Dialogue entre l’Évangile et la culture hmong

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Annoncer et vivre l’Évangile se fait toujours dans une culture et le dialogue entre Évangile et culture n’est jamais simple. C’est à cette question telle qu’elle se pose pour les populations et les Églises hmong que nous introduit l’étude de Y. Vang. Nous pourrons ainsi découvrir une nouvelle culture, des Églises que nous côtoyons peut-être sans bien les connaître et réfléchir, à travers la situation des Hmong, à des problèmes qui se posent à tous.

Dialogue entre l’Évangile et la culture hmong

Introduction

La culture a un rapport intime avec la personne. C’est un élément à la fois conscient et inconscient du « je pense donc je suis » de Descartes, ou plus précisément de l’homme créé « en image de Dieu »(1) (Gn 1.26-27) et auquel Il a donné « la vie, le mouvement et l’être »(2). Cette créature de Dieu élabore au fil du temps son identité culturelle propre. Chaque peuple a ses racines, chaque vie a un commencement, et chaque être humain est différent.

Quelqu'un a écrit que « la culture, c’est l’âme de l’être humain »(3). Bien connaître les cultures qui nous entourent, bien les comprendre nous aide à mieux les apprécier et à mieux vivre en harmonie avec elles. Mieux encore, une bonne lecture de la culture à la lumière de la Bible permettra de mieux vivre la diversité culturelle, même au sein de notre propre culture qui elle aussi est pleine de diversité et de richesses.

Aussi, nous étudierons brièvement la diversité culturelle dans la Bible et son importance [1], avant d’envisager la spécificité culturelle chez les Hmong [2], et en dernier lieu de considérer quelques exemples de dialogue entre cette culture hmong et la culture biblique en relation avec les premiers missionnaires mais aussi avec des églises plus récentes [3].
Le but de notre analyse est d'indiquer quelques pistes pour la poursuite de ce dialogue, et d'aider chacun à dépasser sa culture en s'ouvrant vers d’autres cultures, richesses de la grâce et de la diversité du Dieu trinitaire.

1. La diversité culturelle dans la Bible

Le fait que « Dieu a choisi de se révéler dans les cultures »(4) s'enracine dans la diversité que nous osons discerner dans la « culture » céleste, au sein du Dieu trinitaire, le Père, le Fils et le Saint Esprit, réalité de l’Elohim, le nom de Dieu en hébreu ayant la forme du pluriel (Gn 1.1).

Cette diversité est déjà présente dans les premières pages de la Bible. Le plus étonnant, c’est l’homme et la femme qu’Il crée à son image. Ils sont différents mais ils se complètent. Chaque chose créée vient compléter le reste, c’est la perfection même de l’œuvre du Créateur. Dieu a créé les choses diverses et bonnes en leur donnant l'harmonie.

Nous savons aussi que les Écritures inspirées de Dieu sont écrites en hébreu, grec, et araméen par une diversité d’auteurs, par une quarantaine de personnes qui ont imprégné la Parole de Dieu de leurs savoirs, de leurs habitudes, de leurs richesses culturelles, sans pour autant trahir à aucun moment la pensée divine. En doctrine, nous dirons que Dieu reste souverain en nous donnant la liberté dont nous sommes responsables. Il nous donne un avant-goût de la vie que nous aurons dans la Cité sainte, la Jérusalem nouvelle où tous les peuples seront enfin unis pour vivre la diversité culturelle parfaite et adorer Dieu.

Les étrangères de la généalogie de Jésus (Thamar, Rahab, Ruth et Bath-Chéba, Mt 1) donnent un « sang métissé »(5) au Sauveur et dévoilent déjà en filigrane une diversité culturelle évidente dans l’Église primitive.

L’événement historique de la Pentecôte (Ac 2) prend vraiment une dimension multiculturelle. Avec force donc, nous nous rallions aux propos de Jacques Buchhold : « si Dieu a donné les clés à Pierre à la triple Pentecôte pour ouvrir les portes du Royaume aux nations, qui sommes-nous pour refermer ces portes en restant chez nous! L’Église ethnique ne semble pas biblique ! »(6). Si nous adoptons cette théologie, l’Église hmong devra opérer une certaine réforme en son sein et faire un tri dans ses traditions culturelles, pour ne garder que les éléments qui sont en adéquation avec l’Évangile.

