Créer des congrégations missionnaires

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René Erwich est pasteur de l'Union Baptiste Hollandaise. Il a étudié au Séminaire Baptiste Hollandais à Bosch en Duin et à l'Université d'Utrecht Ses recherches en vue du doctorat portaient sur le processus de développement des Églises baptistes. Il a été secrétaire du Groupe Baptiste Hollandais d'Etudes pour l'Evangélisation et président du Groupe d'Etude pour le développement des Églises de l'Union Baptiste Hollandaise. Le Dr Erwich est actuellement Directeur de la Mission et de l'Évangélisation au Séminaire Théologique Baptiste International à Prague.

Créer des congrégations missionnaires

Le rêve d'une Église missionnaire

Comment est l'Église de nos rêves? A quoi ressemble celle à laquelle nous aimerions appartenir? Lorsque j'aborde avec des jeunes le thème de l'Église du futur, je leur demande souvent de dessiner celle dont ils rêvent.(1) Bien souvent ces dessins, que nous ne pouvons malheureusement pas reproduire ici, représentent le souhait légitime d'une Église missionnaire. La foi de ces jeunes dans le caractère indestructible de l'Église me touche beaucoup. Les jeunes chrétiens d'aujourd'hui recherchent une Église au sein de laquelle nos faibles efforts humains et l'action puissante du Saint-Esprit se rejoignent. Se livrer à la spéculation et aux rêves à bon marché ne nous mènera à rien, bien sûr; mais cela vaudrait la peine de réfléchir à ce dont nous rêvons vraiment. C'est une réflexion qui nous oblige à recourir à notre imagination mais d'une manière mûre et responsable. En ce qui me concerne, l'église de mes rêves a un caractère bien particulier.

Je rêve d'une Église dynamique, d'une Église tellement ouverte et accessible aux gens de l'extérieur que lorsque ces personnes participeraient à ses activités (pas seulement le dimanche et pas forcément dans un bâtiment officiel) elles constateraient dans la vie de ses membres un tel désir de vivre avec Dieu qu'elles pourraient expérimenter Sa présence ! Lorsque les gens de l'extérieur entreraient dans cette Église, ils se sentiraient chez eux et découvriraient un endroit où ils peuvent apprendre à connaître le Christ. Cette Église ferait tout son possible pour leur communiquer l'Évangile d'une manière compréhensible. Elle serait prête à confronter sa compréhension de l'Évangile à la culture ambiante. Dans son désir d'atteindre le monde extérieur, cette église proclamerait non seulement un message qui répondrait aux besoins spirituels des gens mais elle s'engagerait aussi d'une manière équilibrée sur le plan social et, quand un choix serait nécessaire, sur le plan politique. Cette communauté de croyants se caractériserait par une façon d'accepter l'autre à la fois authentique et biblique. On n'y entendrait jamais de jugement prématuré sur les autres, car elle serait un lieu où l'on parvient à s'écouter mutuellement.

Je rêve aussi d'une Église où ne se manifesteraient plus des sentiments de supériorité ou d'infériorité. Les responsables ne se considéreraient pas comme supérieurs aux autres. Mais ils exerceraient leurs responsabilités, conscients avant tout d'avoir été appelés par Dieu pour servir l'Église. Ils ne la domineraient donc pas, mais au lieu de tout faire et de tout contrôler eux-mêmes, ils seraient capables de mobiliser les membres afin que chacun accomplisse son ministère. Ils mettraient en pratique l'enseignement d'Ephésiens 4.12. Car c'est dans la mesure où chaque membre de l'Église remplit son ministère particulier que le corps du Christ s'édifie. Je rêve d'une communauté de croyants où chacun louerait Dieu de tout son cœur, en utilisant toutes les formes d'adoration possibles. L'enseignement biblique et la formation seraient centrés sur des thèmes qui nous touchent. Enfin, le climat serait tel que tous, jeunes et vieux, pourraient grandir en Christ.

Je pourrais continuer cette description pendant longtemps, en expliquant de façon détaillée tous les aspects de mon Église idéale. Mais je sais bien que tout n'est pas si facile dans la réalité. L'Église se situe entre le "déjà" et le "pas encore". Elle vit cette tension entre l'idéal théologique et la situation présente. Cependant, je suis convaincu que mon rêve n'est pas seulement le fruit de mon imagination ou une douce utopie. Car cette description s'appuie sur les Écritures et sur une certaine interprétation des textes bibliques. Alors comment transformer ce rêve en réalité? Nous voulons que l'Église soit comme un instrument entre les mains de Dieu, adapté à la réalité quotidienne. C'est pourquoi il me semble nécessaire de décrire mon projet.

