Quelle est la particularité du culte chrétien ?

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La question posée par le titre de cet article est particulièrement pertinente. En effet, nous savons tous qu’il ne suffit pas qu’il y ait rassemblement de chrétiens pour que ce soit un culte, et nous savons aussi qu’il ne suffit pas qu’il y ait un culte pour qu’il soit chrétien. Ainsi, répondre à cette question implique de revisiter nos fondements théologiques. C’est ce qu’Antoine Nouis se propose de faire pour nous, en soulevant trois autres questions : Quelle est l’image biblique de Dieu ? Quelle est sa compréhension de l’humain ? Pour finalement demander : Que signifie un culte rendu par cet humain à ce Dieu ? En répondant à ces questions essentielles, il nous invite à (re)penser nos cultes sous un angle nouveau et vivifiant.

Quelle est la particularité du culte chrétien ?

1. L’image biblique de Dieu

Le mot « Dieu » ne veut rien dire car il renvoie à trop de compréhensions trop différentes, c’est pourquoi on ne peut passer à côté d’une élucidation du sens de ce mot dans la Bible. Nous pouvons relever quatre temps de la révélation de Dieu.

a. La création

Bibliquement, Dieu est créateur. Pour penser l’acte de création, il correspond à l’émergence du fini dans l’infini, du limité dans l’illimité. La création évoque donc une limitation de Dieu. Cette idée a conduit la philosophe Simone Weil à formuler une équation surprenante : Dieu + la création, c’est moins que Dieu tout seul. La création correspond à une diminution de Dieu puisqu’il y a une part de l’univers qui échappe à son infinitude. 

En réfléchissant à la notion de création, rabbi Isaac Louria, un des fondateurs de la Kabbale, a souligné que, puisque Dieu est infini, il occupe la totalité de l’espace. Pour que la création puisse advenir, il a fallu qu’elle soit précédée d’un mouvement de retrait de Dieu afin qu’il libère un espace disponible. Ce mouvement de rétractation porte le curieux nom de tsimtsoum

Nous trouvons une idée voisine dans la théogonie d’Hésiode. Selon ce mythe, le couple primordial est composé de Gaïa, la terre, qui est l’élément féminin, et d’Ouranos, le ciel, le principe masculin. Ouranos se couche sur Gaïa et de cette rencontre plusieurs enfants sont conçus. Lorsqu’ils veulent venir au monde, les enfants ne le peuvent car Ouranos occupe toute la place. Gaïa a les flancs endoloris de ses enfants qui ne peuvent naître, c’est pourquoi elle fomente un complot avec l’aîné de ses fils, Chronos. Ce dernier forge une serpe dans les entrailles de la terre et mutile son père. Emasculé, Ouranos se retire en hurlant. Il libère ainsi un espace et les enfants peuvent venir au monde. Ce mythe est intéressant car il a un élément commun avec le tsimtsoum, il fait précéder la naissance du monde d’un mouvement de retrait. La différence, et elle est fondamentale, est que dans la pensée biblique, ce retrait est voulu de Dieu alors que dans le mythe d’Hésiode, il se fait dans la violence. 

Nous retiendrons de cette première partie l’idée que la création, qui correspond à un amoindrissement de Dieu, est aussi le fruit de sa volonté. Elle n’est ni un accident ni une nécessité mais l’œuvre de Dieu.

b. L’alliance

Une fois la création posée, une deuxième question se pose : quelle va être la relation de Dieu avec sa créature ? Pour l’évoquer, la Bible parle d’alliance. Le mot évoque un contrat, un partage des responsabilités. La notion d’alliance est une des contributions les plus originales de la pensée biblique à l’histoire religieuse. Pour l’humain, le Dieu de l’alliance est un partenaire avec lequel il est en relation pour une collaboration féconde. Pour mettre cette idée d’alliance en perspective, nous pouvons évoquer deux opposés. 

