(R)animer l’étude de la Bible dans l’Église Deuxième partie : préparer et animer une étude biblique

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Si la première partie de cet article était consacrée à réinvestir la dimension communautaire de l’étude biblique (Cahiers N°92) la deuxième posera la question : comment faire pour bien faire ?
Quel équilibre viser entre animation interactive et apport substantiel d’un enseignement bien préparé ? Et comment bien se préparer ? Fort de son expérience pastorale et d’une compétence d’exégète, Timothée Minard nous livre ici des pistes utiles ainsi qu’un certain nombre de ressources bibliographiques actualisées. Avant de réfléchir aux clefs d’une animation de groupe réussie, il balise pour nous les étapes à ne pas manquer dans cette préparation pour viser une bonne compréhension du texte et une pédagogie dynamique.

(R)animer l’étude de la Bible dans l’Église Deuxième partie : préparer et animer une étude biblique

Après avoir rappelé l’importance de l’étude de la Bible dans l’Église et précisé que l’étude communautaire pouvait prendre diverses formes pourvu que la Bible soit lue et étudiée ensemble, je m’intéresserai ici à la forme la plus courante de l’étude biblique : celle qui réunit un groupe de croyants pour une rencontre uniquement consacrée à l’étude de la Bible. Cet article s’adresse principalement à ceux qui ont la charge de préparer et de présider ce type de rencontre. Je leur proposerai quelques points méthodologiques pour la préparation et l’animation d’une étude biblique. Je rappellerai également quels sont les outils utiles pour les aider dans cette tâche.

Enseigner ou animer ?


Autrefois, l’étude biblique consistait généralement en un enseignement magistral. Les participants n’étaient alors que de simples auditeurs éventuellement autorisés à poser quelques questions à la fin de l’exposé de l’enseignant. On préconise aujourd’hui l’interactivité : ce sont les participants qui « font » l'étude biblique ; parce qu’on apprend mieux en faisant qu’en écoutant ! D’un point de vue pédagogique, cette évolution est heureuse. Toutefois, certains modèles d’« animation biblique » réduisent la place de l’enseignant à celui d’un animateur dont l’unique rôle est d’orienter ou de modérer une discussion autour de la Bible. Malheureusement, en faisant cela, ce type d’animation biblique laisse très peu de place à des questions peut-être plus techniques mais pourtant essentielles à la compréhension du texte. Le modèle classique permettait d’apporter aux participants des informations sur le contexte littéraire ou historique, ou d’autres clés d’interprétation qu’ils ne pouvaient généralement pas deviner ou trouver par eux-mêmes.
L’étude biblique « idéale » est probablement un compromis entre ces deux modèles. Dans la première partie de mon étude, j’avais proposé une définition de l’étude de la Bible dans l’Église qui me semblait bien correspondre à l’ensemble des indications bibliques : « Il s’agit d’un enseignement placé sous la conduite du Saint-Esprit, sous la responsabilité d’un enseignant, laissant la place à chacun pour s’exprimer, et donnant la possibilité d’une réponse communautaire à la Parole de Dieu ».(1)
D’après cette définition, celui qui dirige l’étude biblique doit donc être, à la fois, un enseignant capable d’apporter un éclairage utile pour la compréhension du texte, et un animateur invitant chacun à s’exprimer. La forme de l’étude biblique idéale n’est donc pas celle d’une animation biblique, ni d’un cours magistral, mais plutôt celle d’un enseignement interactif.
La préparation d’une étude biblique comportera donc deux aspects : une étude sérieuse du texte par l’enseignant, et une réflexion sur l’animation de la rencontre.

A.    Choisir et délimiter le passage biblique


À moins de suivre un programme d’études bibliques déjà établi, le choix du texte est souvent la première problématique à laquelle l’enseignant doit faire face. Ce choix dépendra en grande partie du cadre dans lequel se déroule l’étude biblique.

  • Si l’étude biblique s’adresse à des enfants, des ados ou à des nouveaux convertis, on choisira de préférence des textes clés pour la compréhension de l’Écriture : je pense aux récits de la création et de la chute, à ceux de Noé, d’Abraham, de Moïse ou de David, quelques textes importants concernant la vie et l’œuvre de Jésus-Christ, sur l’Église ou le Saint-Esprit, ou encore sur l’espérance chrétienne. La sélection proposée par l’application web « E100 : la Bible en 100 textes essentiels » (defi-e100.fr) est judicieuse, et peut servir de point de départ.
  • Si l’étude biblique s’adresse à l’ensemble de la communauté dans toute sa diversité, on pourra alterner l’étude de textes connus, afin de rappeler les bases, et de textes plus rarement étudiés, afin d’entraîner chacun à lire l’Écriture dans son ensemble.