Nous pourrions le résumer en disant que cette vision est celle d'une Église qui serait comme un instrument entre les mains du Dieu dont le plus grand désir est de sauver le monde. C'est dans cette perspective que se situe notre projet de mettre en place des congrégations missionnaires. Il s'agirait d'un type de congrégation où l'on aurait plus conscience de la nature missionnaire de l'Église mais en même temps, celle-ci serait consciente du fait que, pour vivre cette présence missionnaire, un nouveau type d'Église est nécessaire. Nous allons d'abord décrire cette vision. Ensuite, nous envisagerons les conséquences pratiques sous la forme d'un changement en plusieurs étapes. Cela est nécessaire, en effet, car les changements ne se font jamais sans difficulté. Voici donc notre thèse: la mise en place d'une congrégation missionnaire doit s'inscrire dans un projet clairement défini afin que cette vision puisse prendre forme.

La vision - pour un nouveau type d'Église

Comment mettre en pratique cette vision d'Église du 21ème siècle? On pourrait se contenter de dire que, puisque cette perspective se trouve déjà dans l'Écriture, la seule chose qu'il nous reste à faire est de la mettre en œuvre. Je crois cependant qu'une mise au point est nécessaire et cela pour de nombreuses raisons. La principale consiste à reconnaître que les Églises connaissent une crise d'identité dans le contexte de la culture post-moderne.

Tout d'abord, dans la plupart des pays occidentaux, nous constatons une régression autant dans l'importance accordée à la place de l'Église que dans la pratique de la foi. D'autre part, la vie religieuse en Europe et ailleurs n'a pas complètement disparu et, dans certains pays de l'Europe de l'Est ou du Tiers Monde, nous pouvons même constater une croissance significative. Mais, quel que soit le contexte dans lequel nous nous trouvons, nous devons avoir le courage de repenser la forme de l'Église par rapport à l'idée traditionnelle que l'on a d'elle (2)).

La forme traditionnelle de l'Église-institution, que ce soit celle des Églises protestantes issues de la Réforme ou celle des autres Églises dont l'origine remonte aux premiers siècles, ne peut plus être considérée comme l'unique structure au sein de laquelle la foi peut grandir. La place considérable que l'Église a eu pendant longtemps au sein de la société a souvent fait d'elle le lieu principal de transmission de la foi. Mais dans le contexte européen actuel cette forme traditionnelle n'est plus un outil adapté à la mission et à l'évangélisation. Beaucoup se demandent si l'Église elle-même n'est pas devenue un obstacle à la propagation de son propre message ! Mais pour ceux qui appartiennent aux Églises issues de l'aile radicale de la Réforme, cette question ne devrait pas constituer une menace.

Le portrait idéal que j'ai fait de l'Église sous la forme d'un rêve ne signifie pas que nous devons forcément tenir compte du contexte social dans son sens le plus large. Par contre, nous devons sérieusement nous demander comment notre projet pourra orienter et dynamiser l'Église dans la société actuelle. D'une manière générale nous manquons de vision en ce qui concerne notre dialogue avec la culture ambiante. On constate trop souvent un décalage important entre le message puissant de l'Écriture et la pratique de la foi par les chrétiens.

Considérer les ressources que la Bible met à notre disposition à la lumière du contexte culturel constituera une première étape vers la mise en place d'une congrégation missionnaire, que ce soit en Europe de l'est ou de l'ouest. Une ressource très importante consiste dans l'imagerie biblique. Beaucoup d'images bibliques, en effet, évoquent l'Église missionnaire (3)): l'idée du voyage, par exemple, au travers d'images comme celles du chemin, de l'étranger, du pauvre; ou les images qui évoquent un monde nouveau comme celles du royaume de Dieu, de la nouvelle création, du nouvel homme; on trouve des images évoquant les relations humaines : le peuple de Dieu, la famille de Dieu, le berger et son troupeau; enfin des images illustrant le changement comme le sel, la lumière, la cité, la maison spirituelle et la communauté qui rend témoignage. Ces images peuvent transformer notre compréhension de l'église et de sa mission. Elles peuvent nous donner des idées pour mettre en place une communauté missionnaire. Elles devraient retenir notre attention et nous rendre plus conscients de la véritable identité de l'Église. Cependant, cette prise de conscience peut facilement être obscurcie. Devant chaque situation nouvelle, il faut veiller à ce que cette image de l'Église soit systématiquement prise en compte et adaptée à cette situation. La prise de conscience, selon W.R.Shenk, (4)) doit se faire en deux étapes: prendre conscience d'une mission " intérieure " puis d'une mission " extérieure ". Chacune doit ensuite être consolidée.

