Le baptême et ceux qui viennent d’autres Églises

Complet
Note : 50
( 1 vote )

Ce texte est l’adaptation d’un exposé donné lors d’une session de l’École Pastorale consacrée à diverses questions concernant le baptême. Evert Van de Poll, est pasteur de l’Église baptiste (FEEBF) de Toulouse et professeur associé à la Faculté de Théologie Évangélique de Louvain (Belgique).

Le baptême et ceux qui viennent d’autres Églises

Le baptême est un des points difficiles de nos relations avec d’autres communautés chrétiennes. Souvent, le baptême de quelqu’un déjà baptisé enfant est vécu comme un rejet, non seulement de ce rite mais aussi de l’Église où il a eu lieu. En règle générale, la nouvelle Église du baptisé ne va pas le dire explicitement, mais, dans le non-dit, ce message est facilement véhiculé.

Je remarque au passage que le mot « rebaptême », si souvent utilisé, est péjoratif. Derrière ce mot se cache l’accusation d’anabaptisme, de baptiser « à nouveau » une personne qui selon les Églises catholique ou réformée est déjà baptisée. De ce point de vue, il s’agit d’un « anti-baptême », un rite qui se substitue carrément au pédobaptême.

Par contre, du point de vue baptiste aucun rite n’a la valeur d’un véritable « baptême », sinon l’immersion sur confession de foi. Unique et sans précédent, ce rite ne réitère rien du tout, donc le mot « rebaptême » n’est pas juste. Pour des raisons de facilité, je l’utiliserai quand même, sans pour autant y attacher une valeur péjorative.

Rebaptiser ou ne pas rebaptiser ?

D’habitude, la question se résume ainsi. Cependant, la chose n’est pas aussi simple que cela. La question est à la fois théologique et œcuménique. Elle ne touche pas seulement notre lecture de ce que dit le NT, mais également les relations entre les Églises et notre appréciation de ce que font d’autres communautés qui annoncent l’Évangile. Comment évaluer ce que les gens qui viennent chez nous y ont vécu ? Comment tenir compte des sensibilités de leur famille et de leurs amis là-bas ?

Liberté, fraternité et politesse

La réponse la plus simple serait de dire que seule notre pratique a la valeur d’un baptême biblique et que l’on peut donc passer à côté de toute autre pratique ailleurs. Nous n’avons qu’à tenir compte de nos propres règles, soit celles de notre Église indépendante soit celles de notre Union ou Fédération.

Par exemple, les statuts baptistes stipulent, de façon catégorique : si quelqu’un veut devenir membre, qu’il passe d’abord par une immersion sur confession de foi.

Est-ce que cela sous-entend : …quel que soit le rite baptismal par lequel il est passé ailleurs ? Les statuts ne se prononcent pas explicitement sur ce sujet, donc, congrégationalisme oblige, chaque Église doit procéder comme bon lui semble. Sur le terrain, chaque pasteur trouve sa réponse à lui.

Officiellement, les Églises évangéliques ne sont pas obligées à tenir compte de ce que pense une autre Église au sujet du rebaptême. Elles sont tout à fait libres de suivre leurs propres convictions. C’est pour une telle liberté d’ailleurs qu’elles ont vu le jour, à côté des Églises dites traditionnelles.

En plus, les textes issus des dialogues entre catholiques et baptistes ou pentecôtistes reconnaissent le droit de chacun de « changer de foi et d’allégeance ecclésiastique, tant que cela se fait sur la base d’une conviction personnelle et sans coercition »1. Ainsi donnent-ils une liberté d’action aux Églises pour suivre leur propre conviction. De façon tacite, ils permettent également de rebaptiser, puisqu’une conversion peut entraîner un changement d’opinion sur ce sujet.

Pas de problèmes alors ?

