Animer le culte : quelques fondements bibliques

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Stuart Ludbrook est aujourd'hui aumônier des hôpitaux à Paris et enseigne l'éthique à l'Institut Biblique de Nogent-sur-Marne. Il a beaucoup travaillé sur le culte et les liturgies. Le texte qui suit est l'écho d'une de ses interventions dans le cadre d'une session de l'École Pastorale. Nos pratiques sont souvent plus fondées sur nos « traditions » et nos habitudes que bibliquement et théologiquement réfléchies. Voici des pistes de réflexions qui concernent notre pratique du culte. A la suite de cet article, vous trouverez, du même auteur, quelques prières possibles pour enrichir et fonder nos services de Sainte Cène.

Animer le culte : quelques fondements bibliques

Le culte se veut "événement", "happening" disent les anglais. Parcourir la Bible à propos du culte, c'est revivre l'histoire des rencontres entre Dieu et son peuple et découvrir la diversité des pratiques avant et après la venue de Jésus-Christ. Le même Saint-Esprit, qui a inspiré les Écritures, a conduit les hommes selon leur condition et dans leur temps à se présenter devant Dieu pour l'adorer.

J'exposerai dix propositions, d'une manière lapidaire, en développant celles qui me semblent peu discutées. J'indiquerai sommairement quelle pourrait être leur application à notre situation. Je vais suivre les diverses étapes de la révélation biblique(1).

1- L'animation du culte repose sur l'initiative divine et nous tourne vers le Dieu d'Abraham

Le Seigneur s'est fait connaître par révélation. Les patriarches aussi bien que Moïse se sont prosternés devant l'Éternel parce que Dieu a dévoilé son Nom et ainsi sa personne (d'après Gn 17.1 ; Ex 3.14 et 6.3). Ce Dieu, pour reprendre la célèbre formule de Pascal, c'est le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob, et non le Dieu des philosophes.

Dieu s'est montré prêt à accueillir sa créature en concluant une alliance scellée par le sacrifice. Au cœur de la loi (et de la piété juive) est l'appel "Écoute Israël (...) le Seigneur est un" citant Deutéronome 6. 4-5. Ce commandement d'adorer le Dieu unique entraîne le refus de l'idolâtrie. En Matthieu 4.10, Jésus reprend Deutéronome 6. 13-15 pour répliquer au tentateur. Seul, Dieu fonde le culte, seul le Seigneur reçoit adoration et sacrifice.

C'est la rencontre avec le Dieu vivant et vrai qui rend possible notre adoration. Le culte est donc le lieu où nous répondons à Dieu et non une création purement humaine. Certains ont voulu établir un ordre du culte qui fait alterner cette dualité "révélation divine" et "réponse humaine", sous forme d'un culte dialogué. Les résultats ne sont pas toujours satisfaisants, car en réalité le culte public n'est pas un simple tête-à-tête avec Dieu, mais aussi un temps de communion entre les membres d'une communauté.

2- Dieu prévoit un modèle, un cadre et des formes pour le culte juif

L'Éternel n'est-il pas un Dieu d'ordre (cf. 1 Co 14.40) ? Le tabernacle (ou tente) est construit d'après le modèle divin. L'Éternel transmit à Moïse un "Code du culte" en Exode 34.14-26. Nombres 10 réglementa même l'usage des trompettes ! Par conséquent, la forme et la manière d'animer le culte constituent notre obéissance aux instructions du Seigneur.

Étienne en Actes 7.38 parle du culte des hébreux après la sortie d'Égypte comme "L'Assemblée du désert" où le terme grec est celui traduit habituellement par Église ! Ceci montre que l'église du N.T. n'est pas une invention de toutes pièces. Toute la question est de savoir en quoi le culte de l'ancienne alliance, aboli selon Hébreux 9, peut-il informer celui de l'Église. Voici quelques illustrations de différentes façons d'appliquer la loi divine. Le Décalogue fixa le sabbat comme jour du culte et Lévitique 23 obligea les juifs à assister aux 3 fêtes chaque année. Jésus lui-même observait ces fêtes. Par contre, le culte chrétien est très tôt célébré le dimanche et le respect du sabbat n'est nullement exigé, car Jésus est le Maître du sabbat (Mt 12.8).

