La pratique de l'onction d'huile dans Jacques 5.14-19

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Mike McGowan est pasteur à Paimpol. Son étude, qui porte sur l'onction des malades, pourra surprendre. Mais on s'apercevra vite que, malgré la force de ses convictions et la rigueur de ses arguments, l'auteur est nuancé et ouvert au débat. Nos colonnes sont ouvertes elles aussi à qui voudrait, dans cet esprit, continuer cette réflexion sur les fondements exégétiques de nos pratiques.

La pratique de l'onction d'huile dans Jacques 5.14-19

L'interprétation classique de ces versets sous-entend une onction d'huile en cas de maladies physiques. Très répandue, cette interprétation soulève néanmoins de nombreuses difficultés auxquelles nous ne trouvons pas de réponse entièrement satisfaisante. Par exemple, dans quel cas pratiquer ou ne pas pratiquer une onction d'huile ? Faut-il déranger les anciens de l'église pour un rhume de cerveau ? Ou les adeptes de l'"extrême-onction" auraient-ils finalement gain de cause ? Il y a aussi la question de l'onction elle-même : faut-il oindre la tête, le front, les "cinq sens"(1) ou la partie du corps atteint par la maladie ? Enfin, il y a le problème de la guérison : que penser lorsque le malade n'est pas guéri ? Le non-accomplissement de la promesse - qui semble absolue - encourage certains à spiritualiser les effets de l'onction et de la prière de la foi. Ainsi le malade - pour qui l'on aurait pourtant demandé une guérison physique - serait dans tous les cas guéri spirituellement, même si le Seigneur choisit de ne pas guérir son corps.

Face à ces difficultés, y aurait-il une interprétation alternative plus satisfaisante qui tienne compte non seulement de ce que dit le texte lui-même mais aussi de son application pratique dans l'église aujourd'hui ? Il existe, en effet, une interprétation radicalement différente qui voit dans la "maladie" visée par Jacques non pas une infirmité physique, mais plutôt une très grande faiblesse spirituelle qui nécessite une intervention divine importante pour relever le chrétien du danger de l'apostasie. Cette interprétation, minoritaire dans l'histoire de l'Église, a néanmoins ses défenseurs. Nous citons notamment le commentaire de J.P. Lang publié en 1869(2) ou encore, plus récemment, un article de Daniel R.Hayden paru dans "Bibliotheca Sacra", revue du Séminaire de Dallas, aux États-Unis(3). Polémique, cet article cherche à discréditer ceux qui font appel à ce texte pour justifier la prière et l'onction d'huile en vue d'une guérison divine. Loin de nous une telle intention ! Nous croyons fermement que Dieu guérit de nos jours, physiquement, mentalement et spirituellement, parfois suite à une onction d'huile ! Mais nous pensons aussi que ce texte de Jacques ne s'adresse pas à la guérison physique mais à une toute autre situation : celle du chrétien tenté d'abandonner sa foi parce que persécuté, éprouvé ou faible. Cette interprétation non seulement ne s'oppose pas à la guérison physique - pratique qui s'appuie sur d'autres textes bibliques même si, comme nous le pensons, le passage de Jacques n'en parle pas - mais elle propose un moyen extraordinaire mais négligé aujourd'hui que Dieu met à la disposition de son Église pour venir en aide aux frères et sœurs qui connaissent de grandes difficultés sur le plan de la foi.

Quels arguments appuient cette interprétation "alternative" de Jacques 5.14-19 ? Nous nous proposons d'en examiner sept : le contexte de Jacques 5.14-19, le vocabulaire utilisé pour parler du "malade", le rôle des anciens de l'église, le sens de l'onction, la promesse de guérison absolue, la question du péché et l'exemple d'Elie.