Loin s’en faut. Quand on n’est pas de ceux qui se croient la seule véritable Église du lieu, on doit se rendre compte du lien fraternel qui existe avec d’autres Églises. Et quand on a du mal à considérer une autre Église comme faisant partie du corps du Christ, il y a encore toujours des exigences de politesse à respecter.

Dans le cas d’un rebaptême, il n’est pas de pratique courante d’en informer, ne serait-ce que par respect, les responsables de l’Église d’où provient le candidat. On n’insiste pas toujours pour qu’un candidat qui était un membre pratiquant d’une autre communauté, en parle d’abord avec le pasteur ou le prêtre. Ne faudrait-il pas éviter que ceux-ci n’en prennent connaissance qu’après ? C’est justement ce silence qui blesse les autres et alimente les préjuges envers « nous ».

Trois approches

Retournons à la question du rebaptême même. Comment s’y prendre ? Plusieurs cas de figure se présentent. Notre réponse va toutefois dépendre de l’approche adoptée.

a) Certaines Églises accueillent des personnes baptisées « autrement » ailleurs, sans exiger un rebaptême. On peut qualifier cette approche d’« œcuménique », puisqu’elle reconnaît les différents rites baptismaux d’autres Églises.

b) D’autres Églises considèrent qu’à défaut d’un vrai baptême les gens ne peuvent devenir membres ou participer au Repas du Seigneur. Elles vont donc essayer de leur montrer le bien-fondé de la démarche qui reste encore à faire, ce qui se solde, dans la grande majorité des cas par un vrai baptême. C’est l’approche « baptiste ».

c) En posant des questions à ces deux approches, j’en développerai une troisième que j’appellerai « baptiste œcuménique »

Quelques notes autobiographiques

Ma préférence pour la dernière approche n’est pas sans rapport avec mon cheminement, j’ajoute donc quelques notes autobiographiques.

De mon premier baptême, dans une Église Évangélique Libre aux Pays-Bas, je n’ai pas le souvenir, seulement le compte rendu de mes parents. Quand j’ai annoncé, à l’age de 16 ans ma décision de demander le baptême de confessant, ils étaient d’abord dérangés mais ils ont vite commencé à s’interroger, eux aussi, sur ce que le Nouveau Testament enseigne. Finalement, mon père, qui m’avait présenté en tant que nourrisson aux fonts baptismaux, est descendu avec moi dans les eaux de baptême. Un peu plus tard ma mère fut baptisée, en même temps que ma future épouse qui vient d’un milieu réformé traditionaliste. Bref, dans notre famille nous avons vécu le soi- disant rebaptême comme une confirmation de ce que j’ai reçu de bon à travers mes parents et l’Église de ma naissance.

Après avoir servi dans des Églises évangéliques, je fus appelé par une Église réformée pluraliste qui se voulait œcuménique et qui m’a accueilli avec ma conviction baptiste. Ce transfert m’a obligé à réfléchir à nouveau sur le baptême de nourrissons et à ce que les réformés appelaient le rebaptême - et ce dans un contexte non baptiste !

Quant au premier, j’ai constaté que presque tous les parents concernés ne souscrivaient pas à la doctrine officielle de l’Église. Ils ne voulaient qu’exprimer leur reconnaissance et demander une bénédiction pour leur enfant. C’était exactement semblable à ce que les parents évangéliques désirent dans le cas d’une présentation d’un nouveau-né - sauf le rite d’aspersion. Par conséquent, le pédobaptême tel qu’il est souvent pratiqué, est beaucoup plus proche de la présentation d’enfants que du baptême d’adultes !