Selon Shenk, la consolidation de la mission " intérieure " consiste à renouveler notre manière de considérer et de mettre en pratique l'envoi en mission de Matthieu 28.18-20 dans la mesure où cette parole s'adresse premièrement à l'ensemble des disciples et non à des individus. L'Église doit passer d'une mentalité de survie à celle d'un réel désir d'engagement missionnaire. Bien que cette mentalité de survie ne concerne pas toutes les Églises, je voudrais rappeler que ce problème est courant et qu'il mérite d'être souligné. Si une Église veut être missionnaire et si elle veut être un véritable instrument entre les mains du Dieu qui désire tellement sauver le monde, elle doit d'abord manifester le feu de la passion de Dieu. (5) Ce n'est que lorsque l'Église vivra une relation intime et profonde avec Dieu, fondée sur l'alliance que celui-ci a établie avec nous - et c'est le cœur de notre compréhension baptiste de l'Église - que celle-ci brûlera de cette flamme ou verra son feu se ranimer. (6) C'est dans cette perspective que, selon Shenk, nous avons besoin de nous forger une compréhension nouvelle de l'envoi en mission qui fut le texte de base des anabaptistes du seizième siècle. Il ne met rien d'autre en valeur que la fidélité missionnaire. Sa conviction est que la simple lecture du passage dans son contexte biblique stimulera et rendra plus radicale la vision qu'a l'Église de sa propre relation avec le monde. C'est une affirmation ecclésiologique fondamentale. (7)

Regardons cela de plus près. Quand nous formons des hommes et des femmes pour qu'ils deviennent des disciples, ce qui constitue la base de l'envoi en mission, nous rendons ces personnes capables d'accueillir pleinement le règne de Dieu dans leur vie. Cette manière de comprendre diffère de celle qui nous a été transmise depuis plus de deux siècles sous l'influence du mouvement missionnaire protestant. Il ne s'agit plus de motiver des chrétiens à aller dans le monde pour évangéliser. Ce texte propose plutôt un nouveau type de relation entre le monde et l'Église. Toute notre vie a un but missionnaire. C'est la prise de conscience " intérieure ". La mission signifie l'extension du règne de Dieu. Cela implique - selon Shenk - une double mission. Il s'appuie pour cela sur Actes 11:19-26 et 13:1-3. Dans le premier texte nous avons le mode organique: l'Église a grandi de façon organique; l'évidence de la présence de Dieu est au cœur de la communauté. (8) Les premiers disciples ont remis en question les structures culturelles existantes (agissant alors d'une manière anti-culturelle (9))) parce qu'ils croyaient au règne de Dieu. Ils témoignaient, quelles que soient les circonstances. Dans Actes 13.1-3 nous avons le mode de l'envoi: l'Esprit Saint met à part certains individus en vue d'un autre type de travail: un ministère itinérant de prédication dans de nouvelles régions. Shenk observe que cette initiative a sauvé l'Église de "l'esprit de clocher". Autrement dit, l'Église doit rompre avec un mode d'existence centré sur elle-même. Nous sommes d'accord avec Shenk lorsque celui-ci déclare que c'est le cœur même de la prise de conscience " intérieure " de l'Église. Cette consolidation permettra une meilleure compréhension de la tâche de l'Église du 21ème siècle.

La théorie de Shenk s'enracine en fait dans la centralité du règne et du Royaume de Dieu. Cela devient clair en ce qui concerne la deuxième étape de la prise de conscience missionnaire de l'Église, celle qui vise l'extérieur. Si le principe essentiel de la prise de conscience " intérieure " est celui du royaume de Dieu, cela suppose que nous soyons sensibles à l'existence du royaume du monde en opposition au règne de Dieu. (10) Quel que soit le domaine dans lequel nous oeuvrons, nous connaîtrons cette tension entre l'extension du Royaume de Dieu d'une part et les forces et les puissances de ce monde d'autre part. Une fois encore, cela a certains aspects d'une contre-culture. Si nous voulons donner à l'Église une mentalité et une perspective missionnaires nous devrons sciemment tenir tête à bon nombre d'idées et d'attitudes qui caractérisent la vie quotidienne dans l'Europe actuelle. Shenk discerne au moins trois courants dominants contre lesquels une "opposition" chrétienne doit se manifester: la volonté d'autonomie individuelle, la place croissante de la technique et des technologies modernes et la place du pouvoir et de la violence. Quand je parle de courants dominants, je me réfère essentiellement à la culture occidentale, bien que celle-ci se soit beaucoup étendue ces dernières années.

