Les fondements bibliques de l'accueil

Extrait
Note : 50
( 1 vote )

Thierry Huser, pasteur de l’Église baptiste du Tabernacle, à Paris, nous introduit dans une réflexion sur l’accueil comme une des dimensions nécessaires de la vie de l’Église.

Les fondements bibliques de l'accueil

La question de l’accueil est présente, ou appelée à l’être, dans la préoccupation de toute Église.

Bien des ouvrages, bien des revues d’Unions Églises, bien des Églises aussi, ont remis ce sujet en première place de leur réflexion. “L’Église accueillante” (PLV, mai 2000), “Une Église rayonnante” (Jonathan Hanley), “Église, ouvre-toi !” (1) : autant de titres qui indiquent cette préoccupation.

Cette préoccupation nous vient directement de l’enseignement biblique : “Accueillez-vous les uns les autres, comme le Christ vous a accueillis, pour la gloire de Dieu” (Rm 15.7). On est très près du centre de la foi chrétienne, puisque cet accueil mutuel est lié (1) au fondement de la vie chrétienne (la grâce reçue en J.C) et (2) au but de la vie chrétienne : la gloire de Dieu.

L’Écriture nous invite donc à l’accueil mutuel : il nous faudra découvrir ce que cela recouvre.

Mais l’expérience concrète nous montre aussi l’importance de l’accueil. Dans bien des sphères de la vie, il peut devenir relativement déterminant.

Souvent, l'accueil est considéré, par le petit bout de la lorgnette. Évoque-t-on l’accueil ? Immédiatement, on pense : “Équipes d’accueil”, “Hôtesses d’accueil”, le sourire qui vous accueille... C’est important, agréable, nécessaire : mais parler d’accueil va plus loin. “Accueillir comme le Christ nous a accueillis” : n’est-ce pas, finalement, la question de l’hospitalité que j’accorde à l’autre, dans sa personne tout entière (2) ? N’est-ce pas, finalement, la question de la place que je suis prêt à lui accorder, avec son vécu, ce qui le ou la caractérise, ses différences, ce qui me bouscule peut-être ?

C’est pour explorer ces questions que je nous invite à un parcours biblique. À chercher, ensemble, à découvrir “Les fondements bibliques de l’accueil”.

1. LE MINISTÈRE D'ACCUEIL DE JÉSUS

Jésus, tout au long de son ministère, s'est voulu de manière concrète le témoin de l'accueil de Dieu pour chacun, quitte à être critiqué.

1.1. LA LIGNE GÉNÉRALE

L'accueil des “pécheurs” : “Cet homme fait bon accueil aux gens de mauvaise vie et mange avec eux” (Lc 15.2) - À noter qu'il mange aussi en d'autres compagnies : Simon le Pharisien (Lc 7.36).

L'accueil des petits : “Mais laissez venir à moi les enfants, et ne les empêchez pas, car le Royaume de Dieu est pour ceux qui sont comme eux... Et il les prit dans ses bras, et il les bénissait en leur imposant les mains” (Mc 10.14,16) (3).

L'accueil compassionnel : “Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos” (Mt 11.28). Une parole qu'on peut rapprocher des multiples expressions de compassion de Jésus pour la foule, cf. Mt 10.36 : “Voyant les foules, il fut pris de pitié pour elles, parce qu'elles étaient harassées et prostrées comme des brebis sans berger.”

L'accueil personnel. Cette qualité d'accueil s'exprime de plusieurs façons :

(1) La capacité de Jésus à s'arrêter auprès des personnes.

Cf. Bartimée, “Prends courage, il t'appelle !” (Mc 10.46-52).

(2) L'ouverture de Jésus à différentes expressions de foi ou d'attachement : la femme de Luc 7.36ss pour l'expression de l'amour, contre les conventions (elle lave pieds de Jésus avec ses larmes, les essuie avec ses cheveux dénoués, puis répand sur eux du parfum, en public !).

(3) Le refus des jugements extérieurs : “Cessez de juger selon les apparences”(4) (Jn 7.24) : accueil de la personne dans sa réalité profonde.

Le sens de cet accueil est clair : manifester la volonté d'accueil du Père. On a reproché à Jésus son accueil (Lire Luc 15.1-2). Il donne la clé de son attitude par trois paraboles : le berger qui cherche une brebis perdue, et sa joie de la retrouver ; une femme qui cherche son bien perdu ; un père qui retrouve son fils. C’est le Père qui est décrit ici, et Jésus manifeste le même accueil que le Père.

