L’implantation d’églises en Belgique francophone

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Colin Godwin est canadien et participe depuis plus de dix ans à l'implantation d'Églises en Belgique. Les lecteurs se souviennent qu'il a publié dans le n°63 des cahiers une précieuse « boîte à outils pour implanteurs francophones ». Le présent article, riche d'enseignements lui aussi souhaite engager une réflexion sur le sujet. Vous pouvez poursuivre la conversation en vous adressant à colingodwin@gmail.com

L’implantation d’églises en Belgique francophone

Réalités et Tendances
Les résultats d’un sondage d’implanteurs belges(1)

 

AVANT-PROPOS

Partout en francophonie occidentale à la fin du siècle passé, les différents mouvements évangéliques ont été animés d’un désir de mettre en œuvre des stratégies pour implanter de nouvelles églises selon l’ordre du Seigneur (Mt 28.18-20). Ce zèle était fondé sur la conviction que l’établissement de nouvelles communautés chrétiennes sur le plan local était le meilleur moyen d’évangéliser nos pays. Dans certains cas, l’objectif de fonder ces églises était manifesté par une coopération régionale ou même nationale entre diverses dénominations et œuvres, et la mise en commun de ressources humaines et matérielles.

En Belgique francophone, malgré un premier travail du comité DAWN Belgique(2), une stratégie commune n’a pas été établie. Malgré ce manque de coordination, de nouvelles églises ont été implantées, et sont en train d’être implantées. Certaines de ces églises sont l’initiative de missionnaires venus de l’étranger, mais bon nombre sont aussi des œuvres belges ne bénéficiant pas d’un soutien logistique ou financier extérieur.

Puisque la saine croissance et l’implantation de nouvelles églises continuent à être une préoccupation pour nos communautés, la situation des implanteurs belges peut nous aider à comprendre les réalités de leur mission et identifier les tendances pour l’avenir. Que ce soit en Belgique, en France, en Suisse ou au Québec, les défis de l’implantation sont grands, et les ressources disponibles pour cette tâche sont rarement à la hauteur de nos ambitions. Une discussion concernant le vécu des implanteurs me semble essentielle si nous voulons mener à bien cette mission du Seigneur.

MÉTHODOLOGIE

Mes remarques dans cet article sont basées sur une série d’interviews avec 22 implanteurs d’églises en Belgique en 2006 et 2007. Ces implanteurs proviennent de trois régions géographiques de la Belgique francophone (Bruxelles, Liège, et Mons-Charleroi), et sont issus de différentes familles d’églises protestantes au sens large (pentecôtistes, réformés, évangéliques, baptistes, et indépendantes). Je n’ai pas consulté des implanteurs d’églises de caractère "ethnique", car ces églises sont le fruit de facteurs missiologiques, socio-économiques et théologiques qui ne sont pas toujours partagés par les églises d’origine belge. Je me suis limité à des implanteurs qui essaient d’atteindre une population belge et qui accomplissent l’entièreté de leur ministère en français(3).
J’ai eu le plaisir de rencontrer chacun de ces implanteurs personnellement, souvent au cours d’un repas. L’interview durait entre une et trois heures. Nos discussions étaient guidées par une série de questions préétablies sur les défis de leur ministère et leurs perspectives sur la mission d’implanter une nouvelle église(4). Dans plusieurs cas, j’ai interviewé des couples mariés et, dans un cas un stagiaire était présent. Les questions étaient formulées sous cinq rubriques : la motivation de l’implanteur, sa méthode, sa perspective sur la société, ses opinions sur la réussite, et son orientation missiologique(5).

Pour la sélection des personnes à interviewer, j’ai utilisé la technique de la "boule de neige". Selon cette technique, j’ai commencé avec les implanteurs que je connaissais, et à la fin de chaque séance, je demandais à la personne interrogée si elle connaissait d’autres implanteurs d'église. Ce procédé m’a conduit progressivement dans les régions géographiques et dans les réseaux d’églises que je connaissais moins bien ou pas du tout. Muni de la recommandation d’un collègue implanteur, j’ai été souvent bien reçu à l'entrevue suivante. Dans un seul cas, un implanteur m’a refusé une entrevue parce qu’il croyait que je venais dans sa région implanter une nouvelle église ! Une fois cette erreur corrigée, j’ai pu consulter ce pasteur et j'ai même été invité à prêcher dans son église par la suite.

Ce qui ressort de ces discussions donne un portrait de l’implanteur d’églises en Belgique. D’ores et déjà nous pouvons dire que l’implantation d’églises en Belgique francophone est faite par des pionniers qui innovent dans leurs stratégies locales d’implantation avec très peu de soutien extérieur. Ils ont besoin d’un soutien logistique et personnel pour mieux vivre leur mission.

QUI IMPLANTE CES NOUVELLES ÉGLISES ?