En ce qui concerne ce dernier, il y avait également décalage entre théologie et pratique. Tous les théologiens avouaient que Karl Barth avait raison et que le baptême de confessants était biblique. En même temps ils continuaient à défendre le pédobaptême et à interdire tout rite qui avait l’air de réitérer ce sacrement. Or, les réformés, au moins aux Pays-Bas, sont de plus en plus nombreux à demander l’immersion de confessants, après avoir vécu un renouveau spirituel. C’était le cas aussi dans ma paroisse. J’ai constaté que ces gens ne dépréciaient pas du tout ce qu’ils avaient reçu avant et qu’ils souhaitaient rester dans leur Église, donc je trouvais leur demande tout à fait légitime - d’autant plus que j’étais baptisé de la même manière. Les discussions au niveau local et national qui s’ensuivaient m’ont amené à écrire un livre où je plaide pour permettre à ceux qui le souhaitent un rite d’immersion que je qualifie de « baptême de confirmation »2.

Ensuite, en 1995, j’ai aidé à créer le « Mouvement Évangélique dans l’Église Réformée », qui revendique, entre autres, un tel baptême. Pour l’instant, la porte est encore fermée, ce qui est d’autant plus regrettable que l’Église réformée continue à perdre beaucoup de membres du fait qu’ils doivent se faire baptiser ailleurs.

Après ce passage « réformé », mon chemin s’est poursuivi dans un autre contexte, mais je reste sensible aux tensions que peuvent provoquer les positions œcuménique et baptiste.

Questions suscitées par l’approche « œcuménique »

Ouverte et accueillante, l’approche œcuménique à l’air d’être la plus polie. Elle ne va pas brouiller les relations inter Églises. Elle ne rend pas problématique le parcours d’une personne dans une autre Église. Pourtant, elle suscite quelques questions par rapport à des incohérences que l’on peut constater.

1°) Soulignant la parole de Paul qu’il n’y a qu’« un seul baptême » (Ép 4.4), de telles Églises se refusent à rebaptiser quelqu’un déjà baptisé ailleurs, même s’il l’a été d’une manière différente de celle que l’Église elle-même enseigne et pratique. En accueillant des personnes sans exiger un rebaptême, elle accepte en effet une pluralité de baptêmes, du moins une pluralité de modes de baptême : un athée converti passera par le rite d’immersion, tandis qu’une personne née dans un milieu catholique, réformé ou luthérien, peut faire valoir le rite d’aspersion de nourrisson. N’est-ce pas contredire l’unicité du baptême qu’elle affirme ?

2°) Les évangéliques qui se refusent à rebaptiser, posent souvent une condition : que la personne ait confessé la foi publiquement. Sinon, elle devra encore le faire pour « compléter » le baptême de bébé par l’élément qui y manquait encore. C’est la logique réformée : pédobaptême + confession de foi = baptême biblique. Une telle logique est basée sur la naissance et l’appropriation d’une tradition au cours de la vie. Le baptême doit être suivi d’une catéchèse débouchant sur la confession ou la confirmation dans l’Église.

En même temps, ces évangéliques enseignent une autre logique, basée sur la conversion : d’abord la démarche de foi, puis l’immersion sur confession de foi.

Si on accepte la première logique pour les uns et la deuxième pour les autres, ne serait-il pas cohérent de laisser le choix à chaque parent : soit un pédobaptême pour son enfant, soit attendre jusqu’à ce l’enfant soit venu à la foi et en témoigne à travers un baptême de confessant ? Je connais des couples déçus du fait que la demande d’un rite baptismal pour leur bébé leur soit refusée, bien qu’on les ait accueillis sur la base de leur propre pédobaptême, dans une Église réformée. Peut-on parler de deux poids deux mesures ?

3°) Une autre difficulté se présente dès qu’une personne qui est devenue membre sans être passée par le rite de l’immersion, va devenir moniteur, animateur de groupe de jeunes, ancien ou, à la rigueur, pasteur dans l’Église qui prône le baptême de confessants. Il représente l’enseignement de l’Église et devrait le prendre à son compte, mais de par son cheminement il représente en même temps une autre « option ». On voit bien le problème surgir quand on veut s’appliquer à l’injonction biblique de suivre l’exemple de ses conducteurs. Quel exemple ?

