Gérer les attentes, les défis et le stress dans le ministère pastoral

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Quand un pasteur arrive dans une Église, la communauté nourrit toutes sortes d'attentes à son égard : nombreuses sont celles qui sont clairement exprimées, mais d'autres demeurent 'implicites". Parallèlement à cette multiplicité d'attentes, le pasteur doit faire face à divers défis inhérents à ce ministère si particulier. Cette juxtaposition d'attentes et de défis à relever est certainement génératrice de pressions, de frustrations et de stress qui, selon le type de personnalité du pasteur, peuvent prendre des proportions inquiétantes. Fort de son expérience de pasteur et de psychothérapeute, Paul Millemann fait le point sur ces différents domaines. Les pasteurs ont besoin d'être encouragés et équipés pour gérer de façon appropriée les attentes, les défis et le stress dans leur ministère.

Gérer les attentes, les défis et le stress dans le ministère pastoral

Un collègue pasteur a partagé récemment une question à laquelle il a été confronté dans le cadre d'une enquête de société sur les différentes professions et les dangers qui y sont liés. La question était la suivante : "Pratiquez-vous une profession à risque ?"

La question a de quoi surprendre quand elle s'applique à la fonction pastorale. Être pasteur, est-ce réellement un métier comme les autres ? Est-il possible de parler de métier en considérant la fonction pastorale ? Même sur le plan du droit du travail, des divergences existent dans les relations qui unissent un pasteur à son Église. D'un côté, il y a ceux qui suivent les exigences du code du travail formalisées par un contrat, ainsi que les exigences du régime général. De l'autre, les pasteurs dépendent du régime spécifique des associations cultuelles et ne relèvent pas du droit du travail. Il existe donc une certaine singularité de la fonction pastorale. Sans horaires de travail stricts, il est parfois délicat pour le pasteur, comme pour ses paroissiens, de savoir ce qui, dans ses activités, rentre dans le cadre d'un métier ou non, ni même parfois de savoir ce qu'il fait ou ne fait pas. Cette zone de flou, tout comme la diversité des attentes réciproques, montre la difficulté de l'engagement pastoral. Jonathan Ward souligne :

"Quand certaines Églises demandent un pasteur, elles désirent une personne avec la puissance d'un aigle, la douceur d'une colombe, la grâce d'un cygne, l'œil perçant d'un faucon, la fidélité d'une hirondelle, l'endurance noctambule d'un hibou, l'activité d'un pivert, l'allure d'un paon, la persistance d'un jars... et quand elles trouvent cet "oiseau rare", elles veulent qu'il vive sur le menu d'un canari(1), www.lecnef.org

De telles attentes, dont certaines sont peu réalistes, ouvrent la voie à des tensions, des incompréhensions et des conflits pouvant aller jusqu'à des ruptures de collaboration. Si dans le monde du travail les situations d'épuisement professionnel (ou de burn-out), comme celles de harcèle-ment moral sont de plus en plus fréquentes aujourd'hui, la vie de nos Églises ne semble pas non plus épargnée par de telles problématiques.

Si de multiples raisons conduisent à la réalité des abandons dans le ministère, Étienne Lhermenault, en évoquant l'usure dans le ministère, précise que :

"... les serviteurs de Dieu ont des limites et ne peuvent les ignorer sans mettre leur vie en danger. Nous tendons à oublier ce principe simple, parce que nous vivons dans une société de la performance qui exige le dépassement de soi et déteint sur les pasteurs que nous sommes, ne serait-ce que parce que nos frères et sœurs vivent sous cette pression et nous communiquent leur stress "(2).

Comment bien vivre le ministère pastoral ? Comment fonctionner dans le respect des limites de chacun ? Comment bénéficier de la richesse du travail en équipe ? Comment servir sans s'asservir ? Comment gérer les attentes et les non-dits dans le cadre du travail pastoral ? Sans prétendre pouvoir répondre en détail à ces questions de fond, il nous semble utile de considérer la réalité de la pression des attentes, quelques défis propres au ministère pastoral, ainsi que des considérations spécifiques sur la gestion du stress.

