Cahier n°82

4e trimestre 2011
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Édito

Pourquoi entonner toute une série de cantiques dans ce qu’on appelle « la première partie » du culte, au lieu de pas se mettre tout de suite à l’écoute de la Bible et d’un enseignement approprié ? Pourquoi ce temps de louange adressée à un Dieu qui par définition est invisible à l’œil humain ? 
La question se pose, d’autant plus que cette habitude nous démarque complètement de nos contemporains. Dans le monde d’aujourd’hui, les gens se rassemblent pour des raisons multiples, mais pas pour louer le Créateur de toutes choses !

Je penser à ce vieux monsieur, il y a une vingtaine d’années, quand les premiers guichets pour retirer de l’argent sont apparus dans nos villes. Pour des visiteurs en provenance des régions beaucoup moins prospères, c’était à ne pas en croire les yeux : les Européens n’avaient qu’à appuyer sur quelques boutons dans le mur d’un immeuble et voilà, l’argent sortait comme s’il y avait là-dedans une poule aux œufs d’or. Les guichets de retrait, il y en a partout, jusque dans les villages à la campagne. Vous passez par une vitrine qui donne envie de se procurer ce que vous voyez, mais vous n’avez pas d’argent sur vous ? Pas de souci. Cherchez un guichet et vous le trouverez au coin de la rue, et puis, vous achetez ce que vous voulez.

Si nos ancêtres pouvaient le voir, ils se croiraient dans les faubourgs de la nouvelle Jérusalem promise par les prophètes bibliques, dont les rues sont pavées d’or, ou bien dans les Champs-Élysées, promise par la mythologie grecque aux héros et aux gens vertueux après leur mort, où « la plus douce vie sera offerte aux humains », comme le disait Homère dans son Odyssée. 
Mais ces fabuleuses pondeuses d’argent n’ont rien de surprenant et rien d’extraordinaire pour nous les Occidentaux du XXIème siècle. Pour nous, ce n’est qu’une technologie au service des clients.

Or, que faisait ce vieux monsieur ? Il avait patiemment attendu son tour, puis il s’approcha de la machine et manipula les touches, avec l’aide d’une jeune femme, sans doute sa fille. Quand il ramassa les quelques billets sortis du mur, il semblait ému par un sentiment de gratitude puisqu’il dit alors à haute voix, en faisant une légère révérence : « Merci Monsieur, merci beaucoup ». 
Les quelques personnes dans le fil d’attente ont souri. De leurs regards et de leurs remarques à voix basse, ils se moquaient de ce vieux car il n’avait pas encore compris qu’il n’y avait personne derrière. Ici on ne dit ni merci ni rien du tout. Ici on prend, puis on part. C’est tout. 
Étant témoin de cette scène, je pense que cet homme était toutefois le seul à avoir vraiment compris. Bien sûr, il y avait des personnes derrière : le personnel de la banque, des techniciens, sans oublier les convoyeurs de fonds qui viennent remplir le stock de billets, avec les risques que l’on sait aujourd’hui. 
Ce n’est pas parce que l’on ne les voit pas qu’ils n’ont pas été là, à l’œuvre pour les clients que nous sommes, et que nous ne leur devons pas notre gratitude.

Retirer de l’argent du mur sans mot dire, c’est une parabole de la vie moderne. Nous bénéficions de tellement de choses sans nous rendre compte qu’il y a quelqu’un derrière. Qui a imaginé la nature dans laquelle la vie humaine est devenue possible, et dont nous n’avons jamais fini de sonder tous les secrets ? D’où viennent cette énergie physique, cette créativité, cette intelligence, cette volonté et cette sensibilité humaine dont nous usons jour après jour ? D’où cette capacité de faire des gestes d’amour et d’altruisme ! D’où vient la vie tout court ? Si l’homme éclairé par une science sécularisée se comporte comme si tout cela va de soi, étant la résultante seulement d’un processus d’évolution, le croyant, lui, reconnaît que la source ultime est le Dieu vivant. C’est pourquoi il lui dit « merci », en faisant une révérence dans son esprit.

Dire « merci Seigneur » pour tout ce qui est beau et bon dans la vie, nous renvoie aux fondamentaux de la foi. Nous sommes sauvés par grâce et sanctifiés par grâce. C’est par la grâce de Dieu que nous pouvons le louer. Par conséquent, tout ce que nous faisons sera vécu comme œuvre de la reconnaissance – ou devrait être vécu ainsi.

En vous présentant ce cahier, je tiens à dire merci aux auteurs qui nous conduisent dans une réflexion sur certaines de ces œuvres telles la prédication, l’onction des malades, la coopération entre pasteurs et conseillers, la communication de l’Évangile dans la culture ambiante, et l’action pour la justice sociale face à la corruption de tout genre. Que les pages qui suivent soient pour vous sources d’inspiration.

Evert Van de Poll

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