Le Nouveau Testament condamne-t-il les guérisseurs ?

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Aujourd’hui en France il existe des dizaines de milliers de guérisseurs et de nombreux types de guérisons : coupeurs de feu, praticiens de reiki, passeurs de venin, magnétiseurs, radiesthésistes... Le mot « guérisseur » n’apparaît nulle part dans les listes de pratiques interdites par Dieu telles que la débauche, l’inconduite sexuelle, etc. Est-ce que ce silence de la part de Dieu vaut approbation divine ? 

Richard Morris propose une réponse, basée sur son expérience pastorale et sur ses recherches théologiques en la matière. Dans cet article, il pose la problématique de façon générale. Dans un deuxième temps, il abordera la question des « dons » pour savoir « s’ils viennent vraiment du bon Dieu », comme on le dit souvent.

Si nous publions ces textes, qui présentent bien évidemment l’optique de l’auteur, c’est pour encourager la réflexion dans les Églises.

Le Nouveau Testament condamne-t-il les guérisseurs ?

Il se peut qu’un chrétien malade soit tenté d’aller voir l’un de ces guérisseurs. Peut-être quelqu’un dans sa famille a-t-il déjà le pouvoir de faire disparaitre les zonas ou « panser » les brûlures. Peut-être quelqu’un dans son entourage l’encourage-t-il à aller voir le guérisseur du coin. Après tout, qui veut souffrir ? 

Je ne doute pas un seul instant que ce soit une bonne chose d’être guéri d’une maladie douloureuse ou incurable. Pour le chrétien, le problème n’est pas là, mais dans la vraie source du pouvoir dont se sert le guérisseur et dans ce que dit la Parole de Dieu à son sujet. Précisons ici que, tout au long de cette étude, il n’est pas question du don de guérison accordé aux chrétiens par le Saint-Esprit, ni d'une onction d’huile citée dans le chapitre 5 de l’épître de Jacques.

Pour savoir si le Nouveau Testament condamne ou pas les guérisseurs, nous allons examiner ce queil dit des croyances des païens, et des quatre moyens par lesquels les hommes de l’époque cherchaient à guérir ou à être guéris. 

L’œuvre des médecins 

L’un des moyens par lesquels les gens cherchaient à guérir résidait dans l’intervention des médecins. Leur travail était bien connu à l’époque de Jésus. On les retrouvait aussi bien dans les villes juives que païennes, dans les armées, etc. Le Nouveau Testament en parle de nombreuses fois. Même si leurs méthodes et connaissances n’étaient pas à la hauteur de celles des praticiens d’aujourd’hui, tout n’était pas forcément mauvais, ni à rejeter. Dans Marc 2.17, Jésus dit : « Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin de médecin, mais les malades ». Luc, le fidèle compagnon de Paul, était lui-même médecin (Col. 4.14).

Le miracle

Le miracle est le deuxième moyen par lequel les hommes pouvaient être guéris. Tous les évangiles racontent les nombreux miracles que Jésus a opérés pendant les trois années qu’a duré son ministère. Dans l’Évangile selon Marc, la toute première œuvre de Jésus a lieu dans la synagogue de Capernaüm. Jésus y délivre un homme dans lequel il y avait un esprit impur (Mc 1.21-26). Tout de suite après, Jésus se rend chez Simon Pierre dont il guérit la belle-mère qui souffrait d’une fièvre (versets 29-31). Le soir même on lui amène des gens souffrant de divers maux et des démoniaques afin qu’il les guérisse (versets 32-34). Plus tard il enverra ses disciples sur les routes d’Israël avec ce commandement : « Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons… » (Mt 10.8). Le livre des Actes des Apôtres raconte comment les disciples de Jésus, en continuant l’œuvre de leur Maître, ont chassé des démons et guéri des malades. 

Les différents miracles ne manifestent pas simplement la bonté de Dieu et de Jésus à l’égard des hommes qui souffrent, ils manifestent sa puissance et son règne sur tout ce qui domine les hommes : le mal, le démoniaque, la maladie, même la mort. 