1- LA PRESSION DES ATTENTES IMPLICITES

La question des attentes n'est jamais simple à aborder. Un des grands défis dans les contacts entre le pasteur et l'Église au début d'une collaboration est de bien clarifier les attentes réciproques. Avec la joie de pouvoir envisager une future collaboration, on ne pense pas à prendre le temps de parler en détail des attentes réciproques, car les choses vont sans les dire mais, avec la pratique, on se rend compte que cela va beaucoup mieux en les disant. La difficulté des attentes se répartit selon une proportion de l'ordre d'un cinquième d'attentes explicites et claires pour quatre cinquièmes d'attentes implicites. Ainsi, un des enjeux du dialogue initial entre un pasteur et l'Église qui va vivre en collaboration avec lui, est de clarifier les attentes, d'essayer de faire basculer les attentes implicites dans l'explicite. En discutant librement de quelques points essentiels, un certain nombre d'attentes peuvent être exprimées. La comparaison entre les attentes des autres et les attentes personnelles peut faire l'objet de discussions préalables particulièrement enrichissantes et tellement nécessaires.

1. Quelles conceptions de l'appel ou de la vocation ?

La question de la vocation doit susciter un dialogue entre le pasteur et l'Église pour clarifier les attentes réciproques. Diverses tendances oscillant entre deux extrêmes en termes d'appel sont observables. Il existe d'un côté une vision "mystique" de la vocation et à l'opposé une vision plus rationnelle et pragmatique. Les décalages qui peuvent exister d'une personne à l'autre dans la conception de l'appel vont conduire à des attentes divergentes et à des frustrations de part et d'autre. Derek Tidball précise :

"Le pasteur est une personne qui répond à un double appel : celui de l'Église (l'appel extérieur) et celui de Jésus-Christ par son Esprit (l'appel intérieur). Il arrive que des difficultés et des drames surgissent à cause de mésententes entre des Églises et leurs ministres. D'autres, plus discrètes peut-être, mais non moins dramatiques, se produisent quand l'appel personnel et intérieur du pasteur s'atrophie lentement au détriment de sa personne, sa famille et son Église"(3).

Il faut encore préciser que Dieu est créatif et que l'appel au ministère peut prendre différentes formes. Il n'y a qu'à comparer les vocations de Jérémie (1.4-9) et d'Ésaïe (6.8) pour en avoir un premier aperçu.

2. Quel est le rôle attendu du pasteur ?

L'Église a-t-elle besoin d'un enseignant, d'un administrateur compétent, d'une personne spécialisée dans la relation d'aide et l'accompagnement de la souffrance, d'un visionnaire pour initier de nouveaux projets, d'un pasteur qui passe bien avec les jeunes, les personnes âgées... ? Il y a parfois autant d'attentes sur les modalités et le style d'engagement du pasteur que de personnes participant à la vie de l'Église. Cette réalité n'est pas simple à aborder et le rôle d'un conseil d'Église, ou d'un collège pastoral, est déterminant pour accompagner le cheminement et la réflexion de l'Église. Même si les clarifications ne sont pas des plus simples, il est important d'essayer d'élaborer une synthèse adéquate d'attentes parfois très diverses.

3. Quel est le style de leadership attendu ?

Il existe différents styles de leadership et le travail pastoral implique la gestion d'une autorité de serviteur, qui n'est pas simple à promouvoir. Le pasteur est appelé à être imitateur de Christ et à allier ainsi la double réalité de chef et de serviteur. Il existe réellement différents styles de leadership. Elias Porter, psychologue américain, s'est beaucoup intéressé à la question des relations interpersonnelles et a développé un outil d'appréciation des forces de personnalité, nommé SDI (4), dont le but est de comprendre les motivations qui déterminent le comportement dans deux contextes différents. Le SDI met en évidence des différences de réaction dans un contexte où tout se passe bien et dans un contexte de conflit. Avec le SDI, sept styles de leadership différents peuvent être observés en fonction des motivations internes des personnes : (i) encourageant/habilitant, (ii) coaching/mentoring, (iii) directif/modèle à suivre, (iv) stratégique/tactique, (v) analytique et autonome/par processus, (vi) guide/responsabilisant, (vii) orienté vers le travail en équipe et le consensus. Or, une des difficultés avec le style de leadership est parfois de penser que chacun fonctionne uniquement avec son propre style de motivations internes, sans penser que les autres peuvent fonctionner autrement. Une meilleure connaissance de soi, de ses forces et faiblesses, de ses limites sont des clés essentielles du dialogue pour mieux comprendre son fonctionnement dans les relations avec les autres.