Les témoignages récoltés au cours des entrevues indiquent que les implanteurs ont un engagement très personnel dans leur mission : ils ont expérimenté une vie transformée par Dieu suivie par un appel pour le servir. Ils sont très majoritairement des chrétiens de première génération. La situation minoritaire des églises protestantes et évangéliques est aussi une motivation pour eux : la Belgique francophone est un champ de mission, parmi les moins évangélisés d’Europe. Pour ces implanteurs, la solution n'est pas simplement l’évangélisation, mais l’établissement de nouvelles communautés de chrétiens dans lesquelles les nouveaux convertis peuvent grandir dans leur foi. Un implanteur m’a expliqué qu’il n’aimait pas parler « d’implantation d’églises », mais préférait l’expression « l’implantation de communautés » pour souligner l’aspect communautaire de l’œuvre dans laquelle il était engagé. Les implanteurs considèrent l’implantation d’églises comme le meilleur moyen d’évangélisation.

La pratique de l’évangélisation est naturellement une priorité dans la fondation d’une nouvelle église, mais seul un des implanteurs se considère comme un véritable évangéliste. Tous les autres se voient pasteur avant d’être évangéliste, même s’ils prennent très au sérieux ce ministère de proclamation. Ceci explique leur désir de faire de leurs églises des lieux de communion fraternelle qui s’occupent des besoins sociaux et relationnels des membres. Un implanteur a trouvé l’inspiration de fonder une nouvelle église dans le sermon sur la montagne. Il avait été membre du parti socialiste avant sa conversion et en Matthieu 5-7 il a trouvé « une orientation sociale et une doctrine sociale en harmonie avec ses idéaux socialistes, mais avec le zeste de Christ ajouté ».

Les implanteurs sont parfois contents de travailler hors les structures de soutien des dénominations, tant leur appel est fort. Ceux qui arrivent à voir une nouvelle église prendre forme et grandir jusqu’à la maturité ont des capacités exceptionnelles de persévérance, de vision, et d’amour pour l’église locale. Les questions de financement et d’encadrement sont, du moins au départ de leur œuvre, souvent laissées dans les mains de Dieu. Plus tard, ils ont tendance à regretter une certaine naïveté du début et recherchent plus de structure au sein d’une dénomination ou dans un cercle pastoral de leur région.

LE DÉPART DES MISSIONNAIRES ÉTRANGERS ?

Les entrevues m’ont permis de découvrir le statut social des implanteurs. Deux implanteurs sont des personnes à la retraite, et sept implantent une église tout en travaillant à plein temps pour nourrir leurs familles. Pour ces deux types d’implanteurs, le désir de fonder une église dans leurs villes ou villages est un appel personnel qui domine tout inconvénient financier ou logistique. Le plus grand groupe d’implanteurs est celui des missionnaires, soutenus par des dons de ceux qui croient à leur mission. Ceci n’est pas surprenant, étant donné l’activité considérable de missionnaires étrangers dans l’implantation d’églises en Belgique(6).

À ma grande surprise, seulement cinq de ces missionnaires travaillant à plein temps ne sont pas de nationalité belge, et même ceux-ci vivaient en Belgique depuis au moins une décennie ! Historiquement, l’implantation d’églises a été presque exclusivement la responsabilité des missionnaires étrangers. Les missionnaires étrangers sont-ils impliqués dans d’autres ministères parce que les églises belges reprennent ce flambeau ? Si c’est le cas, nous pourrions éviter la « résonnance étrangère » qui guette parfois nos nouvelles églises qui dépendent tellement de la main-d'œuvre étrangère(7). Ce fait indiquerait la maturation des églises évangéliques en Belgique, maintenant capables d’assumer leur propre multiplication(8).

Mes recherches indiquent que ce n’est malheureusement pas le cas, car seulement cinq parmi les vingt-deux implanteurs sondés disent que leur église a été fondée par une autre église(9). Parmi ces essaimages, les témoignages ne sont pas encourageants : deux implanteurs m’ont dit que l’église mère a très vite abandonné la petite œuvre, car elle vivait des crises après le départ du noyau. Un troisième a hérité d’un groupe de deux personnes et trois mois de loyer impayé ! Il ne s’agit donc pas d'essaimages comme on les propose dans les livres d’implantation, où une église mère envoie une vingtaine de ses meilleurs membres pour démarrer une nouvelle œuvre. En fait, très peu de nouvelles églises en Belgique peuvent être considérées comme de vrais essaimages. Tout comme très peu de jeunes églises sont véritablement une œuvre d’équipe ou d’un travail collectif dès le départ. Même les ouvriers travaillant pour une dénomination ou une mission travaillent de façon très indépendante.

LE TRAVAIL EN ÉQUIPE COMME CLEF DU SUCCÈS ?

