Le bonheur d’être pasteur

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Le bonheur d’être pasteur

Le bonheur d’être pasteur… on pourrait croire à une plaisanterie ! Le pasteur est-il heureux ? Saute-t-il du lit à six heures du matin avec un enthousiasme et une joie de vivre débordants ? Peut-être… moi, je suis encore endormi à cette heure-là donc je ne vois pas ce que font les collègues ! Il y a sans doute des pasteurs heureux. Il y en a aussi qui se croient malheureux : ils doivent travailler les jours fériés ; ils n’ont jamais le week-end ; leurs heures, ils ne les comptent plus ; ils sont mal payés ; le logement de fonction est mal chauffé ou mal isolé quand ce n’est pas les deux ; les gens n’apprécient pas ce qu’ils font et ne sont jamais satisfaits… bref, ils sont malheureux !

Le bonheur d’être pasteur. Ou, transformé en question : Le pasteur est-il heureux ? Je propose un petit parcours en quatre points, ou plutôt en quatre pistes de réflexion, autour de cette question.

[...]

4. Le bonheur d’être pasteur

Pour conclure, et en essayant de garder la perspective ouverte par les béatitudes, je suggère quelques bonheurs du pasteur. Le pasteur, comme tout chrétien à l’écoute des paroles de Jésus d’ailleurs, a « de la chance ». Cette chance ne doit rien au hasard, elle est une grâce, mais vous ne me comprendrez probablement pas si je disais que nous avons « de la grâce » ! Mais c’est effectivement cela. Alors en quoi la « chance » du pasteur, son bonheur, se distingue-t-elle de celle de tout chrétien ? Voici quelques suggestions :

a) Notre première chance est notre vocation

Ne mettons pas le ministère pastoral sur un piédestal, ne tombons pas dans le cléricalisme. Mais, modestie mise à part, nous avons reçu un appel. Qui oserait d’ailleurs se lancer dans ce ministère sans avoir la conviction, tremblante peut-être, d’un appel, d’une vocation ?

L’apôtre Paul revenait régulièrement à sa vocation : Dieu l’avait appelé, Dieu l’avait mis à part, Dieu lui avait confié une tâche. « Appelé à être apôtre, mis à part pour l’évangile de Dieu » écrit-il aux Romains (Rm 1.1). « Appelé à être apôtre du Christ Jésus par la volonté de Dieu » (1 Co 1.1), et encore : « Apôtre de Jésus-Christ par la volonté de Dieu » comme il écrit dans ses lettres aux Corinthiens (2 Co 1.1).

Mais avant Paul, Jésus lui-même, si nous osons parler de lui de cette façon, était appelé, était envoyé, avait une vocation. « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a envoyé son Fils… », Jésus disait souvent « Je suis venu… », « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre » (Jn 4.34). « Je suis descendu du ciel pour faire, non ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé » (Jn 6.38). Et sur la croix résonne le cri : « Tout est accompli ». Pourrions-nous traduire en français moderne par « Mission accomplie ! » ? (Jn 19.30). Paul, plus modestement, écrira : « J’ai combattu le bon combat, j’ai achevé la course, j’ai gardé la foi » (2 Tm 4.7).

Nous aussi, nous avons reçu une vocation. Quel privilège, quelle grâce… quelle chance ! Le bonheur !

b) Notre deuxième chance est notre travail

Il y a certainement de nombreux métiers qui valent la peine, et tout travail est honorable, voulu par Dieu, quelle que soit la tâche, à quelques exceptions près. Nous sommes de ceux dont le travail vaut la peine. Il y a bien des années, j’avais un ami qui travaillait pour Nestlé. Je n’ai rien contre le chocolat même si je n’en suis pas friand. Mon ami était cadre haut placé et gagnait très bien sa vie. Nous avons perdu contact mais j’ai souvent pensé à lui, il est sans doute à la retraite maintenant. Je l’imagine arrivant à la retraite et s’interrogeant : qu’est-ce que j’ai fait de ma vie ? Et la réponse est : j’ai fabriqué ou j’ai vendu du chocolat ! C’est honorable, c’est légitime… c’est peut-être même nécessaire… le chocolat, me dit ma femme, contient du magnésium et le magnésium est nécessaire pour la santé. Soit !

Notre tâche n’est pas de dénigrer le travail des autres mais de réaliser la valeur, l’importance, de la tâche qui nous est confiée. Certes le monde autour de nous ne l’apprécie guère. Aux yeux des incrédules, et même de certains « croyants éloignés », un pasteur n’est pas un productif, et ils conçoivent mal comment il peut remplir ses journées. Mais nous savons, et il faut que nous nous le redisions souvent, que la portée de notre travail est éternelle, que l’enjeu est entre la vie et la mort. L’école du dimanche qui pose les bases chez les enfants ; le groupe de jeunes où nous essayons de leur montrer une alternative valable au monde de leurs pairs qui les emporte si facilement ; la prédication dimanche après dimanche où nous voulons encourager, enseigner, accompagner ; les visites où nous écoutons… Chers amis, tout cela, ce sont les prémices du royaume de Dieu.

