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Le ministère pastoral et sa pratique

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Le ministère pastoral et sa pratique

Le rôle spécifique du pasteur

J'aimerais rappeler brièvement en quoi consiste, selon le Nouveau Testament, la charge de pasteur (étant entendu qu'à mes yeux les termes de pasteur, ancien et évêque sont équivalents. Les apôtres ne se soucient pas tant des titres que des fonctions).

Si le pasteur est par définition un berger, chargé de conduire et nourrir un troupeau (Act 20.28 ; Eph 4.11-16 ; 1 Pi 5.1-4), il ne doit jamais oublier qu'il a affaire à des humains, et non à des moutons.

Le pasteur est un serviteur de Jésus-Christ et, à cause de cela, un serviteur des hommes et des femmes qui lui sont confiés. Il n'a pas à exercer une domination, mais à remplir un service (Mc 10.42-45; 1 Cor 3.5-9 ; 2 Cor 4.5 ; 1 Pi 5.1-4). Il n'est pas un chef, dont la volonté fait la loi. Il est soumis au Seigneur, à qui appartient l'Église, le troupeau. C'est pour le Seigneur qu'il œuvre. Son autorité lui est déléguée pour le service qui lui est confié. Il est toujours responsable devant le Seigneur. Il est un intendant, un gérant (1 Cor 4.1).

La charge qui lui est confiée : "veiller sur le troupeau... faire paître l'Église du Seigneur la conduire... la diriger, la présider, ... l'enseigner... l'exhorter, etc." se comprend en fonction de l'objectif assigné, qu'on peut résumer dans des textes comme :

- Colossiens 1.28 : "présenter à Dieu tout homme devenu parfait en Christ".

- Éphésiens 4.12-13 : "équiper les saints en vue de l'œuvre du ministère et de l'édification du corps du Christ, jusqu'à ce que nous soyons tous parvenus à l'unité de la fol et de la connaissance du Fils de Dieu à l'état d'hommes faits, à la mesure de la stature parfaite du Christ".

Ce service me paraît comporter trois axes principaux : nourrir, soigner, conduire.

·  Nourrir par la Parole de Dieu. Le ministère pastoral est un service de la Parole. Annoncer l'Évangile, enseigner en sont des éléments essentiels. Dans Éphésiens 4 "pasteur et docteur" semblent indiquer une même fonction. L'évêque, selon 1 Timothée, doit être capable d'enseigner. Il doit le faire selon l'Écriture, car "toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l'homme de Dieu soit accompli et propre à toute bonne œuvre" (2 Tim 3.16-17).

·  Soigner, ou veiller sur le troupeau. Il s'agit là, d'une part, de le garder des faux docteurs, des contradicteurs, des loups cruels, pour reprendre des termes du Nouveau Testament, mais aussi, d'autre part, de répondre aux besoins particuliers de chaque chrétien, "d'avertir ceux qui vivent dans le désordre, de consoler ceux qui sont abattus, de supporter les faibles, en usant de patience envers tous" (1 Thess 5.14). Les deux verbes grecs nouqetew et parakalew résument cette tâche : exhorter pour reprendre parfois, encourager et consoler souvent.

· Conduire, donner la direction, indiquer le but : la stature parfaite du Christ, la sanctification ; diriger, piloter, présider - mais non dominer ; être un modèle (1 Tim 4.12 ; 1 Pi 5.3). Cela, dans la perspective d'une croissance, qui permettra aux chrétiens de se rendre, par amour, serviteurs les uns des autres (Gal 5.13), de mettre au service des autres les dons qu'ils ont reçus (1 Pi 4.10).

Il m'a paru utile de rappeler là les grandes lignes de la charge confiée au pasteur.

Essayons maintenant de dégager la spécificité de son ministère par rapport à tous les autres qui cherchent à aider les hommes à vivre et qui, pour cela, s'efforcent eux aussi d'acquérir une bonne connaissance de l'homme : psychologues, éducateurs, travailleurs sociaux, philosophes, hommes politiques, prêtres de diverses religions, médecins du corps ou de l'âme, etc.

1) Il est clair que ce qui différencie le service du pasteur de tout autre service des hommes, c'est le fait que sa tâche n'est pas de son propre choix, mais lui est donnée, désignée par Dieu. Elle découle de la connaissance de l'homme que révèle la Parole de Dieu. Elle répond à des besoins qui sont cachés au cœur et à la raison de l'homme et qui ne sont perçus qu'à la lumière de la révélation. Le Grand Berger des brebis, c'est Jésus. Nous sommes des sous-bergers. Sans une référence constante à la Bible, le pasteur ne sait pas ce qu'il fait et ce qu'il doit faire.

