Pour que la prédication demeure une joie

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Comment garder une parole fraîche, avoir toujours de la joie à prêcher après 20 ou 25 ans de ministère.

L’ennui vient de la répétition. Prêcher pendant de longues années, est-ce se condamner à la monotonie répétitive ? Peut-on au fil des années garder une fraîcheur joyeuse. Cette interview d’un pasteur retraité mais toujours heureux d’annoncer la Parole, devrait encourager à vivre des ministères qui durent.

Pour que la prédication demeure une joie

– Pasteur à Tours, à Strasbourg, à Paris av du Maine et à St Constant (Canada) : 40 ans de ministère, cela représente combien de prédications ?

Nettement moins que les quelques 2.080 dimanches de ces 40 ans ! Mais cela fait quand même près d’un millier de prédications. Globalement je dois avoir prêché à peu près deux dimanches par mois. Pour les Églises que j’ai servies, j’ai été un prédicateur à mi-temps ! Non par manque d’intérêt car j’ai toujours aimé prêcher même si cela a toujours été avec crainte et tremblement. Ce « mi-temps » était de ma part un choix délibéré pour une raison principale. J’ai eu le bonheur dans toutes les Églises où j’ai été, et à l’avenue du Maine à Paris en particulier, d’avoir à mes côtés plusieurs collègues ou frères non seulement capables de prêcher, mais excellents prédicateurs. De plus, et c’est souvent le cas dans les grandes villes, nous avions assez souvent des prédicateurs de passage qui s’ajoutaient à des collègues invités. Devant cette manne si riche et variée, il me fallait plutôt me faire violence pour maintenir mes deux prédications par mois ! Je reste convaincu que pour le bien de l’Église il aurait été profondément regrettable d’enterrer une telle richesse. La variété dans la prédication est un grand bienfait pour nos assemblées et pour le pasteur en place. Non seulement un dimanche plus relax où il peut s’exercer à l’écoute, s’il ne prêche pas dans une Église sœur, mais aussi l’occasion de se faire d’autant plus apprécier par son auditoire habituel. En effet si le prédicateur est bon, l’Église sera reconnaissante à son pasteur de l’avoir invité et s’il est déplorable, ou simplement médiocre elle ne sera que trop heureuse de retrouver son pasteur le dimanche suivant !

– Un dimanche plus relax, est-ce à dire que les autres sont plus stressants ? Même après des dizaines d’années de ministère ?

Absolument ! La charge de la prédication a toujours été et reste pour moi éminemment stressante. Un plaisir c’est vrai, mais auquel on ne se frotte qu’avec appréhension. Les enjeux sont considérables. La chaire est un lieu de pouvoir ! Et mieux vaut en avoir conscience. Le désir de domination reste profondément ancré dans le cœur de l’homme, même après sa conversion, et il sait fort intelligemment se glisser dans l’habit « évangéliquement correct » du serviteur de Dieu en chaire. Il est si facile de « sermonner » avec toute la vigueur de sa conviction, d’user de l’autorité de la charge pour contraindre les ouailles subjuguées… Alors qu’il s’agit humblement dans la communion de l’Église, d’aider nos frères et sœurs à entendre et à mieux comprendre les interpellations que Dieu nous adresse, à reconnaître et à accepter le projet de Dieu pour nous, pour son Église et pour le monde. L’aide du Saint-Esprit nous est aussi indispensable pour comprendre la Parole qu’elle l’est pour voir clair en nous même. Un des autres enjeux est celui de rejoindre les auditeurs là où ils sont pour les amener à une vraie écoute. Et l’écoute n’est pas simplement l’enregistrement des vérités bibliques mais une compréhension juste pour une mise en pratique. Le Christ ne veut pas faire de nous des admirateurs mais des disciples, des « suiveurs »selon le mot de Kierkegaard. Enfin si nous prêchons : parlons pour être compris ! Et si possible par tous. L’église, la salle de culte n’est ni l’amphithéâtre de la faculté de théologie ni la salle d’école du dimanche. Elle n’est pas plus la place du marché que la salle d’audience du tribunal dans laquelle le pasteur peut enfin régler ses comptes avec certaines fortes têtes. Le ministère de la prédication est une charge qui a son côté redoutable ou « épeurant » comme diraient nos amis québécois. Nous ne pourrons au grand jamais l’exercer avec légèreté.

Très honnêtement même après 40 ans de ministère, oui ! Je tremble toujours un peu quand je prends la parole. Seulement j’ai appris à ne plus le montrer ! Mais j’ai bien conscience que ce sont là mes peurs « humaines » dont je reste tributaire avant toute intervention publique. En général elles s’apaisent en cours de route. Mes craintes, voire mes doutes, devant la tâche m’ont assailli bien plus tôt dans mon bureau lors de la préparation de la prédication, lors de ma recherche de « l’inspiration ». « Qui suis-je, Seigneur pour oser parler de ta part ! Que veux-tu que je dise à notre Église ? Qu’a-t-elle besoin d’entendre ?» Questions lancinantes qui reviennent invariablement à la charge. Heureusement une autre petite voix souffle à l’oreille de mon cœur « ne t’ai-je pas appelé ? Rassure-toi je suis toujours avec toi » et dans le meilleur des cas, « l’inspiration » vient, si non, on continue de prier, et on se met au travail.

 

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