L’Église, l’évangélisation et les liens de la Koinonia

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L’Église, l’évangélisation et les liens de la Koinonia

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A. L'Église comme koinonia (communauté, communion)

(1) L'emploi du terme koinonia introduit un important terme biblique dans l'ecclésiologie, car il fait penser à tout ce qui unit les chrétiens entre eux. Koinonia est sans aucun doute "un ancien et important aspect de l'Église et de son unité"(1). Le terme biblique koinonia peut être traduit de plusieurs façons : "communauté", "appartenance", "communion", "participation", "association", "partage". Les évangéliques emploient souvent le terme "communion fraternelle"(1b), tandis que les catholiques emploient fréquemment le terme "communion".

1. "Être en communion" selon le Nouveau Testament

(2) Dans les textes pauliniens, le terme koinonia se réfère souvent aux relations entre chrétiens, fondées sur leur relation avec les personnes divines. Aux chrétiens de Corinthe, Paul dit : "Dieu ... vous a appelés à la communion avec son Fils, Jésus Christ, notre Seigneur" (1 Co 1.9). Il parle de "la grâce du Seigneur Jésus Christ, l'amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit" (2 Co 13.14). Ailleurs, il déclare à ses lecteurs que Jacques, Céphas et Jean "nous ont donné la main droite, … en signe de communion" (Gal 2.9). À une autre occasion, il exhorte les chrétiens à ne pas s'associer avec les incrédules et pose la question rhétorique : "Quelle communion entre la lumière et les ténèbres ?" (2 Co 6.14). En Ph 1.5,7 le mot est traduit "avoir ou prendre part".

(3) Le terme koinonia apparaît également dans Ac 2.42, où le sens est de nouveau celui de communion fraternelle : "Ils étaient assidus à l'enseignement des apôtres, à la communion fraternelle, au partage du pain et aux prières". On est en droit de se demander à quel genre de communion exactement pensait Luc, mais il est évident qu'il s'agit d'une sorte d'association entre croyants, reçue du Christ à travers la solidarité avec les apôtres. En 2 Co 8.4 et 9.13, elle signifie le partage des biens matériels.

(4) Les textes johanniques renforcent ce sens de koinonia comme communion fraternelle. L'auteur de la première épître dit proclamer ce qu'il a vu, "pour que vous aussi vous soyez en communion avec nous. Or notre communion avec le Père et avec son Fils, Jésus Christ" (1 Jn 1.3). Aux versets 6 et 7, il mentionne la communion avec Dieu puis la communion entre les chrétiens. De toute évidence la communion avec Dieu en Christ est le fondement de la communion avec les autres croyants, étant tous membres du Corps du Christ. Ils doivent être un comme le Père et le Fils sont un dans la Trinité (Jn 17.11,21).

2. Diverses accentuations dans l'interprétation du Nouveau Testament

(5) Pour les évangéliques et les catholiques la communion avec le Christ implique une union transformatrice par laquelle les croyants ont "part (koinonioi) à la nature divine ... ayant échappé à la pourriture que le désir entretient dans le monde" (2 P 1.4). Dans ce passage, les catholiques tendent à interpréter koinonia comme participation à la vie et à la "nature" divines, tandis que les évangéliques l'interprètent plutôt comme un engagement réciproque, étant donné qu'elle comporte le fait de se soustraire à la corruption morale et au mode de vie du monde. Selon de nombreux Pères de l'Église orientaux, la participation du croyant à la vie du Christ et de l'Église conduit au processus de "divinisation" du croyant (theosis, deificatio). Les évangéliques ont des réserves sur la notion de theosis : ce terme ne se trouve pas dans la Bible et, à leur avis, il présente trop d'ambiguïtés. Il semble suggérer que les croyants posséderont l'essence de la déité - une signification que la doctrine catholique réfute également. Les évangéliques reconnaissent, d'une part, que la grâce rédemptrice rétablit la ressemblance avec Dieu, qui avait été altérée et défigurée par le péché de l'homme (Col 3.9-10) et, d'autre part, que l'Esprit transforme les croyants en la ressemblance du Deuxième Adam (1 Co 15.48, 49), "de gloire en gloire" (2 Co 3.18), un processus qui s'achèvera seulement lorsque le Christ, le Seigneur et Sauveur, viendra des cieux (Ph 3.20-21 ; 1 Th 5.23-24).