4. Quelles sont les capacités de gestion des conflits ?

Les situations de conflit sont rarement vues comme des occasions de croissance et des défis à relever pour mieux se connaître et comprendre son fonctionnement. Cependant, si les conflits sont inévitables dans les Églises, la manière de les appréhender et de les résoudre est déterminante. L'attente que le pasteur soit un artisan de paix, qu'il trouve un juste équilibre entre vérité et amour et qu'il se mobilise dans la résolution du problème est une réelle nécessité. Jeanne Farmer note :

"Tous dans l'Église ne sont pas habilités à répondre de façon adéquate même si le problème est détecté. Si celles et ceux qui sont en position d'agir ne le font pas, l'Église va au-devant de gros problèmes. De plus, un responsable doit distinguer (...) entre un défi pour lequel l'Église a déjà les moyens de répondre, et un défi d'un type nouveau, qui demandera une adaptation nouvelle et donc un changement en profondeur. Il lui faudra le courage de mettre les membres de la paroisse devant le problème, de les obliger à l'affronter même s'ils n'ont peut-être pas envie de le voir, et de proposer une direction ou au moins d'ouvrir le débat sur la question"(5).

5. Quelles sont les relations entre le pasteur, l'Église et l'union d'Églises ?

La clarification des attentes et des besoins de l'Église peut être accompagnée par des personnes extérieures, comme certains responsables de l'union d'Églises ou des membres de la commission des ministères de l'union. Une réflexion menée par un tiers extérieur pourra aider les membres d'un conseil d'anciens à trouver une meilleure adéquation entre le futur pasteur et l'Église. Certaines unions d'Églises développent ainsi l'idée d'une évaluation du pasteur, associée à une évaluation de l'Église, en vue de trouver des points de convergence et de discuter des points de divergences. La discussion autour de ces derniers permet d'élaborer des points de vigilance, pour mieux accompagner les uns et les autres. Il va de soi qu'un pasteur ne peut satisfaire toutes les attentes et répondre à des besoins très divers, malgré la richesse de ses dons. Mais un pasteur n'en est pas moins un collaborateur actif au sein d'une équipe, dont les dons spirituels peuvent compléter ceux des personnes déjà en place au sein d'un collège d'anciens. L'union d'Église, qui connaît les candidats éventuels aux futurs postes pastoraux peut accompagner et orienter ces derniers en vue de collaborations fructueuses.

2- QUELQUES DÉFIS DANS LE MINISTÈRE

Si le ministère pastoral représente une certaine singularité dans la mesure où il ne peut être reconnu comme une activité professionnelle de même type que n'importe quelle autre, il existe réellement des défis dans le ministère qui peuvent être vecteurs de stress ou sources de bien des frustrations. Les huit critères suivants ont été identifiés par Jonathan Ward dans le cadre des activités du RESAM (REseau de Soutien Au Ministère), puis présentés dans des conférences publiques sur le sujet de l'épuisement professionnel dans le ministère pastoral(6).

1. La solitude dans le ministère

Le fait de n'avoir personne à qui se confier, à part éventuellement son conjoint, est une réelle difficulté pour les pasteurs, qui conduit à un isolement, voire un repli sur soi. Le serviteur et son conjoint se sentent parfois très seuls dans le ministère et ils auraient besoin de trouver une oreille neutre et attentive, sans jugement, où la confidentialité est assurée, et où ils peuvent être compris dans leurs difficultés et leurs questionnements. C'est dans ce sens que des rencontres pastorales, des accompagnements de proximité par des collègues plus expérimentés peuvent constituer une réelle alternative.

2. Le stress de devoir vivre avec des ressources financières limitées

Il est parfois bien délicat de discuter de questions d'argent. Lorsque certaines Églises embauchent un pasteur, elles attendent de son épouse une disponibilité à temps plein, mais n'ont pas en parallèle la possibilité de soutenir de manière plus conséquente l'engagement des deux conjoints et souhaitent par ailleurs que la femme du pasteur ne travaille pas pour être disponible pour ses enfants et pour l'Église. Faut-il avoir fait vœu de pauvreté pour être pasteur ? Et que peut-il faire, quand le logement de fonction qui est mis à sa disposition implique des charges qui sont à peine couvertes par le quart du salaire annuel ? En parallèle, les budgets d'Église sont parfois tellement limités que le salaire d'un pasteur ne peut être augmenté en fonction du coût de la vie. Il existe un réel stress de devoir vivre avec des ressources financières limitées.

