La formation des “laïcs”

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Si nos Églises disposent, fort heureusement, d’instituts de formation de haut niveau pour leurs pasteurs – formation initiale (facultés et instituts) et continue (École pastorale) –, qu’en est-il de la formation des cadres de nos Églises ? La pression sociologique pousse, en effet, dans le sens d’un partage des responsabilités et des ministères, y compris celui de la Parole, au sein de nos communautés. Et ce mouvement est à encourager en vue de multiplication et de la maturité de l’Église. Il trouve, d’ailleurs, des fondements bibliques, tant il n’est ni juste ni fécond d’attendre d’un seul la capacité d’entraîner et d’enseigner d’autres dans la foi. Mais alors, comment accompagner ce mouvement et former ces cadres ?

Pierre Jeuch, figure du « laïc à plein temps », choisit de nommer cadres, ces « laïcs » qui ne sont pas « pasteurs » au sens professionnel du terme. Ceci peut certes venir questionner notre ecclésiologie protestante, mais cette distinction sémantique entre clercs et laïcs a le mérite d’identifier la problématique spécifique de ces derniers, en particulier celle de devoir composer avec l’exercice d’une autre profession et les formations qu’elles impliquent. Un article stimulant mêlé de témoignages, d’orientations pratiques et de bon sens.

La formation des “laïcs”

Je ne suis pas un enseignant, et je ne cherche pas à faire la promotion de telle ou telle offre de formation. Je parle donc de formation des « laïcs », essentiellement à partir de mon propre parcours : celui d’une vie au service de l’Église en parallèle avec l’exercice d’un métier. J’ai toujours été préoccupé par la formation pour assumer au mieux les responsabilités que j’ai exercées. Je peux donc témoigner de mon expérience, et le faire à partir des réflexions qu’elle a générées.

Pour surmonter ma réserve naturelle à parler de moi, l’article de Nicolas Farelly sur « La discipline du secret(1) » m’a convaincu de présenter mon parcours, car j’y discerne bien la main du Père céleste. Nicolas citait en particulier cette parole de l’Évangile : « Que votre lumière brille ainsi devant les gens, afin qu’ils voient vos belles œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux(2). »

Je m’exprime donc plusieurs fois à la première personne, en espérant que mon expérience puisse stimuler et encourager d’autres à s’engager sur ce chemin du service de Dieu. Mon expérience n’est pas à considérer comme normative, ni même comme une référence, mais plutôt comme une source de réflexion et d’inspiration qui pourrait éclairer et stimuler d’autres personnes dans leur démarche.

Qu’est-ce qu’un « laïc » ?

Ce mot était totalement absent dans l’environnement dans lequel j’ai grandi spirituellement, par suite d’une forme de réaction contre le cléricalisme. Le laïc se définit en effet par contraste avec le pasteur, conçu comme un professionnel au service de l’Église. Le laïc est donc un amateur, ou plutôt un serviteur bénévole. Ce statut ne dit rien de sa compétence, même si l’on peut supposer que le professionnel est généralement mieux formé que l’amateur.

Pour les bénévoles nous parlons généralement de « service », plutôt que de « ministère », mais ce vocabulaire varie selon les cultures d‘Église, de même que la place donnée à ces laïcs engagés au service de l’Église.

Vocation, compétence et formation des laïcs

Le service de Dieu repose avant tout sur un appel, tant pour les pasteurs que pour les laïcs. Et si la vocation générale à servir Dieu et le prochain se décline de façon individuelle et personnelle, le discernement communautaire est important pour la validation de cet appel, et la responsabilité des conducteurs de l’Église est déterminante dans la démarche. L’aptitude au service comporte différentes qualités ou compétences qui peuvent être résumées par les trois verbes : être – savoir – faire.

  • Être : le caractère, propre à chacun, est modelé par l’action du Saint-Esprit.
  • Savoir : la connaissance est acquise par la formation académique.
  • Faire : le savoir-faire est développé par l’expérience pratique.

La première qualité (être), la plus importante, ne s’acquiert pas directement dans les institutions de formation, mais tout le parcours de vie contribue à la façonner. Elle est première car elle est fondamentale dans l’appel. Dans tous les cas, les qualités de caractère sont déterminantes pour un ministère fructueux et épanoui, que ce soit en tant que professionnel ou en tant que bénévole.