Sans une confiance constante dans la Parole de Dieu, le pasteur peut se demander s'il sert à quelque chose, s'il fait œuvre utile. Cette confiance lui sera toujours nécessaire quand il sera confronté avec d'autres personnes dont le travail est d'aider les humains, spécialistes munis d'un savoir, aux yeux de qui le pasteur peut passer pour un bricoleur, un touche-à-tout, un non-spécialiste, puisque sa spécialité, la Parole de Dieu, paraîtra souvent sans consistance et sans intérêt aux yeux de ceux qui se fondent sur des connaissances dites spécifiques (qui leur donnent un pouvoir).

Et c'est vrai que le pasteur ne peut s'appuyer d'abord sur un savoir, ni même sur un savoir-faire. La connaissance qu'il a de l'homme, n'est pas un savoir qu'il posséderait parfaitement. Elle comporte, certes, des connaissances, données par l'expérience, par les sciences humaines, par l'étude de la Bible aussi. Mais même une bonne théologie ne lui suffit pas pour bien remplir son rôle. Ses connaissances sont toujours partielles ; elles peuvent être remises en question par chaque nouvelle rencontre. Elles doivent être constamment éclairées par le Saint-Esprit, pour devenir un vrai discernement, comme celui de Jésus qui "savait ce qu'il y a dans l'homme".

Le pasteur, donc, doit rester humble. Il ne peut se fier à ses seules connaissances. Il doit être sans cesse disposé à recevoir de Dieu la "sagesse" nécessaire. Il doit donc être constamment à l'écoute de Dieu, rester ouvert à l'action de l'Esprit.

Il ne peut jamais se dire : "Maintenant je sais ; j'ai acquis tout le bagage intellectuel ou théologique, qui me permettra de donner aux hommes ce dont ils ont besoin". À chaque instant, au contraire, il est dépendant de Dieu. Il a besoin de sa grâce autant que ceux qu'il est appelé à aider.

Non pas que les connaissances qu'il a acquises soient inutiles. Elles sont nécessaires, mais non suffisantes. La relation personnelle du pasteur à Dieu reste une nécessité fondamentale. L'écoute de Dieu est sans doute sa première tâche. Le pasteur ne peut conduire les autres qu'en étant lui-même conduit par Dieu. Le pasteur ne peut enseigner les autres qu'en se laissant enseigner par la Parole de Dieu. Il ne doit pas devenir un simple technicien, encore moins un technocrate qui a toutes les réponses. Il doit parfois dire simplement : "Je ne sais pas".

2a) La relation d'aide concerne l'homme tout entier

L'être humain est une créature de Dieu : son corps, son esprit, son intelligence, sa sensibilité sont créés par Dieu. Il n'est pas seulement une âme (dont on serre la main à la sortie des offices). Pascal l'a bien dit : "L'homme n'est ni ange, ni bête... Quand il veut faire l’ange, il fait la bête". Négliger le corps est une faute contre l'esprit. Notre corps, Temple du Saint-Esprit, appartient à Dieu. Sa bonne santé a de l'importance et mérite qu'on s'en préoccupe. Jésus a guéri les malades et nourri ceux qui avaient faim. C'est lui qui pense à donner à manger à la fille de Jaïrus (Mc 5.43).

2b) Mais l'essentiel de la tâche du pasteur concerne l'homme intérieur, invisible, qui échappe à l'observation, à l'étude scientifique. Si pour l'homme extérieur, le pasteur peut avoir recours à l'aide des médecins ou des psychologues, pour aider l'homme intérieur, des techniques ne peuvent suffire.

Le pasteur n'a pas affaire à des moutons, des animaux que l'on peut dresser, dont on peut faire un peu ce qu'on veut si on sait s'y prendre, si on emploie la bonne méthode. Il a affaire à des humains.

Les humains - parce que créés à l'image de Dieu - sont des êtres capables de choix, de jugement, de décisions personnelles. Si le péché a largement aliéné la liberté que Dieu a voulu leur donner, il n'en a pas fait des marionnettes ou des robots. Ils restent responsables devant Dieu. Dieu leur parle, les appelle et attend d'eux une réponse. Cette réponse ne peut être que libre, responsable. Chacun doit donner sa réponse. Nul ne peut l'y contraindre ou répondre pour lui. Cette conviction est à la base de la notion d'Églises de professants.

