L’apparition plus fréquente de couples interculturels est en train de devenir une réalité dans nos Églises protestantes et évangéliques urbaines. Les statistiques nationales montraient que, sur un total de 245.151 mariages en 2009, 31.606 étaient des couples dont l’un des époux avait la nationalité française et l’autre ne l’avait pashttp://www.ined.fr/fr/pop_chiffres/france/mariages_divorces_pacs/mariages_mixtes/ Ces statistiques ne tiennent pas compte des nombreux mariages franco-étrangers célébrés à l’étranger.">(1). Le sujet de ce chapitre est une introduction à la préparation au mariage interculturel. D’abord, il faut rappeler combien la préparation d’un mariage – qu’il soit interculturel ou non – est importante, car on l’a trop souvent considérée comme secondaire. Si ce temps mis à part est pertinent pour un jeune couple, il l’est, encore plus, dans le cadre d’une union interculturelle, c’est-à-dire, entre deux personnes de cultures différentes. Car cette préparation doit se faire, avant tout, sur le mode préventif. Elle permet d’anticiper certains problèmes avant qu’ils ne surgissent, et elle aide le jeune couple à mieux se connaître. Après avoir rappelé quelques principes sur l’importance de la préparation au mariage, nous voulons étudier la spécificité des mariages interculturels.
Les objectifs de la préparation au mariage
Des psychologues affirment que la préparation au mariage est importante pour, au moins, quatre raisons. D’abord, elle peut être un frein pour le couple et les sentiments qu’il exprime, et lui laisser ainsi plus de temps pour la réflexion. Ensuite, cette préparation et le temps que le couple lui consacrera permettra aux futurs époux de comprendre l’importance du mariage. Ce temps de préparation montrera aussi au couple que, si un jour, il lui arrivait d’avoir besoin d’un conseil ou d’une aide, cela serait possible, car des personnes expérimentées seraient là. De plus, cette préparation au mariage peut servir d’atelier pour une formation aussi bien à l’écoute qu’à la communication(2). Enfin, la préparation au mariage, c’est l’occasion pour un pasteur de donner un enseignement biblique sur le mariage, d’évaluer le degré de maturité de chacun au sein du couple en vue du mariage, la possibilité d’explorer des sujets difficiles, voire même douloureux, enfin d’organiser la cérémonie, elle-même.
Un enseignement sur le mariage
Peu de couples demandent spontanément une préparation au mariage ; ils demandent, en général, une belle cérémonie ! Mais il est essentiel de rappeler au jeune couple l’importance du mariage, acte solennel devant Dieu et les témoins réunis. Il est aussi utile de rappeler à de jeunes fiancés, les conséquences du mariage et d’aider le couple à nourrir et à construire son mariage, au quotidien. La Bible est une aide importante à ce sujet, car elle souligne la portée du mariage et ses effets. Le couple est comparé à la relation que Christ a établie avec son Église.
Évaluer la maturité en vue du mariage
Même si le contact avec l’autre nous permet de mûrir au sein du mariage, il est préférable que chacun ait déjà acquis, au préalable, une certaine maturité ainsi que le sens des responsabilités, avant d’envisager le mariage. Cela inclut un désir de partager, et de faire des compromis à l’intérieur au sein du couple, de rechercher le bien-être de l’autre et de pouvoir faire face aux problèmes de manière honnête, en mettant tout en œuvre pour trouver des solutions adaptées.
Il est important aussi, de poser certaines questions au couple : pourquoi veut-il se marier ? Qu’espère-il de ce mariage, et sur quoi ses attentes sont-elles fondées ? Quels sont les points communs et les différences au niveau de la foi, de l’âge, de l’origine ethnique ou du niveau social ? Quel sera le rôle de chacun au sein du mariage ? Ce type de question est utile, et permet d’évaluer la maturité de chacun, avant qu’il se marie. Lors de la préparation au mariage, le jeune couple doit évaluer ses points forts aussi bien que ses points faibles, ses valeurs, ses préjugés, et son engagement dans la foi. Il peut être utile de demander au couple de lire des livres sur le mariage, ou même de lui remettre, quand cela est possible, certains tests de personnalité(3).
