9 mai 1564. Georgette de Montenay, une poètesse française.

Image (9 mai 1564. Georgette de Montenay, une poètesse française.)

9 mai 1564. Georgette de Montenay (1540-1606)  une poètesse française.

Georgette de Montenay est  une poétesse française. Elle est née en Normandie. Elle descend d'une influente famille militaire, les d'Estouteville, mais devint tôt orpheline. Ses parents Jacques de Montenay, baron de Garancières et Hélène d'Estouteville meurent de la peste (vers 1545). Elle fut recueillie par la reine la reine protestante de Navarre Jeanne d'Albret dont elle était cousine et dont elle devint une de ses filles d'honneur.
La situation de Georgette de Montenay lui a permis donc d'acquérir de solides bases en culture classique, et lui a fait découvrir l'Évangélisme. Et c'est fin 1560 qu'elle se déclara protestante (comme Jeanne d’Albret).

Elle  dédia à Jeanne de Navarre ses « Emblèmes », un livre protestant d’emblèmes, publié en 1571, à Lyon chez Marcorelle.

Cet ouvrage protestant est diffusé dans les grands centres huguenots (Zürich, Heidelberg, Francfort, La Rochelle…). La gravure comporte le titre est suivie d’un petit poème de huit vers. Les figures gravées sur cuivre sont l’œuvre de l’artiste lorrain Pierre Woeiriot de Bouzey
En 1619, Unckel imprime à Francfort Emblèmes Chrétiens de Georgette de Montenay. Cette édition polyglotte (en français, latin, espagnol, italien, allemand, anglais et néerlandais) comprend une préface, une version des huitains dans chaque langue pour les cent emblèmes. Les gravures sont toutes pourvues d’une inscription latine.

Pierre Woeiriot de Bouzey
Pierre Woeiriot de Bouzey (Neufchâteau, 1532 - Damblain, 1599), est un peintre, sculpteur, graveur sur cuivre et médailleur français. Fils et petit-fils d'orfèvres, il commence dans ce métier. À partir de 1555, il se spécialise dans la gravure sur cuivre et illustre divers livres. En 1555, il fait un portrait gravé de la poétesse lyonnaise Louise Labé. Il réside alternativement à Nancy où il travaille pour le duc de Lorraine et à Lyon où il fréquente un cercle d'artistes et de poètes. Vers 1560, il effectue des voyages à Rome et à Florence. À Lyon, sous l'influence du poète Louis Des Masures, il se converti au protestantisme et fait deux portraits de Calvin. En 1561, il entreprend la gravure de 36 planches pour illustrer l'Ancien testament pour le marchand Antoine God, l'ouvrage est publié en 1580. Entre 1566 et 1577, il illustre les Emblemes ou devises chrestiennes[1], de Georgette de Montenay, dame de compagnie de Jeanne d'Albret. Après un séjour à Augsbourg, il s'établit en 1571 à Damblain, dans les Vosges où il vient d'hériter du fief et du titre de sa mère Urbaine de Bouzey et y meurt en 1599.

Il a pu rencontrer Georgette de Montenay à Bar le Duc (du 1er au 9 mai 1564) ou à Lyon (9 juin au 9 juillet 1564), lors du tour de France de Catherine de Médicis et de son fils Charles IX en 1564. Mademoiselle de Montenay était protégée de Jeanne de Navarre, qui était du voyage, accompagnée de son fils Henri, le futur Henri IV.

Il s'installe un temps à Augsbourg, puis se fixe à Damblain en 1571, où il vient d'hériter du fief et du titre de sa mère Urbaine de Bouzey. Sa production artistique devient moins abondante. Il devient écuyer et il consacre une partie de son temps à la gestion de son fief, qu'il défend avec âpreté contre les habitants de Damblain, avec qui il est par deux fois en conflit, contre sa famille aussi. Il meurt en 1599 dans sa maison forte de Damblain, sise en haut de la rue de Poiseul, laissant une veuve démunie, Giénette Sallet, et cinq garçons dont quatre très jeunes : Pompée, Hanibal, Scipion, César et Josué. Seul ce dernier a une descendance dans le village par Marie de Bouzey, fille de Josué.


Notes : Sur Georgette Montenay, lire Chone, Paulette, Emblèmes et pensée symbolique en Lorraine, Comme un jardin au cœur de la chrétienté, Klincksieck, Paris, 1991, p. 568-626.



Emblème 1 : « La femme sage bâtit une maison », Proverbes 14, 1.

Voyez comment cette Reine (2) s’efforce
De cœur non feint d’avancer l’édifice (3)
Du temple saint, pour de toute sa force
Loger vertu, et déchasser (4) tout vice.
Notons que Dieu la rend ainsi propice,
Afin qu’il soit glorifié en elle:
Et qu’on soit prompt au service
Dont le loyer (5) est la vie éternelle.


2 Il s’agit de Jeanne d’Albret.
3 Il s’agit de l’Eglise : voir Éphésiens 2, 22.
4 Déchasser : chasser, bannir.
5 Loyer : récompense 



Emblème 3 : « De sa plénitude », voir Jean 1.16

Par ce que tant éloignés de Dieu sommes,
Qu’impossible est à nous de l’approcher,
Naître il a fait son fils semblable aux hommes,
Sauf qu’il est net, et exempt de péché.
Qui se veut donc de péché dépêcher (2),
Et de Satan fuir la servitude,
S’en vienne à Christ pour sa soif étancher :
Car nous puisons tous de sa plénitude.

