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Les lignes directrices d'une éthique sociale chrétienne

Extrait
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Dans la ligne droite de la réflexion sur « être sel de la terre » (voir Cahier précédent), ce texte aborde le thème de notre responsabilité dans la société. Bien sûr, c’est un « texte de comité », donc consensuel. Cela veut dire que les idées individuelles ont été exposées au jugement des autres, ce qui correspond d’ailleurs à un principe biblique. « Ensemble » nous comprendrons mieux la volonté du Seigneur. Aussi pour ce qui est de notre mission auprès de nos contemporains.

Les lignes directrices d'une éthique sociale chrétienne

Notre souhait est de dégager quelques-uns des principes ainsi que les lignes essentielles d’une éthique chrétienne dans le domaine social et politique. Nombreux sont les chrétiens protestants évangéliques qui se sont engagés et s’engagent aujourd’hui dans le service des autres et la lutte contre les injustices. Ils l’ont souvent fait comme une simple conséquence de l’Évangile qu’ils cherchaient à vivre et à annoncer, sans trop préciser les principes qui les guidaient. Surtout, ils ont pu le faire dans des perspectives différentes selon leurs arrière-plans théologiques ou historiques. Nous ne cherchons pas ici à plaider pour une de ces approches, encore moins à en proposer une nouvelle. Nous voudrions simplement préciser et rappeler des principes essentiels en éthique sociale, un peu comme une confession de foi rappelle un essentiel que des théologies différentes pourront ensuite mettre diversement en valeur. Ce texte, écrit par Louis Schweitzer et travaillé par la Commission d’éthique protestante évangélique qui le fait sien, reste ouvert, il ne prétend pas tout dire et dire la norme, mais proposer des lignes qui peuvent être prolongées, les questions du jour obligeront certainement à préciser certains points. Nous voulons ouvrir le débat dans les Églises et stimuler leur action.

PRÉAMBULE

« Recherchez la paix de la ville où je vous ai exilés et intercédez pour elle auprès du Seigneur, car votre paix dépendra de la sienne »(1). Ce commandement est surprenant car il est destiné au peuple juif, alors exilé à Babylone et soumis à la servitude. Or, loin de comploter contre Babylone, le peuple devait agir en sa faveur ! Il est tout à fait remarquable que ce peuple ait eu à cœur de prier pour la paix, c’est-à-dire la prospérité, d’un peuple qui le maltraitait de la sorte. Dieu voulait que son peuple soit un instrument de paix plutôt que de haine. Cette injonction divine trouve écho ailleurs dans l’Ancien Testament, notamment dans ce passage bien connu du livre du prophète Michée : « On t'a fait connaître, ô homme, ce qui est bien ; et ce que l'Éternel demande de toi, c'est que tu pratiques la justice, que tu aimes la miséricorde, et que tu marches humblement avec ton Dieu » (6.8). Dieu appelle à l’amour du prochain (l’individu qui se trouve en face de nous), et à faire preuve d’équité, ou de justice, dans la société.


Certains auteurs du Nouveau Testament ont repris ces principes à leur compte. Par exemple, Pierre adresse sa première épître « à ceux qui vivent en étranger dans la dispersion » (1.1). Cette description des destinataires est très certainement plus théologique qu’elle n’est sociologique. Pierre s’adresse ici au peuple de Dieu qui est en terre étrangère car pas encore arrivé à la destination finale qui lui est réservée dans les cieux. Mais au sein de sa situation intermédiaire, ce peuple est exhorté à s’impliquer dans la ville, à bénir plutôt qu’à rendre le mal pour le mal (3.9), à faire le bien et à rechercher la paix autour de lui (3.11). De même, Jacques explique dans son épître que « La religion pure et sans souillure devant celui qui est Dieu et Père consiste à prendre soin des orphelins et des veuves dans leur détresse, et à se garder de toute tache du monde » (1.27).


Ces appels sont toujours d’actualité. Les chrétiens sont plus que jamais appelés à « faire le bien » autour d’eux, à devenir des citoyens engagés dans la cité. Pourtant, au cours des siècles, la tentation du retrait « quiétiste », opposé à l’action dite profane, demeura. Certains chrétiens croient que l’existence chrétienne implique de se détourner des préoccupations du monde présent, le considérant comme dangereux pour la foi. Pour eux, la préoccupation première et exclusive du chrétien doit être sa piété personnelle. Le retrait hors du monde est donc motivé par le désir de ne pas être corrompu par lui et d’une relation toujours plus intime avec Dieu. Mais ce désir authentique manque sa cible quand il se concentre sur soi. Si Dieu désire effectivement que les chrétiens se gardent de toute tache du monde, pour reprendre l’expression de Jacques 1.27, c’est bien aussi parce qu’il leur demande de vivre et de s’impliquer dans ce monde ! De même, une relation personnelle avec Dieu ne peut se vivre à l’écart du monde. Les exemples pourraient être nombreux. Que l’on pense simplement à William Booth, le créateur de l’Armée du Salut, à Martin Luther King, au pasteur Marc Boegner ou aux nombreux anonymes du Chambon-sur-Lignon qui, au nom de leur foi, sont venus en aide aux juifs lors de la deuxième guerre mondiale. C’est aussi en côtoyant le pauvre, l’orphelin, l’étranger, le prisonnier ou l’opprimé que nous rencontrons Christ : « Dans la mesure où vous avez fait cela à l’un de ces plus petits, l’un de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait »(2).

L’Église et la cité

Quel est le lieu de l’éthique sociale chrétienne ? Le chrétien est en effet appelé au Royaume de Dieu et ce Royaume est déjà présent, là où est le Christ, là où est l’Esprit. Mais en même temps, il n’est pas encore pleinement réalisé. L’Église, la communauté nouvelle formée par les disciples de Jésus-Christ en est déjà un avant-goût ; elle devrait en être comme un poteau indicateur. Elle est en tout cas appelée à vivre le plus pleinement possible les relations nouvelles que l’Évangile annonce. En ce sens, comme le dit Stanley Hauerwas, « l’Église est une éthique sociale »(3). Mais, en même temps, le chrétien est encore dans la cité et il est appelé à lui vouloir du bien. Témoin imparfait du Royaume, le chrétien cherche à en vivre les prémisses dans l’Église. Et ce sont les mêmes principes, adaptés à une autre situation, limités par les possibilités historiques concrètes, qui vont diriger son engagement dans la société. Il y a donc comme un double témoignage chrétien : celui de l’Église comme communauté alternative et celui des chrétiens qui sont aussi membres de la cité des hommes. Mais, pour ce double témoignage, l’inspiration profonde est la même ; seules diffèrent les possibilités d’action.

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1. Jérémie 29.7

2. Matthieu 25.40

3. Stanley Hauerwas, Le Royaume de paix, Une initiation à l’éthique chrétienne, Paris, Bayard, 2006, p.181

Commission d’éthique protestante évangélique FEEBF, UEELF, UNEPREF.

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