Comité mixte baptiste-catholique en France : Marie

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Après avoir traité bien des sujets dont le baptême, la cène-eucharistie et l’Église, le comité mixte baptiste - catholique en France s’est penché sur la place de Marie dans la théologie et la spiritualité chrétienne. Nous sommes heureux de le présenter à nos lecteurs espérant qu’il fera réfléchir et qu’il sera peut-être l’occasion de dialoguer sur un des points les plus sensibles de nos différences.

Comité mixte baptiste-catholique en France : Marie

INTRODUCTION GÉNÉRALE

1. La Vierge Marie, Mère de Dieu, tient peu de place dans l'expression de la foi et dans la pratique des Églises baptistes, au point que l'on peut parler d'une quasi absence ; cette réserve fait ressortir, par contraste, l'importance que lui accorde l'Église catholique, certains n'hésitant pas à évoquer une surabondance de dévotions et de formules.

2. Pour éclairer les lecteurs, il importe de distinguer, en ce qui concerne l'Église catholique, ce qui appartient à la confession de la foi, exprimée par le Magistère, et ce qui se manifeste dans la piété des fidèles. Le Concile de Vatican II a consacré le dernier chapitre de la constitution dogmatique sur l'Église à « la bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, dans le mystère du Christ et de l'Église » ; par cet exposé doctrinal, il a voulu recentrer la place de Marie dans la cohérence de la foi de l'Église au Christ, les dogmes étant des formules qui orientent avec justesse la vraie foi vers la réalité du mystère. À sa suite, le pape Paul VI a traité du « culte marial » dans une Exhortation apostolique importante(1), pour en assurer le renouveau en le garantissant contre les dérives de dévotions apparues au cours des siècles. Ces distinctions sont souvent ignorées.

3. Les différences notables entre les Églises baptistes et catholique s'expliquent par des principes fondamentaux qui gouvernent l’intelligence de la foi et la vie chrétiennes, comme notre comité mixte en a fait l'expérience tout au long de ses débats. Dans la tradition des réformateurs, les Églises baptistes s'en tiennent avec rigueur au principe du Sola Scriptura, qui n'autorise pas à ériger en affirmation de foi ou à légitimer comme pratique cultuelle ce qui ne découle pas certainement de l'Écriture : « Quant au fondement nul ne peut en poser un autre que celui qui est en place, Jésus-Christ » (1 Co 3.11, TOB). L'Église catholique tient que, dès l'Ancienne Alliance, l'Écriture est rédigée et portée par une Tradition vivante, et que l'Esprit Saint, qui « a parlé par les prophètes » a été promis par le Christ à ses disciples pour les « faire accéder à la vérité tout entière » (Jn 16.13). Il ressort donc que, dans la recherche d'une intelligence plus profonde de la foi, les Églises baptistes et catholique ont une approche différente de l'Écriture qui les conduit à des divergences d'interprétations de la place de Marie dans la foi et la vie des chrétiens.

4. Comme nous l'avons fait dans nos documents précédents (baptême, cène-eucharistie, Église), nous nous proposons d'exposer d'abord ce que nous pouvons dire ensemble, avant d'aborder six points qui font difficulté, chacune de nos deux confessions précisant sa position.


PREMIÈRE PARTIE : CE QUE NOUS POUVONS DIRE ENSEMBLE

A. Marie, femme d’Israël bénie entre toutes

5. Marie appartient au peuple d’Israël, qui a reçu les promesses faites à Abraham, la Loi donnée par la médiation de Moïse, l’annonce d’un Messie fils de David, les prophéties, le trésor des psaumes et les écrits de Sagesse (Cf. Rm 9.4-5). Fille de son peuple Israël, Marie loue Dieu de se souvenir de la promesse faite à Abraham et à sa descendance pour toujours (Cf. le Magnificat, Lc 1.54-55).

 6. Marie est insérée dans l’histoire d’Israël par Matthieu, qui la cite au terme de la généalogie de Jésus-Christ, qu’il fait remonter à Abraham, alors que Luc, qui ne cite pas Marie, remonte jusqu’à Adam : « Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle est né Jésus que l’on appelle Christ » (Mt 1.16).

