Quelques défis autour de l’accompagnement spirituel des jeunes

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Cet article est né d’un dialogue de plusieurs années entre son auteur et le Foyer Évangélique Universitaire (FEU) de Lille*. Alain Marionnet a été tour à tour pasteur de plusieurs jeunes qui ont grandi au FEU, parallèlement à ce qu’ils vivaient dans la communauté où il servait, et accompagnateur spirituel d’autres jeunes dont il n’était pas le pasteur. À travers ces expériences, il a été enrichi et façonné par sept années de collaboration et d’ajustements dans cette interaction entre FEU et Églises locales , à la recherche des places et responsabilités de chacun. Il va sans dire que bien des jeunes ont également trouvé dans d’autres cadres (GBU, groupe de jeunes rattaché à une communauté, Pulse…) des vis-à-vis et des lieux propices à leur croissance spirituelle. Mais l’auteur témoigne ici de son expérience et de ce que Dieu lui a donné à découvrir dans la pratique de l’accompagnement spirituel des jeunes.

Quelques défis autour de l’accompagnement spirituel des jeunes

I.    Introduction : La tension âge/accompagnement


L’accompagnement spirituel des jeunes nous place d’emblée dans une tension : l’âge de l’accompagné – que cet âge soit celui du développement de sa personne ou celui de sa spiritualité – correspond à la mise en place de repères, de connaissances, de convictions, de modèles. Il implique un mouvement de forte adhésion à des valeurs, à des fonctionnements, à des habitudes et à des personnes. Or, être accompagné spirituellement implique au contraire un certain recul : se mettre à distance de soi :

-    pour mieux relire le chemin parcouru,
-    pour clarifier la nature de nos liens avec les autres, avec Dieu, et avec nous-mêmes,
-    pour « accueillir » plus honnêtement les ambiguïtés, les zones d’ombre et les méandres du cœur, dans le but de les sanctifier,
-    pour entrer plus avant dans une certaine complexité tant dans la théologie que dans la spiritualité (sortir des pensées binaires et des systèmes clos),
-    pour exercer l’apprentissage d’une plus grande liberté (sortir de la reproduction).

Dans ce processus naturel de la croissance, dans ce temps particulier de la jeunesse, l’équilibre penche tout naturellement vers le mouvement de l’adhésion. À vingt ans, on a besoin mais aussi envie d’élan et de certitudes ! La prise de distance et l’approfondissement de la compréhension de soi, des autres et de Dieu, viennent généralement plus tard. Ils naissent à l’occasion d’une certaine lassitude ou d’un essoufflement devant certains fonctionnements, raccourcis, ou simplifications, à l’occasion d’une crise, le surgissement d’un événement inattendu qui dérègle les certitudes.

Il faut généralement un certain temps avant que ces « symptômes » apparaissent. Par ailleurs, il n’est ni possible, ni souhaitable de les programmer, encore moins de les provoquer. C’est l’œuvre du temps et de l’Esprit de les faire advenir, de déconstruire des modèles et des fonctionnements, pour donner naissance à d’autres équilibres, à d’autres formulations de la relation avec Dieu, avec les autres et avec soi-même.

À ces deux mouvements de l’adhésion et du recul nous proposons, dans ce qui suit, d’adjoindre deux figures qui accompagnent le jeune dans sa croissance : le père et le compagnon.

II.    Deux figures d’accompagnement


A.    La figure du père

Le père c’est celui qui a à cœur de transmettre, de former. Pour étayer cette figure d’un fondement biblique, il suffit de renvoyer au vocabulaire employé par les apôtres Paul ou Jean lorsqu’ils s’adressaient à leurs disciples ou à leurs Églises comme à leurs « enfants bien-aimés ». Paul parle par exemple d’Onésime, comme de l’« enfant que j’ai engendré dans les chaînes » (Phm 10). Pareillement, Paul met en exergue cette idée d’engendrement quand il écrit aux Corinthiens : « Auriez-vous en effet des milliers de pédagogues dans le Christ, vous n’avez pas plusieurs pères ; car c’est moi qui, par l’Évangile, vous ai engendrés par le Christ Jésus » (1 Co 4.14-15). La formulation de Paul est audacieuse : elle revendique tout à la fois une paternité unique (qui se distingue du rôle que prendront les enseignants ultérieurs), tout en renvoyant à l’Évangile et au Christ comme moyens et sources véritables de cette fécondité capables d’engendrer des hommes et des femmes dans la foi.