Voilà notre travail même si, pris dans la routine quotidienne, nous ne le réalisons pas toujours. Et je me dis : Quel privilège, quelle grâce… quelle chance ! Le bonheur !

c) Notre troisième chance est l’espérance

C’est peut-être une question d’âge mais ma pensée se tourne de plus en plus vers l’avenir, la nouvelle terre et les nouveaux cieux. Je suis interpellé par la radicalité et la proximité pour nous tous de la mort. Notre monde évangélique a été frappé par des deuils précoces. La responsabilité qui m’a le plus marqué dans ma spiritualité personnelle au cours des années de ministère a été, je pense, les obsèques, les enterrements. Devant le cercueil, devant la tombe, si d’autres restent dans le silence du deuil, dans le recueillement, le pasteur doit parler… il doit dire quelque chose. C’est une lourde responsabilité. Et cette responsabilité m’interroge : Qu’est-ce que je crois ? Est-ce que je le crois ?

Le mot « résurrection » revient 11 fois dans le livre des Actes. Il semble que les apôtres annonçaient, plus même que la mort du Seigneur, sa résurrection ! La résurrection était au centre de leur prédication. Peut-être aujourd’hui dans nos Églises évangéliques la prédication de la croix a-t-elle parfois éclipsé un peu l’annonce bouleversante de la résurrection. Certes, sans la grâce qui découle de la croix, la résurrection pourrait faire trembler mais, la grâce étant acquise, la résurrection ouvre une espérance sans laquelle il n’y a que, au mieux, vide ou néant. L’Occident fuit la mort, cache la mort… on n’en parle pas. Même les chrétiens sont souvent mal équipés pour y faire face.

J’imagine Paul écrivant à ses amis à Thessalonique, amis attristés et perplexes devant la mort des leurs. Ils avaient cru que le Seigneur reviendrait, que la mort ne serait plus. Et voilà que tout était comme avant, le malheur les tenait toujours. Et Paul prend sa plume. Nous connaissons les belles lignes qu’il a rédigées pour ses amis dans le deuil : « Nous ne voulons pas, frères, que vous soyez dans l’ignorance au sujet de ceux qui dorment, afin que vous ne vous attristiez pas comme les autres qui n’ont pas d’espérance. En effet, si nous croyons que Jésus est mort et qu’il est ressuscité, nous croyons aussi que Dieu ramènera aussi par Jésus, et avec lui, ceux qui se sont endormis… Consolez-vous donc les uns les autres par ces paroles » (1 Th 4.13,14 et 18).

Dans l’épreuve, le malheur et le bonheur s’affrontent. Or, le malheur est partout autour de nous en train de faire sa sale besogne. Il est dans l’Église, les chrétiens souffrent aussi. Il chemine par la fatigue, par la maladie, par des accidents de toutes sortes, par la faiblesse de l’âge, pour frapper son coup ultime dans la mort. Devant ce cheminement du malheur et dans les multiples étapes et variations possibles, le pasteur est porteur d’une parole d’espérance, cela fait partie de sa vocation, même s’il lutte parfois lui-même avec les souffrances rencontrées ou subies. Le message de l’apôtre est aussi le nôtre : « Frères, sœurs… nous ne voulons pas que vous soyez dans l’ignorance… afin que vous ne vous attristiez pas comme les autres qui n’ont pas d’espérance… ».

« Qu’ils sont beaux sur les montagnes, les pieds du messager de bonnes nouvelles, qui publie la paix ! Du messager de très bonnes nouvelles, qui publie le salut ! Qui dit à Sion : Ton Dieu règne ! » (És 52.7).

Cela c’est notre travail : annoncer, partager, une bonne nouvelle… un message d’espérance. Et je me dis encore : quel privilège, quelle grâce… quelle chance ! Le bonheur !

Vous connaissez la parabole des talents. Le maître s’en va confiant à ses serviteurs des talents. Notre vocation, n’est-elle pas un talent, un talent qui nous est confié ? Il y a sans doute des pasteurs à cinq talents et d’autres à deux… peut-être même certains à un ! Mais la parabole nous laisse comprendre que même celui qui n’a reçu qu’un seul talent, s’il le met au profit, entendra les mêmes paroles dans la bouche du maître : « Bien, bon et fidèle serviteur, tu as été fidèle en peu de choses, je t’établirai sur beaucoup ; entre dans la joie de ton maître » (Mt 25.21,23).

Alors cela sera le bonheur !

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École pastorale, 5-7 octobre 2009.

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