Faut-il parler du culte ? - I

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Ce texte ainsi que le suivant ont introduit une session de l’école pastorale sur le culte en janvier 2010. Émile Nicole, pasteur et professeur d’Ancien Testament à La Faculté Libre de Théologie Évangélique de Vaux-sur-Seine a proposé cette thèse volontairement stimulante et un peu provocante et Louis Schweitzer lui a répondu par une autre qui ne l’est sans doute pas moins. Cette double introduction a suscité un échange riche et animé et nous invitons nos lecteurs à y entrer.

Faut-il parler du culte ? - I

Que le lecteur se rassure! On est bien d’accord qu’il faut parler du culte, de ce qu’on appelle communément le culte, c’est à dire de la réunion hebdomadaire principale de la communauté. Ce que le titre suggère c’est, sinon une contestation, au moins une interrogation concernant le nom attribué à cette réunion.

L’usage des mots

Une observation préalable pour préciser le sens de la démarche. Les mots sont des outils, ils nous servent à désigner des choses. Lorsque ces choses sont des objets concrets comme une table, une chaise, on voit clairement le rapport entre le mot et l’objet et l’on comprend bien que les mots sont de simples outils pour désigner les choses. La situation se complique lorsque les mots désignent des objets abstraits comme la vérité, l’honneur, l’amour. Il est bien plus difficile de faire le contour de ces objets. Ils apparaissent davantage comme des créations de l’esprit que comme des réalités concrètes aisément identifiables, et, évidemment, on pourra discuter sans fin sur ce que sont vraiment la vérité, l’amour.

Le mot culte peut être compris dans deux sens déterminants pour notre réflexion.

• 1) Un sens concret descriptif: le culte c’est le nom donné à la réunion principale d’une Église protestante. Ce sens se trouve bien répertorié dans les dictionnaires français contemporains. C’est le sens n°3 du Grand Robert (et aussi du Petit). Voici la définition du Grand Robert: «Service religieux protestant où l’on récite des prières et où l’on commente la parole de Dieu».La définition nous paraîtra peut-être un peu sommaire. Si l’on voulait faire une liste complète, il faudrait ajouter qu’on chante, qu’on prie, qu’on lit des passages de la Bible, qu’on écoute une prédication, qu’on prend la Cène assez souvent ou toujours, qu’on recueille des offrandes et qu’on fait des annonces.On peut trouver que la formule «réciter des prières» n’est pas très adéquate pour qualifier un culte protestant, surtout de type évangélique… Mais l’essentiel y est. Et on peut se mettre facilement d’accord: «Voilà ce qu’on fait habituellement le dimanche matin dans nos Églises, voilà ce qu’on appelle un culte». Et à partir de là on peut parler du culte. En dire du bien, du mal, vouloir qu’il soit modifié ou non, on sait de quoi on parle.

• 2) Mais ce n’est pas là le seul sens du mot culte, ni même le premier cité dans le dictionnaire. Ce qui nous intéresse particulièrement, à côté du sens que nous venons de mentionner, c’est le sens le plus général et le plus abstrait, cité en premier dans le Robert: «Hommage religieux rendu à une divinité ou à un saint personnage».Comme nous sommes chrétiens nous parlerons de Dieu, de Jésus-Christ, plutôt que de la divinité, et en bons héritiers de la Réforme, nous laisserons de côté les saints personnages auxquels nous nous gardons bien de rendre un hommage religieux: «Hommage religieux rendu à Dieu, rendu à Jésus-Christ».Bien évidemment il y a un rapport entre les deux sens, et si le culte au sens concret descriptif, nos cultes du dimanche matin, n’avait rien à voir avec le sens abstrait, hommage rendu à Dieu, l’honnêteté voudrait, soit que nous changions nos cultes pour qu’ils ressemblent un peu au mot qui les désigne, soit que nous changions le nom de nos rassemblements improprement appelés cultes.Les choses n’en sont pas là, il y a un rapport entre ces deux sens du mot, un recouvrement, au moins partiel. De ce fait il n’est pas scandaleux ou totalement aberrant que nos cultes soient appelés des cultes.Il n’y a donc pas lieu de partir en guerre contre cet usage descriptif du mot culte, on voudrait seulement inviter le lecteur à considérer avec prudence et circonspection, c’est un usage normatif du mot culte, où l’on s’imaginerait pouvoir et devoir prescrire ce que doit être, ce que devrait être, le culte au sens concret du terme, à partir du sens abstrait du mot (hommage rendu à Dieu).Le raisonnement sur lequel on veut ici attirer l’attention, prend alors le chemin suivant. Puisque nous appelons culte la réunion principale de nos Églises, il faudrait que… Que devons-nous y faire? Comment devons-nous l’ordonner? Quel doit en être l’élément central? Que vient y faire la prédication? etc.