3. La pression de devoir fournir des résultats visibles et le découragement qui peut suivre, quand il n'y en a pas...

Le danger à ce niveau est d'être conditionné par le piège de la performance. À nouveau, la question des attentes est au cœur du débat. À quoi se mesure l'efficacité d'un pasteur : au nombre de visites effectuées ? Au temps passé pour ces visites ? À la clarté de son enseignement ? À sa disponibilité sans limite ? Si le pasteur est appelé à donner une direction, à partager une vision et à encourager au développement d'un projet d'Église, il n'est pas forcément responsable du manque d'implication des paroissiens et des coups de frein donnés dans les actions de développement de certains projets.

4. Le stress de devoir gérer les "cas difficiles" dans l'Église

Il existe des situations délicates à gérer, des personnes qui demandent beaucoup de temps et d'attention et qui restent dans un registre de plainte, quel que soit le temps qui leur est accordé. La gestion des priorités dans le ministère pastoral est un réel défi, qui suppose d'être partagé dans le respect et la confiance d'un collège pastoral, où les anciens de l'Église partageant la charge avec le pasteur, peuvent aider à discerner ce qui est essentiel de ce qui est accessoire.

5. Gérer la pression des attentes, les demandes et les exigences des autres

Il y a les attentes explicites — celles qui sont clairement exprimées. Elles ont été partagées, discutées et elles forment le cahier des charges du pasteur. Le pasteur sait à quoi il s'engage. Puis il y a les attentes implicites - celles qui, sans être exprimées formellement, peuvent être déduites des remarques et critiques que l'on reçoit une fois qu'on est engagé dans le ministère. En général, ce sont ces attentes qui créent des problèmes. Quand il y a un robinet qui coule à l'église, on appelle le pasteur... Quand le véhicule de l'église tombe en panne, on appelle le pasteur... On donne ainsi au pasteur le sentiment qu'il est indispensable. Parfois, c'est le pasteur lui-même qui croit être indispensable, ou plus fort et plus spirituel que les autres, en pensant qu'il devrait être capable de tout faire — répondre à tous les besoins et à toutes les demandes. C'est un piège, bien sûr, qui contribue à l'épuisement, parce que plus je donne l'apparence d'être fort, ingénieux et compétent, plus il va falloir gérer la pression de maintenir cette image dans la durée. Il vaut mieux se présenter comme quelqu'un qui chemine, qui n'a pas tout compris et qui reste limité dans son action.

6. La difficulté de devoir subir les critiques et de gérer le manque d'encouragement

Un pasteur n'est pas forcément appelé à caresser ses brebis uniquement dans le sens du poil. Il est bon de s'occuper du troupeau, mais il y a des brebis qui mordent et d'autres qui bêlent ! Et il y a celles qui sont tombées dans les buissons de la vie et qui frottent leurs épines aux autres et au couple pastoral. On peut noter aussi l'absence flagrante d'encouragement dans les Églises. Nos cultures francophones sont des cultures de critique, et pas toujours dans un sens constructif. On est parfois prompt dans nos Églises à reprocher les détails négatifs, à disqualifier les personnes et même à refuser de voir ce qui est positif.

7. La difficulté de devoir gérer son temps, souvent sans cahier des charges clair, précis et réaliste, et la difficulté de trouver l'équilibre entre les besoins de sa famille et les besoins du ministère

Bien souvent, l'Église est servie au détriment de la famille, parce qu'on ne sait pas fixer des limites. Parfois, le serviteur justifie sa notion pervertie du service en la spiritualisant : "Je suis appelé à servir Dieu", comme si servir sa famille et servir Dieu étaient en opposition, plutôt que de voir l'un comme faisant partie intégrante de l'autre. Servir Dieu, c'est d'abord servir la famille que Dieu m'a donnée. À nouveau, la question des priorités est essentielle. On entend parfois qu'un serviteur de Dieu doit être disponible 24h/24 et 7j/7 pour son Église, mais ce n'est malheureusement pas réaliste. Un pasteur reste un être humain avec ses fragilités et ses faiblesses. Il a besoin de temps de repos et de ressourcement pour tenir dans la durée et être plus efficace dans le ministère.

8. Le serviteur a tendance à servir l'Église au détriment de ses propres besoins

La plupart des serviteurs ont beaucoup de difficultés à se nourrir de la Parole de Dieu simplement pour eux-mêmes, et pas en vue d'une prédication ou d'une étude biblique. Besoins émotionnels et physiques : repos, ressourcement et détente. Beaucoup de serviteurs ont du mal à se reposer sans culpabiliser. Beaucoup de serviteurs ne prennent pas de jour de congé. Beaucoup n'ont pas de loisirs — rien pour les faire sortir de leur univers de visites, de coups de fil, de préparations d'études bibliques et de prédications. Il y a là un équilibre essentiel à trouver ou à retrouver pour éviter de basculer dans le piège de l'activisme et de la dépendance au travail.