Pour un pasteur, l’acquisition des connaissances (savoir) anticipe souvent sur le développement de l’expérience (faire). C’est probablement pertinent pour acquérir des bases solides pour un ministère « à plein temps », mais un diplôme académique ne qualifie pas en tant que tel pour le ministère. Il faut une reconnaissance de l’appel par l’Église.

Pour un laïc, c’est presque toujours dans l’ordre inverse que ces compétences sont acquises. Son engagement le conduit à développer un savoir-faire (faire) basé sur l’expérience. Le besoin d’une meilleure formation académique (savoir) apparaît souvent ensuite, face à certaines limites dans la pertinence du service, pour l’enseignement en particulier.

Cette distinction entre la formation des pasteurs et celle des laïcs est un peu caricaturale. La reconnaissance du ministère d’un laïc se fait généralement de façon moins formelle que pour un pasteur, mais cette validation est néanmoins importante.

Ensuite il ne faut pas exagérer l’aspect séquentiel de l’acquisition de ces compétences, l’ensemble constituant un développement continu à plusieurs facettes, y compris pour le pasteur professionnel.

Mon témoignage

J’ai eu le privilège d’être exposé très jeune au message de l’Évangile et à m’habituer à une discipline de lecture biblique régulière. L’engagement dans une Église naissante (essaimage) durant mes études à Grenoble et ma connaissance des Écritures m’ont naturellement amené à assumer des responsabilités dans cette implantation, allant jusqu’à celle de la direction de ce groupe quand son fondateur a été appelé à un autre ministère. J’avais alors 25 ans.

Ma carrière professionnelle de physicien s’est façonnée en complémentarité à cette vocation, Dieu ouvrant des portes tout à fait surprenantes pour me permettre de poursuivre cet engagement sur Grenoble après mes études d’ingénieur. Le service de Dieu par le développement du témoignage de l’Église a été clairement une priorité dans ma vie, et dans mes choix professionnels. Ainsi, j’ai fait une thèse pour rester sur place au service de l’Église. Ensuite, au retour d’une première année sabbatique aux USA, j’ai été recruté, toujours à Grenoble, comme chef d’un groupe de recherche dans un domaine technique totalement nouveau pour moi. Ce sont mes capacités managériales qui ont été repérées et qui se sont développées ensuite. Nous avons finalement quitté Grenoble en organisant une mutation professionnelle quand nous avons considéré, avec mon épouse, que le temps était venu de laisser des plus jeunes assumer leurs responsabilités pour la conduite et le développement de cette Église.

Chemin faisant, ma carrière professionnelle a connu un épanouissement dont je n’ai pas à rougir. « Servez vos maîtres de bon cœur, comme si vous serviez le Seigneur et non des hommes(3) » a toujours été ma ligne de conduite, et c’est bien au Seigneur que j’attribuais tous mes succès professionnels.

Un tel engagement, à fond dans le travail et à fond dans l’Église, n’était possible que parce que mon épouse partageait totalement cette priorité et qu’elle s’est elle-même engagée dans ce service « bénévole ».

Différents séminaires et cours organisés par l’Église « mère » nous ont permis, à tous deux, de développer nos connaissances et compétences, mais je restais bien conscient de mes limites.

Une vie professionnelle exigeante de cadre, puis de cadre supérieur, la responsabilité d’une Église qui se développait, et une vie de famille heureusement bien intégrée dans l’Église, ne me laissaient que peu de temps à la formation en dehors des périodes de vacances (séminaires et lectures). Deux opportunités d’années sabbatiques professionnelles aux USA nous ont offert des périodes de ressourcement et d’approfondissement déterminantes.

Au retour du deuxième séjour, la découverte d’une offre de cours décentralisés de la FLTE à Lyon (un samedi par mois) a été un vrai bol d’oxygène, et j’y ai entraîné tout un groupe dans le souci de voir d’autres se former tout en me formant moi-même. J’ai profité de ces cours ...

1. Nicolas Farelly, « La discipline du secret », Cahiers de l’École Pastorale n°99 (2016), p. 15.

2. Matthieu 5.16, cité par Nicolas Farelly, op. cit.

3. Éphésiens 6.7 (La Bible, Parole de Vie).

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