Faut-il «marier» les concubins ?

Extrait
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Avant d’être Secrétaire général de la Fédération des Églises Évangéliques Baptistes, Étienne Lhermenault a exercé le ministère pastoral dans des Églises du sud de la France. Il nous apporte le témoignage de la manière concrète dont il a répondu à une demande.

 

Faut-il «marier» les concubins ?

La question est mal posée ; elle correspond pourtant à une problématique pastorale de plus en plus fréquente et généralement formulée en ces termes. Comme beaucoup de collègues, j’ai eu à y faire face dans l’exercice du ministère. Je voudrais relater en quelques mots la façon dont j’ai traité pratiquement la première demande de ce genre.

Cette forme de « témoignage » n’est pas sans risques : celui d’abord d’exposer les choix théologiques et les attitudes de l’auteur sans qu’ils soient réellement argumentés et celui aussi de frustrer le lecteur qui chercherait une réponse définitive à cette question. J’accepte de les courir et de répondre à ceux qui voudraient interroger ma pratique pastorale.

Attente ambiguë

Une famille très engagée de l’Église que je sers a dans sa nombreuse parenté un très jeune couple vivant en concubinage et ayant un enfant. Au cours d’une visite, ils m’annoncent leur désir d’officialiser leur union et demandent s’il est possible que « je les marie » au Temple Protestant. Leur attente est ambiguë : ils veulent surtout une belle fête (le « mariage » de leur cousine sous ma présidence les a favorablement impressionnés), mais ils se posent aussi des questions sur la foi en raison du témoignage positif de la famille citée ci-dessus. Quant à moi, je suis face à une double problématique : discerner et accompagner la recherche spirituelle exprimée par ce jeune couple et convaincre le conseil de la communauté qu’il faut tenter cette démarche sans présumer à l’avance du résultat.

Trois convictions

En fait, trois convictions fortes m’animent :
• Je ne marie personne en tant que pasteur. Ce sont eux qui se choisissent et c’est devant le Maire qu’ils scellent officiellement leur union. Je suis délivré du poids d’une conception sacramentelle du mariage qui engagerait ma responsabilité spirituelle au point que la question (redoutable) serait : « Ai-je le droit de les marier ? » ;
• La cérémonie religieuse est une demande de la bénédiction de Dieu sur l’union conclue devant le Maire. Elle implique la communauté tout entière qui entoure le jeune couple, partage sa joie et prie pour lui, je n’ai donc pas à prendre seul cette décision et c’est donc avec l’organe représentatif de l’Église, son conseil, que j’ai à parvenir à une conviction ;
• Cette demande de la bénédiction de Dieu exige que les choses soient faites avec vérité. Pour moi, la question n’est pas : « Sont-ils chrétiens ? », parce que le mariage est une institution bonne et voulue par Dieu pour toute l’humanité. La question est : « Cette demande correspond-elle à une vraie recherche de Dieu, une volonté de connaître sa volonté ou à une attente "magique" et folklorique ? »

Démarche longue et positive

Sur cette base, deux dialogues parallèles se sont engagés. L’un avec le jeune couple sur le sens et les exigences du mariage en tant qu’engagement durable et quotidien et aussi sur le sens de la cérémonie religieuse telle que je la conçois. L’autre avec le conseil de l’Église sur ce dernier sujet loin d’être clair pour plusieurs des membres.

Cette démarche a duré plusieurs mois et représenté une douzaine d’entretiens avec les concubins et occupé une part non négligeable des réunions mensuelles du conseil de l’Église. Nous sommes arrivés à une double conclusion :
• Pour autant que nous pouvions le discerner, la recherche spirituelle de ces deux jeunes semblait sincère ;
• Puisque leur concubinage était connu de tous, la cérémonie devait être adaptée et affirmer à la fois que nous considérions leur situation actuelle comme pécheresse et que nous nous réjouissions de leur volonté de mettre cela en ordre en s’unissant par les liens du mariage.

Je leur ai donc annoncé que le conseil de l’Église était d’accord pour que la communauté les entoure et demande avec eux la bénédiction de Dieu sur leur union. J’ai bien sûr précisé les conditions posées par leur situation : annoncer publiquement que notre Église n’approuvait pas le concubinage, mais se réjouissait de leur engagement dans le mariage et – mais cela ne faisait pas problèmes – associer leur enfant à la cérémonie en le mentionnant dans l’échange des promesses et en demandant la bénédiction de Dieu sur eux trois. Cette exigence de vérité, de notre point de vue, représentait aussi un test de leur volonté d’entrer dans une démarche spirituelle sérieuse. Ils ont courageusement accepté cela(1) et nous avons donc préparé ensemble le déroulement de la cérémonie.

Tout en leur ayant parlé de la conversion aux cours des entretiens, j’ai veillé à ne pas faire pression pour éviter d’obtenir un engagement de foi opportuniste. À ma grande surprise, une semaine avant le mariage, la jeune femme m’a appelé et m’a dit son désir de se convertir et de suivre Christ, ce qu’elle a fait par la prière.

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1. J’ai eu la tristesse d’en voir d’autres renoncer devant cette exigence de vérité, parfois mêmes de jeunes chrétiens. Je précise que cette exigence de vérité publique était associée au fait que la situation de concubinage ou de relations sexuelles pré-maritales était publique ou quasiment. Il en va autrement de mon point de vue quand le péché commis n’est pas connu et qu’il est confessé sous le sceau de la confidentialité pastorale.

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