Cahier n°81

3e trimestre 2011
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Édito

J’en conviens, ça aurait été trop beau si, après Les hommes et les dieux, un deuxième film témoignage remporte un prix d’honneur au Festival de Cannes. Mais cela n’enlève rien au succès et à la qualité du début cinématographique d’Anne Giafferi, pour le film sorti le 9 février 2011, intitulé : Qui a envie d’être aimé ?

C’est l’histoire, vraie, de son mari, Thierry Bizot, grand producteur de télévision, qu’il avait déjà racontée dans son livre, Catholique anonyme (chez Seuil, 2008). Pourquoi pas l’adapter à un script d’un long-métrage, se disait un jour son épouse, dont la vie s’était déroulée aussi éloignée de toute pratique et institution religieuses que celle de son mari, avant son étonnant changement.

Le résultat est un subtil film sur la foi, parfois très drôle. Selon Le Point, c’est « l’un des meilleurs films français du moment ». Le spectateur y voit Antoine, alias Thierry Bizot, un brillant avocat, heureux avec sa femme, père de deux beaux enfants, quelqu’un qui a bien réussi sa vie ! Mais un jour il va faire une rencontre inattendue, bouleversante... un peu honteuse aussi. Antoine va rencontrer Dieu et il ne s’y attendait pas du tout !… Sa femme non plus.

Interviewé pour le journal Zénit, Thierry Bizot résume comment il en est arrivé là :
   Je me suis converti très progressivement, à mon insu mais tout en douceur. Un jour mon fils a eu un mauvais bulletin, je suis allé voir son professeur pour lui demander conseil, et il m’a dit : « Vous êtes de grande taille, impressionnant, bien établi... peut-être devriez-vous faire part à votre fils de vos propres doutes ». Cette parole m’a touché en plein cœur. J’étais en apparence sûr de moi, mais à l’intérieur, c’était tout le contraire, comme si je jouais un rôle, et mon fils s’en apercevait peut-être.

Quelque temps plus tard, j’ai reçu une invitation de ce professeur avec un petit mot : « En souvenir d’une longue conversation ». Il s’agissait d’un parcours catéchétique ! [En fait, un cours Alpha]. Ne voulant pas vexer ce professeur envers qui je me sentais redevable, j’ai accepté son invitation. Je m’y suis rendu avec des pieds de plomb, sans ma femme.
Ma première impression fut de me dire : « Ces gens sont des pauvres types, ils n’ont rien d’autre d’intéressant dans leur vie ». Mais j’ai continué à suivre ces cours par intérêt intellectuel, comme des « cours de philo » du soir. Je pensais aussi pouvoir leur apporter quelque chose...
À un moment donné, la personne qui animait la soirée, a posé la question : « Qui a envie d’être aimé ? » Alors, j’ai levé ma main… à ma grande surprise d’ailleurs.
Il m’a fallu deux mois pour me rendre compte que moi aussi, j’avais un bras cassé. Je ne vivais rien d’autre de mieux. Au contraire, j’étais plein de vanité, d’orgueil et d’arrogance. À la messe, on entend « dis seulement une parole et je serai guéri », de même ce professeur avait dit quelque chose et j’ai commencé à guérir.

Dans son livre Thierry Bizot s’explique ainsi :
   Avoir la foi, c’est facile, c’est comme d’être amoureux. La foi, c’est un vent de jeunesse, c’est de la joie, de la fantaisie, du plaisir ! Mais pour cela il faut accepter de tout lâcher, de s’abandonner, se donner, se livrer, corps et âme, et laisser Dieu s’emparer de tout. Et puis, contrairement à ce qu’on nous enseigne, faire confiance à nos désirs... C’est adopter l’attitude contraire à celle de l’effort, de la maîtrise, du contrôle des pulsions, qu’on voudrait cadenassées, claquemurées par la morale.

Moi, je suis surpris et à la fois encouragé du fait que ce témoignage très chrétien soit présenté dans les lieux publics – soient-ils obscurs –, devant un public pour la plupart très sécularisé, dans un pays très attaché à la laïcité. Une fois de plus, l’Évangile se montre bien capable de créer, sans cesse de nouvelles audiences. Bien sûr, le succès de ce film est d’une durée limitée. Mais en terre francophone, nous ne sommes pas, j’en suis persuadé, au bout de nos surprises en matière de communication de l’Évangile à des contemporains qui vivent dans un monde où les Églises n’arrivent pas à se faire entendre.

À nous d’en prendre le relais. À nous de joindre nos voix à cette voix filmée avec amour, pourvu que nous trouvions des paroles qui seront comprises par des personnes sans culture d’Église, pourtant beaucoup plus sensible que l’on ne le pense à un message d’amour. À nous de traduire ce beau message en actes.

Que ce Cahier puisse vous équiper pour faire justement cela !

Evert Van de Poll

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