2 Dépêcher : débarrasser, délivrer.

   
Emblème 5 : « Non par tes propres forces », sans doute une allusion à 2 Corinthiens 3. 5

Comme le fer s’élève par l’aimant,
L’homme est de Dieu par Christ tiré aussi.
Ne soit donc pas rien de soi présumant :
Car rien n’y a de sa nature ici.
Christ vrai aimant en haut l’élève ainsi,
Non sa vertu, ni œuvre, ni mérite.
Ce qui est sien, c’est mal qui Dieu irrite.
Bref, il n’a rien que par grâce et merci (2).


2 Merci : pitié, miséricorde.



Emblème 8 :« La plus grande espérance ne trompe pas, le Christ justifie », voir Romains 5, 5 et 8, 33.

La foi en Christ est celle même pierre
Sur laquelle est bâti tout l’édifice
Du temple saint, comme dit Christ à Pierre (2) :
C’est celle aussi par qui avons justice,
Qui à beaux fruits produire est si propice,
Que d’elle sort cette vive espérance,
Puis charité dont part en abondance
Toute bonne œuvre ennemie de vice.

2 Voir Matthieu 16 ; 18.



Emblème 9 : « La foi sans les œuvres est morte, le Christ », voir Jacques 2, 26.

De cette foi sort une Toujours-vive,
Montrant par là n’être point chose morte,
Ce n’est pas foi celle qu’on voit oisive,
Et qui beaux fruits en sa saison n’apporte.
Saint Jacques (2) donc accorde en cette sorte
Avec Saint Paul (3), que la foi justifie :
Rien de justice à l’œuvre ne rapporte.
L’œuvre est péché sans la foi, ne t’y fie.

2 Voir Jacques 2, 17-26.
3 Voir Romains 3, 28 ; 5, 1 ; Galates 3, 24 ; Éphésiens 2, 8-9.



Emblème 10 :« L’espérance ne trompe pas, ne faites pas confiance », voir Romains 5, 5 ; Psaume 145 (144), 2.

Nulle rigueur, tempête ni orage,
N’ont offensé cette haute espérance,
Mais la terrestre a reçue grand dommage :
Ainsi sera toujours la récompense
De l’homme fou (2), qui a sa confiance
Aux princes grands, ou même en sa vertu.
Mais qui en Dieu mettra son assurance,
Il ne sera confondu ni abattu (3).

2 Expression qui rappelle l’homme insensé de la parabole : voir Matthieu 7, 24-27.
3 Allusion au Psaume 56 (55).


Emblème 11 : « De qui aurais-je crainte ? », voir Psaume 27 (26), 1.

Du grand péril des vents et de la mer,
Cet homme a bien connaissance très claire,
Et ne craint point de se voir abimer,
Puisque son Dieu l’adresse et lui éclaire.
Nul qui en Dieu remet tout son affaire,
Ne se verra dépourvu de secours.
Mais celui-là qui fera le contraire,
Sera confus par son propre recours.



Emblème 12 :« Nous attendons la cité future », voir Hébreux 13, 14.

Ce pèlerin peu à peu s’achemine
Pour arriver à la cité céleste,
Et n’a regret qu’autre que lui domine
Ses champs, châteaux, et que rien ne lui reste.
Voici qui fait que rien ne le moleste,
Considérant que maison permanente
N’avons ici bas, mais bien mortelle peste,
À tous qui n’ont plus haut mis leur attente.



Emblème 13 : « Devant qui tremblerai-je ? », voir Psaume 27 »
 
Cet homme ici prêt à tomber en bas
Et se froisser, au moins en apparence,
Monte toujours, et rassure son pas,
Sachant que Dieu le soutient d’assurance.
Que tout Chrétien donc prie en confiance
Dieu, qu’il le tienne, et ne le laisse point.
Car s’il nous laisse, il n’y a espérance
D’aucun salut jusqu’à un petit point.


Emblème 46 : « Entraîne avec toi tes frères ! »

Celui qui a (dé)jà monté la montagne,
À ceux qui sont en bas tende la main.
Qui est instruit de Dieu, son frère enseigne.
Coulante soit la foi de main en main.
Souvienne toi que Christ est si humain,
Qu’il nous a faits tous enfants de son père (2),
Et qu’il punit le cœur lâche inhumain.
(Toi converti) confirme aussi ton frère (3).


2 Voir Romains 8, 14-16.
3 Voir Matthieu 28, 19-20 ; 2 Timothée 2, 2 et 4, 2-5 ; 1 Corinthiens 9, 16-27.


Emblème 58: Il renverse les puissants et il élève », voir Luc 1, 52.

Cet  arbre grand et puissant est rompu
Au souffle seul du vent plus que lui fort :
Mais l’arbrisseau ainsi briser n’a pu,
Qui s’est ployé sous un si grand effort.
Humilité apporte grand confort.
Orgueil ne fait qu’attirer mal et perte.
L’humble toujours aura de Dieu support.
De l’arrogant la ruine est aperte (2).

2 Aperte : manifeste.

Chargement en cours ...