Explorer les sujets difficiles et potentiellement conflictuels
Même si les fiancés semblent avoir une bonne relation, une période d’adaptation sera nécessaire. La façon de gérer l’argent du foyer, la pression et les attentes des belles-familles, les centres d’intérêts non partagés, les amis différents, des opinions politiques opposées sont des sources potentielles de tension dans le couple. L’un des intérêts de la préparation au mariage est d’explorer les sujets qui pourraient nuire à l’harmonie du couple, et de l’aider à exprimer ses craintes.
Organiser le mariage
Un autre avantage de cette préparation consiste à aider le couple dans l’organisation de la cérémonie. La personne accompagnant le couple dans la préparation de son mariage va l’informer des dispositions à prendre sur le plan légal, ainsi que des démarches à entreprendre. En outre, cette personne aidera le couple à régler les détails de la cérémonie, et même à l’encourager dans la « maîtrise » du budget qui lui sera consacré. Il est bien triste de constater que certains couples vont jusqu’à s’endetter pour leur cérémonie de mariage, avant même qu’ils ne se soient mariés !
Qu’est-ce qu’un mariage interculturel ?
Dans un passé encore assez proche, l’expression utilisée était : « mariage mixte ». Elle désignait, selon les dictionnaires jusqu’à la fin des années 60, une union entre un Catholique et une personne qui ne l’était pas. En 1994, le dictionnaire Petit Robert a fait un ajout de 6 lignes à sa définition des « mariages mixtes » y ajoutant une différence sur la base de la race des époux ou de leur nationalité(4). Si la différence religieuse peut toujours être utilisée dans le terme « mariage mixte », la race et la nationalité sont des critères possibles de mixité qui y sont ajoutés. Cette évolution de la définition des mariages mixtes nous appelle alors à être prudent : lorsqu’une personne utilise le terme « mariage mixte », à quoi fait-elle vraiment référence ? À un mariage interconfessionnel ou à une union entre personnes de cultures ou de nationalités différentes ?
Albert Jacquard écrit : « Pour moi généticien, je m'aperçois que je ne peux pas dire ce qu'est un mariage mixte, car par nature un mariage dans notre société est mixte, puisque les deux individus qui y participent sont particulièrement différents. L'un appartient au sexe masculin, et l'autre au sexe féminin. La vraie mixité, la véritable distance, elle est là »(5). Tout couple est donc mixte par définition, dans la mesure où il comporte deux personnes non identiques. De plus, si le mariage peut être considéré comme mixte sur certains facteurs (tel qu’une exogamie ethnique), le couple lui-même peut se considérer comme homogame par rapport à d’autres facteurs, tels que le niveau d’études, la classe sociale ou certaines valeurs partagées.
Les sociologues sont loin d’un consensus sur la définition du mariage mixte, certains rejetant la validité de cette expression(6). En effet, le terme de mariage mixte implique une non-conformité à une norme sociale existante, qui ne peut que dépendre de la société dans laquelle on vit. L’utilisation du terme « mixte » peut dépendre ainsi largement des associations d’idées que l’on y raccorde. Il faudra définir quelles sont les différences qui seront toujours assez arbitraires. Célébrer un mariage entre deux personnes originaires d’un même pays en Afrique par exemple, mais d’ethnies différentes, n’est-ce pas déjà là un mariage mixte ? Ou alors, pour revenir à notre Hexagone, un mariage entre une Alsacienne et un Corse, ne serait-il pas un mariage mixte avec des spécificités culturelles, pouvant se manifester de façons très pratiques (et fortes !) dans le quotidien de la vie d’un tel couple ? Que dire des mariages entre fils ou filles d’immigrés de deuxième ou troisième génération, qui ne font pas partie des statistiques officielles car ils sont naturalisés ?
Peut-être vaudrait-il, alors, mieux parler de couples « interculturels » plutôt que de couples mixtes, même si ce premier terme n’est jamais utilisé de manière officielle. C’est la différence culturelle entre époux, plus que la différence religieuse (même si une religion peut être, d’une certaine façon, culturelle), qui nous intéressera dans notre étude aujourd’hui.
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