16 avril 1529. Louis de Berquin redécouvert

16 (17?) avril 1529. Louis de Berquin
Louis de Berquin (1590-1529) est un avocat, fonctionnaire, linguiste et réformateur religieux français.
Berquin est issu d’une famille de petite noblesse flamande, les Berquin-Jumelles, qui possédait le fief de Jumelles et de Vieux-Berquin, de la châtellenie de Cassel,  aujourd’hui à 11 km au sud-est d’Hazebrouck, dans le département du Nord). On l'appelle parfois Berquin artésien, du fait qu’il est originaire du diocèse d’Arras.
Sa première carrière est celle d'un militaire. C'est dans ce costume qu'il se présente devant la faculté de théologie de Paris. Il devient diplômé de l'Université, et ces grades sont attestés, ne serait-ce que par la condamnation qui le frappera et qui stipulera que lui seront retirés tous ses titres universitaires. Il est aussi Docteur en Droit, probablement de la Faculté d'Orléans.
C’est un combattant de la lutte contre l'obscurantisme des théologiens de Sorbonne.

Louis de Berquin est un "passeur" d'idées nouvelles : traducteur de Luther et correspondant et traducteur d’Erasme.  On trouve peu d'ouvrages sur Louis de Berquin. Encore moins de lui, et cela s'explique puisque les jugements successifs qui le condamnent ordonnent de brûler ses écrits. Toutes ses œuvres originales sont perdues ; seules demeurent quelques-unes de ses traductions d’Erasme. On ne retrouvera d’ailleurs que quatre de ses traductions sur les treize répertoriées par les enquêteurs de la Faculté de Théologie de Sorbonne. Et il n'existe qu'un seul exemplaire au monde de sa traduction de la "Déclamation des Louanges de Mariage" d'Erasme.

Vulgarisateur des écrits d’Érasme et de Luther, Berquin est la cible et la victime des attaques de Noel Beda, le syndic de la Sorbonne. Il est protégé par son amitié avec le Roi, représentant du pouvoir temporel. Mais Beda au nom du pouvoir de l'Eglise, pouvoir intemporel n'aura de cesse de le faire plier.
A trois reprises, grâce à .l‘intercession de Marguerite auprès de son frère, Berquin recouvra la liberté : Le roi n‘était pas fâché de montrer au clergé qu‘il devait s‘incliner devant le roi de France. Cependant la Sorbonne finira par l‘emporter.

Il dut affronter trois procès pour hérésie, en 1523, en 1525-1526 et enfin en 1529.
Ses démêlés avec la Sorbonne commencent en mai 1523, quand il est découvert en possession d’écrits luthériens (livres et manuscrits de Luther, Melanchthon, Hutten), interdits par un édit du Parlement. En juin 1523, certains de ses écrits sont condamnés par la faculté de théologie : il est emprisonné à la Conciergerie, et les écrits incriminés sont brûlés publiquement le 8 août 1523. Mais grâce à l’intervention de François Ier, il est libéré en novembre.

En 1525, ce sont des manuscrits appartenant à Berquin et contenant des traductions en français (faites par Berquin) d’œuvres d’Érasme qui sont examinées par la faculté. Malgré l’interdiction faite par la faculté d’imprimer ces manuscrits, ils sont toutefois imprimés en octobre. Érasme, aussitôt informé des condamnations par Noël Béda, le syndic de la faculté, répond qu’il ne connaît Berquin que par lettres, et que les traductions de celui-ci peuvent avoir ajouté quelque chose à ses propres écrits.

Dès janvier 1526, Berquin est de nouveau emprisonné, alors que le roi, retenu prisonnier en Espagne après sa défaite de Pavie (24 février 1525), ne rentre à Paris que le 18 mars 1526. Berquin, se croyant fort de l’appui du roi et de la reine mère, lutte pour obtenir un procès équitable devant le Parlement. Le 23 mars 1526, il est déclaré relapse et hérétique et livré au Parlement (le bras séculier). À la suite d’interventions d’Érasme, du roi et de Marguerite de Navarre, Berquin fut finalement relâché par le Parlement en novembre. Il s’employa aussitôt à attaquer ses persécuteurs. Berquin est finalement condamné le 16 avril, et mis à mort le 17 avril 1529.

Il voulut parler, mais les cris des soldats étouffèrent sa voix, et il se livra sans murmure à ses exécuteurs en disant : « Pourquoi les haïrais-je, ils me conduisent à la maison de mon père. »

Après la mort de Berquin, Clément Marot écrivit  : Sur le martyr de Berquin
 
Puis tellement ton cas on démena,
Que ton appel à la mort te mena ;
Et quand tu sus, tu fléchis les genoux,
Disant ainsi : « Jésus, sauveur de nous,
Tu as pour moi souffert la mort très dure,
C'est bien raison que pour toi je l'endure »

Et là-dessus prononças maint beau trait
Consolatif, de l'Evangile extrait,
Qui tant de foi et d'espoir lors te livre
Que, allant mourir, tu semblais aller vivre.
 
Lors le bourreau, la main sur toi boutée,
A de ton col la chaîne d'or ôtée,
Et, en son lieu, subit, sa propre main
Mit le cordeau cruel et inhumain,
Non pas cruel, mais plutôt gracieux,
Car, par lui es hors du val soucieux
De ce vil monde. Adonc en te déplace
De la prison, et t'en vas en la place
Où ce dur peuple on voit souvent courir,
Pour voir son frère stranguler et mourir.

Et en est aise et si ne sut pourquoi ;
Et se on atteint quelqu'un qui ait de quoi,
Tous font tel chaire à sa mort qui approche,
Comme allant voir un jeu de la basoche.
Dames y vont, hommes chambres leur louent,
Et là Dieu sait les beaux jeux qui s'y jouent
Le temps pendant que confesser on fait
Le pauvre corps que on va rendre défait.
Crois, cher ami, qu'on ne fit pas telle fête
Quand tu naquis que quand ta mort fut prête.

Marguerite de Valois, elle composa le cantique des martyrs

Réveille-toi, Seigneur Dieu,
Fais ton effort,
Et viens venger en tout lieu
Des tiens la mort.
Tu veux que ton Evangile
Soit prêchée par les tiens
En château, bourgade et ville,
Sans que l'on en cèle rien.
 
Donne à tes servants,
Cœur ferme et fort
Et que d'amour tous fervents
Aiment la mort...

Sombré dans l'oubli d'une Histoire expurgée par des siècles de catholicisme dominant, Il est "redécouvert" au début du vingtième siècle par des historiens, qui en firent alors un porte-drapeau de la pensée laïque républicaine au nom du combat des lumières contre l'obscurantisme religieux. On oubliait certainement qu'il fut aussi croyant que l'étaient les juges qui le condamnèrent. Mais pas de la même manière.

Image (16 avril 1529. Louis de Berquin redécouvert)

Médiathèque de Vieux-Berquin


Sources : Haag 2, p.218-226

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