Comment évoquer et vivre la question politique dans l’Église ?

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Alors que la foi et la politique se placent probablement sur le podium des sujets qui peuvent en un rien de temps vous “plomber” un repas de famille, l’évocation de la chose politique en Église demeure d’un maniement extrêmement délicat. Au point que l’on préfère souvent passer la question sous silence, la draper d’un voile de pudeur prudent. Erwan Cloarec relève le défi d’en parler du point de vue chrétien, bien qu’il reconnaisse “qu’un tel exercice relève du numéro d’équilibriste”, comme il le dit. Dans son article, il explore quelques pistes pratiques dans le but de libérer une parole, une prière, un mouvement citoyen dans nos communautés. Nous avons ici un texte important, un point de départ pour une étude biblique, une soirée à thème, une réflexion dans le conseil ou dans un groupe de travail. Un texte qui nous met en route…

Comment évoquer et vivre la question politique dans l’Église ?

LE CADRE DE NOTRE RESPONSABILITÉ CITOYENNE : JALONS POUR UN ENSEIGNEMENT ÉQUILIBRE EN ÉGLISE.

Nos communautés sont prises en tension entre deux principes irréductibles : celui de la séparation des Églises et de l’État – principe cher à nos églises de professants(1) – et celui de la responsabilité citoyenne du chrétien(2). Et il faut reconnaître qu’il n’est pas spontanément facile d’articuler ces deux valeurs dans la recherche d’une implication juste dans la vie de la cité. Face à ce défi, il est vital de porter dans l’église un enseignement clair sur notre rapport à la cité des hommes. Il est utile d’identifier les deux tentations qui peuvent nous guetter sur la question.

La tentation du retrait d’abord qui – en durcissant en opposition le principe de séparation des Églises et de l’État – nous désengage des affaires de la cité des hommes. En mettant trop le curseur de la foi sur l’espérance et la proclamation de la bonne nouvelle du royaume à venir, elle néglige les implications de cette bonne nouvelle dans le monde

présent. Elle minore notre responsabilité d’hommes dans la création de Dieu et le rôle que nous avons à jouer dans l’animation du vivre ensemble. Tentation symétriquement inverse, la tentation de la puissance pèche en plaçant trop le curseur de la foi sur l’engagement du chrétien dans le monde. Immersion sourde dans un monde qu’elle pense fondamentalement pouvoir transformer d’elle-même, cette spiritualité de type Don Quichotte conduit à la vanité et au désespoir en voulant jouer le rôle de Dieu (“– oui mais que fait-il, lui, au juste ?!”). Elle finit souvent par se doter de moyens de contrainte pour établir par la force de la loi le royaume de Dieu sur terre. Et il faut reconnaître qu’en la matière, l’histoire de l’Église s’encombre de pages qui ne sont pas toujours d’Évangile…

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1- Principe que nous fondons chrétiennement sur l’enseignement du Christ en Matthieu 22.21 lorsque celui-ci distingue entre Dieu et César, entre ce qui relève de la sphère de l’intime, de la liberté irréductible et ce qui relève de la loi commune, du vivre ensemble.

2- Jérémie 29.7 : “Recherchez le bien de la ville où je vous ai menés en captivité, et priez l’Éternel en sa faveur, parce que votre bonheur dépend du sien”.

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