La question fondamentaliste 2/2

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Ce texte est la deuxième partie de l’article d’Alain NISUS, pasteur de la Fédération Baptiste, dont la première a été publiée dans le n°49 des Cahiers. 

La question fondamentaliste 2/2

Les années 30-60 : l’ère des ruptures

Une période de raidissement, caractérise le mouvement fondamentaliste des années 30-60.

Ce durcissement entraînera de nombreuses fractures en son sein et l’apparition d’une nouvelle entité : le mouvement néo-évangélique qui prendra ses distances non tant avec la théologie du premier fondamentalisme, qu’avec l’esprit du second(1), lui reprochant en particulier son séparatisme militant.

En effet, à partir des années 1940, le mouvement fondamentaliste se divisera en deux branches principales. Se crée, en 1941, sous l’impulsion de la personnalité tranchée de Carl McIntire, l’ACCC (American Council of Christian Churches) qui donnera plus tard naissance en 1948 à l’ICCC (International Council of christian churches) en réaction contre le World Council of Churches (COE). L’ICCC se caractérise par un certain radicalisme politique et un anti-communisme virulents.

Devant l’esprit réactionnaire, séparatiste, isolationniste et négatif du mouvement fondamentaliste, un autre courant verra le jour et se nommera «néo-évangélique », « new evangelicalism » (expression popularisée par Harold Okenga en 1957 dans un discours au séminaire de Fuller).

Il donnera naissance à la NAE (National Association of Evangelicals) sous l’impulsion de personnalités comme le théologien baptiste C.F. Henry (qui a été le premier rédacteur en chef de la revue Christianity Today , fondée en 1956 sous l’impulsion de Billy Graham) et Harold Okenga, le premier doyen de Fuller Seminary, séminaire fondé en 1947 qui sera en quelque sorte le centre intellectuel du mouvement.

C.F. Henry écrit : « dans les années 1930, nous étions tous fondamentalistes … le terme « évangélique » est devenu une option significative seulement quand la NAE a été organisé (1942) … dans le contexte du débat avec le modernisme, le fondamentalisme était une alternative appropriée ; dans d’autres contextes (le débat à l’intérieur du mouvement fondamentaliste), le terme évangélique était préférable »(2).

Quelles sont les différences entre l’ACCC et la NAE ? 

On peut dire que l’ACCC est beaucoup plus exclusive, séparatiste, militante, agressive, anti-œcuménique et anti-catholique que la NAE (il serait intéressant de noter que Billy Graham(3) a été probablement l’un des personnages les plus haïs par les fondamentalistes, lesquels lui reprocheront son « ouverture » jugée excessive à l’égard du catholicisme).

L’ACCC condamne comme compromission toute forme de collaboration ; le séparatisme est élevé au rang de doctrine : il faut aussi se séparer de ceux qui ne se séparent pas assez, même si leur doctrine est correcte.

En contraste avec l’ACCC, la NAE est une affirmation évangélique ferme, mais qui veut rester ouverte dans le dialogue avec la culture moderne, jugeant le fondamentalisme trop étroitement anti-intellectualiste et unilatéraliste.

La NAE a aussi tenté de renouer avec le souci de l’engagement social qui a caractérisé le mouvement évangélique et la période des réveils. C.F. Henry rédigea en 1947 The Uneasy Conscience of Modern Fundamentalism, ouvrage dans lequel il rappelait aux évangéliques l’importance de l’engagement social. Les évangéliques en effet avaient déserté le domaine social pour se concentrer sur le combat doctrinal.

John Stott(4) cite les raisons invoquées par David Moberg pour expliquer le tournant dramatique qu’a pris la pensée évangélique, si soucieuse jusqu’alors de justice et d’engagement social :

- La lutte contre le libéralisme a canalisé toutes les énergies. Les évangéliques se sont concentrés dans le combat théologique, délaissant le terrain social.

- La réaction contre « l’évangile social », d’inspiration libérale. Son porte-parole le plus populaire était le baptiste Walter Rauschenbush. Dans son ouvrage Le christianisme et la crise sociale (1907), il oppose « l’ancien évangile du salut de l’âme » au « nouvel évangile du Royaume de Dieu ». Il y affirme qu’il « ne s’agit pas de conduire les individus au ciel, mais de transformer la vie sur terre pour qu’il y règne l’harmonie céleste ». 

- Le découragement qui a affecté l’occident après la première guerre mondiale. Les évangéliques y ont vu une démonstration de la dépravation de l’homme et de la société et on jugé stérile l’engagement pour l’amélioration de la société. 

- La vision prémillénariste et dispensationaliste de l’histoire. Il s’agit d’une vision très pessimiste de l’histoire, qui rend vaine toute tentative de réforme d’une société qui va à sa perte. 

- La large diffusion du christianisme évangélique dans la classe moyenne de la société a eu pour conséquence une identification des idéaux chrétiens à ceux de la classe moyenne.

Les évangéliques vont progressivement renouer avec le souci social : déjà la déclaration de Wheaton en 1966 exhorte « tous les Évangéliques à prendre ouvertement et fermement position pour l’égalité sociale, la liberté et toutes les formes de justice sociale de par le monde entier »(5), mais c’est surtout à Lausanne, lors du Congrès pour l’évangélisation mondiale en 1974, que les évangéliques ont pris fermement position pour l’engagement social. Il est affirmé que « l’évangélisation et l’engagement socio-politique font tous deux partie de notre devoir de chrétien ».

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1. Bien mis en évidence par George Marsden, Reforming fundamentalism. Fuller Seminary and the New Fundamentalism (W.B. Eerdmans Publishing, Grand Rapids, Michigan, 1987), pp.3ss. 

2. cité par Marsden, reforming, p.10.

3. cf. Sébastien FATH, Billy Graham, pape protestant ? Paris, Albin Michel, 2002. 

4. John Stott, Les chrétiens et les défis de la vie moderne, coll. Alliance, éd. Sator, 1987, , p.14-17.

5. Cité d’après Stott, ibid., p.18.

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