Récemment à la faculté à Louvain, j’ai assisté à un débat autour de ce problème. Il apparaissait que dans nombre d’Églises évangéliques qui adoptent l’approche œcuménique, on ne donne pas de responsabilité à quelqu’un qui n’est pas passé par une immersion sur confession de foi. Telle politique fut taxée d’incohérence par la plupart des participants, puisqu' elle revient à ne pas accueillir vraiment ceux qui ont été baptisés enfants. L’approche œcuménique leur est réservée jusqu’à ce qu’ils aspirent à une tâche de responsabilité. Alors, on change le fusil d’épaule et on adopte l’approche baptiste.

4°) Les catholiques, protestants et évangéliques « œcuméniques » s’accordent à dire qu’un baptême ne doit jamais être répété. Selon eux, le baptême est non répétitif du fait que l’expression « un seul baptême » implique « une seule fois ». Même si la forme n’a pas été celle qu’aurait préféré le pasteur évangélique, le rite ne peut être réitéré, sous quelque forme que ce soit, du fait que le Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit a été prononcé.

Cependant, « un seul baptême » (Ép 4.4) ne veut pas forcément dire « une fois pour toutes ». Paul n’utilise pas le mot hapax, « une seule fois ». Selon le contexte, l’unicité du baptême se rapporte à l’unicité du Christ. Lui est mort et ressuscité une fois pour toutes, et c’est à cela que l’on s’identifie quand on passe par les eaux de baptême, « mourir et ressusciter avec le Christ ». Or, que faire quand une telle identification n’a pas encore eu lieu ?

Actes 19 relate l’exemple d’un rebaptême, à cause du fait que le premier baptême était défectueux, non pas dans sa forme mais quant à son contenu. Vraisemblablement il s’agissait de chrétiens (le mot « disciples » est utilisé sans qualification), baptisés de manière correcte, sans qu’ils se soient pour autant appropriés tout ce que le Christ a fait pour eux. Alors, Paul va réitérer l’immersion, en ajoutant cette fois-ci les paroles justes et la prière pour la réception du Saint-Esprit.

On peut rétorquer qu’il ne s’agissait pas là d’un baptême « chrétien » qu’il fallait refaire. Mais quelle est la différence quand on est persuadé que le pédobaptême n’est pas en accord avec l’enseignement biblique ? Bien que le Nom du Dieu trinitaire soit prononcé, ils considèrent qu’un baptême de confessant reste encore à faire.

L’exemple d’Actes 19 m’amène à poser la question suivante : pourquoi s’acharner à ne jamais baptiser quelqu’un qui est passé par un rite qui ne correspond pas tout à fait à ce que le Nouveau Testament enseigne ?

5°) Une dernière question concerne les personnes baptisées nourrisson qui ont vécu une expérience de conversion. Parfois elles ne voient pas la nécessité qu’elle soit suivie d’une immersion, et l’approche « œcuménique » va leur sembler commode. Or, la majorité d’entre elles le désirent vivement, pour témoigner de leur nouvelle naissance et obéir à l’ordonnance du Christ. Elles ne voient pas pourquoi elles devraient se contenter du rite que leurs parents ont choisi pour elles. Quand on leur dit qu’il fallait assumer le pédobaptême comme véritable baptême, elles seront le plus souvent déçues, d’autant plus quand ceux qui le disent prêchent et pratiquent le baptême qu’elles désirent, elles aussi ?

J’estime qu’on les prive sans raison d’une chose de grande valeur, porteuse d’une bénédiction particulière. Si l’on leur refuse un rebaptême, c’est que l’on ne veut pas renier le rite qu’elles ont reçu juste après leur naissance. Or, il n’a pas forcément cette signification. On peut présenter un tel baptême non comme un reniement mais comme une confirmation de ce qui a précédé. Loin de renier le Nom du Dieu trinitaire et les paroles qui ont été prononcées à l’époque, la personne va les prendre à son compte à travers le baptême qu’elle a décidé elle-même de recevoir. La personne assume ce que les parents ont souhaité dans le temps, à savoir que leur enfant fasse connaître l’Évangile et suive le Christ.