La magie

Lorsqu’on parle de la magie comme troisième moyen de guérison, il ne faut pas penser aux prestidigitateurs modernes qui, en un tour de main, font disparaître et réapparaître des objets. Le « magicien » d’aujourd’hui n’est en rien comparable aux magiciens mentionnés dans la Bible. Cette magie-là fait appel aux vraies puissances et êtres spirituels qui existent dans l’univers. À l’époque du Nouveau Testament, les gens avaient recours à des formules magiques pour toutes sortes de raisons et de besoins : attirer un amant, gagner une course de chars, maudire autrui, avoir le dessus sur un concurrent sportif, ou neutraliser un ennemi. Par la magie noire, appelée également « sorcellerie », ils invoquaient des esprits afin d’accomplir toutes sortes d’œuvres mauvaises(1)

Depuis le 19ème siècle, des fouilles archéologiques entreprises dans divers pays autour de la Méditerranée ont mis à jour un grand nombre de papyrii contenant des formules magiques. Si la grande majorité date du 3ème et du 4ème siècle apr. J.-C, un certain nombre date du 1er et du 2ème siècle. Ces papyrii nous renseignent sur les croyances et pratiques magiques des non-chrétiens à l’époque du Nouveau Testament et après, surtout dans les régions où l’Évangile sera proclamé par les disciples de Jésus.

On y trouve des formules pour attirer des démons, des invocations de noms divins afin que cette divinité fasse telle démarche ou agisse contre telle personne. De nombreuses formules magiques incluaient des éléments chrétiens ou judaïques, tels que les noms « Jésus », « Christ », « Yahvé », ou encore ceux des anges. Cependant, le fait de citer des noms bibliques ne voulait pas dire que la personne était elle-même croyante. Comme le note E. Sorenson : « …les praticiens qui utilisaient ces formules n’étaient pas forcément chrétiens ou juifs, et la qualité syncrétiste et polythéiste des formules suggère très fortement le contraire.»(2)  Pour les magiciens, le nom de Jésus était encore un autre nom puissant auquel ils pouvaient faire appel. 

Une partie essentielle de toute pratique magique était, et est toujours, l’invocation des noms de démons ou de divinités. Ces noms pouvaient être répétés à haute voix, ou être inscrits sur des amulettes, des talismans, ou encore sur d’autres objets. Invoquer le nom de tel être spirituel donnait au magicien l’accès à la puissance et à l’aide de celui qu’il invoquait. Selon Clinton Arnold, cette invocation destinée à recevoir aide et puissance est l’essence même de la magie(3). D’autres fois, celui qui désirait utiliser cette ressource faisait appel aux « noms saints » et « aux puissances », comme on le voit dans cet exemple : « Vous, ces noms saints et ces pouvoirs, confirmez et accomplissez cet enchantement parfait ; tout de suite ; vite ; vite ! »(4)  

C’est là où la magie se détache du christianisme et des miracles opérés par le Seigneur Jésus ou ses disciples : les chrétiens font appel à celui en qui ils croient et à sa volonté à laquelle ils se soumettent, tandis que les magiciens font appel à un être spirituel afin qu’il se soumette à leur volonté ! 

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1. Clinton E. Arnold, Powers of Darkness: principalities and powers in Paul’s letters (Downers Grove: Inter-Varsity Press, 1992, 244 p.), p. 21.

2. Eric Sorenson, Possession and Exorcism in the New Testament and Early Christianity (Tübingen: Mohr Siebeck, 2002, 295 p.), p. 181.

3. Clinton E. Arnold, Power and Magic, The Concept of Power in Ephesians (Eugene, OR: Wipf and Stock Publishers, 1989, 244 p.), p. 54.

4. PGM CI.52, Wortmann, « Texte, » 90, dans Arnold, Power and Magic, p. 55.

Pasteur-missionnaire avec SIM France, il travaille avec plusieurs Unions d’Églises évangéliques ainsi que le Réseau FEF et le RESAM.

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