Réflexions sur le couple David et Mical

Extrait
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Que les mœurs du temps de l’Ancien Testament relèvent d’un passé lointain et qu’il est difficile de mettre en rapport une histoire de cette époque et notre quotidien, nul n’en doute. Mais le décalage historique entre les personnages bibliques et nous, les occidentaux du 21ème siècle, n’empêche pas qu’il y ait des similitudes à découvrir et à mettre en évidence. Au fond, l’homme n’a pas vraiment changé, quelle que soit la différence des circonstances. De plus, nous confessons que la Bible, aussi bien sa première que sa seconde partie, est pour nous Parole de Dieu. Cela veut dire que nous sommes invités à y découvrir une parole divine, lampe devant nos pas, lumière sur nos sentiers aujourd’hui, dans chaque histoire, pour étrange qu’elle puisse nous paraître à première vue. C’est tout l’enjeu de la lecture biblique.
Dans la méditation qui va suivre, Jean-Marie Ribay réfléchit à l’une de ces histoires étranges dans les Écritures, celle du couple David et Mical. Il met en évidence l’ombre d’un héros. Sa faiblesse et ses difficultés. C’est aussi pour cela que la Bible nous raconte les « héros de la foi » : afin d’apprendre, non seulement de leurs réussites mais aussi de leurs zones d’ombre.

Réflexions sur le couple David et Mical

Nous connaissons bien le courageux David qui vainquit Goliath ! Mais connaissons-nous l’homme David ? L’homme de Dieu qui accomplit des exploits ne doit pas faire l’oublier l’homme tout court. Il me semble très intéressant d'examiner la vie des personnages bibliques, comme celle du roi David. Pour plusieurs raisons. D'une part, afin de mieux apprécier leurs qualités exceptionnelles, et ainsi de trouver un encouragement précieux pour nos vies ; d'autre part, afin de comprendre pourquoi la Bible relate aussi leurs erreurs (et leurs fautes !) Chercher à saisir les raisons apparentes et les racines profondes des faillites ou des manques de David, par exemple, ne relève pas d'un voyeurisme stérile. Pourquoi le Saint-Esprit a-t-il inspiré la rédaction de ces quelques pages des Écritures ? Pouvons-nous explorer les raisonnements et l'émotivité de ce personnage mythique ?

Cet examen ne devrait pas s’avérer seulement psychologique, ni seulement spirituel. Ces deux domaines doivent être abordés simultanément, étant indissociables et interdépendants dans nos motivations, comme dans celles de David. Nous essaierons de déchiffrer les sentiments et les raisons de l’âme, dans les actes mais aussi dans les non-actes, dans les paroles et dans les silences, dans les non-dits de David et ceux du texte biblique lui-même. Car David ne dit pas tout... et la Bible non plus ! Il s'agit donc de comprendre ce que dit le texte biblique, et de comprendre tout ce que ne dit pas le texte biblique. Autrement dit, tirer parti de toutes les données fournies, sans pour autant lire entre les lignes et, en quelque sorte, inventer. Le défi consiste à cerner le personnage de façon précise et pratique, en refusant la tentation de vouloir donner corps et substance à notre étude en développant des suppositions.

LE COUPLE

La vie relationnelle de David est une excellente base de réflexion. Nous allons observer les proches de David dans leurs relations avec lui, pour découvrir les ressorts cachés de ses affections ou de ses répulsions, afin de comprendre sa personnalité. Comme introduction à cette étude : le couple de David et Mical.

Elle le méprisa

En dehors du fait que Mical était la fille de Saül et la première épouse de David, les lecteurs de la Bible ne retiennent généralement de Mical qu'un seul épisode, celui où elle méprisa David qui dansait devant l’arche de Dieu qui entrait à Jérusalem.