Le pasteur doit donc toujours se souvenir que Dieu ne lui a pas confié des objets à manipuler, ni des animaux à dresser, mais des hommes et des femmes qu'il doit instruire, appeler, exhorter, mais qu'il ne peut modeler, dont il ne peut forcer la réponse. Autorité lui a été donnée pour convaincre, mais pas pour contraindre.

Il faut reconnaître que nous pouvons être tentés de contraindre, de faire appel à des techniques de manipulation des âmes, que ce soit par la menace ou la séduction. C'est parfois frustrant d'avoir affaire à des êtres dont les décisions nous surprennent souvent, des êtres imprévisibles, qui, par exemple, semblent avoir bien compris un enseignement biblique et qui brusquement agissent à l'encontre de cet enseignement, des gens qui paraissent guéris, affermis dans la foi et qui brusquement retombent. Plus d'une fois, il m'est arrivé d'envier le menuisier qui a travaillé pour faire une table ou une armoire et qui n'a plus à s'en soucier une fois qu'elle est finie. Quand c'est fait, c'est fait !

C'est différent dans le ministère de pasteur. Le plus solide peut tomber malade. "Que celui qui croit être debout prenne garde de tomber" dit Paul. C'est là un fardeau. "Qui est faible que je ne sois faible ? Qui vient à tomber que je ne brûle" dit-il encore, "assiégé par les soucis que lui donnent toutes les Églises" (2 Cor 11.28-29). Pour nous, les soucis d'une seule Église suffisent en général...

Ces soucis ne viennent pas seulement du fait qu'avec des humains le travail n'est jamais fini, mais aussi du fait que ces hommes et ces femmes qui nous surprennent souvent et nous déçoivent parfois ne sont pas simplement des clients, que nous pourrions considérer avec détachement, mais des frères et des sœurs, des proches, des membres d'une même famille, d'un même corps.

La tentation, ai-je dit, est d'avoir recours à des moyens de contraindre, d'obtenir à tout prix le résultat espéré, c'est-à-dire celui que la Parole de Dieu nous propose. Alors, nous voilà à l'affut de méthodes éprouvées, de programmes de piété, d'étude de la Bible, d'évangélisation, d'organisation de l'Église, qui encadreront si bien les frères et les sœurs que leurs velléités de s'égarer, de s'arrêter en route, de se permettre des fantaisies seront bridées. Je ne conteste pas l'utilité de tels programmes. Mais je mets en garde contre la confiance dans les programmes. Ils ne sont que des outils et peuvent donc être bien ou mal utilisés. En outre, ils sont rarement adaptés à tous les besoins, à tous les chrétiens. Dieu nous a créés différents les uns des autres, et ce qui convient parfaitement à l'un peut n'être d'aucune utilité à un autre.

J'ajouterai encore deux choses. La confiance dans les méthodes risque toujours de glisser vers le légalisme. "Si seulement je fais ceci ou cela... si je m'abstiens de ceci ou de cela, ... Dieu sera content de moi, ma vie spirituelle sera forte". D'où cette autre tentation de juger ceux qui n'en font pas autant...

Enfin, souvenons-nous que la tâche que Dieu confie au pasteur est d'aider les chrétiens à grandir en maturité, à devenir des adultes responsables. Toute croissance prend du temps. Laisser les gens s'imaginer qu'il y a un truc qui résoudra leurs problèmes, c'est les maintenir en situation d'immaturité. Le but ne consiste pas à faire autrement, mais à être autrement, à se laisser changer par Dieu. Croître, c'est changer en profondeur - dans sa façon de penser comme dans sa façon d'agir. Ces changements sont l'œuvre du Saint-Esprit, non d'un programme aussi bien fait soit-il. Et le Saint-Esprit se sert avant tout de la Parole de Dieu pour provoquer ces changements. Notre rôle de pasteur est donc d'annoncer cette Parole, de l'enseigner fidèlement, avec persévérance. Le fruit, c'est Dieu qui le donne.

3) Si nos excellents programmes, notre solide enseignement, notre fidèle prédication n'obtiennent pas toujours le résultat escompté, c'est non seulement du fait de la liberté humaine, mais aussi du fait du péché qui enveloppe si facilement les hommes d'aujourd’hui comme ceux d'autrefois - même hélas les chrétiens, nous les premiers.