Mauvaise linguistique, mauvaise théologie

Pourquoi cette démarche, qui a toute l’apparence d’une logique imparable – un culte doit être un culte – est-elle en fait contestable? Pour plusieurs raisons.

• 1) Donner une fonction normative à un mot, comme le mot de culte, pour nous dire ce que nous devrions faire lorsque nous nous rassemblons, n’est-ce pas donner plus de poids au dictionnaire qu’à la Bible? Certes le dictionnaire est utile pour savoir de quoi l’on parle, mais ce qui compte c’est ce qu’on en dit. Que nous apprend la Bible sur le rassemblement des croyants? Que nous suggère-t-elle? Que nous prescrit-elle? Voilà ce qu’il faut rechercher.Cela est d’autant plus nécessaire que l’on affaire à un mot abstrait dont le sens reste vague. Rendre hommage à Dieu de quoi s’agit-il? Qu’est-ce que cela implique concrètement? Plus le sens d’un mot est indéterminé, fuyant, et plus les commentateurs de tout poil vont devenir bavards, se lancer dans des considérations étymologiques, des correspondances de termes. À propos de culte on va parler de culture, d’agriculture, pourquoi pas de culturisme? On aura droit au latin, au grec, à l’hébreu. Pensez, en hébreu, le même verbe 'avad peut vouloir dire, (1) cultiver la terre, (2) servir et, (3) rendre un culte.

C’est amusant, mais qu’est-ce que cela a à voir avec le culte?Les mots ne méritent d’être étudiés que pour comprendre les phrases que l’on fait avec les mots. Mauvaise linguistique, mauvaise théologie. Même si le N.T. désignait les rassemblements de l’Église sous le terme de culte, nous devrions nous intéresser bien plus à ce qu’il dit à propos de ce culte, qu’au mot qu’il emploie, mais ce n’est même pas le cas.

• 2) Le N.T. n’utilise pas le mot de culte pour désigner les réunions de l’Église. Des mots qui correspondent à notre mot culte sont bien présents et on trouve dans nos traductions françaises le mot de culte, mais non pas pour désigner les réunions de l’Église.Dans l’épître aux Hébreux, le mot culte désigne les cérémonies de l’ancienne alliance, mais le mot n’est pas employé pour les réunions des chrétiens. Elles ne sont pas appelées des cultes. L’auteur exhorte ses lecteurs (Hé 10.25): «n’abandonnons pas notre assemblée». On pourrait aussi traduire notre rassemblement car le mot n’est employé qu’une seule fois dans le N.T. pour désigner la réunion de l’Église.Qui nous a prescrit d’appeler culte l’activité qui nous occupe? Pas le N.T., ni la Réforme.

• 3) Actuellement le mot de culte est un moyen commode pour distinguer la forme protestante de la forme catholique qu’on appelle la messe. Mais le terme de cette distinction n’est pas d’origine. À l’époque de la Réforme on ne parlait pas de culte mais de saintes assemblées, comme on peut le lire dans la Confession Helvétique postérieure de 1566.On parlait aussi de prêche. Le terme a-t-il été employé d’abord par les réformés eux-mêmes ou par leurs adversaires? D’après le Grand Robert, il est attesté dès le milieu du 16esiècle (1547), donc pratiquement au moment de la Réforme.Le dictionnaire en donne un exemple intéressant chez Descartes (1639): «Pour celui qui dit que je vais au prêche des calvinistes, c’est bien une calomnie très pure (1); me trouvant à La Haye […] je fus entendre un ministre français dont on fait éclat. Je n’y entrai qu’au moment où le prêche commençait, j’y demeurai contre la porte et en sortis au moment qu’il fut achevé sans vouloir assister à aucune de leurs cérémonies». (Correspondance, 13 novembre 1639).L’exemple est intéressant: on voit bien que le mot prêche, d’après son sens transparent désigne la prédication, Descartes distingue le prêche des cérémonies auxquelles il s’est bien gardé d’assister, mais le prêche désigne aussi l’ensemble du culte protestant, puisqu’il se défend d’aller au prêche des calvinistes, en expliquant qu’en fait il s’est borné à écouter le prêche!