Les ouvrages contemporains sur l’implantation d’églises sont unanimes sur l’importance du travail en équipe. Dans un ouvrage visant le commencement de nouvelles églises au Québec, Roger Greenway en énumère dix(10) :

  • L’approche en équipe est fondée sur des modèles bibliques.
  • L’approche en équipe multiplie les dons spirituels disponibles dans l’œuvre.
  • L’équipe est une représentation du corps de Christ.
  • L’équipe, composée de plusieurs ouvriers, permet une croissance plus rapide.
  • La pression ressentie en équipe est moindre.
  • L’équipe favorise la formation d’ouvriers autochtones.
  • L’équipe est un exemple d’amour fraternel.
  • Le travail en équipe permet de meilleures prises de décision.
  • Les équipes favorisent l’apport de nouvelles idées.
  • Avec le travail en équipe, la continuité de l’œuvre ne dépend pas de la permanence d’un ou deux ouvriers.

Dans les années 70 et jusqu’à la fin du siècle, une stratégie souvent utilisée consistait à fortifier l’équipe d’implantation “permanente” pendant l’été par des groupes de jeunes venus de l’étranger pour une campagne d’évangélisation(11). Dans certaines régions, cette méthode fonctionne encore, même s’il devient plus difficile de recruter les jeunes pour de telles campagnes aujourd’hui. De plus, les implanteurs eux-mêmes sont moins enclins à faire “des campagnes d’évangélisation” que par le passé, car ils doutent de l’efficacité d’une telle démarche par rapport aux moyens financiers et personnels qui sont déployés.

Les variations du travail en équipe sont nombreuses(12), et chaque équipe prend un caractère différent selon l’origine de ses membres. Les membres recrutés dans un institut biblique donneront un autre style d’équipe que ceux qui viennent d’une église sœur, d’une équipe missionnaire, ou de chrétiens qui ont quitté une autre église évangélique pendant un conflit d’église.

Personne ne peut nier le fondement biblique et les avantages pratiques de ce travail en équipe. La sélection des coéquipiers est une affaire d’une “extrême importance”(13), mais que peut-on faire quand les églises sœurs sont trop petites pour donner des ouvriers ? Ou quand elles ne veulent pas donner des ouvriers de peur d’affaiblir l’église mère ? En Belgique francophone, 2/3 des implantations d’églises sont des œuvres pionnières, sans église mère et sans équipe. Pourtant, très peu de littérature récente prépare l’implanteur à ce ministère solitaire(14).

LE RETOUR DU PIONNIER

Parmi les implanteurs interviewés se trouvaient quelques hommes qui n’avaient pas commencé leur église comme pionniers, mais qui l'étaient devenus malgré eux. Ces hommes partageaient un scénario particulier. Au départ, ils ne se voyaient pas comme quelqu’un capable d’accomplir une implantation d’église tout seul. Ils s’étaient donc entourés d’une petite équipe avant de démarrer, confiants que leur propre manque d’expérience et leurs capacités limitées seraient palliées par les dons et la présence de l’équipe. Malheureusement, peu après le moment de lancement, les membres de l’équipe sont partis pour regagner l’église mère.

À ce stade de l’œuvre, pourquoi étaient-ils prêts à saborder le navire ? La réponse est simple : l’équipe avait vu que le travail nécessaire d’implanter une nouvelle église, même un travail partagé en équipe, était bien supérieur à ce que l’on leur demandait dans l’église d’origine. Résultat : celui qui ne se voyait pas comme pionnier est devenu pionnier par nécessité. C’était uniquement la passion du pionnier pour la mission d’implanter une nouvelle église qui lui a permis de continuer seul. Ces moments étaient de très grandes déceptions pour ces hommes. Il vaut mieux savoir que l’on travaille seul dès le départ que d’être trahi par la promesse d’une équipe qui ne veut plus continuer.

Si la vision d’une équipe fournit à l’implanteur une fausse attente que le travail sera moins difficile, ou moins long, nous ferions mieux de ne plus parler d’équipe d’implantation. Sur le plan humain, la survie et la réussite d’une implantation d’église résident presque exclusivement dans la personne de l’implanteur : sa vision, son caractère, ses dons, sa patience. La meilleure équipe d’implantation ne pourrait pas fonctionner sans un vrai leader, mais un vrai pionnier est capable de réussir une implantation même avec une mauvaise équipe. Autrement dit, pour toute la discussion sur l’équipe d’implantation, ce sont des pionniers qui fondent de nouvelles églises. Que nos stratégies d’implantation reflètent donc cette réalité !

QUELQUES PRÉCISIONS

Avant de laisser cette discussion sur les pionniers, je dois rectifier un point. Dans tous les cas, le pionnier ne travaillait pas complètement seul. C’était, en fait, un travail de couple, mari et femme, tous deux dévoués à l’œuvre dans un partage des tâches du ministère. Le mari était souvent perçu comme le leader de l’église, mais dans plusieurs cas sa femme prêchait aussi. Dans divers ministères, les femmes étaient aussi impliquées dans l’église que leurs maris, et vivaient des tensions entre cet engage- ment et leurs propres familles.

Si les pionniers commencent l’œuvre seuls, ils ne le restent pas. Tous les pionniers sondés ont presque tout de suite commencé à former une équipe parmi les nouveaux convertis. Au cours des années, la formation de ces croyants donnait souvent des membres au premier conseil d’église.