 7. « Comment m’est-il donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur ? » (Lc 1.43). Telle est la réponse d’Élisabeth, remplie de l’Esprit Saint, à la salutation de Marie qui lui rend visite (Lc 1.42). En écho aux paroles de sa parente, Marie, dans l’allégresse de son cœur, prononce le célèbre cantique d’action de grâce pour elle et pour son peuple : Dieu son Sauveur « a porté son regard sur son humble servante. Oui, désormais, toutes les générations me proclameront bienheureuse, parce que le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses : saint est son Nom » (1.47-49). L’œuvre que Dieu accomplit dans son humble servante lui vaut d’être proclamée bienheureuse par toutes les générations et d’être bénie plus que toutes les femmes. Cette situation tout à fait singulière dans l’histoire du salut et de l’humanité est annoncée par Élisabeth et reconnue par Marie. La grâce que Marie a reçue auprès de Dieu est la note principale qui accompagne la révélation de sa maternité (Lc 1.30). L’ange Gabriel avait déjà signalé la faveur insigne qui lui avait été faite. En effet, il la salue en ces termes : « Sois joyeuse, toi qui as la faveur de Dieu, le Seigneur est avec toi » (Lc 1.28). Le texte grec, utilisant un participe passif kekaritoménè met bien en relief le fait que Marie est objet de la grâce : elle en est la bénéficiaire et non la source ou la dispensatrice.

 8. Devenue mère, Marie se situe dans la lignée des saintes femmes qui ont marqué l’histoire d’Israël : Sara, Rebecca, Anne.

9. Dans la perspective des annonces prophétiques de la joie qui envahit Jérusalem restaurée par la venue du Seigneur, Marie représente Israël, le petit Reste fidèle, la « Fille de Sion » qu’évoque Sophonie (5.14-17), d’autant que Michée rapproche la figure collective qu’est la Fille de Sion de « celle qui doit enfanter » (4.9s et 5.2). C’est ainsi que Marie se tient debout près de la Croix, où Jésus s’adresse à sa mère et au disciple qu’il aimait, avant de dire : « Tout est achevé », d’incliner la tête et de remettre l’esprit (Jn 19.30).

B. Marie, vierge et mère

10. Épouse de Joseph, Marie est une jeune fille vierge. Elle dit à l’ange qu’elle « ne connaît pas d’homme » (Lc 1.24) : au sens biblique, elle n’a pas de relations charnelles. Selon la coutume juive, le mariage comporte deux étapes : la vie commune est précédée des « fiançailles », lorsque les jeunes gens se sont promis en mariage et sont dès lors considérés comme des époux. Marie était « accordée en mariage à Joseph ; or, avant qu’ils aient habité ensemble, elle se trouva enceinte par le fait de l’Esprit Saint» (Mt 1.18. Luc emploie la même expression : « accordée en mariage » 1.27). Alors que Joseph projette de répudier en secret son épouse, l’ange apparu en songe lui prescrit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie ton épouse : ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint et elle enfantera un fils auquel tu donneras le nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » Tout cela arriva pour que s’accomplisse ce que le Seigneur avait dit par le prophète : Voici que la vierge concevra et enfantera un fils auquel on donnera le nom d’Emmanuel, ce qui se traduit : « Dieu avec nous ». (Mt 1.20-23).

11. L’évangéliste poursuit : « À son réveil, Joseph fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse mais il ne la connut pas jusqu’à ce quelle eût enfanté un fils auquel il donna le nom de Jésus » (Mt 1.24-25). Matthieu et Luc s’accordent donc pour affirmer la conception virginale de Jésus, ce que confessent clairement le symbole des Apôtres : « Je crois […] en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur, qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie » et le symbole de Nicée-Constantinople : « par l’Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s’est fait homme ».

12. Jusqu’à la venue de Jésus, la puissance de Dieu rendait fécondes des femmes stériles : Sara, Anne, Élisabeth, devenues mères respectivement d’Isaac, de Samuel, de Jean-Baptiste, dont on sait le rôle dans l’histoire du salut. Avec la conception virginale de Jésus, œuvre surnaturelle du Saint-Esprit, une étape décisive et définitive est franchie : Jésus est plus que le fils de la promesse, plus qu’un prophète et un juge, plus que le précurseur, il est Fils de Dieu.

C. Marie, mère de notre Seigneur

13. De quel fils Marie est-elle la mère ? Gabriel indique plusieurs qualificatifs : il sera « grand » et sera appelé « fils du Très-Haut » (Lc 1.32) ; en réponse à la question de Marie, l’ange ajoute : il sera « saint » et sera appelé « Fils de Dieu » (1.35). À Joseph, l’ange prescrit de donner à l’enfant engendré en Marie par l’Esprit Saint le nom de « Jésus » car « c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés » (Mt 1.21), et l’évangéliste souligne que l’événement de cette naissance accomplit la prophétie d’Isaïe (7.14) : on donnera à l’enfant le nom d’« Emmanuel » ce qui se traduit « Dieu avec nous » (1.23). Aux bergers, l’ange annonce la bonne nouvelle de la naissance de l’enfant, qui sera une grande joie pour tout le peuple : « Il vous est né aujourd’hui, dans la ville de David, un Sauveur qui est le Christ Seigneur » (Lc 2.11).