Le contexte de Jacques 5.14-19

Beaucoup estiment que l'épître de Jacques n'est qu'un recueil d'enseignements disparates n'ayant aucune relation les uns avec les autres. Rien d'étonnant à ce moment-là de voir Jacques parler subitement à la fin de sa lettre de la prière en faveur des malades, alors qu'il n'en avait jamais été question jusque-là. Mais d'autres, au contraire, décèlent une structure et une continuité dans l'épître qui tient davantage compte de la relation entre les différents thèmes proposés(4). Si nous repensons Jacques 5.14-19 dans le contexte de l'épître tout entière, nous pouvons voir que Jacques suit effectivement une certaine logique dans l'enseignement qu'il veut donner. Dans le dernier chapitre, après avoir parlé de nos souffrances, il propose des moyens pour venir en aide aux chrétiens en difficulté. D'ailleurs d'aucuns proposent une structure chiasmique de l'épître. Dans ce cas il y aurait une correspondance entre le premier chapitre de cette lettre qui parle d'épreuves, et son dernier chapitre où Jacques nous propose des moyens pour vivre au sein de ces mêmes souffrances.

Quoi qu'il en soit, lorsque nous replaçons Jacques 5.14-19 dans le contexte immédiat des versets qui l'entourent, nous constatons une progression dont il est important de tenir compte. Après avoir parlé dans les premiers versets du chapitre 5 des souffrances que connaissent les enfants de Dieu, Jacques nous parle ensuite de quatre cas de figure, de quatre types de personne que l'on rencontre dans l'église dans le cadre de la persécution ou de l'épreuve. Tout d'abord au verset 13 il parle de la personne qui souffre, mais qui tient le coup ; elle doit prier. Ensuite, il nous parle, à l'opposé, de la personne qui est dans la joie, malgré son épreuve ; tout comme Paul et Silas en prison à Philippes (Ac 16.25), cette personne doit chanter des cantiques ou des psaumes. Ensuite, au verset 14, suivant cette même progression logique, Jacques parlerait du cas de la personne qui se voit "faible" face à l'épreuve et qui serait en danger de renoncer à sa foi ; cette personne doit faire appel aux représentants de l'église afin qu'ils prient en l'oignant d'huile. Enfin, au verset 20, nous avons le cas du frère qui a effectivement renoncé à la foi et qui "s'est égaré loin de la vérité" ; cette personne doit savoir qu'elle peut compter sur l'aide de l'église, surtout quand elle ne sera pas elle-même en mesure de prendre une quelconque initiative.

Il y a donc une logique certaine dans ces versets qui suggère fortement une interprétation "spirituelle" de Jacques 5.14-19. Mais le seul argument du contexte ne prouve rien(5). Nous devons donc envisager d'autres arguments pour fonder cette thèse. C'est l'accumulation de ces arguments qui nous fait penser que, dans ces versets, Jacques s'adresse effectivement à un problème non pas physique mais spirituel.

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(1) Pratique de l'Église catholique romaine. Voir POURRIAS, Jean et RENIER, Louis-Michel, "L'Onction des Malades : les sacrements dans l'histoire", Editions CRER, BP 2316 Angers Cedex, juillet 1989.
(2) "Si un homme en tant que chrétien est blessé ou est devenu malade par rapport à son christianisme, qu'il demande la guérison aux anciens, qui sont le mur de l’église". LANG.J.P. et VAN OSTERZEE, J.J., The Epistle General of James, 5ème édition, Edinburgh, T.T.Clark, 1869, page 138.
(3) HAYDEN, DANIEL R., "Calling the Elders to Pray" in Bibliotheca Sacra 138 (1981) 258-266.
(4) Voir, par exemple DAVIDS, Peler B., The Epistle of James (New International Greek Testament Commentary), Eerdmans/Paternoster, 1982 ; ou encore MOO, Douglas J., The Letter of James : an introduction and commentary, IVP/Eerdmans, 1985.
(5) Charles Swindoll fait aussi remarquer cette même progression, tout en affirmant que les versets 14-19 parlent d'une onction de personnes atteintes d'une maladie physique. SWINDOLL, Charles R., "Flying closer to the flame : a passion for the Holy Spirit", Word Books, 1997, pages 242-244.

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