Les séries TV étant à la mode, on peut éventuellement se lancer dans une série d’études bibliques. Cela permet une continuité et peut favoriser la fidélité : on ne veut pas rater un épisode de sa série préférée !

  • La série peut consister en une lecture suivie d’un livre de la Bible. Cela permettra d’aller un peu plus en profondeur dans l’étude et d’aborder plus facilement des questions d’introduction au livre biblique ou montrer comment étudier un texte dans son contexte
  • La série peut consister en l’étude d’une thématique dans la Bible, chaque rencontre étant consacrée à l’étude d’un texte sur cette thématique (p. ex. « Masculin et féminin dans la Bible » ; « L’amitié dans la Bible » ; « Maladie et guérison » ; « Qui est le Saint-Esprit ? »). On peut ainsi, au fil d’un parcours qui comportera des textes de l’Ancien et du Nouveau Testament, découvrir les richesses de l’ensemble de l’Écriture sur une question ou une thématique donnée. 


Une fois le texte choisi, comment le délimiter ? Nos Bibles découpent généralement le texte biblique en paragraphes. Ces découpages sont une bonne indication pour délimiter le passage biblique qui sera étudié. Toutefois, toutes les Bibles ne découpent pas le texte de la même manière. On vérifiera donc systématiquement ce qui précède et ce qui suit le texte étudié, en se demandant si la lecture de quelques versets supplémentaires peut s’avérer utile pour la compréhension du texte. Même si l’étude se concentre sur un passage donné, lire ce qui précède ou ce qui suit permet de situer le texte dans son contexte.

B.    Comprendre le texte


Je ne vais pas ici détailler outre mesure la manière dont il convient d’étudier le texte biblique. D’autres l’ont très bien fait(2). J’en rappellerai simplement les étapes importantes. J’accompagnerai ma présentation de quelques références et outils qui peuvent s’avérer utiles pour l’exégèse. Car, même s’il maîtrise le grec et l’hébreu biblique, le pasteur n’a généralement pas le temps de faire une exégèse détaillée du texte qu’il va étudier. Heureusement pour lui (et pour ses paroissiens !) d’autres, souvent plus compétents que lui, ont fait le travail avant lui.

1ère étape : Établir le texte original
En tant qu’évangéliques, nous affirmons l’autorité et l’inerrance de l’Écriture que nous considérons comme Parole de Dieu. Toutefois, ce n’est pas la traduction Segond 1910 qui fait autorité, ni même les manuscrits grecs de la tradition byzantine (appelée parfois « texte reçu »), mais bien les manuscrits originaux (ou « autographes ») des livres qui forment notre canon biblique(3). Le but de l’étude biblique est de pouvoir comprendre ce que veut dire le texte original. Par conséquent, une fois le passage biblique choisi, il conviendra de vérifier que le texte français que nous avons sous les yeux reflète bien le texte original. Cette précaution est indispensable pour éviter de mettre l’accent sur un mot ou un verset qui serait en réalité absent du texte original.
Comme nous ne disposons pas des manuscrits originaux, et que nous ne sommes pas tous des spécialistes de la critique textuelle, quelques précautions d’usage suffiront généralement :

  1. Vérifier que les versets étudiés sont bien présents dans le texte original. Certains versets longtemps présents dans nos Bibles sont aujourd’hui considérés comme très probablement absents du texte original. C’est le cas, par exemple, du récit de la femme adultère dans Jean 8 ou de la fin de l’Évangile de Marc (Mc 16.9-20). Ailleurs, les incertitudes ne concernent généralement que quelques mots au sein d’un passage, comme l’absence probable de la confession de foi de l’eunuque éthiopien (Ac 8.37) dans le texte original des Actes. Les traductions récentes signalent ces difficultés : soit en plaçant le texte entre crochets, soit en le déplaçant en note de bas de page.
  2. Vérifier que les versets étudiés ne contiennent pas de difficulté majeure de critique textuelle. Pour certains passages de la Bible, la reconstitution du texte original pose des difficultés importantes, de telle sorte que les spécialistes hésitent fortement entre une ou l’autre variante que l’on retrouve dans les manuscrits anciens. Les Bibles d’études récentes proposent normalement une note lorsque la reconstitution du texte original est incertaine. De tels problèmes de critique textuelle ne peuvent pas être ignorés : par souci d’honnêteté, il conviendra au moins de mentionner le doute qui peut exister quant au texte original de tel passage. Heureusement, les incertitudes concernent de rares passages de la Bible et, dans l’immense majorité des cas, le texte servant de base à nos traductions bibliques est une reconstitution fiable du texte original.