Cet usage plus large du mot prêche pour désigner l’ensemble du culte, que ne relève pas le Grand Robert, est confirmé par un usage encore plus étendu que signale le Grand Robert, et dans lequel le prêche désigne la religion protestante (Boileau, Épîtres III).Cet exemple est assez piquant parce qu’il prend le contre-pied du rôle normatif que l’on veut faire jouer au mot culte, et qui tend à reléguer la prédication aux marges. Tout cela montre qu’il est dangereux de vouloir faire jouer aux mots le rôle de prescripteurs. D’après l’Encyclopédie du Protestantisme, c’est au 19esiècle que le terme de culte devint courant pour désigner le service religieux protestant. Il n’explique pas pourquoi. Contentons-nous de démonter la machine et, à partir de là, construire sur du solide: «Que nous enseigne le N.T. sur le rassemblement de l’Église (que nous appelons culte)? Autorise-t-il, prescrit-il de tels rassemblements? Que nous apprend-il sur leur contenu? sur l’atmosphère qui doit y régner?»

Que nous enseigne l’Écriture?

Posons quelques repère majeurs. Non pas des pistes de réflexion, mais de bonnes grosses bornes.

• 1) L’Église doit se rassembler. C’est inhérent à sa nature. On ne voit pas comment l’Église pourrait être appelée église, un terme qui dans le langage courant désigne un corps rassemblé, si elle ne se rassemblait pas. Ce serait un non-sens. Le lecteur attentif se demandera si je ne suis pas en train de faire le contraire de ce que je viens de dire, c’est à dire de donner au mot la tâche de prescrire, de faire maintenant avec le mot église/assemblée ce que je viens de refuser au mot culte. Précisons:

(1) Que le mot a été choisi délibérément par Jésus et les apôtres, il est très largement et massivement employé dans le N.T. pour désigner l’Église.

(2) J’exploite l’élément de sens le plus ordinaire, concret, basique, incontestable et je n’entre pas dans des subtilités comme l’étymologie ou s’il faut privilégier le contexte grec ou juif…Si une assemblée ne se rassemble pas, alors on ne peut plus parler.

(3) Les faits et les exhortations du N.T. confirment amplement que l’Église se rassemble. D’ailleurs qui le conteste? J’enfonce plutôt des portes ouvertes.

• 2) Si l’on se demande que doit faire l’Église lorsqu’elle se rassemble? La première réponse, la plus évidente que nous donne le N.T. c’est qu’elle doit être enseignée. Quels exemples nous donnent Jésus et les apôtres? Que faisait Jésus lorsqu’il rassemblait les foules? Il les enseignait. Il n’organisait pas de grandes célébrations cultuelles, avec des cantiques, des prières, une grande mise en scène, il enseignait. Que faisait Jésus lorsqu’il réunissait ses disciples? Il les enseignait. Que font les apôtres dans les lettres qu’ils adressent aux Églises et qui étaient destinées à être lues dans les Églises? Ils enseignent. Quelle mission Jésus a-t-il donné à ses apôtres avant de monter au ciel: «enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit». Tout cela est évident, massif, incontournable. Il faudrait mettre au pilon non pas la moitié du N.T., mais tout le N.T., si on voulait prétendre le contraire. S’il y a une chose que l’on doit faire au cours d’un culte, c’est d’enseigner. Cela nous incite à mesurer l’extraordinaire et redoutable mission de celui qui apporte l’enseignement, parce que si c’est mal fait, si c’est minable, si c’est du n’importe quoi, ou si, à l’inverse, c’est de la haute voltige, de la sagesse humaine, comme dit l’apôtre Paul et non une démonstration d’Esprit et de puissance, c’est tout le sens du rassemblement de l’Église qui se trouve miné. Et on va chercher ailleurs, dans la musique par exemple, le sens du rassemblement de l’Église.

Il faudrait avoir le temps de rechercher et d’exposer les caractéristiques de cet enseignement. On se limitera à deux caractéristiques:

• 1) L’orientation vers la pratique. C’est une caractéristique forte de l’enseignement de Jésus. Cf. le sermon sur la montagne: «Ce ne sont pas ceux qui me disent Seigneur! Seigneur! qui entreront dans mon royaume, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux» (Mt 7.21). C’est aussi une caractéristique de l’enseignement apostolique tel qu’il ressort des lettres du N.T.: après la partie doctrinale, elles comportent toujours une partie pratique développée.

