Partager l’Évangile au quotidien

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Le 15 octobre 2016 a eu lieu à l’Institut biblique de Nogent la « Journée de l’évangélisation » organisée en partenariat avec Agapé France, Jeunesse pour Christ, France évangélisation, Mission gospel France sur le thème « Partager l’Évangile au quotidien ». Étienne Lhermenault assurait l’apport biblique à partir de 1 Pierre 3.14-16.

Son intervention est une invitation à un témoignage résolu, régulier, courageux, mais encore nourri d’intelligence, d’humilité et d’amour pour le prochain. L’auteur scrute au fil du texte biblique ce que Pierre dit en considérant trois paires de mots caractérisant ce qui est attendu de chaque croyant : « Justifier » et « défendre » d’abord, qui soulignent la nécessité de l’apologétique ; ensuite « toujours prêts », qui alertent sur la réalité de l’hostilité. Et enfin, « avec humilité et respect », qui indiquent que la fin ne justifie pas les moyens.

Partager l’Évangile au quotidien

« Il y a quatre-vingt-six ans que je sers [le Christ], et il ne m’a fait aucun mal ; comment pourrais-je blasphémer mon Roi qui m’a sauvé ? » Celui qui parle ainsi est un célèbre martyr des débuts de l’ère chrétienne, Polycarpe, disciple de Jean l’évangéliste et évêque de Smyrne. Quand il prononce ces mots, il est sommé par le proconsul qui l’a fait arrêter d’abjurer sa foi. Ce dernier le presse en disant – je cite Le Martyre de Polycarpe(1) :

« “Respecte ton grand âge” et tout le reste qu’on a coutume de dire en pareil cas : “Jure par la fortune de César, change d’avis, dis : À bas les athées” ».
Polycarpe dit ces mots mais refusa de jurer.
Alors le proconsul insista et dit : « “Jure, et je te laisse aller, maudis le Christ” ;
Polycarpe répondit : “ Il y a quatre-vingt-six ans que je sers [le Christ], et il ne m’a fait aucun mal ; comment pourrais-je blasphémer mon Roi qui m’a sauvé ?” »

Au fond, Polycarpe a fait, par ces quelques mots en cette occasion dramatique, ce que nous sommes tous appelés à faire en des circonstances plus prosaïques : défendre l’espérance qui est en nous quand on nous en demande raison. Qu’il l’ait fait au péril de sa vie ou que nous le fassions en toute liberté, une même motivation nous anime, rendre gloire à celui qui nous a sauvé.

Nous scruterons ce que dit l’apôtre Pierre dans ce passage en considérant trois paires de mots qui semblent bien caractériser ce qui est attendu de chaque croyant : « Justifier » et « défendre » d’abord qui soulignent la nécessité de l’apologétique ; ensuite « toujours prêts » qui alertent sur la réalité de l’hostilité ; « avec humilité et respect » qui indiquent que la fin ne justifie pas les moyens.

I. La nécessité de l’apologétique ou la force persuasive de l’argumentation

En écrivant à ses premiers lecteurs « Si l’on vous demande de justifier votre espérance, soyez toujours prêts à la défendre », Pierre veut encourager des croyants en butte à l’hostilité de leurs compatriotes. Il parle dans sa lettre de « calomnie » (1 P 2.12 ; 3.16), d’« injure » ou d’« insulte » (3.9 ; 4.14), de « châtiment » donc probablement de violence physique (2.20) et de rejet social (4.4). Autant dire de choses assez répandues et expérimentées à des degrés divers par les croyants de tous les lieux et de tous les temps, y compris en France en 2016 à l’exception des châtiments… pour l’instant. Nous reviendrons sur ce climat d’hostilité qui accompagne la foi, mais il est nécessaire d’avoir au moins un aperçu du contexte pour mieux saisir ce que veut dire l’apôtre.

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que l’hostilité en général se verbalise ; et même si c’est sous les formes détestables de la calomnie, de l’insulte ou de l’ostracisme, le croyant est invité à répondre aux objections qui sont formulées. Quel est donc le sens de cet impératif ?

1. L’espérance plutôt que la foi

Le choix du vocabulaire par l’apôtre n’est pas neutre : il invite les croyants à défendre leur « espérance » plutôt que leur « foi ». Il ne s’agit donc pas du simple contenu de la foi – dispenser un cours de doctrine ne suffit pas – ni même de l’élan de confiance en Dieu – donner un simple témoignage n’est pas en vue ici –, mais de leur mise en perspective, du sens que la foi donne à la vie. Au fond, le mot « espérance » englobe la foi dans son contenu et son élan mais en lui donnant sa dimension vitale et historique :

  • Vitale parce que le fait d’attendre de nouveaux cieux et une nouvelle terre où la justice habitera oriente de façon décisive la vie et les choix du croyant aujourd’hui. C’est parce qu’il croit que ce qui est immédiat et visible n’est pas toute la réalité que le croyant peut faire un choix éthique coûteux sur le plan social, renoncer à un avantage immédiat ou à court terme d’un point de vue pragmatique, ou dédaigner une gloire éphémère par amour pour le Seigneur et en vue d’un bonheur plus grand et plus durable.
  • Historique parce que le fait de porter ses regards sur l’accomplissement de toutes choses inscrit le croyant dans une histoire qui a un commencement avec la création, une suite avec la chute et une magnifique réponse avec la rédemption dont seulement une partie est effective aujourd’hui. Le croyant sait donc d’où il vient, ce qu’il doit aujourd’hui à la grâce de Dieu pour son salut et ce qui l’attend, c’est-à-dire le meilleur !

Autant dire que le croyant n’est pas appelé à présenter une simple explication rationnelle de ses convictions, ni à donner un récit émouvant de son choix religieux, encore moins à livrer une affirmation timide et relative de ce qu’il croit (« à chacun sa vérité ! »), mais à proposer ...

1. Extrait mentionné par Jules Marcel Nicole, Précis d’histoire de l’Église, Nogent-sur-Marne, Éditions de l’Institut biblique, 1972, p. 22.

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