3- LE DANGER DE L'ACTIVISME : STRESS ET COMPORTEMENT DE TYPE A

1. Comprendre le stress

Les attentes implicites sont clairement source de stress quand elles sont mal gérées. Pourtant le stress consiste en une réaction de l'organisme qui peut être très utile dans la mesure où le stress produit une alerte, un signal avertisseur d'une difficulté. Malheureusement dans le stress, l'impression d'être seul, de devoir réagir très vite, a tendance à dominer. Mais il ne faut pas oublier qu'on n'est jamais seul dans les difficultés et que Dieu donne le courage de faire face. Quelles sont cependant les émotions pouvant s'exprimer et qui témoignent d'une certaine légitimité ? Comment apprécier de façon réaliste et adaptée la situation qui est source de stress ? À moins d'un danger vital, une des manières de faire la part des choses consiste à refuser l'urgence et la pression de la décision. Les prises de décisions importantes ne doivent pas se faire sous la pression et dans l'urgence, car le temps mis à part pour consulter Dieu, pour rechercher sa paix sera totalement oublié dans une décision prise trop rapidement. Même si l'on est parfois désemparé devant un problème, il est nécessaire de chercher à bien le régler, plutôt que de vouloir le régler trop vite.

2. Les facteurs de stress

Il existe des facteurs de stress liés aux circonstances de la vie familiale quelle que soit la situation (le célibat, la vie de couple, l'accompagnement des enfants et des adolescents). Les incertitudes liées au ministère, les difficultés à devoir gérer les transitions lorsqu'on quitte une Église sans forcément savoir où aller, seront porteuses de conséquence à tous les niveaux. Et avec les déménagements qui se profilent, l'arrivée dans une nouvelle région ou un nouveau pays provoquera un choc culturel. On ne comprend pas ce qui se vit, comment cela se vit dans la région ou le lieu de l'arrivée. Là aussi des facteurs de stress peuvent émerger. Et dans les phases de transition et de changement, la vocation peut être sérieusement remise en question. Si l'action pour Dieu est perdue, parfois même la vision qui s'y rapporte, il est nécessaire dans de tels moments de ne pas laisser la passion pour Dieu disparaître. Quelles que soient les circonstances délicates traversées, le ministère pastoral ne doit pas être une idole et il est indispensable de rester utile pour Dieu, même s'il est difficile d'apprendre dans la douleur, et même si les conditions dans lesquelles on exerce son activité changent.

3. Conseils pour développer sa résilience

Au-delà des facteurs de stress, les épreuves traversées permettent de développer une certaine résilience. Ce mot décrit la capacité à faire face aux traumatismes, à se développer ou se reconstruire, au-delà des difficultés, des coups du sort, des menaces ou des problèmes relationnels. Pour développer une certaine résilience, il importe de cultiver ses relations. Il est aussi nécessaire de se rappeler que les crises ne sont pas insurmontables, mais que dans toute situation difficile, un plus grand bien peut émerger d'un mal terrible. L'exemple du roi David, qui a tout perdu, alors qu'il avait été oint par Samuel, face à la jalousie de Saül est parlant. Par sa fidélité à Dieu, il a tenu bon et Dieu a su faire émerger les conditions de sa restauration. Job de son côté a aussi appris de la souveraineté de Dieu et son expérience est encore parlante. Le change-ment fait partie de la vie, toute la question consiste à savoir s'il est réfléchi, préparé et choisi ou si, au contraire, il est subi. Dans ce dernier cas, les choses seront clairement plus difficiles à vivre. Il est bon aussi de savoir se fixer des objectifs, d'être prêt à agir courageusement, de tirer les bonnes leçons de l'expérience. C'est à ce prix qu'il sera possible de conserver une juste perspective et de ne pas abandonner l'espoir ! Veiller sur soi-même, reste fondamental et la foi peut être une réelle source de résilience dans les difficultés. Encore faut-il être en mesure de pouvoir changer de lunettes dans les difficultés, pour arrêter de se torturer avec la question "pourquoi cela m'arrive à moi ?" et oser dire "que puis-je apprendre sur toi Seigneur, comme sur moi, dans cette situation ? Comment puis-je la vivre avec toi ?"