Seuls, les prêtres lévites étaient autorisés à offrir des sacrifices selon la loi de Moïse. Ils furent soumis à une conduite de vie stricte pour manifester leur consécration à Dieu. Certaines règles de vie se retrouvent dans le profil, dressé par Paul, des conducteurs chrétiens. Les prêtres devaient "se sanctifier" avant de se présenter pour leur service ; nous pouvons déduire le principe, l'impérieuse nécessité, de nous préparer spirituellement avant d'animer un culte voire de prendre part au culte ; les églises baptistes en particulier ont cherché à vivre le fait que, sous la nouvelle alliance, nous sommes tous prêtres.

Sans sacrifice â était impossible de se tenir devant Dieu. La loi donnée à Moïse imposait plusieurs sacrifices en fonction de la faute commise et confessée (Lév 5.5.17-26). Ils préfiguraient le sacrifice parfait pour le péché, celui du Grand Prêtre sans faute. La croix abolit les anciens sacrifices mais ne met pas fin à la nécessité de confesser ses péchés au culte, car nous avons toujours besoin du pardon selon Jacques 5.15-16 et 1 Jean 1.9. Dire notre peine et nos péchés à Dieu devant l'assemblée, c'est le chemin du pardon et de la réconciliation.

La communauté juive a toujours lu une portion du Pentateuque, tandis que les églises, sous l'impulsion du Réformateur de Strasbourg, Martin Bucer, font lecture du Décalogue (ou du sommaire de la Loi par le Christ). On a donné deux sens à la lecture du Décalogue lors du culte : incitation à la repentance ou exposé des normes pour la vie chrétienne.

En raison de la valeur permanente des Écritures juives, (la Loi, les prophètes et les autres écrits), peut-on réintégrer au culte la lecture de passages tirés de l'Ancien Testament exprimant "la volonté de Dieu" ?

3- Le temple, lieu saint de la présence glorieuse de Dieu

Seul lieu de culte légal d'après Deutéronome 12, le temple de Salomon constituait le lieu de rassemblement pour Israël. Salomon prononça une belle prière d'intercession, tant par sa forme que par son contenu, lors de sa dédicace, voir 1 Rois 8. Le roi Josias y découvrit la Loi et célébra de nouveau la Pâque d'après 2 Rois 23. Ceci inaugura un réveil en Juda.

L'animation du culte mobilisait un grand nombre de prêtres et de musiciens. Le chef de chœur animait le chant d'assemblée qui comportait le chant des psaumes antiphonés. 2 Chroniques 5.11-15 montre que l'ensemble des fidèles chantait les refrains liturgiques.

Les premiers chrétiens suivaient les offices dans le second temple aux heures de la prière (Act 3.1). Cependant, le vrai sanctuaire, ce n'est plus un lieu quelconque, mais le corps du Christ ressuscité selon Jean 2.19, car Jésus est plus grand que le temple (Mat 12.6). Le peuple de Dieu, habité par l'Esprit Saint, voilà le temple de Dieu. Les psaumes de David, utilisés vraisemblablement au Temple, ont retrouvé une place de choix dans le culte de nombreuses églises, pour la plus grande joie des chrétiens.

4- Les sacrifices sans sincérité ni obéissance ne valent rien

Voilà la critique des prophètes écrivains d'Amos jusqu'à Malachie. Le véritable culte ne peut se couper de la vie. Il doit exprimer notre repentance et notre respect pour Dieu. Ainsi sont dénoncés : "un temple talisman", rites porte-bonheur, superstition et hypocrisie, idolâtrie, religion comme commerce (voir Ésaïe 1.10-18 ; Jérémie 7 ; Amos 5.21-27 ; Osée 6.6 et Michée 6, 8). Dans ces passages, comme ailleurs, il ne s'agit pas de mépriser les formes du culte données par Dieu, mais plutôt d'attaquer sans merci la religion "drogue", "fuite de la réalité" ou "manipulation". Il faut savoir relier ritualité et spiritualité, éthique et liturgie. Le culte, même en protestantisme, peut retomber en conférence ou spectacle.

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(1) Voir notre « La louange dans le culte chrétien : histoire et enjeux », Fac-Réflexion, 1997/2, 39, pp. 26-37, qui parcourt les différents temps forts dans l'histoire de l'Église et complète ce dossier sur le plan historique. De même, pour l'examen d'une question théologique, voir note « Prière spontanée, prière liturgique », Fac-Réflexion, octobre 1988, 10, pp. 12-17.

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Commentaires

aneba
22 avril, à 03:22
Je voudrais vous remercier pour ces écrits qui m'ont permis d'avoir bien de connaissances. Félicitations !
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job kabanzi
23 septembre, à 19:59
que le seigneur vous benisse pour cette riche enseignement.
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