Le don d'organes, un devoir chrétien

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La commission Mission et Affaires Publiques de l’Église d’Angleterre se prononce sous la plume d’un évêque sur la question du don d’organes qui lui apparaît comme un devoir chrétien. Elle doit cependant respecter certaines conditions pour rester un don libre et respectueux des personnes.

Le don d'organes, un devoir chrétien

Se donner soi-même et ce qu'on possède pour le bien d'autrui, de son plein gré et sans contrainte, est un devoir chrétien dont le don d'organes est un exemple frappant. Telle est la réponse de l'Église d'Angleterre à la chambre des Lords. Le Département Mission et Affaires publiques de l'Église répondait à une enquête de la Commission de l'UE concernant le don et la transplantation d'organes : actions de politique commune au niveau européen.

« Les chrétiens – motivés par la compassion, la miséricorde, dans la mesure de leur connaissance et de leurs capacités – ont comme mission de guérir » dit cette réponse. « La tradition chrétienne affirme non seulement la valeur donnée par Dieu à la vie corporelle de l'homme mais aussi le principe de faire passer les besoins d'autrui avant ses propres besoins ».

La réponse redit l'opposition de l'Église à la vente d'organes, tout en acceptant le don d'organes sans but lucratif, librement consenti par des donneurs vivants. Elle fait valoir que, pour continuer de fonctionner, le système actuel de dons d'organes, basé sur la volonté déclarée d'être donneur, devra être appuyé par un programme de sensibilisation et d’information du public comprenant toutes les ressources nécessaires.

La réponse des chrétiens à la question de savoir si le don d'organes devrait être organisé sur la base de la volonté déclarée ou du consentement présumé au don d’organes, en l’absence de refus explicite, n’est pas unanime. Une approche basée sur la volonté déclarée du donneur éventuel, où la personne signifie son désir de donner ses organes au moment de sa mort, reflète le souci chrétien de « valoriser et d’encourager le don gratuit librement offert ». Une approche basée sur le consentement présumé « pourrait souligner le souci chrétien pour la solidarité entre les hommes et pour une vie de sacrifice au service des autres ».

Ensuite, la réponse dit qu’on doit « mettre en balance le besoin évident d’un plus grand nombre de donneurs d’organes pour pouvoir guérir plus de malades et le changement de rapports entre les personnes et l’État qu’impliquerait le passage à un système de consentement présumé ». Les auteurs de cette réponse soutiennent que, dans tous les cas, tous les états membres de l’UE devraient adopter la même approche, qu’elle soit basée sur la volonté déclarée ou sur le consentement présumé du donneur.

Le 8 octobre 2007


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Département Mission et Affaires publiques de l'Église d’Angleterre

Réponse à l’appel à témoignage reçu
de la sous-commission de la chambre des Lords
chargée de la politique sociale et de la consommation de l’UE

Enquête sur la communication de la Commission de l'UE
concernant le don et la transplantation d'organes :
actions de politique commune au niveau européen

Introduction

1. Le mandat du Département Mission et Affaires publiques de l'Église d’Angleterre est d’assister l’Église dans la formulation de réponses constructives et informées aux questions auxquelles est confrontée la société contemporaine. Le Département rend compte au Conseil des archevêques et par son biais au Synode général, parlement de l’Église d’Angleterre.

2. Le Département des affaires publiques et de la Mission se réjouit de l’occasion qui lui est donnée de répondre à l’appel à témoignage de la Commission de la chambre des Lords concernant le don et la transplantation d’organes. Nous voudrions surtout que nos réponses soient considérées comme traitant des interrogations qui peuvent découler d’un point de vue religieux, même si elles répondent largement aux questions évoquées dans la première partie de votre appel à témoignage. Nous tenons à souligner que la foi chrétienne représente une motivation positive pour le don d’organes et une incitation forte à être donneur pour de nombreuses personnes.

Le consentement au don d'organes

3. Pour les chrétiens, les actes de compassion font partie du don de soi que Dieu requiert de nous. Le Christ est le modèle par excellence du don de soi. Se donner soi-même ainsi que ce qu'on possède pour le bien d'autrui, de son plein gré et sans contrainte, est un devoir chrétien.

4. Les chrétiens – motivés par la compassion, la miséricorde, dans la mesure de leur connaissance et de leurs capacités – ont comme mission de guérir.

