotte, W. Waddington reçoit en mai 1883 la mission de représenter la France au couronnement du tsar Alexandre III. À son retour, il accepte sa nomination au poste d’ambassadeur à Londres où il restera de juillet 1883 à mars 1893. La reine Victoria le juge « plus anglais que ses ministres » et ne se lasse pas de l'écouter raconter ses souvenirs d'étudiant à Cambridge.

31 rue Dumont d’Urville
 Grâce à cet unique entregent, il gère sans heurts les relations entre les deux pays au point que des journaux l’accusent d’être plus anglais que français. Ces accusations totalement infondées vont constituer une note amère sur la fin de sa carrière politique car ces médisances joueront un rôle dans sa défaite aux élections sénatoriales du 7 janvier 1894. Fatigué, malade et découragé par cet échec, W. Waddington meurt à Paris une semaine plus tard, le 13 janvier 1894, dans son hôtel de la rue Dumont d’Urville. Détesté par une droite qui lui reprochait son soutien à la République, boudé par la gauche qui ne comprenait pas sa modération, protestant dans un pays catholique, anglais parmi des Français, Waddington a néanmoins contribué à faire de la France le pays que nous connaissons aujourd’hui, méritant la gratitude et le souvenir de ses compatriotes.

Avenue de la Grande Armée : Temple de l'Etoile
Temple de l’Etoile La cérémonie religieuse fut célébrée par le pasteur Picard au Temple de l’Etoile.

Cimetière du Père-La Chaise
Il est inhumé au Père-La Chaise, dans le caveau familial de la famille Lutteroth en bordure de la 10ème division, aux côtés de Mathilde Lutteroth et de son beau-père, Ascan Henry Lutteroth.

 

 

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