Outils :
-    Ceux qui lisent l’hébreu et le grec pourront consulter les éditions critiques de référence :
o    Pour l’Ancien Testament, la Biblia Hebraica Stuttgartensia (BHS) ou la Biblia Hebraica Quinta (BHQ) plus à jour.
o    Pour le Nouveau Testament, le Novum Testamentum Graece (NA28) a l’appareil critique le plus complet, mais The Greek New Testament (GNT) dont la cinquième édition vient d’être publiée, a l’avantage d’être plus facile à lire et de ne proposer que les variantes significatives.
-    La simple consultation d’une Bible d’étude récente suffira généralement à cette étape : celle-ci signalera les problèmes majeurs de critique textuelle. Mentionnons-en quelques-unes parmi les plus récentes, en allant de la plus abordable à la plus technique :
o    La Bible avec notes d’études Vie Nouvelle (Segond 21) traduit les notes de Life Application Bible, réalisées par une équipe évangélique interdénominationnelle. Les notes sont de qualité et faciles d’accès même pour des débutants.
o    La Bible d’étude version Semeur 2000 propose des introductions et notes d’études explicatives abordables. Les notes ont été réalisées par des biblistes évangéliques francophones. Elle est disponible sous forme d’application web sur mobible.co.
o    La Bible TOB avec notes intégrales a été réalisée par une équipe de biblistes œcuméniques. C’est un ouvrage de bonne qualité, relativement technique, mais proposant parfois une interprétation critique du texte biblique.
o    La Nouvelle Bible Segond, édition d’étude, s’adresse plutôt à des habitués de la Bible. Ses notes, rédigées par des biblistes protestants francophones, sont plus techniques mais, comparées à la Bible du Semeur, elles sont plus neutres en ce qui concerne l’interprétation. La version numérique est téléchargeable gratuitement sur bible-etude-segond.com ou sur les tablettes ou smartphones via l’application YouVersion.

2ème étape : Lire le texte original
Une fois le texte original établi, il convient de le lire. Celui qui lit le grec ou l’hébreu pourra le faire directement à partir d’une édition de l’Ancien Testament en hébreu ou du Nouveau Testament en grec, consultant si besoin ses dictionnaires de grec et d’hébreu bibliques. L’utilisation d’un logiciel biblique pourra lui permettre de gagner du temps à cette étape. Une fois le texte lu dans sa langue originale, il conviendra de le relire dans une ou plusieurs traductions françaises, pour confronter sa compréhension à celle des meilleurs traducteurs.


Celui qui ne lit pas les langues bibliques, devra impérativement lire le passage dans...

1. Ibid., p. 28

2. Sur ce sujet, l’ouvrage de Valérie Duval-Poujol, 10 clés pour comprendre la Bible (Paris, Empreinte temps présent, 2011) est concis, précis et éclairant.

3. La notion de « texte original » est remise en cause par certains spécialistes principalement pour deux raisons : (1) certains livres (par ex. le Pentateuque ou les évangiles synoptiques) seraient le fruit de plusieurs couches rédactionnelles et il est donc difficile de savoir ce qu’on appelle « texte original » ; (2) pour certains livres ou passages bibliques (par ex. Jérémie), les témoins anciens du texte sont si différents que les spécialistes doivent se résoudre à l’affirmation de l’existence de deux versions différentes d’un même livre. À mon avis, il est important de conserver la notion de texte original pour désigner la rédaction finale des livres bibliques : le travail d’un rédacteur n’est pas celui d’un copiste ! Les auteurs bibliques ont pu utiliser diverses sources ou textes antérieurs pour rédiger leur livre, mais ils ont fait œuvre de rédacteur pour agencer, remanier ou développer ces sources. C’est la manière dont ils les ont utilisées qui fait autorité (et non les sources elles-mêmes). D’un autre côté, les copistes ont pu, volontairement ou involontairement, modifier l’emplacement d’un verset ou d’un groupe de versets, insérer une note explicative ou modifier l’orthographe d’un mot, mais il ne s’agit pas d’un vrai travail de rédaction. En dehors du livre de Jérémie ou de quelques passages de l’Ancien Testament, les spécialistes arrivent généralement à distinguer le texte final sous sa forme originale, des modifications ou corrections insérées par des copistes.

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