Interrogations par rapport à l’approche « baptiste »

Venons-en à l’approche « baptiste ». Elle a l’avantage d’être claire et nette, sans ambiguïté. Mais on peut tellement en souligner le bien-fondé biblique que l’on fait de ce baptême l’antithèse totale de tout rite précédent : aspersion de nourrisson, confirmation, confession de foi.

Certes, il y a discontinuité entre « maintenant » et « auparavant » - la personne vient de se convertir ! - mais je me demande si on prend suffisamment en compte la continuité.

1°) Dans la préparation au baptême on va donner un enseignement biblique et expliquer le baptême « comme il faut ». On n’a pas l’habitude de prendre en compte le pédobaptême ni de considérer le vécu dans une autre Église comme un élément qui a préparé le chemin à la conversion. Autrement dit, l’historique et le contexte antérieur de la personne qui se présente sont escamotés. « Retenez tout ce qui est bon », dit l’apôtre Paul (Ph 4.8). À mon avis cela porte également sur le bien que la personne a éventuellement reçu ailleurs : l’éducation religieuse des parents et des catéchètes, l’exemple de foi d’un pasteur ou d’un prêtre, les moments forts, etc. Tout en refusant au rite d’aspersion de nourrisson le statut de véritable baptême, on peut en apprécier certains aspects et confirmer ce qu’il y de bon dans les traditions d’autres Églises : l’engagement de l’Église d’enseigner l’Évangile, la bénédiction au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, la confession de foi, etc.

En tout cas, il faut en parler dans la préparation au baptême. Dans une discussion sur la conversion et le moment de baptême, Alain Nisus donne plusieurs raisons pour laquelle un certain laps de temps entre les deux est souhaitable. « Surtout pour celui qui a subi l’aspersion rituelle en tant que nourrisson. Il est juste qu’il soit informé de la douleur que ressentent les autres, face à ce qu’ils estiment être un re-baptême et les raisons pour lesquelles les baptistes se sentent contraints de « passer à l’acte », malgré les difficultés œcuméniques que cela suscite »3.

Je pense à un jeune homme dans notre assemblée qui souhaitait le baptême et qui était vexé par le rejet de ses parents catholiques à la Réunion. Il avait du mal à agir contre leur volonté. J’aurais pu l’encourager à « quitter ses parents et à suivre Jésus », mais j’ai préféré lui laisser le temps à lui et à ses parents pour dialoguer et pour que les derniers s’adaptent à la nouvelle donne. Le risque était que la situation ne se débloque pas ! Après quelques mois les parents ont apprécié le respect montré par leur fils, en lui disant : « nous respecterons ta décision ». Je sais que les conflits ne sont pas toujours à éviter, mais on peut toujours faire un effort.

2°) Plus l’historique de la personne dans une autre Église a joué un rôle constitutif dans sa vie spirituelle, plus le baptême prend le caractère d’une "confirmation" de ce qui a précédé. Pour ma part, je suis persuadé qu’il convient de l’exprimer dans la liturgie de baptême. C’est ce que je fais en tout cas dans la liturgie que j’utilise.

Avant de procéder au baptême, je pose trois questions par rapport au contenu de la foi, puis l’assemblée récite le Symbole des apôtres. Ensuite, les trois questions par rapport à la démarche de la foi : Est-ce que tu affirmes que tu t’es tourné(e) vers Dieu, et que tu as accepté Jésus-Christ, son Fils, comme ton Sauveur et Seigneur ? Renonces-tu à Satan et à ses œuvres, ainsi qu’à la domination du péché ? Est-ce ton désir et ton engagement d’aimer Dieu et de suivre Jésus-Christ, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ton intelligence et de toute ta force ? »

Après la réponse j’inclus une parenthèse au cas où la personne aurait été baptisée nourrisson :

« …, tu as reçu, en tant que nourrisson, une aspersion d’eau au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Maintenant tu vas passer par les eaux du baptême, de façon biblique. En ce faisant nous rendons grâce à Dieu pour tout ce qu’il t’a apporté aux travers de tes parents et de l’Église où tu as reçu ce baptême de nourrisson ».