5. La tradition chrétienne affirme non seulement la valeur donnée par Dieu à la vie corporelle de l'homme mais aussi le principe de faire passer les besoins d'autrui avant ses propres besoins. Le don d'organes en est un exemple frappant.

6. La réponse des chrétiens à la question de savoir si le don d'organes devrait être organisé sur la base d’un système qui requiert le consentement déclaré du donneur, de son vivant, ou sur celle de son consentement présumé, en l’absence de refus explicite, n’est pas unanime. Le système basé sur la volonté déclarée du donneur reflète le souci chrétien de valoriser et d’encourager le don gratuit librement offert. Une approche basée sur le consentement présumé souligne le souci chrétien de la solidarité entre les hommes et pour une vie de sacrifice au service des autres. Notre souci est également de comprendre de telles questions morales dans un contexte social et politique plus large et ici, on doit mettre en balance le besoin évident d’un plus grand nombre de donneurs d’organes pour pouvoir guérir plus de malades et le changement de rapports entre les personnes et l’État qu’impliquerait le passage à un système de consentement présumé.

Accords commerciaux en vue du don d'organes

7. Vendre des organes pour un gain ne pourra jamais résulter d'une éthique chrétienne. Cela brouille la notion de l'organe comme don et le transforme en marchandise.

Donneurs vivants

8. Cependant, le don altruiste d'organes par un donneur vivant découlerait d'une éthique chrétienne, à condition qu'il soit librement consenti, sans but lucratif et surtout qu'il ne nuise pas au donneur vivant. Le fait que l'organe puisse être donné de façon anonyme à un receveur inconnu et non apparenté au donneur ne fait qu'accroître le don de soi du donneur.

Sensibiliser le public

9. Si l’on devait poursuivre le système actuel de dons d'organes basé sur la volonté déclarée d'être donneur il faudrait l’appuyer par un programme de sensibilisation et d’information du public comprenant toutes les ressources nécessaires.

Respect des morts

10. Notre expérience en tant que pasteur à l'époque des enquêtes de Bristol et d'Alder Hey(1) nous a montré que le corps revêt une importance cruciale pour les parents et amis endeuillés. Il y a eu de nombreuses demandes d'obsèques pour des éléments du corps d'enfants qui avaient déjà été enterrés. Le corps doit être respecté et la continuité entre la vie et la mort qui se voit dans la façon de traiter le corps est très importante. Dans l'idéal, au moment de l'enterrement ou de la crémation, le corps doit manifestement être celui de la personne décédée.

11. Cependant, même si les éléments du corps humain doivent être traités avec un grand respect, ils ne doivent pas être confondus avec le ou la défunt(e). La meilleure façon d'exprimer ce respect est peut-être d'utiliser les éléments du corps humain uniquement et toujours pour guérir des malades. Le prélèvement d'organes ne devrait jamais violer cette continuité ni causer une détresse inutile aux personnes endeuillées.

12. Il est extrêmement important d'être clair sur le moment de la mort, particulièrement lorsqu'il y a pression pour maintenir les organes en état de fonctionnement jusqu'au prélèvement. Encore une fois, cela est primordial pour les proches du défunt.

Organisation à l'échelle européenne des services de transplantation

13. Nous accueillons favorablement la possibilité d'une organisation à l'échelle européenne des services de transplantation d'organes, à condition qu'un juste système puisse être élaboré : les états membres devront s'assurer qu'il y a un équilibre entre les organes disponibles et ceux dont les citoyens de leur pays ont besoin pour les transplantations, faute de quoi certaines nations seront mises en péril et se trouveront en plus mauvaise posture qu'avant. Par exemple, tous les états membres devraient adopter la même approche du consentement, qu’elle soit basée sur la volonté déclarée ou sur le consentement présumé du donneur.

Le 4 octobre 2007

1. En 1998, on a découvert que certains membres du personnel d'un hôpital de Bristol gardaient le cœur de patients décédés lors d'interventions chirurgicales sans y être autorisés. Peu de temps après, un scandale similaire a éclaté à l'hôpital pour enfants Alder Hey à Liverpool. Ces faits ont donné lieu à des enquêtes officielles.

Évêque de Southwark, Vice-président du Département Mission et Affaires publiques.

*Note : traduction de la rédaction.

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