Les évangiles soulignent qu’il s’agit là d'un accueil qui n’est pas de façade, ni de fonction : il vient du cœur, des profondeurs (“entrailles”, Mt 9.36).

Un accueil, aussi, qui se traduit de façon visible : en initiatives, en gestes concrets, en temps donné, en attention personnelle, en rupture aussi avec certaines conventions. Jésus a fait de l'accueil un signe fort indissociablement lié à l'annonce de la bonne nouvelle pour tous.

1.2. AUTRES TRAITS DE L'ACCUEIL DE JÉSUS

Sur le fond de la ligne générale du ministère d'accueil de Jésus, il faut souligner d'autres traits :

A. L'accueil de Jésus préserve le vis-à-vis

La rencontre avec le “jeune homme riche” est ici très parlante (Mc 10.17-31). Voilà un homme motivé, désireux de bien faire, qui se “jette à genoux” devant Jésus, avec la question que nous aimerions tous que l'on nous pose.

C'est l'occasion de devenir “captateur” pour la bonne cause - et Jésus garde la distance, le vis-à-vis.

 • Il fait réfléchir l'homme sur sa question (tu m’appelles “bon”, tu parles de “bien” à faire, mesures-tu ce que tu dis ?).

 • Il l'interroge sur son obéissance à la loi.

 • Il se prend à l'aimer - mais rappelle les exigences (“il te manque une chose : “vends tes biens, et suis-moi”).

 • Et finalement le laisse aller.

L’accueil de Jésus préserve le vis-à-vis, même s'il est porté par une estime et des sentiments forts, malgré, aussi, l’importance que Jésus accorde à la nécessite d'entrer dans le royaume.

NB. La ressource de Jésus pour une telle attitude est, comme pour nous, la confiance en Dieu (cf. 10.27 : “Aux hommes, c'est impossible, mais pas à Dieu, car tout est possible à Dieu”).

B. L'accueil de Jésus implique patience et persévérance

C'est l'image que donne l'accueil des disciples par Jésus, qui est engagement patient et persévérant. Il faut souligner que la persévérance de Jésus n'est pas allée sans mal : “Jusqu'à quand vous supporterai-je ?” (Mt 17.17).

Il y a engagement d'accueil et de persévérance chez Jésus, à l'égard des disciples, de leurs questions, leurs incompréhensions, leurs petitesses, leurs lenteurs, leurs reculs, leurs échecs.

Il y a un véritable “paquet-cadeau” de l’accueil, pour Jésus : c’est la volonté d’accompagner, la prière (“J'ai prié pour toi” Lc 22.32), le pardon, la formation.

Jésus accepte que ses disciples aient du chemin à faire, et son accueil est engagement à leur côté.

...

...

(1)- Ce thème a été repris dans plusieurs rencontres d’unions d’Église, après le Congrès des Professants, en 1996.

(2)- Belle expression de Éric Denimal, in “L’Église accueillante”, PLV mai 2000, 8.

(3)- Il s'agit, en contexte, d'une parole d'indignation (Mc 10.14a), et non d'une parole doucereuse.

(4)- Il s’agit ici d’une parole par laquelle Jésus se défend, contre la condamnation des Pharisiens à propos d’un miracle fait le jour du sabbat. Mais Jésus a pleinement mis en pratique cette parole dans ses relations avec les autres. Il accomplit le rôle de l’Emmanuel promis par Ésaïe, qui “ne jugera point sur l’apparence, ne se prononcera pas sur un ouï dire”, mais agira avec “droiture” et “équité” (És 11.3-4).

Vous aimerez aussi

Un élément clé dans le ministère pastoral en général, et dans...
Aborder l’accompagnement pastoral de l’homosexualité pour l’Église est...
Lors d'une session de l'École Pastorale sur l'accompagnement spirituel, sœur...
Autrefois universellement pratiquée, la visite est aujourd’hui, dans bien des...

Commentaires

saint fleur salomon
18 décembre 2013, à 02:06
je me suis rejouis et pleine de force pour cette formation tant spirituelle que vous avez me quitter sur l.internet que le Seigneur Jesús-Christ vous benisse .
Note du commentaire :
32
- +

Ajouter un commentaire

OK
Chargement en cours ...