FINIES LES STRATÉGIES D’IMPLANTATION ?

Cet esprit indépendant des individus qui démarrent de nouvelles églises, allié à une passion d’atteindre la population locale, produit un dynamisme dans leurs stratégies. Ils sont prêts à tout essayer et ne sont “vendus” à aucune méthode. Un pasteur qui avait commencé son église sur le modèle d’église-cellules était prêt à abandonner son opposition à l’idée d’un bâtiment d’église quand il devenait évident que, pour établir une présence visible dans le village, il était utile de louer un bâtiment situé sur la place du marché.

Un fait étonnant est que, selon mes recherches, il ne semble pas que les facteurs tels que la stratégie ou l’implication à plein temps de l’implanteur aient un impact sur la croissance de l’œuvre(15). Peu importe la stratégie ou le manque de stratégie, une église de 25 à 40 adultes est généralement établie après huit ou dix ans. Les missionnaires travaillant à plein temps ne sont pas plus efficaces dans leur travail que ceux qui travaillent “après journée” ; les ouvriers à plein temps n’ont pas réussi à faire progresser l’église plus vite. La règle d'or qui détermine la survie et la réussite d’une implantation semble être assez simple : si l’implanteur d’église persévère, une église sera fondée tôt ou tard(16). Encore une bonne raison de donner à ces hommes toute l’aide dont ils ont besoin.

Que dire aux missionnaires et aux missions étrangères qui ont fidèlement soutenu l’implantation d’églises ? Si les missionnaires ne peuvent pas faire ce travail plus rapidement que les nationaux, quel est leur rôle ?

La réponse à cette question doit se situer autour de deux axes. D’abord, les missions peuvent envoyer des ouvriers là où les églises d’une région n’ont pas pu implanter une église par manque de moyens ou par pénurie de véritables pionniers pour mener la mission. Une agence missionnaire, avec ses ressources financières et l’envoi d’un pionnier, est peut-être la seule possibilité pour l’implantation d’une église dans la région. Mais il est hors de question de "bricoler" une équipe d’implantation. Le ministère d’implantation est éprouvant. Il ne faut pas envoyer un homme qui n’a pas la fibre d’un véritable pionnier afin de satisfaire à une stratégie  enthousiaste. Ce serait favoriser l’échec.

Un deuxième axe de participation missionnaire pourrait être la mise à disposition des ressources de l’agence missionnaire à tous les implanteurs travaillant dans une région. Des week-ends de formation et un soutien pastoral aux ouvriers de la mission et ceux venus d’autres groupements d’églises pourraient faire la différence entre la réussite et l’échec de ces œuvres.

L’INNOVATION CONTEXTUELLE DANS LA MISSION

Les implanteurs sont tous soucieux de contextualiser la proclamation de l’Évangile selon les réalités locales. Ils excellent dans l’innovation et sont prêts à pousser les bornes des activités que nos milieux évangéliques prônent habituellement. Deux pistes d’innovation méritent une attention particulière : l’établissement de relations fraternelles avec l’Église Catholique, et l’implication dans l’œuvre sociale.

En Belgique, les églises évangéliques ne sont plus persécutées par l’Église Catholique depuis bien longtemps ; les prêtres commencent même à voir les évangéliques positivement et sont ouverts à une collaboration sur un plan local. Nos pasteurs évangéliques sont invités à prêcher à des messes, ou à participer à des cours de catéchèse pour les jeunes. Un implanteur d’église a arrêté la participation de son église à la journée de prière des églises évangéliques parce que les autres églises ne participaient plus à la réunion. Son église se joint maintenant à la réunion œcuménique du village où l’Église catholique est impliquée. Ce contact a ouvert des portes sur le plan local pour le ministère de l’Église.

Une telle participation exige un enseignement clair de la part du pasteur, et une discussion franche avec le curé pour que tous comprennent l’objectif et les limites d’une telle participation. Je sais que de telles idées seront presque anathème pour ceux qui ont connu la persécution de l’Église catholique, mais les nouveaux implanteurs reconnaissent que l’Église catholique romaine n’est plus notre ennemi ; elle connaît les mêmes défis que nous dans la sécularisation antireligieuse de nos pays francophones occidentaux.

L’avantage de la fin de cette guerre avec les catholiques est que nous pouvons nous inscrire dans l’histoire missiologique du pays, histoire qui a rencontré l’Évangile bien avant notre arrivée(17). Un implanteur m’a dit : “parfois les évangéliques donnent l’impression qu’ils sont les premiers à proclamer l’Évangile… ils dénigrent l’Église Catholique et refusent d’admettre qu’il y a du bon dans le Catholicisme… nous devons reconnaître que nous nous inscrivons dans une continuité historique de la proclamation évangélique.”