2. La diversité culturelle chez les Hmong

Dans son livre La fabuleuse aventure du peuple de l'opium, Jean Lartéguy citant le missionnaire François-Marie Savina, nous donne une introduction saisissante de l'identité hmong, de la diversité culturelle hmong, ce peuple unique que Dieu a créé avec ses faiblesses, ses forces et son amour de la liberté :

« De temps immémorial il existe en Chine une race d'hommes dont on ignore l'origine. Vivant continuellement sur les hauteurs, à l'écart de tous les autres Asiatiques, ces hommes parlent une langue particulière inconnue de tous ceux qui les entourent, et portent un costume spécial que l'on ne voit nulle part ailleurs.
Au point de vue religieux, ils diffèrent encore de tous leurs voisins; ils ne sont ni bouddhistes, ni taoïstes, ni confucianistes, ni shintoïstes; ils n'élèvent point de temples ni de pagodes, et on ne voit chez eux ni peintures ni idoles; ils professent un monothéisme, qui est le monothéisme primitif plus ou moins pur, conservé par la tradition.
Au point de vue social, ils possèdent aussi une organisation qui leur est propre; ils vivent par tribus, ne reconnaissent que des chefs de leurs tribus, et ne se marient que dans leurs tribus.
Enfin, dernières particularités, ce peuple ne suit aucun calendrier, à table il fait usage de cuillers au lieu de bâtonnets comme les autres Orientaux, et il donne toujours à ses habitations un cachet spécial, une certaine marque de fabrique propre à la race et qui les fait facilement reconnaître parmi toutes les autres.
(...) Ce peuple a fait son entrée dans l'histoire, les armes à la main, il y a plus de quatre mille ans, et ces armes, il ne les a jamais déposées depuis. Depuis plus de quatre mille ans, il a été obligé de combattre constamment pour sa liberté. Aucun autre peuple au monde n'a jamais payé aussi cher sa place au soleil.
Ils ont conservé les deux qualités essentielles qui leur permirent de survivre à tous leurs maux: l'amour de la liberté qu'ils ont poussé plus loin que n'importe quel peuple et un besoin profond, animal, de vivre entre eux, selon leurs coutumes, sans se laisser entamer dans leurs certitudes par les guerres, les révolutions techniques ou politiques »(7).

Cette longue citation me permet d'introduire les quelques points que je vais développer sur la spécificité culturelle hmong.

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1. Voir Henri Blocher, Révélation des origines, PBU, 20013rev, p.72-88.
2. Actes 17.28, les versions TOB, Colombe, Semeur traduisent ainsi.
3. Ablassé Ouedraogo, « Un monde uniculturel est voué à la mort », propos recueillis par Pierre Ganz et Alain Louyot, L’Express, 30 octobre 2003, 2ss.
4. Henri Blocher, Invoquer la culture, Théologie évangélique, vol.2, n°2, 2003, p.153-154. 
5. Expression de Ray Bakke, dans Raymond J. Bakke, André Pownall et Glenn Smith, Espoir pour la ville, Dieu dans la cité, Québec, La Clairière, 1994, p.32.
6. Notes de la consultation du 5 et 6 février 2007, Vivre la diversité culturelle dans nos Églises, consultation organisée par le Département de Missiologie Urbaine de l’Institut Biblique de Nogent-sur-Marne.
7. Jean Lartéguy, La fabuleuse aventure du peuple de l’opium, Évreux, Presses de la Cité, 1979, p.8 ; voir préface de François-Marie Savina, Histoire des Miao, Nazareth, Hong Kong, Imprimeries de la Société des Missions étrangères, 1930.

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Commentaires

awali
01 septembre 2014, à 05:44
le thème de l'évangile et culture est important dans l'enracinement de l'évangile aujourd'hui, merci de nous permettre d'avoir accès à la littérature existante
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