Bonne nouvelle et bonne gouvernance

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Traduction par Prisca Wiles et Philippe Bartolo

Bonne nouvelle et bonne gouvernance

Un directeur principal de la Campagne du millénaire des Nations Unies, ayant reçu un exemplaire de Plaidoyer pour une bonne gouvernance , a été visiblement rempli de joie quand il en a parcouru les pages. « C’est juste ce dont nous avions besoin, dit-il, mais où est la théologie ? » Assurément Plaidoyer pour une bonne gouvernance (1) est émaillé de références bibliques, bases de notre engagement, mais la réaction ne manquait pas d’à-propos. En effet, notre travail fait apparaître le besoin d’une théologie plus solide de la bonne gouvernance.
La théologie moderne a une longue histoire d’engagement social et communautaire lui permettant de réfléchir à son implication – ou ses réserves – concernant l’engagement politique. Un domaine de réflexion biblique pourtant encore assez léger. Il s’agit de la relation entre la Bonne Nouvelle et la bonne gouvernance. En lançant Prêts pour servir, nous nous engageons à développer et renvoyer le reflet du corpus croissant de réflexion biblique sur la gouvernance, l’attitude de Dieu vis-à-vis de l’extrême pauvreté et notre réponse chrétienne. Et cette réflexion occupera une place importante dans notre cheminement ensemble pour plaider en faveur d’une réponse plus active à la bonne gouvernance.
Mais cela n’est pas particulièrement surprenant. Bien que l’on accorde beaucoup d’attention à la lutte contre la pauvreté, la transparence et la corruption sont passées plus récemment au premier rang des préoccupations dans le combat contre la pauvreté. Comme Roberto affirme dans une étude sur la pertinence de l’action sociale chrétienne, « il y a aujourd’hui davantage d’occasions de partenariat pour les responsables, les organisations et les communautés chrétiennes évangéliques dans la lutte contre la corruption »(2).
En mai 2010, Bread for the World, le Wheaton College et le Défi Michée ont organisé conjointement une conférence mondiale de responsables pour envisager une vision biblique de l’assistance étrangère américaine. Il a résulté de cette conférence la publication de Government, Global Poverty and God’s Mission in the World, An Evangelical Declaration [Gouvernement, pauvreté mondiale et mission de Dieu dans le monde, une déclaration évangélique].
Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles le sujet de la bonne gouvernance est un terrain théologique tellement en friche. Pour commencer, la réflexion biblique en reste souvent au stade de réflexion ! Elle réagit aux réalités culturelles, sociales et politiques au lieu de les anticiper. La théologie a une fâcheuse tendance à être en retard sur la réalité.
Or la bonne gouvernance est une réalité compliquée que les universitaires et les praticiens cherchent encore à éclaircir. La relation entre les gouvernements corrompus, les affaires louches, la mauvaise administration, les pratiques opaques et les placements dans des paradis fiscaux font que la gouvernance n’est pas à « taille unique ». Il en résulte que la complexité a freiné une réponse efficace et a retardé la réflexion biblique qui pousse à l’action les gens de foi.
Le fait que la corruption et la mauvaise gouvernance aient été souvent exclusivement comprises comme l’apanage de mauvais gouvernements dans certains endroits comme l’Afrique a rendu beaucoup de chrétiens réticents à se lancer dans l’arène. Nous partons de l’hypothèse que le problème est assez simple : arrêter de donner notre argent à de mauvais gouvernements et les laisser remettre de l’ordre dans leurs façons de faire pendant que nous nous occupons des personnes pauvres. En fait cela conduit à un piètre plaidoyer sur les questions systémiques qui affecte les personnes pauvres et sape notre action philanthropique et sociale. Pire encore, c’est une abdication de notre tâche prophétique, une abdication de notre citoyenneté mondiale et une mauvaise théologie.
L'émergence d'une théologie de la bonne gouvernance est l’une des expressions les plus récentes de notre tâche prophétique de compréhension de notre monde à la lumière des Écritures, de façon à pouvoir devenir de meilleurs disciples et des citoyens plus efficaces.
En approfondissent l’intérêt que nous portons à cette question fondamentale, nous ouvrirons, au cours des cinq prochaines années, le dialogue biblique et découvrirons «de nouveaux exemples» de nouveaux exemples de bonne pratique inspirés par la foi. Cependant, nous voulons présenter, comme fondement biblique, un exposé raisonné reposant sur trois thèmes bibliques : Dieu est le Créateur, Dieu est un Dieu de justice, et Dieu et le gouvernement.

DIEU EST LE CRÉATEUR

La souveraineté de Dieu sur les puissances et sur les dynasties du monde est enraciné dans l’intérêt qu’il porte personnellement à chaque personne faite à son image (Gn 1.26, 27) à qui il a confié la gestion de l’ordre créé (Gn 1.28). Ouverture, transparence et responsabilité étaient les traits centraux de l’idéal de Dieu pour nous (Gn 2.15-17) et la chute a été une infraction à la confiance et à la responsabilité. De cette infraction a découlé la perte de la transparence et la première grande dissimulation ! (Gn 3.8, 9)
La tradition judéo-chrétienne n’a pas de légitimité sans l’idée que Dieu a créé et possède donc la souveraineté ultime sur toute personne et toute chose (Ps 24.1 ; És 40.12-24 ; Dn 4.34-37). Même Cyrus, le puissant monarque perse, influencé par le ministère de Jérémie, a reconnu que « L’Éternel, le Dieu du ciel, m’a donné tous les royaumes de la terre… » (2 Ch 36.23)
La tradition biblique ne reconnaît aucune limite au royaume de Dieu ni à l’obligation humaine de rendre des comptes. La relation d’alliance entre Dieu et Israël ne limite pas sa souveraineté sur la totalité de la terre ; les non Juifs ne sont donc pas exemptés du respect à porter aux être humains créés à son image et à sa ressemblance. C’est pourquoi, Joseph en Égypte, Daniel à Babylone et Esther en Perse représentaient chacun le Dieu mondial d’Israël au sein des systèmes politiques étrangers. Jonas, le prophète réticent, a été envoyé par Dieu pour offrir une seconde chance au peuple de Ninive (Jon 3.10).
Dieu n’a jamais cessé d’être le Dieu d’Israël, mais c’était Israël qui appartenait à Dieu, et non pas Dieu qui appartenait à Israël. Les principes de justice et de bon gouvernement qui étaient imposés à Israël sont également attendus de tous les gouvernements qui agissent en tant que gérants pour des gens faits à l’image et à la ressemblance de Dieu. C’est pour cela qu’il « a fixé un jour où il jugera le monde entier en toute justice, par un homme qu’il a désigné pour cela » (Ac 17.31).

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1. http://www.defimichee.fr/spip2.1/spip.php?article6

2. The Review of Faith & International Affairs, Vol. 8, 2010/4

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