Tout d'abord, la volonté d'autonomie. Bien-sûr, il ne s'agit pas de tout critiquer en bloc (je pense par exemple au progrès que constituent le développement des droits de l'homme). La principale critique que nous pouvons faire concerne cette culture de l'autonomie à tout prix au point que celle-ci est quasiment devenue un objet de culte. Shenk se demande avec raison si notre perception de la personne aujourd'hui est encore pertinente (11). Pour lui, cette perception entraîne des conséquences graves jusque dans notre manière d'envisager la conversion : la foi n'influence plus les choix éthiques (de la nouvelle vie).

Deuxièmement, le développement des nouvelle technologies a pris une telle place dans la vie quotidienne que notre mode de vie lui-même en est totalement imprégné. Qui peut concevoir la vie aujourd'hui sans e-mail? Comment pourrions-nous nous passer des interventions médicales, biologiques et génétiques? Et pourtant, nous sommes toujours confrontés à de nombreux problèmes de solitude, de marginalisation et de vies dépourvues de sens. C'est pourquoi il est temps que nous nous demandions si l'Église n'est pas en train d'adopter aveuglément un mode de fonctionnement basé sur la technologie. Je pense que Shenk surestime la gravité de ce problème même si ce qu'il dit s'avère exact dans de nombreuses situations. Les technologies modernes, si elles ne deviennent pas un but en soi, peuvent être une aide précieuse pour communiquer la bonne nouvelle de Jésus-Christ dans le monde. Le principal critère devrait consister à se demander si la technologie n'est pas en train de déshumaniser notre manière de communiquer en prenant la place de l'écoute et du contact personnels. La Bible nous enseigne que nous avons été (re)créés à l'image de Dieu. Cela signifie que nous devons prendre soin de ce monde et cela d'une manière aussi complète et équilibrée que possible.

Troisièmement, le pouvoir et la violence tiennent une grande place dans ce monde. Lorsqu'on regarde une émission télévisée pour enfants comme "Cartoon Network", par exemple (12), on réalise mieux l'importance et l'influence exercée par la violence. C'est le signe évident d'une culture de la violence dont se servent le pouvoir et l'exercice du pouvoir sous toutes ses formes. L'Église aussi est imprégnée de cet état d'esprit: dans bien des situations, la façon dont la direction de l'Église est assurée doit plus à un mode de fonctionnement séculier qu'à un service de type biblique tel que nous pouvons le voir au travers de la vie de notre Seigneur Jésus-Christ lui-même. En matière de leadership, notre principal modèle devrait être celui de Jésus lavant les pieds de ses disciples (Jean 13:1-7).

Si nous désirons réellement voir l'Église devenir un véritable instrument entre les mains du Dieu qui aime passionnément ce monde, il nous faut prendre au sérieux cette prise de conscience missionnaire à la fois " intérieure " et " extérieure ". Finalement, cette approche ne met pas l'Église sur un piédestal, que ce soit d'un point de vue théologique ou pratique. Elle place plutôt l'accent sur un nouveau mode de vie au moyen duquel nous vivrons comme le peuple missionnaire d'un Dieu missionnaire. Nous avons besoin d'un nouveau modèle d'Église qui manifeste cela d'une manière claire et équilibrée et dont on pourra se servir comme fondement théologique pour le travail de l'Église. Le modèle dynamique développé par Howard Snyder (13)) reflète très bien cette double prise de conscience intérieure et extérieure, telle que Shenk l'a développée.

