Jean Chrysostome, prédicateur des pauvres

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Une première version de cette contribution du pasteur Christophe Hahling a été utilisée dans le cadre du Défi Michée. Grâce aux Pères de l’Église, aux anciens théologiens et prédicateurs, nous avons tout un trésor à notre disposition. Merci à ceux qui nous aident à y puiser car ils ont encore quelque chose à nous dire...

Jean Chrysostome, prédicateur des pauvres

Jean Chrysostome est connu comme l’un des plus grands prédicateurs de tous les temps.
Il n’est pas considéré comme un docteur ou un théologien de l’Église, comme l’ont été par exemple Tertullien, Origène ou Augustin. Il était plutôt un pasteur, un moraliste, mais aussi un homme d’action dont le but était d’exhorter le monsieur-tout-le-monde de son époque.
Nous pouvons beaucoup recevoir de cet homme, car il a su apporter une réponse aux situations difficiles de son temps, problèmes que l’on rencontre d’ailleurs également de nos jours : pauvres et sans-logis, étrangers, veuves et orphelins, malades, infirmes, etc. Même les chômeurs n’étaient pas oubliés de sa pensée.

Beaucoup d’ouvrages ont été écrits sur cet homme. Notre ambition sera de nous stimuler dans notre foi de chrétiens du 21ème siècle, en prenant exemple sur le zèle de ce prédicateur de l’Évangile des 4-5ème siècles. Après un bref résumé de sa vie, nous nous arrêterons sur ses homélies, sur ses actions en faveur des plus démunis et sur son enseignement à propos de l’aumône.

Sa vie en tant que prêtre puis évêque

Jean, appelé « Chrysostomos » (« à la bouche d’or », en grec), est né vers 344 à Antioche. Son père est mort très jeune, de même que sa sœur ; il est donc élevé par sa mère, une chrétienne dévouée. Devenu moine, il se retire dans une grotte à l’âge de 30 ans, se consacrant à l’étude de l’Écriture sainte, à la méditation et à la prière. Il revient ensuite à Antioche pour y devenir lecteur, ensuite diacre, puis prêtre.
Il va prêcher à de nombreuses reprises dans divers lieux, ce qui le rend célèbre et lui donne son surnom de Chrysostome. Nombre de ses sermons ont été gardés, sur différents sujets théologiques ou pratiques. Pendant une absence de son évêque Flavien, Jean Chrysostome s’avère être un conducteur estimé de l’Église de la ville d’Antioche, et continue à prononcer de nombreuses homélies de circonstance et convaincantes pour la population.
En 397, Chrysostome devient évêque de la capitale de l’empire d’Orient, Constantinople. À partir de cette nomination, les choses commencent à mal tourner pour lui, non seulement à cause de la jalousie d’un autre évêque d’une autre ville, mais aussi parce que Chrysostome veut endiguer les excès qui se sont infiltrés depuis l’époque de son prédécesseur Nectaire. Il semble trop honnête et trop zélé pour sa tâche, dans une Église devenue laxiste et corrompue.

Ses réformes

1 ) Il supprime le luxe qui se trouvait dans sa propre maison épiscopale. Au lieu de se gaver lors de grands festins, il se contente de la plus simple des nourritures, mangeant la plupart du temps seul, sans faste. Tout gaspillage est supprimé. Avec l’argent ainsi économisé, il fait construire un hôpital, de même que d’autres institutions charitables.
2 ) Il lutte contre l’usage de l’époque qu’une vierge consacrée habite chez un clerc, évoquant les risques que cela peut entraîner.
3 ) Il empêche le clergé d’exploiter à son profit, au détriment des pauvres, la générosité de certaines personnes riches.
4 ) Les veuves sont sommées de vivre conformément à leur état ou de se remarier.
5 ) Il réorganise l’administration des biens et veut donner une part plus large à la charité.
6 ) Il exige des moines paresseux ou trop souvent en dehors de leurs monastères, soit de mener leur vie contemplative dans la retraite spirituelle, soit de s’engager au service de l’évêque comme prêtres s’ils préfèrent l’action
7 ) Il critique les spectacles de l’hippodrome, menaçant d’excommunication les fanatiques de ces distractions immorales.
8 ) Il critique les riches et leur luxe insolent, alors que les pauvres – le Christ – meurent de faim et de froid.
9 ) Parmi les nombreuses pratiques de la charité, l’hospitalité est quelque chose de capital pour Jean. Il incite les gens à aller s’asseoir aux portes de la ville et à accueillir les arrivants.
10 ) On lui demande d’intervenir dans l’administration de divers diocèses de Thrace ou d’Asie Mineure, sur lesquels il n’a pas de juridiction directe. Il ne se dérobera pas aux appels à la charité qui lui viennent de ces Églises.
11 ) Il combat les doctrines, encore répandues, des hérétiques ariens et novatiens.
12 ) Il envoie des missionnaires évangéliser les Goths, sur les bords de la Mer Noire et le Danube.