Au cas où la personne a fait, plus tard, une confession publique de sa foi, j’enchaîne par :

« Plus tard, tu as fait une confession publique de ta foi, dans une Église. Maintenant nous confirmons cette confession-là, par ce baptême par immersion ».

Je pense ici à quelqu’un de très engagé dans notre assemblée qui a depuis longtemps refusé de prendre le baptême. Auparavant il avait vécu une véritable intervention de Dieu dans sa vie et il en a témoigné lors de sa confession de foi publique dans une Église presbytérienne à Madagascar. Comment pouvait-il s’écarter de cette expérience ? Mais quand il a compris que le baptême de confessant serait pour lui plutôt un acte de confirmation, il a vu la continuité et a fini par faire la démarche.

3°) Et si quelqu’un n’est pas convaincu de la nécessité du baptême de confessant ? Cela arrive, aussi dans les Églises baptistes. Je pense à des gens qui ont été baptisés adolescent, par aspersion, dans l’Église catholique ou chez les réformés. Faut-il dans ce cas leur dire : assumez votre baptême, vivez comme un croyant qui est mort et ressuscité avec le Christ ?

Dans mon assemblée j’ai souvent discuté avec deux jeunes hommes, de parents méthodistes, qui ont reçu le baptême par aspersion dans une Église catholique lorsqu’ils faisaient partie des scouts. Apparemment, le prêtre leur a donné une catéchèse et la démarche fut sincère, accompagnée d’une confession de foi. C’est pourquoi ils se considèrent comme vraiment baptisés et moi, en tant que pasteur, je devais respecter leur historique spirituel et j’ai fini par ne pas insister,

J’aimerais bien que nos deux frères passent encore par un rite de confirmation, avec ou sans eau, du fait qu’ils ont vécu un renouveau de leur foi dans notre Église.

4°) « Quelle place faites-vous aux enfants ? », nous demandent les Églises non « baptistes ». La question est pertinente, car leur place est un peu floue. Nous faisons des efforts pour que les enfants se sentent concernés par l’Évangile et la vie de l’Église, mais, théologiquement parlant, ils ne sont pas encore sauvés, ou bien le sont-ils pour l’instant, et pour combien de temps ? On récuse le pédobaptême, mais du coup on manque de rites de passage pour les enfants. L’opposition au sacramentalisme catholique, héritée de la Réforme, nous a rendus frileux par rapport à tout ce qui peut donner l’impression d’un sacrement, en dehors du baptême et de la cène. C’est un peu dommage car on peut imaginer d’autres rites sans leur conférer le statut de sacrement (un terme théologique qui se discute d’ailleurs).

Nous soulignons l’exemplarité du baptême de Jésus, mais que faisons-nous avec les deux moments clés dans son enfance dont Luc fait état dans son Évangile ? D’abord sa présentation. Après le rite prescrit au temple, il a reçu une bénédiction de la part de Siméon. On peut y ajouter la bénédiction des enfants que les parents venaient présenter à Jésus. Le récit est presque un modèle de liturgie, surtout dans la version de Marc (10.13). Au vu de ces précédents bibliques il convient de proposer aux parents un rite de bénédiction, comme c’est déjà le cas dans un nombre croissant d’Églises. Ce rite exprime que le nouveau-né est accueilli par le Seigneur et qu’il a sa place à part entière dans la nouvelle alliance, jusqu’à ce qu’il soit parvenu à l’âge où il doit se décider lui-même.

