Cahier n°98

4e trimestre 2015
Numéro lu 1029 fois

Les angles morts du ministère

« Celui qui demeure en moi, comme moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; hors de moi, en effet, vous ne pouvez rien faire » (Jean 15.5).

J’avoue, je ne suis pas un très bon conducteur de voiture. J’ai tendance à rêver au volant, ce qui explique peut-être pourquoi mon épouse est si tendue quand je conduis et qu’elle se sente donc obligée de m’indiquer tout danger potentiel… Il faut dire que je ne suis pas très rassurant. Il m’arrive, par exemple, d’oublier de me retourner quand je change de voie, de vérifier qu’il n’y a personne dans mes angles morts. Je crois d’ailleurs qu’il n’y a rien de plus efficace pour me sortir de mes rêveries qu’un gros coup de klaxon venant de la voiture (ou du camion) d’à côté. Heureusement, donc, que j’ai quelqu’un sur qui compter pour m’épauler dans cet exercice.

Rien de plus dangereux que les angles morts… Mais justement, qu’en est-il de nos angles morts de pasteurs et autres responsables d’Église ? Qu’en est-il de ces dangers que nous ne voyons pas, ne voulons pas voir, ou oublions de considérer ? On sait depuis fort longtemps que bien des dangers guettent les responsables d’Église : les tentations que sont le pouvoir, l’argent ou le sexe sont sûrement les plus connues et les plus répandues. Mais ces dangers-là sont un peu comme de gros camions : ils ne sont pas si difficiles à voir dans nos rétroviseurs. Ils sont tellement énormes qu’on ne peut pas dire « Je ne l’ai pas fait exprès ! » après qu’ils nous aient percutés.

Cependant, il y a bien d’autres dangers pour les pasteurs, plus subtils et certainement tout aussi assassins que ces trois-là. Il y en a un, en particulier, qui me semble souvent oublié : l’auto-dépendance, l’autonomie, le fait de ne se fier à personne d’autre qu’à soi-même. Qu’il est aisé, pour des pasteurs (mais pour tellement de chrétiens également), de penser qu’ils sont assez forts, suffisamment capables et intelligents pour s’en sortir par leurs propres moyens dans le ministère. Et nous pouvons faire cela avec un certain « succès » d’ailleurs, et même pendant assez longtemps probablement… Nous avons de bonnes méthodes de travail et de management ; des perspectives justes et perspicaces sur beaucoup de sujets ; de l’énergie à revendre aussi et, oui, quelques résultats encourageants ! Jusqu’au jour où, justement, l’énergie vient à manquer. Jusqu’au jour où nos forces nous lâchent, nos perspectives et nos méthodes ne sont plus suffisantes pour faire face. Et c’est alors, enfin, que nous réalisons que nous ne suffisons pas à la tâche qu’il nous a été donné d’accomplir.

Bien souvent, l’œuvre de Dieu commence quand la nôtre touche ses propres limites. C’est que Dieu peut tout à fait refuser de s’impliquer dans nos vies quand nous pensons ne pas avoir besoin de lui. Mais il sait aussi être présent, intervenir et rediriger notre attention, quand nous avons enfin besoin de lui. Dieu veut que nous lui fassions confiance – à lui exclusivement ! – et c’est donc quand nous perdons notre suffisance et notre auto-dépendance qu’il s’approche pour nous donner ce dont nous avons vraiment besoin et nous montrer ce qu’il sait faire. Or, le fait est qu’il sait, mieux que le meilleur d’entre nous, comment faire, accomplir ou réaliser. Quand Dieu est à l’œuvre, qui peut rivaliser ? Quand Dieu est à l’œuvre, ce qu’il fait est parfait. Pourquoi donc désirer à tout prix être au volant quand un bien meilleur conducteur se trouve sur le siège du passager ?

Je sais, en ce qui me concerne, que l’auto-dépendance – ou « l’oubli » de placer en Christ ma confiance – est trop présente dans ma vie et mon ministère. Certes, je sais également (mais je ne suis pas au bout de mes contradictions !) que quand je compte sur moi-même dans le ministère, je compte sur la mauvaise personne. C’est pourquoi je veux continuer d’apprendre à être reconnaissant pour toutes celles et ceux, ou tous ces événements, qui, comme des klaxons, me sortent de mes torpeurs pour me faire réaliser que je ne remplacerai jamais Christ, et que c’est très bien ainsi. Sans lui, je ne peux rien faire… Sans lui, quels fruits véritables puis-je espérer porter dans mon ministère ?

Je ne présumerai bien évidemment pas de vos angles morts. Par contre, je ne peux que vous encourager à lire avec attention les articles qui vous sont proposés dans ce numéro. Comme autant de soutiens, d’affections fraternelles et de redirections vers le Christ, ils sont là pour nous rappeler, à chacun, que nous ne nous suffisons pas à nous-mêmes, mais que Dieu sait pourvoir à nos besoins, par exemple par l’intermédiaire de frères et de sœurs qui, par leur réflexion et leurs écrits, nous font progresser dans notre marche avec Christ.

Bonne lecture.

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