Ces réformes ne lui suscitent pas que des amis. Parmi ceux qui se liguent contre lui, il faut citer Eutrope qui vivait dans le luxe et la cupidité. Condamné par Chrysostome à cause de sa mauvaise conduite, il est un jour victime d’un complot et disgracié. Il accuse à tort Chrysostome d’être à l’origine des événements. Celui-ci lui fera néanmoins bon accueil dans sa cathédrale tout en l’exhortant à renoncer à la gloire mondaine.

Arès avoir été chassés d’Alexandrie par leur évêque Théophile, des moines de Nitrie - appelés « longs frères » à cause de leur grande taille - viennent un jour chercher refuge à Constantinople, Chrysostome les accueille. En guise de représailles, Théophile, aidé par l’impératrice Eudoxie, fait comparaître Chrysostome devant un synode réuni près de Chalcédoine pour qu’il soit condamné et obligé de quitter son poste d’évêque. Il doit prendre le chemin de l’exil. Le peuple prenant la défense de Chrysostome, l’empereur Arcadius (le mari d’Eudoxie) est contraint de revenir sur sa décision. De retour dans sa cathédrale, Chrysostome remercie le peuple pour sa fidélité à son égard en disant « Dieu soit béni ».

Exil et mort

Mais quelque temps plus tard, Chrysostome s’oppose de nouveau à l’impératrice dans des sermons. En effet, une statue avait été élevée à sa gloire et entraînait des réjouissances populaires trop païennes pour Jean. Finalement, il doit se résigner à prendre l’exil en juin 404. Contraint à un voyage très difficile jusqu’au Caucase, il écrit de nombreuses lettres, en particulier à la diaconesse Olympias et au pape Innocent. Il reçoit aussi des visites. En septembre 407, épuisé, il meurt, après avoir dit sa parole favorite : « Gloire à Dieu en toutes choses. Amen ».

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Bibliographie

– Donald Attwater, Bouche d’or, voix de l’Église : St-Jean Chrysostome, Paris, Éd. Mame, 1961.
– F.A.A. Cayre, Précis de patrologie et d’histoire de la théologie, tome 1er, Paris, Tournai, Rome, Éd. Desclée et Cie, 1931.
– Paul Christophe, Les pauvres et la pauvreté, 1ère partie : des origines au 15ème s., Bibliothèque d’histoire du christianisme n°7, Paris, Éd. Desclée, 1985.
– A.J. Estugière, Antioche païenne et chrétienne, Libanius, Chrysostome et les moines de Syrie, Paris, Éd. E. de Roucard, 1959.
– Charles Kannengiesser, Jean Chrysostome et Augustin, Actes du Colloque de Chantilly, sept. 1974, coll. Théol. historique, Paris, Éd. Beauchesne, 1975.
– Johannes Quasten, Initiation aux pères de l’église, tome III, Paris, Éd. du Cerf, 1963
– Anastasia Sifoniou, Les fondements juridiques de l’aumône et de la charité chez Jean Chrysostome, in Revue de droit canonique, tome XIV, Strasbourg, sept.1964.
– Henri Tardif, Jean Chrysostome, coll. Église d’hier et d’aujourd’hui, Paris, Éd. ouvrières, 1962.
– Hans Von Campenhausen, Les pères grecs, Paris, Éd. de l’Orante, 1963
– Ainsi que plusieurs encyclopédies et dictionnaires historiques et théologiques.

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