• 2) L’autorité. C’est le trait qui frappe la foule dans l’enseignement de Jésus. Il enseignait avec autorité et non comme leurs scribes. Les apôtres dénoncent fréquemment des formes d’enseignement où la pensée se perd dans des considérations vaines et des discussions sans fin: disputes de mots, généalogies, bavardages, contes de bonnes femmes. Paul stigmatise les personnes qui apprennent toujours sans jamais parvenir à connaître la vérité (2Tm 3.7). L’autorité normative est limitée à Jésus et aux apôtres. Mais ce n’est pas pour autant que l’enseignement actuel doive se limiter à commenter. La parole qui doit être adressée à la communauté ne consiste pas seulement à commenter, mais aussi à proclamer, une parole qui ne se contente pas de «peut-être», de «il semble que», etc., mais qui, à la suite de Jésus et des apôtres dit «je crois», «je sais», «j’ai l’assurance». Il faut aussi rappeler la responsabilité de celui qui écoute l’enseignement. Est-ce que je viens au culte pour m’éclater ou pour apprendre?

Toute la vie du chrétien est un culte

Revenons sur l’emploi du vocabulaire du culte dans le N.T. Il est évident que lorsque l’Église se rassemble, il y a aussi autre chose que l’enseignement. En glanant parmi les textes de descriptions ou de prescriptions, on peut facilement trouver une justification aux différents éléments de notre culte: la Cène, bien sûr, les prières, les chants, la lecture de la Bible qui est étroitement liée à l’enseignement, les témoignages, la collecte, pensons à la place que tient l’organisation de la collecte dans les lettres de Paul, et même les annonces. La démarche entreprise ici ne vise absolument pas à contester la présence des éléments plus proprement cultuels du culte. Ils ont bien leur place. Ils sont dignes de beaucoup d’attention et de respect. Cherchons à comprendre ce qui se passe, ce qui risque de se passer, lorsque ces éléments prennent le pas sur l’enseignement.

La façon dont les auteurs du N.T. utilisent le vocabulaire du culte peut nous aider à percevoir les enjeux de cette question. On y joindra ensuite la place du culte dans le livre de l’Apocalypse. Le N.T. emploie le vocabulaire cultuel dans un cadre beaucoup plus large que celui de la réunion de l’Église, le cadre que nous qualifierions spontanément de cultuel. Le «culte raisonnable» ou «conforme à la Parole» auquel Paul exhorte les chrétiens de Rome consiste, dit-il, à offrir leur «corps comme un sacrifice vivant, saint et agréé de Dieu» (Rm 12.1). Il est évident que cette exhortation englobe toute la vie du croyant. Ce n’est pas la simple affaire d’un moment de culte. C’est par toute notre existence que nous pouvons mettre ainsi notre corps, nos membres au service de Dieu. Paul utilise le vocabulaire du culte ancien: sacrifice, saint, agréé de Dieu. C’est toute notre vie qui doit être un culte, un hommage rendu à Dieu. Jacques dénonce l’illusion de celui qui se croit religieux et qui ne sait pas tenir sa langue: «la religion pure et sans tache devant Dieu le Père consiste à prendre soin des orphelins et des veuves dans leur détresse et à se garder de toute tache du monde» (Jc1.26-27). Voilà encore une chose qui ne peut pas se limiter au culte. C’est plutôt en dehors du culte qu’on peut le faire.

Lorsque l’accent du culte se déplace de l’enseignement – un enseignement qui doit être tourné vers la pratique comme Jésus et les apôtres en donnent le modèle – vers la célébration… Lorsqu’on dit le culte est un culte, un hommage rendu à Dieu, c’est mon hommage, c’est l’hommage de l’Église rendu à Dieu, le service rendu à Dieu, alors on court le risque de réduire à ce moment particulier le service qui doit lui être rendu. La vie du croyant, la vie de l’Église, se concentre sur le culte, au point de se réduire au culte. Plus on exalte le culte, plus on attend du culte et plus on risque de mener une existence virtuelle, qui se contente de rites, de cérémonies et croit ainsi avoir rendu hommage à Dieu. C’est tout le sens de la critique du culte chez les prophètes de l’Ancien Testament. Dieu désire l’obéissance plutôt que les sacrifices (1S 15.22). Le jeûne auquel Dieu prend plaisir, c’est de détacher les chaînes de l’injustice (És 58.6). Et Amos ironise sur les gens qui extravaguent au son du luth et se prennent pour David (Am 6.5). Plus le culte est une réussite esthétique, plus il offre de satisfactions au participant, et plus il court le risque d’être une activité qui tourne sur elle-même. On croit qu’on a ainsi honoré Dieu parce qu’on s’est fait plaisir, alors que Dieu, lui, nous attend le lundi matin au travail ou le dimanche soir avec notre famille pour voir si nous lui rendons vraiment un culte. L’insatisfaction, les frustrations autour du culte, sont probablement salutaires, bienheureuse insatisfaction, si elle nous réoriente, d’une part vers l’enseignement, je suis là pour apprendre et l’enseignement ce n’est pas toujours très drôle, et d’autre part vers la mise pratique effective toute la semaine, vers laquelle l’enseignement doit orienter.