« Comme l’arche de l'Éternel entrait dans la cité de David, Mical, fille de Saül, regardait par la fenêtre, et, voyant le roi David sauter et danser devant l’Éternel, elle le méprisa dans son cœur... David s'en retourna pour bénir sa maison, et Mical, fille de Saül, sortit à sa rencontre. Elle dit : Quel honneur aujourd'hui pour le roi d'Israël de s'être découvert aux yeux des servantes de ses serviteurs, comme se découvrirait un homme de rien ! David répondit à Mical : C'est devant l’Éternel, qui m'a choisi de préférence à ton père et à toute sa maison pour m'établir chef sur le peuple de l’Éternel, sur Israël, c'est devant l'Éternel que j’ai dansé. Je veux paraître encore plus vil que cela, et m'abaisser à mes propres yeux ; néanmoins je serai en honneur auprès des servantes dont tu parles. Or Mical, fille de Saül, n'eut point d’enfants jusqu'au jour de sa mort » (2 Samuel 6.16 et 20-23).

Notre réaction quasi unanime, devant ce texte, est une franche réprobation de Mical, une femme «bien peu spirituelle, qui mettait son sens personnel de la dignité au-dessus du service de Dieu », dirons-nous sans doute. Du reste, notre jugement semble tout à fait en accord avec celui de Dieu, puisque, suite à cet épisode, il est écrit que Mical fut stérile toute sa vie. Ainsi, tout semble clair à son sujet.

Pourtant, laissez-moi faire une remarque. Mical fut stérile toute sa vie : elle l’était donc avant cet épisode, et sa stérilité n'a évidemment pas sa source dans cet événement ! Mical aurait pu avoir des enfants de David au début de leur mariage, avant qu'il ne doive s'enfuir devant Saül, et aussi depuis qu'ils s'étaient de nouveau trouvés réunis, et même de son second mari, Palthiel, que Saül lui imposa pendant l’exil de David. D'ailleurs, le texte dit seulement que Mical fut stérile, mais ne dit pas que Dieu l’ait rendue stérile.

Reprenons donc cette histoire à son début. Il était une fois...

Une horrible manipulation !

Après avoir terrassé Goliath, David prit rapidement du galon dans l'armée royale, et il jouit aussitôt d'une très large popularité auprès de tout le peuple comme au palais (1 Sa 18.5 et 16). Et le roi Saül devint de suite jaloux et méfiant envers David. Vous vous souvenez que face aux provocations de Goliath, Saül avait promis d'accorder sa fille en mariage à celui qui vaincrait le géant. Mais, une fois la menace écartée, il avait oublié sa promesse.

Puis, dans un premier temps, Saül émit le projet d’accorder sa fille aînée, Mérab, en mariage à David. Mais sa motivation était pour le moins perverse, et même criminelle. En effet, Saül poussait David à accomplir des exploits contre les Philistins, comme s’il devait, en guise de dot, « mériter » sa fille Mérab. « Saül se disait : je ne veux pas mettre la main sur lui, mais que la main des Philistins soit sur lui » (1 Sa 18.17). Malgré l'engagement victorieux de David sur le champ de bataille, Saül ne tint pas sa parole et accorda la main de sa fille Mérab à un autre.

Un élément nouveau intervint dans cette affaire lorsque Mical, la seconde fille de Saül, se déclara amoureuse de David ! (1 Sa 18.20). De nouveau, Saül conçut l'horrible plan d’utiliser l'affection de sa fille pour faire tomber David sous la main des Philistins : « Il se disait : je la lui donnerai, afin qu'elle soit un piège pour lui, et qu'il tombe sous la main des Philistins » (1 Sa 18.21). Comme précédemment, Saül envoya David au combat, qui devait lui faire gagner Mical au prix de la mort des Philistins ennemis. Au grand désappointement du roi, David tua le nombre de Philistins demandé et revint sain et sauf ! Le roi ne put plus reculer, et le mariage eut lieu. David était maintenant gendre du roi.

Qui aime qui ?

Était-ce un mariage d'amour ? Il est intéressant de noter que, deux fois, il est dit que Mical aimait David : « Mical aima David » (1 Sa 18.20) ; « Mical, sa fille, aimait David » (1 Sa 18.28). Mais, avez-vous remarqué qu'il n'est jamais écrit que David aimait Mical ? D’accord, c'est insuffisant pour en déduire que David ne l'aimait pas ! Mais…

Gendre du roi !