La réalité du péché, qu'affirme tout au long la Bible, ne doit jamais être négligée, Ce que Paul écrit dans Romains 7 : "Je ne fais pas le bien que je veux et je fais le mal que je ne veux pas... Quand je veux faire le bien, le mal est attaché à moi" reste vrai du chrétien - dans la mesure où Il reste encore charnel, et non spirituel. Mais les frères et les sœurs que nous rencontrons sont-ils à 100% spirituels ? Le sommes-nous nous-mêmes ? N'avons-nous jamais de préoccupations charnelles, c'est-à-dire centrées sur nous-mêmes? Ne nous arrive-t-il pas, par exemple, de faire une affaire personnelle d'une mauvaise réaction d'un frère ? Ne sommes-nous jamais blessés dans notre amour-propre ?

Un pasteur écossais, qui avait écrit pendant des années une rubrique hebdomadaire dans un journal chrétien, répondait à une interview au moment où il a pris sa retraite. À la question "Quelle a été votre plus grande difficulté dans votre ministère ?", il a répondu : "La susceptibilité des chrétiens !" Celui qui croit en Jésus-Christ est déjà sauvé, mais pas entièrement guéri, c'est un convalescent qui doit réapprendre à vivre.

Le propre du pasteur, dans son effort pour venir en aide aux humains, est de savoir que la racine du problème est dans le péché, et non dans l'ignorance, l'organisation sociale, l'équilibre psychologique, etc. Ces choses ne sont pas à négliger - mais si on parvient à les guérir, on n'a pas résolu le problème pour autant.

Le péché, contre lequel nous avons à lutter, en nous-mêmes d'abord, chez les autres ensuite, ne se situe pas seulement sur le plan moral. Si la désobéissance aux commandements de Dieu le manifeste, elle n'épuise pas la question. "La faute n'est après tout qu'un symptôme. Et les symptômes les plus impressionnants pour les profanes ne sont pas toujours les plus inquiétants, les plus graves", a écrit Bernanos. L'Évangile le confirme, en montrant le pharisien plus gravement atteint que le péager.

Le Péché, avec un grand P, est une maladie, un esclavage, une puissance qui a sa racine dans la rupture avec Dieu, dans la volonté d'autonomie de l'homme, dans sa prétention à se suffire à lui-même, à s'affirmer comme maître de sa vie, à se défendre de Dieu et des autres.

Les péchés, les symptômes de ce mal, ne peuvent être vaincus que si le mal est guéri. Cela, Dieu seul peut le faire. Il a fait tout le nécessaire pour cela, par la croix et la résurrection de Jésus. C'est là le cœur de notre prédication. La prédication de la croix est un appel à la repentance, la prédication de la résurrection est promesse de vie nouvelle. En dehors de cette conversion, le moralisme est inopérant.

Devant le péché, notre rôle est moins de faire la morale, comme si seule la bonne volonté humaine était en cause. Il est d'appeler à la repentance, à la metanoïa, qui implique non seulement l'aveu et le regret de la faute, mais un changement de mentalité, qui est fait à la fois de confiance en Dieu et de consécration à Dieu.

L'obstacle à vaincre, ici, c'est, me semble-t-il, le besoin qu'a l'homme de se défendre, de se justifier. L'homme pécheur est fondamentalement un homme sur la défensive, un fabricant d'excuses. Nos condamnations, nos jugements ne servent souvent qu'à renforcer ses défenses.

Cela, il est important de le savoir, surtout dans la cure d'âme, le dialogue pastoral. Ceux qui viennent nous voir sont sur la défensive. Ils cachent plus qu'ils ne montrent. Ils espèrent que nous leur offrirons une solution qui les dispensera de la repentance, car elle implique une remise en question toujours coûteuse. Il n'est donc pas étonnant que nous nous heurtions à des résistances.

Le psychologue peut nous aider à discerner derrière les excuses, les justifications, les blessures, des angoisses profondes dues à de multiples raisons possibles. En prendre conscience, c'est déjà une étape vers la maturité Mais seule la Parole de Dieu est un appel à la repentance sans laquelle il n'y a pas de guérison. Le psychologue aidera l'homme à ne plus se défendre contre lui-même, contre son passé. L'Évangile seul l'aidera à ne plus se défendre contre Dieu. Et c'est là l'essentiel. Comme l'a écrit Thurneysen : "En définitive, ce qui nous sépare de Dieu, ce n'est pas notre péché, mais notre refus de laisser Dieu nous pardonner ce péché".