Deuxièmement la participation de Jésus aux discussions des scribes quand il avait douze ans. Ce moment correspond au rite de bar mitsvah (bath mitsvah pour les filles) dans la synagogue, qui marque le passage de l’enfance à l’adolescence et qui exprime que l’enfant est désormais adulte en matière de religion. On peut le comparer également aux rites de confirmation pour les adolescents dans les Églises pédobaptistes. Dans nos Églises il n’existe pas vraiment de rite de passage pour les juniors, les préados. Mais rien n’empêche d’en introduire. Pour ne citer qu’un exemple, dans l’Église libre où j’ai grandi, on faisait chaque année un culte pour terminer la période d’École du dimanche, d’une manière solennelle et liturgique. J’en garde encore un vif souvenir tout à fait positif. À ce moment-là j’ai pris conscience de ce que je n’étais plus un enfant en ce qui concerne la foi.

5°) Dans beaucoup d’Églises seuls les baptisés (par immersion) sont admis au Repas du Seigneur. Pour compréhensible qu’elle soit en théorie, cette règle est assez problématique dans la pratique. Elle oblige à ne pas admettre des frères et sœurs d’autres Églises, qui sont de passage chez nous. Un réformé qui se considère baptisé, qui aime le Seigneur de tout son cœur et qui est bien engagé dans la foi se verra exclu. Un membre d’une Église évangélique qui n’est pas encore baptisé, peut-être parce que son Église n’insiste pas trop là-dessus, et qui prend régulièrement part à la sainte cène sera tout d’un coup repoussé au rang de ceux qui doivent encore attendre.

Ou encore, admettons que le pasteur qui suit cette règle dans sa propre Église, va assister à un culte ailleurs, ou à un rassemblement inter Églises, et qu’il va participer à une sainte cène où des convertis non baptisés peuvent également participer. Ne devrait-il pas s’en abstenir pour rester cohérent avec son ecclésiologie ?

Approche « baptiste œcuménique »

Voici l’approche « baptiste œcuménique » qui se dessine aux travers des questions posées et des suggestions faites par rapport aux deux approches.

De ce point de vue je veux encore aborder quelques points

1°) « Ici on ne baptise pas de touristes, seulement des immigrés ». Réaction d’un pasteur à la demande de ceux qui voulaient recevoir le baptême chez lui, tout en restant membres de leur Église où cela n’était pas possible. Il considérait que telle démarche impliquait un engagement vis-à-vis de son assemblée. Pour ma part, je ne suis pas trop dogmatique sur ce sujet. En règle générale, le baptême se situe dans la vie d’une Église et le baptisé doit être encouragé à prendre sa responsabilité dans cette communauté, mais il y a toujours des situations exceptionnelles.

2°) « Un baptême sur confession de foi par aspersion ne suffit pas, même si vous étiez converti à ce moment-là. Il faut encore passer par une immersion ». Il arrive qu’une Église tienne ce genre de propos et rebaptise rien que pour l’immersion. Là on peut vraiment parler de « rebaptême ». Or, qu’est ce qui constitue un véritable baptême ? Autrement dit, un baptême est-il incomplet, voire nul et non avenu quand toutes les conditions constitutives étaient réunies mais que la quantité d’eau utilisée ne fut pas telle que l’on pouvait visualiser symboliquement la mort et résurrection avec le Christ ? Dans ce cas-là il faut être très réticent et essayer d’éconduire celui qui en fait la demande, ne serait-ce que par respect de l’autre Église où le rite d’aspersion a eu lieu. Comment leur expliquer une telle réitération du baptême ? Si quelqu’un décide de le faire quand même, il doit souligner la valeur du baptême antérieur, tant dans la préparation que dans la liturgie. Qu’il ne s’agisse que d’un complément symbolique, donc pas de témoignage, confession de foi, etc.

