Les Musulmans en France

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Ce texte de Karim Arezki, pasteur assistant à l’Église du Tabernacle à Paris a été d’abord destiné au Département de Missiologie Urbaine de l’Institut Biblique de Nogent-sur-Marne. Il apportera au lecteur de précieuses informations tant historiques que sociologiques. Le musulman est souvent un prochain mal connu. Faire meilleure connaissance est un élément essentiel de la rencontre.

Les Musulmans en France

[...]

III. DIALOGUE AVEC LE MUSULMAN : POSSIBLE OU IMPOSSIBLE ?

Après cette description de la population d’origine nord-africaine, aussi bien musulmane que chrétienne, aussi bien dans la seconde génération que dans la dernière vague d’immigration, nous voulons proposer quelques pistes pratiques permettant de construire des ponts entre les personnes de diverses origines habitant dans un même pays. Il convient de le faire d’autant plus que nous vivons de plus en plus une prise de conscience de l’importance du dialogue interculturelle. L’année 2008 a été justement l’« Année Européenne du Dialogue Interculturel ». Dans le cadre de cette année, plusieurs efforts ont été entrepris dans le but de rompre avec « les certitudes incongrues, rupture aussi avec des attitudes, des comportements, des pratiques ethnocentriques, rupture enfin avec le leurre du contentement de soi, afin d’aller vers plus d’ouverture, plus de respect de l’Autre, plus de communication et franchir ainsi une nouvelle étape où le dialogue culturel ne serait plus un ornement de discours mais, au contraire, partie intégrante de l’action »(28). Toujours pour favoriser le dialogue interculturel, les responsables d’Églises et d’œuvres évangéliques de la Région parisienne se sont retrouvés les 9 et 10 février 2009 pour une consultation sur le thème « La mission de l'Église dans une société multiculturelle », organisée par le Département de Missiologie Urbaine – Institut Biblique de Nogent.

Après un constat sur les années 80 et 90, Jacqueline Valantin, docteur en littérature comparée et chargée de mission à la Mission Académique à la Formation des Personnels de l’Éducation Nationale de Lyon (MAFPEN), fait la constatation suivante : « la peur est plus grande encore au début du XXIème siècle. La situation s’est aggravée avec la montée des problèmes liés au terrorisme, à l’islamisme, aux changements climatiques, aux nouveaux flux migratoires, aux menaces multiples et permanentes amplifiées par les résonances médiatiques. Aujourd’hui, sur la défensive, partout dans le monde les sociétés ont tendance au repli, au rejet, au durcissement des valeurs nationales »(29). Que faire devant cela ? Nous contentons-nous simplement de cette prise de conscience ou sommes-nous prêts à joindre à la réflexion l’action qui doit en découler tout naturellement si nous voulons être conséquents ?

Le slogan « échanger pour changer » ne devrait pas rester seulement une belle expression, mais il devrait nous stimuler à fournir l’effort nécessaire pour un vrai dialogue interculturel. Car celui-ci est très exigeant : après un premier temps où nous sommes stimulés à l’idée d’entrer en dialogue avec une personne d’une autre culture, vient une autre phase où nous nous rendons compte des efforts et des engagements réels à fournir pour qu’un tel dialogue puisse exister. Le dialogue interculturel « n’est pas “donné”, ne s’improvise pas, mais se recherche, et peut s’“apprendre” en commun »(30). Ce dialogue peut s’avérer rude et difficile. Il « exige une implication complète de l’individu, de son intelligence, de sa sensibilité, de ses sentiments, de sa rationalité, de son imaginaire, il exige que chacun, par sa confrontation avec l’autre, accepte de s’interroger, sur ce qu’il est dans ses rapports avec l’autre, au monde, qu’il accepte de construire des questionnements qui ébranlent ses certitudes. Il exige de chacun la motivation, la volonté, la détermination, à échanger, à dialoguer »(31). La pratique de ce dialogue passe par « la prise de conscience de l’effort à faire sur soi pour se distancier des clichés si facilement intériorisés »(32).

Trois choses peuvent nous aider, en tant que chrétiens, dans nos efforts de dialogue avec les musulmans : l’amour, l’amitié et le respect. Notre amour pour le musulman peut se manifester concrètement par la bienveillance et le soutien que nous pouvons lui apporter et dépasser ainsi les préjugés dont nous pouvons être victimes, par l’accompagnement et la présence que nous pouvons lui offrir pour exprimer une autre attitude que celle que leur offre souvent la société, par la patience et la compréhension que nous pouvons lui manifester pour entrer dans un dialogue authentique avec lui. Notre amitié à l’égard du musulman peut, elle, se concrétiser dans les relations amicales et désintéressées que nous pouvons cultiver avec lui : la plupart des musulmans ici en France, surtout de la seconde génération, rencontrent des difficultés à cause de leur origine. Une telle amitié peut aussi les aider, à leur tour, à dépasser toute idée préconçue concernant les chrétiens. Cela conduira à une meilleure connaissance de l’autre, à une vraie compréhension mutuelle des opinions de chacun, et à un dialogue instructif et constructif. Enfin, notre respect à l’égard du musulman conduit à reconnaître ses points positifs, à ne pas l’acculer dans une voie sans issue, et à écouter ses arguments, quitte à risquer d’être déstabilisés dans notre foi !