Kierkegaard disait au fond la même chose en écrivant : "Le contraire du péché, ce n'est pas la vertu, mais la foi".

Notre rôle de pasteur est donc essentiellement de susciter la foi en Dieu, par Jésus-Christ, qui seul nous révèle que Dieu est pleinement digne de confiance, parce qu'il nous aime pleinement. Il ne s'agit donc pas d'exercer une action sur les personnes, mais de les aider à retrouver une relation juste avec Dieu.

4) De tout cela, il ressort que la seule aide que nous puissions apporter aux hommes, c'est l'Évangile, et je préciserai l’Évangile de la grâce de Dieu. C'est la seule bonne nouvelle pour les hommes d'aujourd'hui comme pour ceux d'autrefois. Mais pas un remède "naturel", que pourraient nous fournir les sciences humaines.

a) La bonne nouvelle de la grâce, c'est Jésus-Christ. "La loi a été donnée par Moïse ; la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ" (Jn 1.17). "Et nous avons tous reçu de sa plénitude, et grâce pour grâce" (Jn 1.16) ; autrement dit la grâce ne manque jamais, elle est la réponse à toutes les situations, comme Paul en a fait l'expérience : "Ma grâce te suffit" (2 Cor 12.9).

Seul le message de la grâce libère l'homme de ce besoin de se défendre de Dieu, qui empêche sa guérison.

D'où l'importance qu'il y a de ne jamais se lasser de prêcher le salut par grâce, le "tout est accompli" de la croix, le pardon des péchés, la pleine suffisance de la grâce de Dieu en Christ.

Nous le savons : seul le Saint-Esprit peut convaincre en dernier ressort. C'est lui qui atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu, c'est lui qui nous délivre de la peur pour nous faire jouir des privilèges de l'adoption. Mais le moyen qu'utilise l'Esprit, c'est avant tout le message de la croix et de la résurrection du Christ, c'est l'Évangile, la Parole qui nous a été confiée. D'où l'importance du ministère de la Parole, service irremplaçable, que personne ne peut rendre, sinon ceux qui ont eux-mêmes cru à cette Parole de grâce, et qui en vivent. Dans la prédication, l'enseignement, mais aussi la cure d'âme, l'entretien pastoral, nous ne devons pas nous lasser de répéter que Dieu nous a fait grâce en Jésus-Christ et que cette grâce est pleinement suffisante pour guérir tous nos maux.

J'ai lu ou relu ces derniers temps un certain nombre d'ouvrages de théologie pastorale, anciens et récents. Je suis frappé d'y trouver cette claire affirmation. Le rôle spécifique du pasteur - par rapport à tous les autres "médecins de l'âme" - est dans ce message de la grâce. Thurneysen, dans sa doctrine de la cure d'âme, ne cesse de rappeler que seule l'annonce du pardon des péchés, de la justification par la foi guérit et libère. Maurice Ray écrit : "Dieu guérit ceux qui recourent à lui, c'est-à-dire ceux qui se laissent convaincre de son amour pour eux, de sa volonté de leur venir en aide, de sa possibilité de rétablir leur situation en faillite". Parlant de la repentance, il dit : "elle est surtout un consentement à la grâce de Dieu". Le pasteur américain Seamands ne voit pas non plus d'autre remède que la grâce, qu'il décrit comme "une faveur divine donnée librement, imméritée, qu'on ne peut ni gagner, ni rembourser".

b) Notre image de l'homme dépend de notre image de Dieu.

La bonne nouvelle de la grâce qui nous est venue en Jésus-Christ est aussi ce qui nous arme pour détruire toutes les idoles, toutes les fausses images de Dieu, qui détournent les hommes de la foi en sa grâce. J. Ansaldi y voit l'essentiel de la tâche pastorale. Notre conception de Dieu s'écarte souvent de la révélation biblique. Nous nous faisons des images, qui sont, en partie au moins, une projection de nos angoisses. Ce ne sont pas des images taillées, mais elles peuvent devenir des idoles.

M. Ray rappelle l'exemple d'Elie, dans 1 Rois 19, quand le prophète après la grande tension de son combat victorieux contre les prêtres de Baal tombe dans une sorte de dépression et prend la fuite. Dieu... "prend le temps et la peine d'apporter à Elie une révélation renouvelée de sa propre personne divine... Il ne corrige pas Elie, mais rectifie l'image que le prophète avait de Dieu, image déformée par les épreuves, et les tensions et les dangers qu'il traversait".

