Cahier n°86

4e trimestre 2012
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Édito

J’écris ces lignes, lorsque les émeutes un peu partout dans le monde arabe, ainsi que dans d’autres pays musulmans, contre une vidéo de 30 minutes à peine, produite par quelques personnes aux États-Unis et jugée anti-Islam, font rage. Pour l’heure, plus de 30 morts sont à déplorer, victimes de la violence déclenchée par des groupes radicaux.

Elles finiront par se calmer, mais il est fort à parier qu’elles ne sont que le dernier round d’une contestation entre deux mondes, deux cultures, deux visions du monde, deux projets de société : l’une occidentale, l’autre islamiste. D’autres affaires vont suivre, tant la divergence entre la valeur de la liberté d’expression et celle de la solidarité communautaire religieuse est source de conflits. 

Assistons-nous au choc des civilisations, redouté par les uns et prédit par les autres ? L’expression « choc des civilisations » est le titre d’un article du politologue américain Samuel Huntington. Publié en 1992, cet article est devenu l’un des textes les plus influents des dernières décennies. Huntington a décrit le changement d’un monde bipolaire (l’Occident versus le Bloc Soviétique) en un monde multipolaire où plusieurs ‘civilisations’ s’affrontent. La civilisation occidentale, aux racines chrétiennes et au mode de vie sécularisé, se voit concurrencée par les civilisations chinoise, indienne, musulmane, eurasiatique, sud-américaine et africaine. Certes, Huntington n’a pas prédit un choc entre civilisations, il a seulement évoqué la possibilité qu’elles entrent en conflit les unes avec les autres, étant donné les tensions qui se font jour dans la mondialisation sur le plan économique et politique. Écrivant en 1992, il a évoqué un éventuel choc entre l’Occident et le monde musulman, avec des heurts dans différents endroits du monde entier. L’histoire récente semble lui avoir donné raison : attentats terroristes, guerres en Iraq et Afghanistan, islamisme radical en ébullition avec un discours décidément antioccidental et souvent antisémite…

Dans une société multiculturelle et multireligieuse, on voit plusieurs chocs culturels à petite échelle se produire. Les sujets de conflit ne manquent malheureusement pas.

Quelle est notre position ? Quelle est notre réaction, en tant que chrétiens ? Allons-nous alimenter l’idée d’un ‘choc’ ? En avons-nous peur ? 

Ou bien, trouverons-nous les moyens de créer des liens personnels dans un contexte marqué par le repli identitaire ? En particulier, saurons-nous établir des contacts avec nos voisins musulmans, sur fond de respect mutuel ? 

Dans un monde qui semble courir au conflit, il convient de mettre des pare-chocs : des démarches permettant d’amortir l’agressivité de part et d’autre, quitter les barricades d’un discours bétonné sur fond de préjugés, afin de se rencontrer et de communiquer. Tout simplement, se parler. Pourquoi est-ce si difficile ? À chacun de nous de répondre à cette question.

Nous sommes avec les autres sur la place publique, dans le monde du travail, à l’école, à l’hôpital, dans les associations et au sein du mouvement politique. Nous les rencontrons et nous collaborons. Nous échangeons. Bref, le dialogue existe. À nous de l’approfondir. Dans un dialogue il est essentiel d’accepter l’autre tel qu’il est et de reconnaître son droit d’exister. Ça veut dire que les adhérents d’une autre religion ont les mêmes droits civils que nous, et que nous devrions les défendre. Démocratie oblige. 

Il va de soi que cette acceptation doit être réciproque. 

La pratique religieuse des uns suscite des réactions négatives chez les autres. Dans un tel contexte, il est nécessaire que les représentants des différentes religions se rencontrent. Qu’ils se parlent. L’enjeu est de promouvoir la coexistence en paix, d’éviter des conflits, de remédier aux préjugés de part et d’autre. Collaborer dans la société veut dire contribuer ensemble à la paix sociale.

Nous pouvons collaborer avec eux dans plusieurs domaines : éducatif, associatif, politique, étant donné que nous partageons une même responsabilité par rapport à la paix sociale. 

Notre présence dans de telles rencontres va nous donner, dans la cité, une visibilité dont nous avons tant besoin, une possibilité de chercher le bien commun au niveau social, ainsi que des occasions d’expliquer notre foi. 

Le témoignage de l’Évangile s’en retrouvera plus intéressant, plus crédible, plus pertinent. 

Evert Van de Poll

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