Les qualités pour être ancien, selon Paul

Extrait
Note : 50
( 1 vote )

De nombreuses Églises désirent nommer des « anciens ». Alors, elles se réfèrent parfois à des textes comme 1 Timothée 3.1-7 ou Tite 1.5-9*. Les consignes de Paul sont lues, expliquées, appliquées, et l’assemblée qui procède de cette façon n’est pas peu fière d’avoir été fidèle à la Parole de Dieu. Mais si le texte biblique ne change pas d’une Église à une autre, tout au moins en grec, sa mise en pratique peut varier. Ainsi, celui qui se demande pourquoi il y a ces variations dans la pratique des Églises, peut entendre dire que « les autres » ne sont probablement pas assez fidèles. Mais peut-on vraiment se satisfaire de cette règle herméneutique qui veut que « moi, j’ai raison et celui qui ne pense pas comme moi a tort » ? Dans l’article qui suit, Matthias Radloff évoque les différentes manières avec lesquelles ces textes sont lus, faisant ressortir les forces et faiblesses de chaque approche.

* Gordon D. Fee dira que Paul ne donne pas dans ce texte des principes d’organisation d’Église, mais des conseils pour une réforme. Gordon D. Fee, Reflections On Church Order in The Pastoral Epistles, with Further Reflection on the Hermeneutics of Ad Hoc Documents, JETS 28 (1985), p. 146. Il faudrait donc ne pas se référer à ce texte comme s’il faisait partie d’un manuel sur le fonctionnement normal de l’Église.

Les qualités pour être ancien, selon Paul

1 Timothée 3.1-7

"Cette parole est certaine : Si quelqu'un aspire à la charge d'évêque, il désire une œuvre excellente. Il faut donc que l'évêque soit irréprochable, mari d'une seule femme, sobre, modéré, réglé dans sa conduite, hospitalier, propre à l'enseignement.

Il faut qu'il ne soit ni adonné au vin, ni violent, mais indulgent, pacifique, désintéressé.

Il faut qu'il dirige bien sa propre maison, et qu'il tienne ses enfants dans la soumission et dans une parfaite honnêteté ; car si quelqu'un ne sait pas diriger sa propre maison, comment prendra-t-il soin de l'Église de Dieu ?

Il ne faut pas qu'il soit un nouveau converti, de peur qu'enflé d'orgueil il ne tombe sous le jugement du diable. Il faut aussi qu'il reçoive un bon témoignage de ceux du dehors, afin de ne pas tomber dans l'opprobre et dans les pièges du diable".

1- Position dite "littérale"

Il faudrait appeler cette position "littérale quand cela m'arrange"(1). Dire que nous appliquons les consignes de Paul à la lettre rassure. Mais, si on y regarde de plus près, des nuances d'interprétation se profilent. Il suffira d'examiner quatre des nombreuses exigences de Paul pour l'illustrer. Selon Paul, un ancien se doit :
Verset 2 : d'être mari d'une seule femme,
Verset 2 : d'être hospitalier,
Verset 4 : de tenir ses enfants dans la soumission,
Verset 7 : de recevoir un bon témoignage de ceux du dehors.

Mari d’une seule femme

  1. Dans les Églises grecques et dans la Bible Parole de Vie(2), il ne faut avoir été marié qu’une fois. Une personne mariée plus d’une fois ne peut donc être évêque (ou ancien)(3).
  2. Ce texte a aussi été utilisé, et l’est encore, pour interdire aux chrétiens de vivre la polygamie dans des cultures qui la pratiquent.
  3. Dans certaines Églises évangéliques, ce texte est aussi interprété comme énonçant que si l’ancien est marié, il doit mener une vie de couple exemplaire((Cf. La Bible du Semeur : « mari fidèle à sa femme ». Brian Jones indique que dans les commentaires qu’il a lus pour son mémoire de master, il y a un consensus parmi les modernes, et que la phrase mias gunaikos andra fait référence au divorce et au remariage. Par contre, il y a divergence lorsqu’il faut......

1. Vous ne trouverez cette expression dans aucun commentaire ou livre d'herméneutique. Bien que le principe soit largement appliqué par « les autres », il n'est jamais vu « chez nous », les pailles et les poutres seront avec nous jusqu'à la Fin des temps.

2. « Il doit s'être marié une seule fois. »

3. Certains diront que seuls les divorcés ne peuvent se remarier, d’autres que le deuxième mariage est interdit, même pour les veufs. Voir Brian Jones, A Biblical Theology of Marriage, Divorce, p. 66 (devoir de master 2002: http://www.scribd.com/doc/105053116/29/An-Evaluation-of-the-Positions-on-Mia-Gunaiko-%E2%80%9CAndra). Gordon D. Fee dans Reflections On Church Order, p. 148, note 21, mentionne le fait que les Romains honoraient les femmes (et parfois les hommes) qui, à leur mort, n’avaient été mariés qu’une seule fois.

Matthias Radloff est Docteur en théologie, professeur à l’Institut Biblique et Missionnaire Emmaüs (Suisse).

Vous aimerez aussi

Cet article du professeur Émile Nicole, doyen de la Faculté Libre de...
Comme vous le verrez, ce texte part d'une occasion très concrète : la...
Si nos Églises disposent, fort heureusement, d’instituts de formation de haut...
Eglise et monde En nous approchant de cette question, nous nous trouvons tout...

Commentaires

Ajouter un commentaire

OK
Chargement en cours ...