Il apparaît quand même clairement dans le contexte de cette histoire que l'enjeu pour David était bien plus celui de devenir gendre du roi, plutôt que le mari de Mical ! David demande deux fois : « Croyez-vous qu'il soit facile de devenir le gendre du roi ? » (1 Sa 18.18 et 18.23). Il est encore question quatre fois, dans ce paragraphe, de ce mariage sous le seul angle de David-gendre-du-roi (18.21, 22, 26, 27). D'ailleurs, si Saül n'était pas précédemment revenu sur sa parole, David aurait accepté d’épouser Mérab, la sœur de Mical.

David se trouvait confronté à une incroyable opportunité de promotion dans cette affaire ! Issu d'une famille modeste, il était déjà parvenu, en très peu de temps, à cette position d’officier supérieur ; et voilà qu'il pouvait sauter comme à pieds joints dans la famille royale !

ET MICAL DANS TOUT CELA ?

Même si Mical ne comprit pas toutes les composantes de son histoire au moment de son mariage, elle dut rapidement saisir qu'elle n'était pas seulement une histoire d'amour pour David ! Et aussi que son père avait odieusement manigancé de se servir d'elle pour se débarrasser de son fiancé. À l’évidence, elle démarrait sa vie conjugale avec un handicap émotionnel très lourd !

Mical sauve David

La situation de David à la cour se dégrada rapidement, et un soir, Mical comprit que son père avait pris la décision de tuer David. C'est dans cette situation qu'elle lui sauva la vie, l’incitant à s'enfuir à l'instant, en s'échappant par la fenêtre. Elle réussit à retarder le moment où les envoyés de Saül devraient mettre la main sur lui, en arrangeant dans le lit de son mari un mannequin pour leur faire croire à sa présence (1 Sa 19.11-17). Ceci donna à David le temps nécessaire pour s’échapper. Il ne faut pas sous-estimer le courage de Mical dans cet épisode : elle connaissait très bien le comportement colérique et caractériel de son père, et elle prenait un risque délibéré avec sa propre vie en faisant échapper David. En d'autres circonstances, Saül menacera même son fils Jonathan dans sa folie meurtrière (1 Sa 20.33).

Mical avait donc pris des risques pour sauver David ; verra-t-elle David agir de même à son égard ?

David se marie deux fois

Pour sauver sa vie, David dut vivre en exil de longues années, loin de Mical. Nous apprenons qu'il prit alors une épouse du nom d’Achinoam, puis qu’il épousa encore la veuve de Nabal, Abigaïl (1 Sa 25.42-43). Bien sûr, sa situation d'isolement et aussi la culture de l'époque acceptant la polygamie, permettent de comprendre (d'accepter ?) ses choix.

Ne pensons pas que Mical ait pu ignorer comment la vie de David s’organisait, loin d’elle. Même avec l’éloignement et la situation politique de son mari, les informations circulaient tout de même, bien qu’avec retard. Comment Mical ressentit-elle, à distance, ces événements ? Il n'est pas difficile d'imaginer sa souffrance, son amertume sans doute, elle qui avait contracté un mariage d'amour. D'autant plus que...

Mical se remarie !

D'autant plus que Mical se remaria ou, pour être exact, fut remariée ! Dans sa rage contre David en fuite, Saül s'en prit même à Mical et la donna comme épouse à un certain Palthiel (1 Sa 25.44). Elle n'eut évidemment sans doute rien à dire dans cette nouvelle histoire où elle se trouvait, une fois de plus, honteusement manipulée. La voilà maintenant divorcée de force, et remariée de force.

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Pasteur-enseignant de l’Église « Porte Ouverte Chrétienne » à Mulhouse.

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Commentaires

Gbenou
03 janvier 2013, à 09:53
Je suis serviteur de Dieu en formation et je veux mieux connaitre sa parole pour bien le servir. Je crois que avec vous cela sera possible. MERCI
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Peace
13 novembre 2015, à 14:51
Bonjour,

Woaw je suis impressioné car ces derniers jours je méditais sur cette relation David-Mical et j'avais besoin de mieux comprendre tous sa. Merci car cela m'éclaire et je trouve que cela est très bien écrit. Que Dieu vous bénisse.
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