CONCLUSION

Aujourd’hui, en France, nous rencontrons des musulmans venus principalement d’Afrique du Nord. On estime qu’il y aurait près de cinq millions d’immigrés d’origine musulmane sur l’hexagone. Mais il serait abusif de considérer l’ensemble de cette population comme musulmane, car, en son sein, nous avons aussi les chrétiens dont nous avons parlé plus haut, ainsi que des athées et des personnes ne se réclamant d’aucune conviction religieuse tout en se reconnaissant dans cette culture – c’est le cas par exemple de ma famille habitant en Région parisienne. Sur la base des lieux de culte, le sociologue Sébastien Fath avance la thèse(33) selon laquelle le nombre de musulmans pratiquants ne dépasserait pas le nombre des évangéliques en France qui avoisine les 400.000 fidèles(34). Ceci dit, le chiffre de cinq millions représente presque 8% de la population vivant en France(35). « La quasi-totalité de ces musulmans sont des travailleurs, mais parmi eux il y a aussi des réfugiés politiques ainsi que des étudiants dont le nombre est de l'ordre cent mille »(36).

En tant que chrétiens vivant en France, il nous appartient de nous faire les prochains de nos voisins musulmans, ainsi que de nos voisins non-musulmans, avec tous les risques que cela implique, le plus grand risque étant de ne pas oser aller vers les autres pour nous faire leur prochain. Jésus n’a pas hésité à venir vers nous pour se faire notre prochain en acceptant de faire face à notre violence, à nos limites et à notre péché. Dans ce mouvement vers nous, le Seigneur a trouvé en nous aussi des perles créées en image de Dieu, avec toujours un fond sauvegardé par la grâce commune que Dieu a accordée à tous les humains. Dans notre démarche vers les autres, aussi bien musulmans que non-musulmans, nous devons aussi nous attendre à faire face à leurs limites, à leurs résistances et à leurs rejets, comme Jésus a dû essuyer tout cela dans ses diverses approches de ceux qu’il croisait. Mais nous devons aussi nous attendre à être surpris par l’hospitalité, la compréhension et l’adhésion de nos interlocuteurs à notre proclamation de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. Ne considérer que les difficultés pouvant être rencontrées dans cette démarche vers l’autre, en particulier le musulman, serait négliger la richesse, la profondeur et la diversité que nous pouvons trouver auprès des autres. Ces deux volets peuvent se retrouver dans nos rapports avec ces musulmans de la seconde génération et la dernière vague de l’immigration.

En conclusion, nous aimerions nous encourager tous ensemble, chacun de son côté, à faire l’effort voulu et nécessaire pour que nos communautés chrétiennes soient un endroit où les uns et les autres vivent l’amour de Dieu, reçoivent le pardon, et expérimentent la guérison des blessures les plus profondes.

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28. Paul Balta, « Préface », Le Dialogue Interculturel, Une Action Vitale, sous la dir. de Jacqueline Valantin et Marie-Geneviève Euzen-Dague, Éd. l’Harmattan, 2008, p.9-10. Il rapporte les propos de Jacqueline Valantin et Marie-Geneviève Euzen-Dague.
29. Jacqueline Valantin « Le dialogue Interculturel, un Préalable au Développement, à la Paix », Le Dialogue Interculturel, Une Action Vitale, sous la dir. de Jacqueline Valantin et Marie-Geneviève Euzen-Dague, Éditions l’Harmattan, 2008, p.18.
30. Ibid., Jacqueline Valantin, p.19-20.
31. Ibid., Jacqueline Valantin, p.20.
32. Ibid., Jacqueline Valantin, p.50.
33. Une conférence donnée le 9 février 2009 à l’Institut Biblique de Nogent-sur-Marne dans le cadre d’une consultation sur le thème « La mission de l’Église dans une société multiculturelle ».
34. Sébastien Fath, Du Ghetto au Réseau, Le Protestantisme évangélique en France 1800-2005, Labor et Fides, 2005, p.214.
35. L’estimation avancée par l’INSEE de la population en France en 2008 est de 63.937.000 (http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=99&ref_id=CMRSOS02137)
36. Jamil C, « Islam et Christianisme: le défi de vivre ensemble », Conférence donnée le 11 janvier 2008 au Centre Mennonite de Paris dans le cadre des rencontres interconfessionnelles.

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Commentaires

Leandri M
17 octobre, à 11:00
Bonjour,
Dieu ne s'adresse pas à nous comme à des "sans dents" des sans papiers, des musulmans, des nantis, des illettrés ................ mais il nous appelle chacun par notre NOM, l'identité unique et profonde qui nous caractérise, l'image de Dieu, une créature de Dieu capable d’aimer et d' être aimée.
La laïcité d'autre part est le meilleur outil pour respecter les différences, , contenir les extrémismes et le désir de pouvoir. Mais cela empêchera-t-il les prophéties de se réaliser, les nations d'envahir Jérusalem..........?
Alors œuvrons pour que le plus grand nombre soient sauvés !
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