(6) Pour les catholiques, les sacrements sont les instruments dont se sert le Christ pour réaliser l'union transformatrice avec la nature divine (ils voient le baptême par l'eau dans 1 Co 12.12-13, et l'eucharistie dans 10.16-17). Dans de tels passages, ils comprennent le terme "koinonoi" avec des connotations différentes (plus profondes, diraient-ils), plus sacramentelles et participatives que celles qu'exprime le terme communauté ou union. Beaucoup d'évangéliques considèrent les sacrements comme des moyens dominicaux de grâce ou "ordonnances", qui sont des "paroles visibles" de proclamation (kataggellete, 1 Co 11.26), des signes ou sceaux de la grâce d'union avec le Christ - une grâce reçue et appréciée à la seule condition d'avoir une foi personnelle.

3. Perspectives sur la "communio sanctorum"

(7) Alors que dans les interprétations primitives, l'expression communio sanctorum, dans le Symbole des Apôtres, était comprise comme la "communion des personnes saintes" (les saints), elle fut ensuite interprétée comme se référant aux "choses saintes" (les sacrements)(2). Toutefois, la signification doctrinale de la communio sanctorum (koinonia ton hagion) ne s'est pas réduite à une seule interprétation. En Occident, les applications ultérieures du concept de divinisation ont renforcé la signification de participation à l'eucharistie. Les évangéliques préfèrent traduire communio sanctorum par "communauté (fraternelle) de personnes saintes" ou "des saints", c'est-à-dire tous ceux qui appartiennent réellement à Jésus Christ par la foi ; ils entendent par "communion" le lien qui unit tous les chrétiens de toutes les générations.

(8) Historiquement, les évangéliques n'ont pas accordé la même place aux sacrements et ne les ont pas associés aussi directement à la sanctification que ne l'ont fait les catholiques. Ils soutiennent la signification "légale" de justification (dans le sens des cours de justice) et tendent à préférer le vocabulaire imagé et celui de la loi. La Bible, selon la lecture qu'ils en font, est plus en faveur de catégories telles que rupture d'alliance et renouvellement d'alliance, condamnation et acquittement, inimitié et réconciliation, que celles de participation à l'être. Ils affirment toutefois, avec l'apôtre Paul, que quiconque est "dans le Christ est une "création nouvelle" (2 Co 5.17 ; Ga 6.15). L'Esprit-Saint opère un changement radical, une nouvelle naissance d'en haut. 

(9) Catholiques et évangéliques prévoient une communion parfaite dans le Royaume qui sera inaugurée avec la venue finale de Jésus. À la lumière d'une telle attente, catholiques et évangéliques devraient rechercher une communion plus profonde en ce monde, même s'ils sont en désaccord entre eux et les uns avec les autres sur les moyens de la réaliser et sur la mesure dans laquelle elle peut être réalisée avant le retour du Christ. Les textes bibliques, dont l'autorité est reconnue par les catholiques et les évangéliques, fournissent une base solide à nos conversations. La familiarité croissante, de part et d'autre, avec les catégories bibliques, associée aux récentes réinterprétations de la théologie sacramentelle, laisse supposer que la koinonia continue d'être un sujet prometteur à des approfondissements ultérieurs au cours de nos conversations.

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1. John Reumann, "Koinonia in Scripture : Survey of Biblical Texts", On The Way to Fuller Koinonia : Official Report of the Fifth World Conference on Faith and Order, Faith and Order paper no° 166 (Genève, 1994), p. 62.
1b. Dans le sens d'union ou de fraternité, qui correspond assez bien à l'anglais “fellowship“ (Note de la révision)
2. Sur l'expression "communio sanctorum" dans le Symbole des Apôtres, voir J. N. D. Kelly, Early Christian Creeds, 3è éd. (New York, 1972), pp. 389-390. Cette interprétation sacramentelle est appuyée par Stephen Benko, The Meaning of Communion of Saints (Naperville Ill., 1964) et par Werner Elert, Eucharist and church Fellowship in the First Four Centuries (St.. Louis, 1966), chap. 1 et excursus 1,2 et 3.

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