14. Toutes ces expressions, révélées par l’ange, convergent pour souligner la divinité de cet enfant à naître : « L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint et sera appelé Fils de Dieu » (Lc 1.35).

15. Lorsque, au début du Ve siècle, éclatent les controverses sur le mystère du Christ et les titres que l’on peut donner à sa mère –mère de Jésus, mère du Christ, mère de Dieu–, les Pères du concile d’Éphèse justifient le titre de « Mère de Dieu », Theotokos, pour sauvegarder la divinité de Jésus, « le Fils unique plein de grâce et de vérité » qui tient sa gloire du Père : Marie n’est pas mère de la « nature » humaine du Christ ; elle est mère d’une « personne », celle du Verbe éternel qui « était auprès de Dieu… et qui s’est fait chair » (Jn 1, 1 et 14).

 D. Marie, servante du Seigneur

16. « Je suis la servante du Seigneur. Que tout se passe pour moi comme tu l’as dit ! » (Lc 1, 38). Ainsi se conclut le dialogue entre l’ange Gabriel et Marie, dans la célèbre scène de l’Annonciation. À cette révélation qui vient de Dieu, Marie offre « l’obéissance de la foi » (Rm 1,5 et 16, 26) : elle croit Dieu sur parole et s’en remet librement et totalement à Lui, comme la servante du Seigneur. Ce libre consentement de foi, ce fiat, n’est pas l’œuvre de ses mérites personnels : il est le fruit de la grâce dont elle est comblée, puisque l’ange la salue par ces mots : « Sois joyeuse, toi qui as la faveur de Dieu, le Seigneur est avec toi » (1.28).

17. Alors commence pour Marie un long « pèlerinage de foi » jusqu’à la Croix. À plusieurs reprises, les évangiles soulignent que Marie accueille, dans la foi, des paroles ou des faits qu’elle ne comprend pas sur le moment même. Dès la naissance de Jésus, elle « retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur » (Lc 2.19). Lorsque Jésus est présenté au Temple, avec Joseph elle est « étonnée de ce qu’on disait de l’enfant » (2.33). Plus tard, comme Joseph, elle ne « comprend pas » la réponse de Jésus qui doit être « chez son Père » (2.50).

18. Bien plus, Jésus met une distance entre sa mère et lui pour la faire accéder à la foi. Marie est invitée aux noces de Cana, là où s’accomplit « le commencement des signes de Jésus. Il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui » (Jn 2.11). Jésus parle à sa mère en lui disant « femme ». Est-ce pour marquer sa réserve par rapport à une observation tout humaine d’une mère soucieuse de la réussite de la noce ? « Que me veux-tu, femme ? Mon heure n’est pas encore venue » (Jn 2.4). Mais après que Marie a manifesté sa confiance totale en son fils : « Quoi qu’il vous dise, faites-le » (2.5), Jésus, constatant cette foi, accomplit le premier signe qui suscite la foi des disciples. Car l’essentiel est de croire en lui.

19. Jésus précise aussi que ce n’est pas la famille humaine qui compte désormais, mais la famille des disciples. Alors que sa mère et ses frères cherchent à lui parler, Jésus déclare : « Qui est ma mère et qui sont mes frères ? » Montrant de la main ses disciples, il dit : « Voici ma mère et mes frères ; quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, c’est lui mon frère, ma sœur, ma mère » (Mt 12.46-50. Cf. Mc 3.31-35). Ne faut-il pas considérer que Marie peut faire sienne cette réponse de son fils : « Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique. » (Lc 8.21) ? La maternité charnelle doit être mise à sa juste place, car la vraie béatitude est celle de la foi : une femme éleva la voix du milieu de la foule et lui dit : « Heureuse celle qui t’a porté et allaité ! » Mais lui, il dit : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui l’observent ! » (Lc 11.27-28).
 
Conclusion

20. Au terme de cette première partie, nous rendons grâce à Dieu de notre capacité à rendre un témoignage largement commun au Christ en ce qui concerne la vierge Marie. Cette lecture commune peut surprendre tant les lecteurs catholiques que les lecteurs baptistes et inviter les uns et les autres à changer leur regard sur leurs frères.

DEUXIÈME PARTIE : CE QUI NOUS SÉPARE

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1. Exhortation apostolique Marialis cultus du 2 février 1974, Documentation catholique, n°1651, 1974, p.302-318.

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