Culture et communication de l'Évangile

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Comprendre les spécificités de la culture française afin de pouvoir communiquer l’Évangile à nos contemporains, d’une manière appropriée et adaptée à leur vision du monde, tel est le souci de David Brown depuis qu’il est venu s’installer en France. Pendant plus de quatre décennies il est impliqué dans l’évangélisation, l’implantation de nouvelles Églises, et l’encadrement des groupes bibliques universitaires. Ces expériences sur le terrain l’ont amené à développer « les Passerelles », un concept et des matériels pour entamer un dialogue autour des questions préalables à la foi chrétienne.
Voici le premier volet d’une série de deux articles, consacrés à la culture en France aujourd’hui, et à l’articulation du message biblique dans un tel contexte. Cet article contient de larges extraits du livre « Servir à nos Français » (Éditions Farel, 2010), dans lequel il aborde le même sujet(1).

Culture et communication de l'Évangile

Afin d’envisager une approche missiologique de la culture française, en vue de la communication de l’Évangile, il est nécessaire de comprendre d’abord le sens de ce mot « culture » car il est polysémique et parfois ambigu.

La Bible retrace le début de la civilisation dans Genèse 4.16-26. Au début de ce texte, Caïn s’éloigne de la face de Dieu, condamné à être « errant et vagabond sur la terre » suite au meurtre qu’il avait commis à l’encontre de son frère Abel. Il s’établit loin de sa famille, à l’orient d’Eden. Dans les versets qui précèdent le texte cité, nous lisons que Caïn avait refusé la repentance : il s’éloigne de la face de Dieu, ce qui est à la fois sa punition et son choix. Caïn s’efforce donc de « réussir son autonomie », ce qui consiste à bâtir une vie de groupe sans Dieu.

Il s’agit donc dans ce texte des débuts de la civilisation. Le péché est bien entré dans le monde, mais les êtres humains n’en accomplissent pas moins une partie des projets de Dieu – toutefois d’une façon tordue, ce qui reflète la situation anormale du monde depuis la chute.

Quel est ce projet de Dieu pour l’humanité ? C’est ce que des théologiens appellent le « mandat culturel », mission qui trouve son origine dans Genèse 1.28 : « Dieu les bénit et Dieu leur dit : Soyez féconds, multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. Dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel et sur tout animal qui rampe sur la terre. » (version à la Colombe).

« Le mandat culturel » est une expression bien choisie pour qualifier la tâche des humains, car c’est un terme polyvalent, qui reflète les trois usages du mot « culture » :
1) Tout d’abord la culture nous fait penser à l’activité agricole. Le terme « cultiver » se trouve dans Genèse 2.15 : « l’Éternel Dieu prit l’homme, et le plaça dans le jardin d’Eden pour le cultiver et pour le garder ». Autrement dit, au lieu de seulement s’adapter à son environnement, en se limitant à une seule niche écologique, l’homme adapte l’environnement à son usage. Le travail de gestion de la terre est un privilège magnifique (Ps 104.23-24).

2) Ensuite, la culture nous fait penser aux habitudes de vie d’un groupe d’être humains. Cela découle du travail agricole car il s’agit d’une activité sédentaire et qui se vit le plus souvent comme une entreprise à caractère collectif. Cette disposition favorise la multiplication de la population en vue de remplir la terre, ce qui est à la base du mandat culturel. Cette vie de groupe donne naissance à une culture.

3) En troisième lieu, le mot “culture” s’utilise aussi dans le sens de tout ce qui est artistique, créatif, non nécessaire. On peut survivre en mangeant et en travaillant, en faisant des enfants, mais l’imagination et la créativité rend la vie tellement plus intéressante. La culture artistique concerne à la fois ce qui est beau et ce qui nous permet de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons. Elle ouvre des perspectives inattendues.

Malgré la peine de son travail (Gn 3.17-19) et tous les dysfonctionnements qui altèrent ce que Dieu a appelé « très bon » (Gn 1.31), le mandat culturel subsiste, et les êtres humains continuent à accomplir de belles choses.

En poursuivant la lecture de Genèse 4, nous voyons ces différents aspects de la culture se mettre en place.

Aux versets 17-18, Caïn bâtit une ville (on dirait peut-être un hameau de nos jours). La société s’organise et les familles s’agrandissent. Dans une ville il faut des règles de vie pour permettre ce que l’on appelle aujourd’hui le vivre-ensemble. Dans pratiquement toutes les civilisations et à toutes les époques on a réprimé le mal et honoré le bien, autant de réminiscences de l’homme créé à l’image de Dieu. La conscience individuelle reste plus ou moins vive, mais la société cherche néanmoins la justice et le bien. Dans le Nouveau Testament, Romains 13 est un remarquable exposé de cette situation. Mais n’oublions pas que ce vivre-ensemble n’est pas évident dans un monde anormal, et que les autorités ont bien besoin de nos prières (1 Tm 2 v1-2).

Un exemple – et non des moindres – c’est de voir l’une des institutions de la société, le mariage, mis à mal (v.19). Pratiquement dès les temps anciens nous voyons s’installer des pratiques non conformes à l’intention de Dieu. Dans Genèse 2.23-24, nous lisons que l’homme et la femme deviendront une seule chair, norme soulignée par Jésus dans Matthieu 19.4-5. Néanmoins Lémec prend deux femmes : c’est le début de la pratique contestable de la polygamie.

C’est à cette époque que l’on constate l’inévitable organisation de cette vie en communauté (v 20-22). Dans la société, chacun devient « spécialiste ». Plus la ville est grande, plus on a besoin de compétences et de savoirs particuliers dans des domaines précis. Ici on trouve donc des bergers, des musiciens et ceux qui travaillent le métal. Nous avons donc les trois sens de la culture mentionnée plus haut – l’agriculture (par extension l’élevage), la civilisation (la société qui s’organise) et la culture artistique (les instruments de musique).

Redisons-le clairement : il n’est pas nécessaire d’être chrétien pour avoir des compétences, des aptitudes, des dons au niveau technologique et artistique, et tout le monde en profite largement. Le problème évoqué par les déclarations orgueilleuses de Lémec (v.23-24), c’est l’usage que la société fait de ces compétences – forger le métal conduit inévitablement à la fabrication d’armes. Les hommes ont su gérer leur environnement, mais pas eux-mêmes.

Fort heureusement, ce chapitre termine sur une note plus positive (v.25-26). Un autre enfant d’Adam et Ève du nom de Seth engendre un enfant qui s’appelle Enosch : c’est alors, selon le texte biblique, que l’on commença à invoquer Dieu. C’est la lueur d’espoir à la fin de ce chapitre. L’étymologie du mot culte nous renvoie encore à la racine « culture » ! Les êtres humains cherchent à cultiver une relation avec Dieu. Nous sommes donc devant un quatrième élément incontournable de la culture.

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Secrétaire général des GBU (Groupes Bibliques Universitaires) et pasteur de l’Église Protestante Évangélique de Paris-Villiers (Paris 17ème)

1. Le titre de ce livre est tiré d’une phrase de Jean Calvin que l’on trouve dans son Épître au roi François 1er, qui sert de préface à l’Institution de la Religion Chrétienne : « Mon propos était d’enseigner quelques rudiments, par lesquels ceux qui seraient touchés de quelque bonne affection de Dieu fussent instruits à la vraie piété. Et principalement je voulais par ce mien labeur servir à nos Français : desquels j’en voyais plusieurs avoir faim et soif de Jésus-Christ, et bien peu qui en eussent reçu droite connaissance. »

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