C'est là un aspect important du ministère pastoral : corriger les fausses images de Dieu :

- que ce soit celle du Dieu de la loi, du donnant-donnant, le Dieu dont les commandements sont des épreuves d'examen auxquelles il faut satisfaire sous peine d'être recalé, rejeté, le Dieu dont on a toujours un peu peur parce que son amour est conditionnel - ce qui nous pousse au perfectionnisme, c'est-à-dire à la sanctification en termes légalistes (Seamands 86 ss, M. Ray II 39-40), au besoin d'avoir quelque chose à donner en échange, parce que c'est plus rassurant qu'une grâce qui ne dépend en rien de nous, qu'on ne possède pas.

- ou que ce soit, au contraire, l'image du Dieu qui nous doit ses faveurs, qui est à notre service, qui n'est intéressant que dans la mesure où il répond à nos besoins. Un Sauveur, oui, un Seigneur, non. Cette idée de la "grâce au rabais" (Bonnhoeffer) déresponsabilise l'homme.

Or, il n'y a de guérison, de vie vraie, de vie de plénitude que dans la reconnaissance de notre responsabilité devant Dieu - ce que traduit Jay Adams par "responsabilité", à la fois la possibilité et la nécessité de répondre au Dieu qui nous parle, nous appelle.

Il importe alors de comprendre que la grâce de Dieu, son amour en Jésus-Christ est un appel permanent et pressant d'aimer à notre tour.

On ne connaît Dieu que comme Seigneur, comme celui qui ordonne (à la fois commander et mettre en ordre, ou plutôt commander pour mettre en ordre). Mais pour reconnaître les droits de Dieu sans angoisse destructrice, il faut recevoir l'assurance de sa grâce.

La grâce n'est donc pas la fin de la loi, mais une nouvelle possibilité d'obéir à la loi, non comme un esclave, mais comme un fils : non par contrainte, mais par amour ; non par peur, mais avec reconnaissance.

Le pasteur doit donc veiller à détruire ces deux idoles, celle du salut par les œuvres, et celle de la grâce au rabais. Ce sont là deux impasses, qui faussent la relation à Dieu, donc la pleine réconciliation, qui font obstacle à la sanctification, à la création renouvelée de l'homme nouveau, à la croissance des chrétiens jusqu'à la stature parfaite du Christ.

Notre service doit donc comporter un appel permanent à la responsabilité (la seule aide est celle qui rend responsable), un appel permanent à grandir, changer, faire mourir le vieil homme pour revêtir l'homme nouveau.

c) Cet appel doit être adressé toujours dans un climat de grâce, d'accueil, de bienveillance.

À cet égard, l'attitude du pasteur parle autant que ses discours. Une attitude d'accueil, d'écoute bienveillante, d'effort pour comprendre et non juger, une attitude qui reflète la grâce de Dieu en Christ est un facteur important de réconciliation. Parce que la relation de confiance et d'amour avec Dieu et avec le prochain est constitutive de la pleine humanité, nous avons la responsabilité de manifester et de favoriser une telle relation. En particulier, la capacité de pardonner, comme Dieu nous a pardonné en Christ, est un élément central de la relation pastorale.

De la même façon, nous avons la tâche de faire de l'église qui nous est confiée une communauté accueillante, fraternelle, où chacun sera libéré du besoin de se défendre des autres, donc de jouer la comédie, de se réfugier dans l'hypocrisie - une communauté où les blessés de la vie pourront venir sans crainte, en sachant qu'ils seront secourus et soignés, et non achevés ! Libérer le peuple de Dieu de l'esprit de jugement et du légalisme, le conduire dans la découverte de la joie de pardonner, c'est bien le rôle du pasteur. J.L. Richardeau a souligné combien il est important qu'il y ait des communautés capables d'accueillir ceux qui sont mal dans leur peau, des communautés où chacun trouve la liberté d'être lui-même. Mais en même temps libérer le peuple chrétien de la facilité, de la satisfaction de soi-même, de la médiocrité, en lui rappelant sa responsabilité de grandir pour servir, de changer pour aimer, et en confiant à chacun des tâches, des services qui lui permettront de passer du statut d'assisté à celui d'assistant (au sens de participant), du rôle de passager à celui de membre de l'équipage, cela aussi fait partie du ministère qui cherche à "présenter à Dieu tout homme devenu parfait en Christ".

 

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