L'église en mission

Redécouvrir la frontière missionnaire

Howard Snyder nous propose de considérer d'abord l'Église non pas comme une institution mais comme un organisme vivant. Selon ce modèle, l'Église remplit trois fonctions essentielles: la louange, la vie communautaire et le témoignage. Au centre se trouve la raison d'être de l'Église qui est de glorifier Dieu. A chacune des trois fonctions principales, Snyder en rattache trois autres: à la louange, l'instruction, la repentance et la célébration ; à la vie communautaire, la discipline, la sanctification et l'exercice des dons spirituels; au témoignage, l'évangélisation, le service et la justice. La louange et la vie communautaire dynamisent le témoignage de l'Église; ce dernier se nourrit de la qualité de la vie communautaire et de la louange. L'équilibre entre ces différents aspects me paraît très important. Si nous voulons un renouveau dans nos Églises, l'accent ne doit pas être mis uniquement sur le renouveau intérieur mais, dès le début du processus, il faut aussi être sensible à ce qui se passe à l'extérieur. C'est la nouvelle frontière missionnaire. Grâce à l'évangélisation, la justice et le service, l'église pourra exercer un impact réel sur la culture ambiante. Elle ne sera plus à l'écart, isolée du monde. Elle vivra plutôt dans une sorte de tension créatrice: séparée du monde mais envoyée dans le monde (comparer Jean 17:14,16). Ceci nous fait entrevoir une compréhension tout à fait nouvelle de ce que cela signifie d'être dans le monde tout en n'étant pas du monde. Comme l'écrit Van Gelder (14)), l'immense défi pour l'Église d'aujourd'hui est de développer "une ecclésiologie centrée sur le Royaume". Pour retrouver son identité, l'Église doit d'abord regarder à Dieu et à son Royaume et ensuite au monde actuel tel qu'il se présente.

Mettre la vision en pratique

Décrire cette vision et développer un nouveau modèle n'aboutira pas forcément à la création de l'Église de nos rêves ni même à une nouvelle dynamique dans sa pratique. Aussi pertinentes que soient les propositions de Shenk, celles-ci ne déboucheront peut-être sur rien d'autre qu'un changement théorique dans la compréhension et l'interprétation de la vocation missionnaire de l'église. Ce serait déjà pas mal, bien sûr, mais le seul fait d'affirmer quelque chose ne change pas automatiquement la situation. Ce que Shenk appelle la mise en place d'une prise de conscience intérieure concerne essentiellement tout ce qui touche à l'identité de l'église. La prise de conscience extérieure, quoique très proche de la première, concerne davantage nos attitudes et nos actions.

Le modèle de Snyder, quant à lui, a besoin d'être adapté à chaque situation. La redécouverte de la frontière missionnaire n'amènera pas forcément une nouvelle dynamique au sein de l'Église. C'est sur les éléments essentiels de ce modèle - la louange, la vie communautaire et le témoignage - que devront porter les principaux changements au sein de l'église locale. Je voudrais préciser que cela ne peut se faire que dans le cadre d'un processus global, et non pas suite à une action unique ou à une courte série d'actions. Ce n'est pas après une seule présentation que les membres de l'Église pourront comprendre et s'approprier cette vision. Afin de ne pas perdre un temps précieux, il existe une méthode pour mettre en place ce processus de renouveau.

Le but du processus est de consolider et de stimuler les trois domaines mentionnés: la louange, la vie communautaire et le témoignage (avec les divers aspects ou fonctions qui s'y rattachent). Cela signifie que, pendant la mise en place de la vision, ces domaines doivent être honnêtement évalués. On peut le faire de trois manières. On peut utiliser le modèle que je propose pour décrire la situation actuelle: que voyons-nous au juste? Ou on peut aussi l'utiliser pour analyser le fonctionnement général de l'Église. Enfin, on peut s'en servir en vue d'une transformation réelle du travail de l'Église locale. Chaque facteur dans ce modèle joue un rôle important dans le processus de renouveau. Il faut donc être conscient de l'influence de chacun sur l'ensemble.

Ce modèle décrit de façon imparfaite (à nous de l'améliorer) les principaux facteurs d'un processus qui s'appuie sur la conviction que l'Église est le fruit du Saint Esprit. Dans l'élaboration de ce processus nous devons réfléchir à la manière dont nous percevons l'identité de l'Église comme nous l'avons vu avec le modèle de Snyder. Nous devons élaborer une vision adaptée à la situation locale. Ce modèle peut nous aider en tant qu'Église, ou en tant qu'union d'Églises, à réfléchir à nos fondements. L'usage des images bibliques peut aussi nous aider à reconsidérer la place et le rôle des Églises. Bien-sûr, différentes forces sont à l'œuvre dans l'Église. D'un côté la parole de Dieu agit avec puissance grâce au Saint Esprit et à la prière. La vie des membres de l'Église doit être marquée par la foi, l'amour et l'espérance. Mais d'un autre côté, se trouvent les forces adverses (présentes dans la culture mais aussi dans la personnalité de chacun): l'ennemi se tient souvent à l'intérieur et pas seulement à l'extérieur et nombreux sont ceux qui veulent anéantir l'œuvre de Dieu. Les gens manifestent parfois une telle résistance qu'une situation entière peut se retrouver bloquée.

