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Pièges et joies de la communication interculturelle

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Pièges et joies de la communication interculturelle

Un soir, tard, j'étais seul dans le métro de Paris. Dans mon wagon il n’y avait que deux personnes, moi et un jeune homme assis en face de moi. Je me sentais mal à l’aise à cause de son comportement. Après un moment, il m’a dit : « Pouvez-vous me donner un peu d’argent ? » J’ai répondu « non » en souriant. Il a répété la demande et j’ai répété ma réponse. Ensuite il s’est mis en colère contre moi. Je lui ai dit : « Pourquoi êtes-vous en colère ? » Il a répondu : « C’est parce que votre parole dit non mais votre sourire me dit oui. Je suis frustré. Quelle est la réponse que vous voulez me donner ? » J’ai appris une leçon de communication interculturelle ce soir-là !

Dans son livre Quartiers Sensibles, Azouz Begag, ancien ministre délégué à la Promotion de l’égalité des chances, a dit ceci : « Avoir son mot à dire et être entendu : sentiment primordial dans le jugement qu’on peut avoir de soi-même »(1). Si la communication joue un rôle important dans notre perception de nous-mêmes, elle joue un rôle important aussi dans la perception que nous avons de notre place dans l’Église.

Mais plus encore, la communication est le fondement des relations interpersonnelles. Sans communication il n’y a pas de relation. Les mots « communion », « communication », « communauté » ont la même racine – du latin communio qui signifie une relation entre au moins deux personnes(2). La communication implique deux sens : parler et écouter. Comment sait-on qu’on a été entendu ?

L’Église de Jésus-Christ est une communauté basée sur les bonnes relations interpersonnelles dans l’amour réciproque. C’est l’harmonie, la paix et la joie qui doivent régner ! La Bible parle beaucoup de notre communication les uns avec les autres. Il y a des versets qui parlent de notre bouche, nos lèvres, notre langue, etc.

 « Mais en disant la vérité avec amour... » (Éphésiens 4.15).
 « Le cœur du sage donne à sa bouche (de s’exprimer avec) discernement et l’accroissement de son savoir paraît sur ses lèvres. Les discours agréables sont un rayon de miel, douceur pour l’âme et remède pour le corps » (Proverbes 16.23-24).
 « Que votre parole soit toujours accompagnée de grâce, assaisonnée de sel, afin que vous sachiez comment vous devez répondre à chacun » (Colossiens 4.6).
 « Celui qui répond avant d’avoir écouté, voilà bien pour lui stupidité et confusion ! » (Proverbes 18.13).

Nous ne devons jamais sous-estimer l’importance de la bonne communication dans nos communautés évangéliques. Plus il y a une présence pluriculturelle dans l’Église, plus nous devons comprendre la complexité de la communication interculturelle pour une bonne communion fraternelle.

La communication veut faire comprendre un message. Dans la communication interculturelle, le problème qui se pose est que le message de celui qui parle n’est pas toujours entendu et compris avec la même signification. À qui de faire l’effort supplémentaire pour assurer une bonne communication ? C’est à nous tous ! Bien sûr à celui qui parle et à celui qui écoute, mais aussi à nous qui sommes témoins des malentendus. À nous d’intervenir pour aider les deux interlocuteurs à mieux se comprendre.

La communication peut prendre plusieurs formes : écrite, orale, verbale, non-verbale, etc., et sa signification est influencée par le contexte, la culture, les expériences, etc. L’objectif de notre communication est d’établir, de maintenir et d’améliorer de bonnes relations interpersonnelles. Pourtant, bien souvent, nos communications interculturelles créent malgré nous et de façon non-intentionnelle, de la confusion, des malentendus, des déformations, des soupçons, de la méfiance, et même des offenses, des blessures, des hostilités et des relations rompues. Les bonnes intentions ne suffisent pas et n’excusent pas !

Cinq barrières

Le livre Exploring Culture(3) énumère cinq barrières potentielles à la bonne communication interculturelle : la langue, la communication non-verbale, les stéréotypes, la tendance à juger et le stress.

- La langue et la culture sont inséparables. La langue véhicule une culture. De par la culture on sait ce qu’il faut dire, comment et quand, où et pourquoi. Le contexte est aussi déterminant. Savoir parler une langue étrangère sans les connaissances de la culture produit bien des malentendus. 
- La communication non-verbale est notre manière de communiquer sans paroles. Les formes de communication non-verbales sont les gestes, les expressions du visage, le positionnement dans l’espace entre individus, le toucher, les yeux, le silence, l’apparence, le choix des vêtements, etc. Ces messages non-parlés sont si automatiques et inconscients que nous pouvons insulter la personne d’une culture différente sans le savoir et se sentir offensés sans comprendre pourquoi.
- Les stéréotypes nous disposent à une certaine compréhension des gens. Si nous pensons que les gens de la culture « X » sont malhonnêtes, nous avons tendance à interpréter leurs communications de manière soupçonneuse.
- Notre tendance naturelle est de juger comme bon ou mauvais le comportement des autres selon les critères de notre propre culture. Nous ne prenons pas en compte le fait que d’autres cultures puissent avoir des normes différentes.
- Le stress est souvent là lors des échanges interculturels car il y a du non-familier et de l’ambigüité. Pour cette raison, la tendance est d’éviter de tels échanges.  

Face à ces barrières, nous devons toujours faire l’effort de clarifier l’intention derrière une communication et de vérifier qu’une communication a été comprise correctement. Nous devons faire l’effort d’apprendre les différences culturelles qui affectent la communication interculturelle. Nous devons prendre conscience de notre communication non-verbale et y faire attention. Nous devons éviter les stéréotypes et préjudices. Nous devons suspendre nos jugements afin de comprendre le comportement de l’autre et lorsque nous nous sentons offensés nous devons chercher à comprendre pourquoi, tout en sachant que, probablement, l’autre ne cherchait pas à nous offenser et n’est pas conscient de l’avoir fait.

...

1. Azouz BEGAG et Christian DELORME, Quartiers sensibles, Paris, Editions du Seuil, 1994, p.87.

2. Lianne ROEMBKE, Building Credible Multicultural Teams, Bonn, Allemagne, VKW, 1998, p. 24.

3. Gert Jan HOFSTEDE, Paul B. PEDERSEN et Geert H. HOFSTEDE, Exploring Culture: Exercises, Stories and Synthetic Cultures, Yarmouth, ME, Intercultural Press, 2002, p. 17-20.

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