L’INNOVATION SOCIALE DANS LA MISSION

Le deuxième volet d’innovation concerne l’œuvre sociale. Malgré le fait que les implanteurs d’églises ne sont pas, en général, des lecteurs voraces, ils se positionnent néanmoins dans le courant du défi Michée qui s’ouvre à une dimension sociale qui accompagne l’œuvre d’évangélisation dans les jeunes églises(18). Seulement deux implanteurs sur vingt-deux ne pensaient pas que l’implication sociale était une priorité. J'ai été un peu surpris de découvrir l’éventail d’engagement social de quelques-unes de ces très jeunes églises : accueil des réfugiés, ministère envers les malentendants, groupes de soutien pour les personnes au chômage, les femmes battues et les alcooliques, banque alimentaire ou vestiaire. Une église dans une banlieue aisée prenait le soin de louer une salle annexe pour y établir un “centre culturel chrétien”. Dans ce centre, diverses activités étaient offertes : des cours de musique, de langues, et même un cours de gestion du temps pour les hommes et femmes d’affaires du quartier. Le centre se voulait un pont entre l’église et les habitants du quartier.

D’autres communautés, à cause de leurs ressources limitées ou une décision d’église, préféraient envoyer leurs membres dans les différentes œuvres sociales de la région. Ainsi, ils avaient un témoignage à l’extérieur des murs de l’église. Ces implanteurs évangéliques ne voyaient pas de conflit entre leurs activités sociales et leur évangélisation : les deux étaient des actes d’obéissance au Seigneur. Ils notaient aussi la contribution de leur œuvre sociale, au profit de l’église, dans la commune.

La contribution de l’œuvre sociale à la visibilité de la nouvelle église était souvent soulignée par les implanteurs sondés. Pour eux, dans un contexte postcatholique(19), une activité sociale était considérée comme un des éléments qui faisait la différence entre une église et une secte(20). Une secte s’isole et se protège de la société ; une église se donne et fait de bonnes œuvres. Pourrions-nous voir l’émergence d’une nouvelle forme d’implantation d’une église, où un assistant social chrétien accompagnerait l’évangéliste pionnier dès le commencement de l’église ? Une telle stratégie exigerait des moyens supplémentaires, mais pourrait être une des seules manières d’atteindre les populations défavorisées de nos villes.

LE PLUS GRAND DÉFI

La plus grande difficulté que ces implanteurs rencontrent dans leur ministère est de faire face aux différents conflits qui menacent les jeunes églises. Seulement une des églises implantées avait ses origines dans une division d’église, mais plusieurs des pionniers ont été “encouragés” à se retirer de leur église d’origine par les responsables qui ne voulaient pas soutenir un don pastoral ou un appel d’évangéliste. Selon une des personnes interviewées, bon nombre d’implanteurs en Belgique ont commencé leur ministère parce que leur église d’origine refusait d’aider le commencement d’une nouvelle église par le don de ses propres membres. Ce n’est pas un environnement très sain pour donner naissance à une nouvelle communauté chrétienne.

Une fois l’embryon d’église démarré, les conflits prenaient d’autres formes. Comme le refrain d’un cantique d’église, une expérience revenait souvent dans leurs témoignages : un conflit majeur a failli mettre fin à l’église dans les deux premières années de son existence. Les personnes au cœur du conflit étaient parfois des chrétiens mécontents venus d’autres églises. Il y avait aussi de nouveaux chrétiens pleins d’enthousiasme, mais toujours liés aux dysfonctionnements relationnels de leur vie antérieure. Ceux-ci avaient le pouvoir de vider non seulement les bancs d’église, mais aussi les forces du couple implanteur.

Nous parlons très peu de ces conflits que les implanteurs doivent affronter pour voir naître une nouvelle église. Pourtant, c’est une expérience qui les unit plus que tout autre. “Notre adversaire rôde comme un lion rugissant, cherchant qui dévorer”, dit l’apôtre Pierre (1 P 5.8). Nous ne devons pas être surpris que l’ennemi donne une attention particulière aux jeunes églises fragiles. Il est plus facile de tuer un nourrisson qu’un enfant qui sait courir.

LE MINISTÈRE D’ACCOMPAGNEMENT

Le ministère de l’implanteur peut être facilité par bon nombre de causes, mais un seul facteur est sorti des conversations comme un élément qui pouvait faire la différence entre le succès et l’échec de l’implantation : l’accompagnement d’un père spirituel, d’un mentor. Les implanteurs qui avaient un mentor me disaient son nom sans hésiter et me racontaient la différence que son sage conseil avait fait à des moments charnières de leur ministère. Les implanteurs qui n’avaient pas eu cet accompagnement étaient certains que la prière et le soutien d’un homme expérimenté auraient pu les secourir dans les moments difficiles, surtout au début de l’œuvre.

Qui est ce mentor ? Ce n’est pas quelqu’un qui vient une seule fois pour une visite dans l’église, car une visite ne donne pas la possibilité de suivre l’église et son pasteur dans la continuité de la vie du ministère, avec ses hauts et bas, ses joies et ses défis. Un mentor n’est pas non plus le texte d’un livre sur l’évangélisation, ou une stratégie missionnaire, car ces documents manquent de contact humain. Ce que les implanteurs cherchent, c’est quelqu’un qui a déjà vécu une implantation d’église, et qui est prêt à passer du temps avec l’implanteur, à intervalles réguliers ou irréguliers, selon ce qui est possible et voulu des deux partenaires.