4. Le comportement de type A

Il est toutefois des situations où le stress peut être source de danger, quand il est poussé à l'excès et qu'il se décline sous la forme d'un comportement appelé "comportement de type A". Après avoir rempli le questionnaire relatif au comportement de type A, il devient possible de veiller un peu plus sur soi et d'apprendre, non pas à changer de personnalité, mais à faire ce qui est nécessaire pour changer de comportement et éviter de se laisser dominer par un stress excessif. Tout commence par une prise de conscience de sa propre tendance à être de type A. Quand on connaît les difficultés, on est en mesure de les affronter. Puis, il importe d'apprendre à modifier sa manière de penser. Peut-on arrêter de penser tout le temps, arrêter de penser trop rapidement, arrêter de penser à trop de choses à la fois ? C'est ainsi que les attitudes seront transformées. On pourra même interroger sa vocation comme l'a fait Élie, dans son dialogue avec Dieu dans 1 Rois 19, mais cet exemple est tellement important pour montrer que les perspectives de Dieu ne sont pas les mêmes que celles de son serviteur, aussi compétent soit-il et aussi incompétent se voit-il. Quelles sont les craintes qui peuvent dominer ? Que faut-il prouver et à qui ? N'oublions jamais que Dieu n'est pas pressé, qu'il ne se trompe pas et pardonne toujours et encore. Enfin, une dernière recommandation consiste à modifier son comportement. Il est possible de mieux organiser le temps, de ralentir le rythme, de ne pas se laisser interrompre, d'apprendre à rire et à se détendre et même d'oser demander à Dieu de nous aider à ralentir le rythme.

CONCLUSION

Le ministère pastoral dans son vécu présente un certain paradoxe. Enthousiasmant et stimulant à bien des points de vue, quand il est vécu sous le regard de Dieu dans une réalité de délégation de compétences et de partenariat, il est aussi difficile en raison des exigences qui l'accompagnent. La gestion des attentes, des défis et du stress dans le ministère sont des éléments essentiels dans le tableau qui dépeint la collaboration du pasteur avec l'Église. Toutefois, celle-ci reste avant tout celle de Jésus-Christ et non celle du pasteur. Si Dieu a instauré les principes de la collégialité, du partage des pouvoirs, ceci doit nous permettre de comprendre que nul n'est indispensable, mais que tous peuvent œuvrer pour aller ensemble au bout des projets, sous la conduite de son Esprit. C'est ainsi que les Églises pourront continuer dans une logique de croissance, en sagesse, en maturité et en nombre pour la seule gloire de Dieu.

1. Jonathan WARD, Pour bien vivre son ministère, Connexion 4, Paris, p. 21

2. Étienne LHERMENAULT, Un ministère « durable », Les Cahiers de l'École Pastorale, n°76, 2e trimestre 2010, p. 19.

3. Derek J. Tidball, Conduire et construire, images bibliques du ministère pastoral, Collection Diakonos, Excelsis, Charols, 2006, p. 7.

4. SDI = Strength Deployment Inventory, traduit en français par « Inventaire des Forces de Personnalité ». Le SDI est un questionnaire qui permet d'apprécier les motivations internes comme les comportements en situation. Il définit le système de motivation fondamental comme un ensemble généralement constant de motivations et de valeurs qui servent à choisir et donner un but au comportement, à attirer l'attention du pasteur sur certaines choses en laissant d'autres de côté et à se percevoir et se juger soi-même ainsi que les autres.

5. Jeanne Former, Le ministère pastoral, approche systémique de la gestion de l'Église, Paris, Empreinte temps présent, 2006, p. 19.

6. Ces critères sont également mentionnés dans le cadre de l'article suivant : « Gérer son engagement, éviter le burn-out dans le ministère », Cahiers de l'École Pastorale n°77, 2010, pages 1-31.

Paul Millemann est pasteur d'une Église baptiste (AEEBLF) dans le Doubs, psychologue et psychothérapeute, président de l'Assodation des Conseillers Chrétiens de France, et chargé de cours de relation d'aide à l'Institut Biblique de Genève.

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Commentaires

zola
09 décembre 2013, à 22:27
merci pour votre accueil
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39
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David
21 décembre 2014, à 00:48
Excellent article complet !
Merci !
Note du commentaire :
4
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Sourou Olagnika Lodjo
16 décembre 2015, à 12:18
Merci
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