Cahier n°90

4ème trimestre 2013
Numéro lu 3364 fois

Édito

“Si nous avons perdu la raison, c’est pour Dieu ; si nous sommes raisonnables, c’est pour vous.”

(2 Corinthiens 5.13)

Quel verset magnifique ! Celui-ci a récemment retenu mon attention, tant il est simple et complexe, tant il fait écho en moi à une spiritualité exigeante, mais tellement séduisante. L’apôtre Paul était prêt à se défaire de sa raison, à s’abandonner pleinement, à vivre une spiritualité forte, excessive aux yeux des hommes, parce qu’il aimait ce Dieu qui lui avait tant donné. Parce que le connaître était tout pour lui. Pour ce Dieu-là, il était prêt à être traité de doux rêveur, de fou par les savants et les sages de ce monde. Mais pour les chrétiens de Corinthe, pour cette communauté “à problèmes”, Paul voulait communiquer et agir rationnellement, sobrement, concrètement, afin que celle-ci reçoive pleinement tout ce que l’apôtre voulait lui enseigner.

Pasteurs et responsables d’Église n’ont-ils pas, encore aujourd’hui, à apprendre de cette double attitude ? Risquer leur raison pour Dieu, mais être prudents et censés pour le bien du troupeau que Dieu leur a confié. Prier sans cesse, rechercher la proximité de Dieu à chaque instant, mais être dans le monde, ce monde de chair et de sang, ce monde et ses attentes, ce monde et ses besoins.

La grande question, bien sûr, est “comment ?” : comment faire cohabiter ces deux dimensions dans nos vies chrétiennes, comme deux faces d’une même pièce ? Comment être fous de Dieu et responsables à la fois ? Spirituels et pratiques ? 

Une piste parmi d’autres vient d’un passage, bien connu, de la première lettre de Jean. Piste utile, tant elle refuse les dichotomies piété/pratique, spiritualité/rationalité, foi privée/vie publique : 

À ceci nous savons que nous le connaissons : si nous gardons ses commandements […] Celui qui dit être dans la lumière, tout en détestant son frère, est encore dans les ténèbres. Celui qui aime son frère demeure dans la lumière, et en lui il n’y a pas de cause de chute. Mais celui qui déteste son frère est dans les ténèbres ; il marche dans les ténèbres et ne sait pas où il va, parce que les ténèbres ont rendu ses yeux aveugles. (1 Jean 2.3-11)

Pour Jean, connaître Dieu, c’est garder ses commandements. Ainsi, dire “je connais Dieu” sans garder l’enseignement qu’il a laissé, c’est être un menteur ! Mais quels commandements ? À la suite de Jésus, Jean les réduit à l’amour : amour de Dieu et amour du prochain, le second étant le test du premier (car l’amour de Dieu est accompli en celui qui garde sa parole, dit le verset 5). Pour Jean, connaître Dieu, demeurer dans la lumière de sa présence et de sa vie n’est donc pas quelque chose qui se passe exclusivement dans la tête ou dans le cœur. Connaître Dieu, c’est aussi quelque chose que l’on fait : une attitude, un comportement. Connaître Dieu, c’est aimer son prochain, le servir, se donner pour lui concrètement, pratiquement. Pour Jean, être fou de Dieu, c’est aimer son prochain à la folie. Mais ce sont la piété, la prière et la proximité de Dieu qui nourrissent de telles vies tournées vers les autres, car toute vie véritablement chrétienne est vécue à la suite et à l’exemple du Christ. 

À chaque numéro, nos Cahiers tentent de garder ces deux dimensions, ces deux facettes de la vie chrétienne, unies et au cœur de son propos. Notre désir le plus profond est que les articles, les prédications et les recensions de livres qui suivent, nourrissent votre piété et votre pratique pour que vous deveniez fous et raisonnables à la fois !

Nicolas Farelly

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