Relations interreligieuses : jusqu’où ?

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La multiplication des mouvements religieux et les difficultés de cohabitation qui se font jour entre eux, au sein de la société, obligent chacun à s’interroger sur l’attitude qu’il convient d’avoir pour être de fidèles témoins de l’Évangile(1). Entre évangélisation résolue et cohabitation plus ou moins indifférente, y a-t-il de la place pour des relations interreligieuses(2) un tant soit peu élaborées ? Et si oui, jusqu’où et de quelle nature ?
Relations interreligieuses : jusqu’où ?
Depuis que « l'Intifada des couteaux(3) » a vu le jour en Israël et, plus encore, les attentats du 13 novembre 2015, les tensions sont vives entre juifs et musulmans dans la ville où Serge est pasteur. Il a d’ailleurs été contacté par l’adjoint au maire en charge des affaires culturelles pour prendre part à une table ronde sur le bien vivre ensemble avec les autres responsables religieux de la ville. L’expérience s’est révélée intéressante. Le maire, grand défenseur d’une laïcité qui repousse dans la sphère privée toute manifestation religieuse, a semblé prendre conscience au cours de cette rencontre de l’importance des phénomènes religieux sur le territoire de sa commune. Et, en politique habile, n’a pas ménagé sa peine pour séduire ceux qu’il avait hier ignorés, voire méprisés. Mieux, il s’est lancé, lui le laïcard, dans un discours « théologique » surréaliste et finalement affligeant. Puisque « toutes les religions adorent peu ou prou le même Dieu » (sic), il ne devrait pas être difficile pour elles de laisser tomber leurs différends et de se donner la main d’association en vue du bien de la cité. Serge a courtoisement fait remarquer au Maire qu’avec de tels arguments, la vie politique devait être un long fleuve tranquille. Après tout, droite et gauche servent une même cause, le bien de la cité, il ne devrait donc pas être difficile pour elles de laisser de côté leurs différends… La remarque a jeté un froid du côté des élus et le débat est reparti sur d’autres bases, plus pragmatiques. Ce qui est finalement sorti de cette rencontre, c’est à la fois le désir partagé de cultiver des relations entre responsables des différents cultes célébrés dans la ville et l’ambiguïté du cadre de ces relations. N’est-ce pas risquer l’instrumentalisation politique que de laisser la municipalité définir l’agenda et les sujets de ces moments ? Serge a en outre une préoccupation : expliquer au conseil de son Église et à toute l’assemblée son implication dans ce type de relations.

Voici l’argumentation qu’il aurait pu élaborer et dont l’essentiel se retrouve dans un texte du CNEF sur le sujet.

Pas d’évangélisation sans dialogue !


Première conviction en matière de relations interreligieuses : on ne saurait évangéliser sans prendre le temps du dialogue. En effet, l’ordre du Seigneur d’aller dans le monde entier pour faire des disciples (Mt 28.19) exclut toute indifférence de notre part à l’égard des adeptes des autres religions. Que le monde entier vienne à nous par l’immigration ne change rien à l’affaire, nous ne pouvons nous contenter d’un paresseux et méprisant « puisque vous venez chez nous, c’est à vous de vous adapter ». Non, nous avons pour mission de faire le premier pas, c’est-à-dire d’aller à la rencontre de tous ceux et de toutes celles que Dieu met sur notre route, et ce, quand bien même leur nombre et leurs croyances dérangent nos concitoyens ou pourraient nous effrayer.

Et, pour annoncer fidèlement l’Évangile aux adeptes d’autres religions ...

1. Pour ceux qui veulent réfléchir à la question du dialogue interreligieux, nous recommandons la lecture de Louis Schweitzer (sous dir.), Conviction et dialogue. Le dialogue interreligieux, Charols/Meulan/St-Légier, Excelsis/Édifac/Institut Évangélique de Missiologie, 2000, 227 p.

2. Attention à ne pas confondre, relations interreligieuses et interconfessionnelles. Ces dernières concernent les grandes confessions chrétiennes qu’on ne peut raisonnablement classer parmi les autres religions. Même si les écarts entre la Révélation biblique et les pratiques et conceptions de telle ou telle confession laissent les évangéliques perplexes, il existe un fond commun qui donne une autre dimension à toute entreprise de relation et de dialogue. On peut, dans une moindre mesure, dire la même chose des relations avec le judaïsme. Les racines juives de la foi chrétienne, rendues évidentes par le fait que nous partagions la première partie de la Bible, ne permettent pas de reléguer le judaïsme avec les autres religions.

3. Expression du philosophe Bernard-Henri Lévy dans son bloc-notes du Point, n°2250, 22 octobre 2015.

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