En parallèle à cette relation entre protégé et mentor, les implanteurs recherchent aussi la possibilité de passer du temps avec leurs pairs, c'est- à-dire les autres implanteurs des différents églises et mouvements de leur région. Ainsi, un pasteur pentecôtiste me racontait comment il a pu établir de meilleures relations avec les pasteurs non charismatiques de sa région. Le soutien fraternel ne connaît pas de dénomination.

Je sais aussi que le mouvement de mentorat a le vent en poupe dans nos milieux évangéliques, mais il me semble sage de terminer avec un bémol en ce qui concerne les implanteurs et leurs mentors. Je n’étais pas toujours convaincu que leur désir d'avoir un mentor dépassait leur intérêt propre : Voulaient-ils tout simplement une épaule sur laquelle ils pouvaient pleurer quand cela allait mal, ou désiraient-ils vraiment s’engager dans une relation qui dépassait leur cadre personnel ? Le mentorat était-il simplement un autre “outil” pour faire avancer leur mission, où étaient-ils prêts à se donner personnellement dans des relations qui n’apportaient peut-être pas plus d’efficacité ou de rendement dans le travail ? Et puisque j’ai remarqué que les implanteurs n’étaient pas beaucoup en contact avec la littérature missiologique, théologique, sociologique et ecclésiologique qui devrait informer leur ministère, je dois poser une autre question : le mentorat est-il destiné à être un palliatif d'une formation insuffisante ou manquante ?

PISTES POUR L’AVENIR

Le recrutement. Les vrais pionniers ne sont pas une espèce en voie de disparition, comme certains le disent. Les implanteurs ayant le profil de pionnier existent toujours, et ils sont toujours les mieux capables de réussir la tâche de fonder une nouvelle église. Une fois un pionnier trouvé, nous pourrions l’aider à constituer une équipe, mais il faut commencer avec le pionnier et non avec l'équipe. Nous devrions redoubler nos énergies pour trouver ces pionniers dans nos églises.

Le mentorat. Nous devons impérativement mettre en place des structures et des relations pour accompagner les implanteurs dans leur travail. Non seulement le mentorat peut faire la différence entre la vie et la mort de la jeune église, mais l’accompagnement du mentor fera une grande différence à la vie spirituelle et à la santé psychologique de l’implanteur. Avec un bon accompagnement au cours de son ministère, il sera peut-être prêt à entamer une deuxième ou troisième implantation d’église, ce qui devient de plus en plus rare de nos jours.

Le conflit. Trop d’églises sont nées dans le conflit (même une seule, c’est trop !). Les implanteurs doivent impérativement être formés pour éviter ou pour mieux gérer les conflits qui surgissent dans les jeunes églises.

L’innovation. C’est la réalité missiologique du terrain et une réflexion biblique qui poussent ces implanteurs d’églises à une nouvelle ouverture à l’Église Catholique et à un nouvel engagement dans les œuvres caritatives. Mais je n’ai pas toujours eu l’impression que ces nouveaux volets de leur ministère étaient bien réfléchis du début jusqu’à la fin. Comment s’assurer que ces activités, qui peuvent prendre tant de ressources humaines et spirituelles, n’amènent pas ces églises à négliger la proclamation de la parole ?

À mes remarques critiques sur l’implantation d’église, il faut rappeler le fait que je n’ai consulté que des implanteurs qui ont réussi à fonder une église en Belgique ces dernières années. Une autre étude pourra sonder les implantations qui se sont soldées par un échec pour en comprendre les raisons. La bonne nouvelle que j’ai découverte en Belgique francophone, c’est que Dieu est à l’œuvre pour susciter des vocations pour ce ministère d’implantation d’églises, et pour conduire ces églises sur le chemin de la maturité.

