PRÉDICATION ET CULTE

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Voilà une question fondamentale : comment articuler le lien entre la prédication et la célébration du culte dans son ensemble ? La vieille expression protestante “aller au prêche” exprimait bien la centralité de la prédication. Les temps ont changé. Quelles sont les potentialités à encourager, les dangers à éviter ? Evert Van de Poll tente de nous guider dans un voyage au pays du culte évangélique.

PRÉDICATION ET CULTE

Trop souvent, la prédication est préparée sans tenir compte de la liturgie du culte dans lequel elle se situe. Quand aux auditeurs, un constat pareil s’impose : ils ne voient pas toujours le lien entre le message et les éléments qui l’entourent. Mais celui qui en tire la conclusion que la prédication pourrait bien se passer de tout ce que l’on a l’habitude de faire avant et après, se mettra à dos tant théologiens que fidèles en toute dénomination.

Lors de la Réforme, Ulrich Zwingli a voulu réduire le rassemblement dominical à la seule prédication de la Parole de Dieu. Appelé “prophétie” (Prophezeiung), son culte se voulait radicalement néotestamentaire, une 
alternative à la messe romaine, et aux liturgies des autres courants de la Réforme, jugés encore trop ritualistes. Au regard des excès de son temps, on comprend son austérité, mais son modèle n’a pas fait beaucoup d’émules. La grande majorité des Églises protestantes et évangéliques ont éprouvé le besoin de se réunir pour vivre davantage que la seule annonce de l’Évangile. Malgré toutes leurs différences en matière de liturgie, elles ont ceci en commun qu’elles placent la prédication dans un contexte plus large, composé de chants communautaires, prières de tout genre, lectures bibliques, offrandes et annonces, souvent avec une célébration du repas commémoratif du Seigneur, ainsi qu’un envoi et une bénédiction. Si les évangéliques considèrent, donc, que la prédication de la Parole de Dieu n’est pas un moment isolé dans la liturgie d’un dimanche matin, la question se pose : quelle est sa place dans le culte ?
Abordons la question en trois temps. D’abord, le lien entre message et culte, selon les différents modèles liturgiques que l’on peut distinguer aujourd’hui. Ensuite, l’articulation de la réponse à la parole annoncée. Et enfin, la manière dont le prédicateur tient compte du culte dans son ensemble.

LA PRÉDICATION DANS LE CULTE


Quel rapport entre prédication et culte ? La réponse dépend du modèle liturgique utilisé. Dans les milieux évangéliques, on distingue, grosso modo, deux principaux types.

Message au centre


Selon le modèle traditionnel, le message est plat de résistance du culte. Les chants, prières et lectures de la première partie ont pour objectif de rendre les cœurs plus sensibles à la présence du Seigneur et de les préparer ainsi à la réception de sa Parole. Une fois le message terminé, et un éventuel moment de réponse passé, on a l’impression que “la messe est dite”, si vous me permettez l’expression, bien que le culte se poursuive encore avec quelques éléments assez domestiques tels que les offrandes et les annonces, avant de se terminer par une clôture plus ou moins officielle. Quand la Sainte Cène est célébrée, elle ne prendra qu’un petit moment, le plus souvent avant la prédication, parfois juste après.


Un tel déroulement est comme une montée vers un sommet où l’on demeure une demi-heure ou plus pour écouter le messager du Seigneur, après quoi on descend vers la fin du culte qui nous ramène dans la vallée de notre quotidien.
Suivant ce modèle, la prédication est la suite et l’aboutissement de la première partie. Elle devrait en découler logiquement. Si je m’exprime au conditionnel, c’est que cette logique n’est pas toujours lisible. Souvent, on n’y pense même pas. Celui qui préside le culte, sélectionne les chants dans un registre général de joie, de reconnaissance, tenant compte des préférences de l’assemblée plutôt que de la thématique qu’abordera le prédicateur. Suivant une tradition, il insère une ou deux lectures bibliques, suivies de quelques commentaires. Quelle tradition ? J’ai souvent l’impression que l’on suit là une trame liturgique dont on ignore et l’origine et le sens. Le plus souvent tirées du Psautier, ces passages n’ont en général pas grand-chose à voir avec les passages que va aborder le prédicateur plus tard. Difficile pour celui qui en fait lecture de résister à la tentation de faire de ses commentaires une mini prédication. Il m’est arrivé plusieurs fois d’écouter toute une exhortation au début du culte, lorsque les retardataires continuaient encore à entrer dans la salle. Bien sûr, je n’ai rien contre une exhortation. En plus, il n’y a aucune loi liturgique qui nous interdit de le faire tout de suite après la prière d’ouverture. Mais si nous faisons les choses sans réflexion, et sans cohérence, l’assemblée n’est pas édifiée, ni la communion constituée. Rien de pire que de suivre des traditions par traditionalisme – “on a toujours fait comme ça” sans savoir pourquoi.


En l’occurrence, on se demande pourquoi il est nécessaire d’expliquer les lectures sous forme d’exhortations. Qu’est-ce que les gens vont-ils en retenir encore, après avoir entendu tout un message dans la deuxième partie du culte ? Ou inversement, si on présente ses prédications au début, bien soignées et bien présentées, pourquoi ne pas s’en tenir là ?
 
Pourquoi encore ajouter tout un message élaboré ? Encore une fois, il n’y pas de règle absolue quant au nombre de prédications ou exhortations dans un culte. Mais il me semble que l’on aurait tort d’ignorer le conseil de l’apôtre Paul que l’on se limite à deux, tout au plus à trois prophéties (1 Co 14). Et pour ce qui est de la capacité d’écoute des auditeurs, une prédication un peu élaborée vaut déjà bien deux ou trois prophéties !


Mais d’où vient cette habitude de faire des lectures dans la première partie du culte ? Qui a dit cela ? Par cette pratique nous perpétuons, souvent sans...

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