Une évaluation objective de notre situation est une étape importante du processus. Nous négligeons trop souvent d'aller au fond des choses. Comment est la situation actuelle? Que pouvons-nous dire sur la culture ambiante ? Qu'est-ce que les gens pensent vraiment et en quoi est-ce qu'ils croient ? Quels sont les obstacles de l'histoire qui empêchent l'Église de grandir? Le processus de construction exige aussi beaucoup de lucidité à propos des personnes impliquées. Dieu nous a fait beaucoup de dons et nous pouvons les utiliser afin de le servir dans le monde. Dans un exposé aussi court que celui-ci, il est impossible de décrire chaque facteur, même si cela serait très intéressant. Cependant, ce système peut nous aider à mettre en place un plan d'action équilibré en plusieurs étapes: définir une nouvelle orientation, reconnaître les obstacles, établir un diagnostic, communiquer avec les membres de l'Église, définir les objectifs, faire un inventaire des outils et des moyens à notre disposition, mettre progressivement en place les changements et, enfin, procéder à une évaluation.

Conclusion

En présentant ce projet de nouvelles congrégations missionnaires, dans les pays de l'Est comme dans ceux de l'Ouest, j'ai commencé avec un rêve. Je pense que mon rêve peut se concrétiser à l'aide des thèses présentées ici. Que ce soit dans l'Europe de l'Est ou de l'Ouest, l'enjeu reste le même. Nous voulons que l'Église soit un véritable instrument entre les mains du Dieu qui désire tant sauver le monde. Pour ma part, je suis déterminé à mettre cette vision en pratique. Mais quel que soit le modèle que nous utiliserons, il faudra veiller soigneusement à l'adapter à notre contexte. J'imagine que le modèle élaboré par Howard Snyder, (tout comme le premier modèle de W.R.Shenk) peut sembler trop systématique. Cela peut poser un problème, en effet, car nous n'avons pas toujours l'habitude dans nos Églises de travailler d'une manière très méthodique. Cependant, je suis convaincu que ces deux modèles peuvent nous aider dans nos différents contextes pour parvenir à faire de nos Églises de bons instruments entre les mains de Dieu. Pour la gloire de Dieu, pour l'avancement de son royaume et par la puissance de l'Esprit - adoptez cette vision et mettez-là en pratique.

1. Ces dessins, qui faisaient partie d'un travail ayant pour thème: "L'Église baptiste en l'An 2005", ont été exposés pendant plusieurs week-ends de jeunes dans une Église baptiste du nord de la Hollande.

2. R.Erwich. It's people that we're dealing with. Une enquête sur le fonctionnement des processus de développement d'Églises dans trois Églises baptistes (Zoetemeer: Boekcentrum, 1999

3. J.Driver. Images of the Church in Mission (Scottdale: Herald Press, 1997

4. W.R.Shenk. Write the vision: The Church Renewed (Harrisburg: Trinity Press, 1995

5. Write the vision, p.87

6. C'était justement ce désir de "ranimer le feu" de l'évangélisation qui était au centre de l'intérêt manifesté dans les années 80 pour le développement de nos Églises dans l'Union Hollandaise.

7. Write the vision, p.89

8. Dans son livre Believing in the Future (voir la note suivante) David Bosch conclut sa réflexion par une nouvelle perception missiologique comportant 6 éléments : la dimension écologique, contre-culturelle, œcuménique, contextuelle et profondément enracinée dans une communauté qui adore Dieu. Ce n'est que lorsque notre témoignage s'enracine dans une communauté qui adore Dieu, dit-il, que nous verrons des fruits.

9. D.Bosch. Believing in the Future: Toward a Missiology of Western Culture. (Harrisburg: Trinity Press, 1995

10. Write the vision, p.94

11. Write the vision, p.96

12. Sans parler de l'impact de films bien connus de Walt Disney qui imposent une certaine vision du monde etc.

13. H.Snyder. Radical Renewal: the Problem of Wineskins Today. (Houston: Touch Publications, 1996

14. Van Gelder. Church between Gospel and Culture: The Emerging Mission in North America. (Grand Rapids: Eerdmans, 1996

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