Nous trouvons chez Aristote et chez de nombreux autres penseurs l’idée selon laquelle, après avoir créé le monde, Dieu avait bien d’autres choses à faire que de s’occuper de sa création. Dieu est créateur parce qu’il faut bien que la création ait une origine, mais de là à penser que le créateur continue à se préoccuper du sort de sa créature, il y a un pas que la pensée n’est pas prête à franchir. Aujourd'hui encore, de nombreuses personnes sont prêtes à admettre qu’il existe un Dieu – un principe supérieur – quelque part, mais ça ne veut pas dire que ce Dieu s’occupe de l’humain. À l’opposée de cette position, nous trouvons dans le panthéisme l’idée selon laquelle tout ce qui existe est identifié à Dieu. Ce dernier peut se comprendre comme la récapitulation de la totalité de l’existant. À la limite, Dieu se confond avec la nature.

En parlant d’alliance, la pensée biblique récuse ces deux approches en parlant d’un Dieu qui s’implique dans le monde… tout en laissant sa part de responsabilité à l’humain. Dans le vocabulaire du Premier Testament, le verbe associé à l’alliance n’est pas lier comme en français, mais trancher : on tranche une alliance, ce qui signifie que la notion repose sur la reconnaissance et la dignité des différences. En s’alliant à l’humain, Dieu reconnaît qu’il a besoin des hommes pour que s’accomplisse son dessein, de même que l’humain a besoin du divin pour se conduire dans le monde. 

Nous trouvons dans le Premier Testament, trois grandes alliances : avec Noé, Abraham et Moïse. Les interprétations rabbiniques montrent que, lors des différentes alliances, les hommes ont un niveau de responsabilité de plus en plus élevé. Dans la première alliance, avec Noé, l’humanité n’a aucune part : Dieu promet de sauvegarder la création sans que l’humain n’ait rien à faire de particulier. Dans l’Alliance avec Abraham, celui-ci doit, par la circoncision, marquer dans sa chair son adhésion au peuple de Dieu. Et dans l’alliance avec un grand A, celle du Sinaï, le peuple d’Israël est un véritable partenaire qui doit vivre la Torah, laquelle concerne toutes les dimensions de la vie. 

Selon cette lecture, entre les différentes alliances du Premier Testament, le peuple grandit progressivement en maturité. Certains textes prophétiques annoncent une étape supplémentaire avec une alliance nouvelle que les chrétiens savent être accomplie en Jésus-Christ. 

c. Jésus-Christ 

Le prologue de l’évangile de Jean dit « qu’au commencement était la Parole(1) et que la Parole a été faite chair(2). » Le mot grec pour dire la Parole, logos, est, dans la pensée philosophique de l’époque, un concept qui évoque la parole et le raisonnement. Les écoles stoïciennes en ont fait le principe suprême et premier du monde, de la pensée et de l’éthique. En disant que le logos est récapitulé dans le charpentier de Nazareth, l’évangile utilise un concept philosophique mais pour le mettre au service de son message : en Jésus-Christ, nous avons accès à une part de l’être de Dieu.

Pour revenir encore une fois au judaïsme, un sage comme Maïmonide a déclaré qu’on ne pouvait rien savoir de l’être de Dieu, la seule chose qui était à notre disposition était ses actions. À la différence des Juifs, les chrétiens peuvent faire un pas de plus et dire que nous avons accès à la personne de Dieu par le Christ. Lorsque Jésus déclare : « C'est moi qui suis le chemin, la vérité et la vie. Personne ne vient au Père sinon par moi(3) », il déclare qu’en lui nous avons accès au Père. 

Sur la personne de Jésus, il est un dernier point qu’il faut soulever car il représente pour la théologie le jusqu’au bout de l’implication de Dieu dans la création : la croix.......

1. Jn 1.1

2. Jn 1.14

3. Jn 14.6

Antoine Nouis est Directeur de l’hebdomadaire « Réforme ».

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