Culte céleste et culte terrestre

Que nous apprend l’Apocalypse sur le culte? Aucun livre du N.T. ne contient autant d’hymnes, de cérémonies grandioses, avec des vêtements d’une blancheur éclatante, des coupes d’or, du parfum, de l’encens, des chandeliers, c’est le seul livre du N.T. où des instruments de musique sont mentionnés avec le culte. Le contraste est impressionnant avec le reste du N.T. où les références au culte restent bien modestes et parfois confuses. Le culte à Corinthe fait un peu désordre. Il vaut la peine de se poser la question: pourquoi un tel contraste? La nature ayant horreur du vide, la tendance de nombreux spécialistes en quête d’indications sur le culte de l’Église primitive, a été de chercher dans le livre une image du culte de l’Église primitive. Mais n’est-ce pas prendre le livre à contre-sens? Le culte qu’il nous décrit n’a pas lieu sur la terre, il a lieu dans le ciel. Certes il doit bien y avoir un certain rapport entre les deux, et l’on voit même arriver dans le culte céleste des coupes d’or remplies de parfums qui semblent bien être les prières qui montent du culte de la terre. Mais l’Apocalypse marque la distance entre le culte terrestre et le culte céleste. Distance douloureuse, distance de l’attente. Lorsque la distance entre les deux s’estompe, lorsque le culte terrestre se prend pour une représentation du culte céleste, lorsqu’il nous transporte au ciel, ne nous fait-il pas courir le risque d’une illusion similaire à celle que nous venons de repérer à propos de la vie pratique? La remarque cinglante du Qohélet, reste pertinente: «Dieu est au ciel et toi tu es sur la terre» (5.1). Certes, Jean a bien été ravi en vision pour nous décrire ce culte céleste. Paul dit qu’il a été ravi jusqu’au troisième ciel (2Co 12.2), il faut bien que le culte terrestre nous donne parfois comme une échappée sur le culte céleste, pour fortifier notre foi, pour raviver notre attente, et aussi la tension de l’attente. La tension doit rester pour que la liturgie ne nous plonge pas dans le virtuel, réduisant l’horizon de l’attente à un calendrier cyclique qui chaque année nous ramène au même point. Bienheureuse insatisfaction de notre culte terrestre qui nous fait attendre l’avènement de notre Seigneur.

Lorsque les choses sont ainsi remises en place, l’enseignement au cœur du rassemblement de la communauté, l’articulation entre culte et vie réelle, pratique, l’articulation entre le présent et l’au-delà, entre la terre et le ciel, alors on peut à nouveau parler de culte à propos du culte. Comment l’Église pourrait-elle se rassembler sans rendre hommage à Dieu, à Jésus-Christ? Le premier hommage qui doit lui être rendu, c’est de faire ce qu’il demande. C’est vraiment rendre hommage à Dieu que de s’instruire pour le servir tous les autres jours de la semaine et en dehors de la communauté. Mais aussi la dimension cultuelle du culte et de toute l’existence du chrétien devient déterminante pour qualifier le genre d’enseignement dispensé et la manière de le recevoir.

Dans l’enseignement de Jésus et de Paul la prière, la louange affleurent souvent. Paul, par exemple, termine ses exhortations et ses directives pour l’organisation de la collecte (2Co 8 et 9) par cette exclamation: «Béni soit Dieu pour son don incomparable» (2Co 9.15).

1. On dirait aujourd’hui: «c’est de la pure calomnie»

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Commentaires

john Mwamba
23 septembre 2014, à 12:11
Que Dieu vous bénisse
Note du commentaire :
3
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