Cahier n°83

1er trimestre 2012
Numéro lu 5269 fois

Édito

Nous avons défini la louange comme  marque de  gratitude pour tout ce qu’il y a de beau et de bon dans notre vie. Mais que faire quand il n’y a pas grand-chose de beau et de bon, quand on est accablé de soucis, meurtri par l’injustice, et quand on est tenté de voir tout en noir ?

Beaucoup de croyants se posent la question. Comme Antoine Nouis, par exemple, dans son livre Le sens du culte. Sa réponse mérite d’être citée dans son intégralité : 
« Que faire ?... Louer encore ! Mais dans ce cas, la louange n’est pas tant dans le registre de la reconnaissance que dans celui de la protestation…

Pendant la dernière guerre, des Juifs ont écrit sur les murs de la cave dans laquelle ils se terraient : « Ce n’est pas parce qu’ici on est dans le noir que dehors le soleil ne brille pas ». Quand on sait que le Kaddish, un hymne de louange qui est notamment prononcé par des personnes en deuil ou lorsqu’une catastrophe survient, a aussi été récité dans les camps de la mort, on comprend qu’il a une fonction de protestation, en affirmant que Dieu ne saurait se réduire à la réalité vécue par ceux qui le célèbrent.

Nous pouvons attribuer la même fonction à la prière de louange. Elle dit la joie de Dieu quand nous sommes tristes, elle nous inscrit dans la reconnaissance même quand nous sommes tristes, elle nous inscrit dans la reconnaissance même quand nous sommes plongés dans l’amertume, elle nous décentre par rapport à nos petits soucis et nous élève. Elle est la protestation de la foi et de la grâce.

Souvent nous comprenons le beau nom de protestant dans le registre de l’opposition et de la contestation, car nous pensons que le verbe protester signifie râler, être contre ! Étymologiquement, protester, c’est attester pour, affirmer, confesser. Être protestant, c’est témoigner pour la liberté chrétienne et la grâce de Dieu. Dans ce registre, la louange est une protestation de la vie et de la grâce de Dieu… malgré tous les écrans qui nous cachent sa lumière »(1).

Œuvres

Il est bien de rappeler aux évangéliques – ou évangélistes, si vous voulez – nos racines protestantes. Parce que, protestants, nous le sommes, non seulement par notre attachement à la Parole et à la doctrine du salut par la grâce, mais aussi par notre conception du sens de la louange. Elle est au cœur de la liturgie, le rassemblement du peuple de Dieu dans la présence de Dieu et à l’écoute de Dieu. Louer Dieu par des paroles et des cantiques, avec des instruments et que sais-je encore (danses, œuvres d’art, silence…), n’est pas une œuvre qui nous rendrait plus agréables devant le Seigneur, et encore moins une méthode pour créer une ambiance dans laquelle l’Esprit daignerait venir. De telles idées ont libre cours, aujourd’hui, dans nombre de communautés de croyants. Mais rappelons que la louange n’est rien d’autre, mais tout simplement, qu’une action de grâce pour le fait que, finalement, tout est grâce. Une manière d’honorer le Dieu qui s’est fait connaître en Jésus-Christ, quel bienfait ! Et qui a fait de nous ses enfants bien-aimés, quel privilège !

Ensuite, viennent les œuvres de la reconnaissance comme le disait Jean Calvin. Œuvres de tous genres, qui émanent de notre gratitude, et qui ont pour objectif de glorifier notre Créateur et notre Sauveur, celui qui nous a tout donné. En effet, la louange ouvre notre existence aux rayons de lumière qui émanent de celui que nous adorons. Par voie de conséquence, elle change le cœur, elle transforme le regard sur les choses qui vont bien et celles qui vont mal, et elle nous met en mouvement comme des pro-testants, pour la cause du Christ.

C’est pourquoi le culte qui a commencé par la louange, finit par l’envoi dans le monde.

Que les articles qui suivent soient pour vous source d’inspiration, pour faire œuvre de reconnaissance, dans l’Église et dans la société.

Evert Van de Poll

1. Antoine Nouis, Le sens du culte, Olivétan, 2010, p.35.

Chargement en cours ...