1. Je remercie Rémy Paquet et Nicola Piscicelli pour leurs remarques judicieuses sur les premières ébauches de cet article, ainsi que les implanteurs d’églises qui ont participé à ce projet de recherche.
2. Jean-Jacques Lovis, "Gabriel 2015 : Génération Active Belge Résolue à l’Implantation d'Églises Locales. Statistiques francophones relatives à l’implantation d'Églises" (Colfontaine, Belgium : DAWN Belgium, 1996). D.A.W.N. (Discipling A Whole Nation) est un mouvement des années 1990 qui encourageait des stratégies d’implantation d’églises au niveau national, visant 7 millions de nouvelles églises à l’échelle planétaire avant l’an 2000. James H. Montgomery, Explosion 2000, Les Projets Dawn, trad. Anne-Catherine Peter-Contesse (Lillebonne, FR, Foi et Victoire, 1989). Même dans les pays où des efforts considérables ont été investis dans le projet, les résultats ont été mitigés. Au Royaume-Uni, le but était d’ouvrir 20.000 nouvelles églises dans les années 1990. Le bilan : 1.867 églises protestantes, évangéliques et pentecôtistes sont nées, mais 2.757 églises ont été fermées pendant la même période, une perte de presque 900 églises. Murray et Lings écrivent : « Nous avons sérieusement surestimé notre capacité d’implanter de nouvelles églises ». George Lings and Stuart Murray, Church planting, past, present and future, grove evangelism series, 1367-1840 (Cambridge, Grove Books, 2003), p.3.
3. La croissance des églises issues de l’immigration et leur impact sur l’implantation des églises "autochtones" dépassent le cadre de cet article, mais ils méritent d’être étudiés, car l’effet "étranger" risque d’être un des facteurs les plus importants pour la croissance des églises francophones à l’avenir. Déjà, on peut estimer que les églises issues de la diaspora africaine représentent 10% des églises protestantes et évangéliques en Belgique. Way-Way Dibudi, "The african christian diaspora in Belgium with special reference to the international church of Brussels", International Review of Mission 89, n°354 (2000), p.451.
4. Il ne s’agissait pas d’entrevues "structurées", car normalement cette méthode oblige le répondant à choisir entre une série de réponses prédéterminées, souvent en cochant des cases. Mes interviews étaient semi-structurés, car je laissais plus de latitude dans la discussion tout en suivant une série de questions préétablies. Irving Seidman, Interviewing as qualitative research : A guide for researchers in education and the social sciences, 2nd ed. (New York: Teachers College Press, 1998), p.40, Corrine Glesne, Becoming qualitative researchers : An introduction, 2nd ed. (New York, Longman, 1999), p.28-30, Martyn Denscombe, The good research guide for small-scale social research projects, 2nd ed. (Maidenhead, Open University Press, 2003), p.166-67.
5. Pour confirmer le texte des entrevues, j’ai envoyé une copie du texte à chaque personne interviewée, lui donnant l’occasion de corriger ou rajouter s’il y voyait la nécessité. Neuf sur vingt-deux m’ont renvoyé des corrections ou des rajouts. Dans la formulation de mes questions, j’ai bénéficié d’un premier sondage des implanteurs belges par John Doherty qui était centré sur les structures de soutien des implanteurs. Son travail m’a permis de poser de nouvelles questions. John Doherty, "L'implantation d'églises en Belgique" (Unpublished paper, Brussels, 2001).
6. Après plus de deux siècles de persécution et d’immigration, il n’y avait que 16 églises protestantes en Belgique en 1830 à la création du pays. La croissance des églises protestantes a été véhiculée par l’activité de missionnaires venus des pays européens limitrophes au 19ème siècle (Armée du Salut, Baptistes, Église Anglicane, Frères, Adventistes) et par la force missionnaire britannique et surtout américaine au 20e siècle (Mission Évangélique Belge, Méthodistes, Pentecôtistes). Pour un survol historique de la croissance des églises protestantes en Belgique, voir Émile Braekman, "Le réveil du protestantisme dans le royaume de Belgique (1830-1980)" Belgia 2000, Toute l'histoire de la Belgique 5 (1984), p.75-87, Michel Dandoy, Le Protestantisme : Mémoires et perspectives (Bruxelles, Éditions Racines, 2005). En 2008, il y a plus de 600 églises protestantes et évangéliques recensées en Belgique selon le Conseil Administratif du Culte Protestant-Évangélique http://www.cacpe.be/index.php?page=annuaire.
7. Johan Lukasse, Mission possible ! Implantation d’Églises dans une Europe postchrétienne (Brussels, Le Bon Livre, 1993), p.121-22, Daniel Liechti, "Bâtir des Églises majeures : Un défi à relever", Fac-réflexion 45 (1998), p.24.
8. Comme explique Daniel Liechti, selon la définition de l’autonomie-majorité dans la missiologie, le développement de l’église est souvent mesuré selon trois critères : l’autogestion, l’autonomie de ressources, et l’autopropagation. Liechti, "Bâtir des Églises majeures : Un défi à relever", p.18-25.
9. La minorité d’ouvriers d’origine étrangère pourrait aussi s’expliquer par la possibilité peu réjouissante que ces missions sont en train de se retirer de l’Europe francophone pour se concentrer sur d’autres champs de mission, ou par la difficulté de trouver des missionnaires adaptés à la réalité de l’œuvre en francophonie.

10. Roger Greenway, "L'approche "en équipe" dans l'implantation d'églises en milieu urbain" in L'Évangile et le monde urbanisé, éd. Glenn Smith (Québec : Christian Direction, 2001), p.351-54. Voir aussi Lukasse, Mission possible ! Implantation d'Églises dans une Europe postchrétienne, p.86-89.

11. Moi-même j’ai participé en tant qu’équipier dans ces campagnes d’évangélisation au Québec et en France dans les années 1980. Ces expériences ont contribué à ma formation et à mon appel en tant qu’implanteur d’église.