3°) « Faut-il rebaptiser ou non quelqu’un après une période d’apostasie ? » Cette question se posait déjà dans les premiers siècles, à l’endroit de ceux qui avaient renié la foi lors de la persécution et qui voulaient réintégrer l’Église après. On connaît par exemple la discussion à ce sujet entre Cyprien (contre un rebaptême) et Cyrille (pour).

De nos jours, il arrive assez souvent qu’une personne ait reçu le baptême à 12 ou 13 ans ou même plus tôt et qu’elle ait quitté le chemin de la foi durant les « années difficiles » qui suivaient. Quand elle se convertit plus tard - dans la même communauté ou ailleurs - elle exprime souvent un désir de passer par un baptême, en disant que la première fois « je ne savais pas encore ce que c’était », ou « je l’ai fait pour plaire à mes parents » ou « parce que toutes mes copines le faisaient », etc.

Aussi arrive-t-il que des personnes baptisées adulte retombent dans le monde et vivent dans le péché, et qu’elles reviennent au Seigneur - dans la même communauté ou ailleurs. Il est fort compréhensible que l’on demande le baptême dans de telles situations. Une saine prudence est de mise, chaque cas étant différent. Mais, quand il s’agit d’une véritable apostasie, je pense que l’on peut y répondre favorablement. Si cela n’arrive que rarement en Europe, en Afrique cela se fait plus souvent. Je connais des Églises au Congo Kinshasa qui vont les rebaptiser et où cela peut même se reproduire plusieurs fois.

Si on juge bon d’agir de la sorte, il faut souligner que cet acte ne remplace nullement le premier baptême et qu’il ne fait que le confirmer. Pour ma part, je préfèrerais un rite de confirmation qui ne réitère pas l’immersion mais qui rappelle l’engagement pris dans le temps. Cela permettra au rétrograde repenti d’assumer à nouveau son baptême antérieur.

4°) Un tel rite de confirmation n’existe pas vraiment dans les milieux évangéliques. Or, je pense qu’il serait utile d’en avoir un, pas uniquement pour les personnes à qui on doit dire : « assumez votre baptême reçu ailleurs », mais aussi pour tous les baptisés. De façon implicite, chaque culte de baptême sert déjà de rappel pour ceux qui ont fait la même démarche auparavant. Mais on peut imaginer qu’il y ait un moment plus défini, plus clair, où tous peuvent se rappeler leurs vœux et renouveler leur engagement. Dans d’autres Églises on connaît le « renouvellement du baptême » lors de la veillée de Pâques ou lors du culte du dimanche de Pâques, un rite autour de la lumière du cierge de Pâques. Je ne dis pas qu’il faille adopter le même rite, on peut penser à d’autres formes, à d’autres moments dans la vie de l’Église, une fois par an par exemple. Je ne dis pas non plus que la Bible nous demande de le faire, c’est plutôt pour des raisons pastorales que je considère une confirmation de baptême utile et pertinente. Ainsi, le baptême ne se situe-t-il pas seulement au début de la vie chrétienne mais il en devient un élément constituant. Et n’est-ce pas là la signification du baptême : placer le cheminement du croyant sous le signe continu de la mort et de la résurrection avec le Christ ?

1. Le dialogue catholiques-évangéliques ; débats et documents, Editions Excelsis, Cléon d’Andran 2002, p.36

2. Dopen en laten dopen (‘Baptiser et laisser baptiser’), Gideon, Hoornaar 1995 3 Alain Nisus, Le baptême comme confession, Les cahiers de l’école pastorale, n° 54, 2004/4, p. 25.

Vous aimerez aussi

Le pasteur Anthony R. Cross, Docteur en théologie, est professeur au Centre for...
Ce premier texte sur le baptême a déjà été publié dans le n° 3 des...
C’est le pasteur Alain Nisus, professeur assistant à la Faculté Libre de...
Il y a plusieurs années déjà le Conseil de la Fédération des Eglises...

Commentaires

Ajouter un commentaire

OK
Chargement en cours ...