12. La littérature anglo-saxonne regorge de stratégies basées sur l’implantation d’une église “en équipe”, du simple "essaimage" en passant par la méthode "champignon", l’église cellule, l’église "mobile", et la méthode "stolon de fraise". Le modèle "pionnier" est parfois évoqué, mais jamais recommandé, car les ressources humaines pour un travail "en équipe" sont disponibles presque partout dans le monde anglo-saxon. Quelques références dans ce domaine : Roger Forster, "Models of church planting" in Radical church planting (Cambridge: Crossway Books, 1992), p.73-85. The alliance for saturation church planting, omega course : Practical church planter training, manual one, éd. Jay Weaver (South-Holland, IL, The Bible League, 2000), p.26-28. C. Peter Wagner, Church planting for a greater harvest : A compre- hensive guide (Ventura, Calif., U.S.A., Regal Books, 1990), p.60-75, James R. Nikkel, Church planting road map (Belleville, ON, Guardian Books, 2003), p.79-96.

13. Greenway, "L'approche "en équipe" dans l'implantation d'églises en milieu urbain" p.352.

14. Les livres plus anciens sont parfois plus utiles à cet égard, parce qu’ils envisageaient l’envoi d’un missionnaire pionnier dans une région pour l’atteindre par des campagnes d’évangélisation. Le noyau de l’église, et plus tard le conseil de l’église et son futur pasteur, étaient recrutés à partir des premiers convertis. Melvin L. Hodges, Un guide pour l’implantation d’Églises (Brussels, Assemblées de Dieu, 1977.

15. La littérature sur l’implantation d’églises est pourtant fort centrée sur les discussions de méthode et de stratégie, avec peu de discussion sur l’ecclésiologie du fond qui est censé animer la nouvelle Église. Signalons les écrits de Stuart Murray comme exception à cette tendance : Stuart Murray, Church planting : Laying foundations, North American ed. (Scottdale, Pa., Herald Press, 2001).

16. La vitesse de la croissance dépendra, en grande partie, de la situation géographique de l’œuvre. En règle générale, une église en campagne ne grandira pas à la même vitesse qu’une église en ville. Dans les contextes d’implantation plus difficile, la persévérance du pionnier devient encore plus importante.

17. Voir aussi Neal Blough, "Évangéliser la France : Une expression à clarifier," Perspectives missionnaires 33 (1997), p.40-52.

18. Stéphane Lauzet, "La place du chrétien dans le monde : Ou de l’Implication des chrétiens et des Églises dans le cadre du Défi Michée", Perspectives Missionnaires 53, n°1 (2007), p.78-85.

19. L’influence historique du catholicisme, ainsi que la pérennité des institutions catholiques et la mentalité catholique sont à la base des dissemblances entre le contexte des pays francophones occidentaux et celui des pays anglo-saxons. Cependant, l’influence catholique semble se dissiper peu à peu selon les études socioreligieuses menées depuis les années 1970. Pour les conclusions récentes qui prennent en compte l’évolution de la religion au niveau européen, voir Andrew M. Greeley, Religion in Europe at the end of the Second Millennium : A sociological profile (New Brunswick, N.J.:  Transaction  Publishers,  2003), Grace Davie, Religion in Modern Europe : A memory mutates, European Societies (New York: Oxford University Press, 2000), Loek Halman and Ole Riis, Religion in secularizing society : The Europeans'religion at the end of the 20th Century (Leiden Boston: Brill, 2003). Dans le postcatholicisme, de nouvelles approches à l’évangélisation sont à l’ordre du jour. David E. Bjork, "The future of Christianity in Western Europe : The end of a world", Missiology 34, n°3 (2006), p.309-24.

20. Une activité sociale ne peut jamais être considérée comme seul critère d’une secte, car bien des sectes sont capables d’offrir des services aux démunis. Cette ouverture de la part des implanteurs à une intégration sociale dans la vie de la cité révèle, dans plusieurs cas, l’abandon d’une approche fondamentaliste et sectaire qui avait caractérisé certains mouvements évangéliques dans le passé. L’isolement social est un des critères d’une orientation sectaire ou fondamentaliste. Louis Schweitzer, “"Les sectes" l'état de la question dans la société” Les Cahiers de L'École Pastorale 28 (1997), p.5-10. Edward Farley, "Fundamentalism: A theory," Cross Currents 55, n°3 (2005), p.378-403. Pour une discussion sur les effets de l’isolement fondamentaliste sur l’activité missionnaire en France après la Deuxième Guerre mon- diale, voir Allen V. Koop, "American evangelical missionaries in France, 1945-1975", in Earthen Vessel: American evangelicals and foreign missions, 1880-1980, éd. Joel A. Carpenter, Wilbert R. Shenk, and Institute for the Study of American Evangelicals (Wheaton Ill.) (Grand Rapids, Mich., W.B. Eerdmans Pub. Co., 1990), p.180-202.

 

 

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