Plus encore, pour Paul, cette paternité a quelque chose de si intime, de si coûteux et de si profond, qu’à d’autres moments il ira puiser dans le registre de l’amour maternel pour décrire son engagement de service auprès de ses « enfants ». Ainsi, dans 1 Th 2.7, il écrit : « Nous nous sommes faits tout petits au milieu de vous ; comme une mère prend soin des enfants qu’elle nourrit, nous aurions voulu, dans notre tendresse pour vous, vous donner non seulement la bonne nouvelle de Dieu, mais encore notre propre vie, tant vous nous êtes devenus chers ».

Quelques versets plus loin, Paul revient à la paternité pour qualifier les différentes facettes de son ministère et celui de ses collaborateurs : « Vous savez que nous avons été pour chacun d’entre vous ce qu’un père est pour ses enfants. Nous vous avons encouragés, réconfortés, adjurés de vous comporter d’une manière digne du Seigneur qui vous appelle à son Royaume et à sa gloire » (1 Th 2.11).

Une fois ces exhortations, ces soins maternels et paternels prodigués, le processus normal de croissance impliquera une autonomie progressive du disciple ou de l’Église vis-à-vis de celui (ou ceux) qui les a (ont) engendrés. Ce détachement leur permettra de réaménager la relation dans un autre équilibre, où la médiation du père spirituel de chair s’effacera, au profit de celle à construire avec le Père céleste.
En effet, la paternité humaine et spirituelle n’est vraiment « féconde que par la virginité »(1), car seul peut conduire à Christ « celui qui cesse d’être centre » et « seul éclaire celui qui est pure transparence », pour que la paternité de Dieu donne libre cours à son immense activité d’amour dans la vie de chacun. La vie divine ne peut se déployer que par l’effacement de celui qui la transmet.

Ceci dit, ce processus n’est pas linéaire. Paul constatera plusieurs fois des hésitations, voire même des régressions dans la croissance des disciples et des communautés qu’il a fondées, ce qui le poussera à réinvestir ce vocabulaire et cette posture maternelle. Par exemple, alors qu’il s’adresse aux Galates : « Mes enfants pour qui j’éprouve de nouveau les douleurs de l’enfantement, jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous » (Ga 4.19). Ce sont là les paroles d’un père, à la fois déçu et inquiet, qui pensait avoir conduit les Galates jusqu’à un certain point de maturité. Les paroles d’un père qui doit de nouveau avoir recours à l’image de la mère pour communiquer cette responsabilité de faire advenir le Christ dans la vie de ses enfants. N’est-ce pas, en effet, de la croissance du Christ dans nos vies que dépend notre maturité ?
Si ce travail n’est pas sans souffrances, Paul y consent généreusement, les yeux fixés sur la vie qui va en jaillir.

Mais s’il est important de reconnaître cette fonction d’une paternité ou maternité spirituelles, il est aussi important, pour les jeunes comme pour ceux qui les accompagnent, de garder à l’esprit l’objectif de tout accompagnement : celui de former des adultes.

B.    La figure du compagnon

« À ce sujet, nous avons beaucoup à dire, et des choses difficiles à expliquer, d'autant que vous êtes devenus lents à comprendre. Alors que vous devriez, depuis le temps, être des maîtres, vous avez de nouveau besoin qu'on vous enseigne les premiers éléments des paroles de Dieu : vous en êtes venus à avoir besoin, non pas de nourriture solide, mais de lait. Or quiconque en est au lait n'a pas l'expérience de la parole de justice : c'est un tout-petit. Mais la nourriture solide est pour les adultes, pour ceux qui, par l'usage, ont le sens exercé au discernement du bien et du mal » (Hé 5.11-14).

L’ambition de l’auteur de l’épître aux Hébreux et, par sa plume, l’ambition de Dieu lui-même, est de nous rappeler, à travers ce verset 12, l’horizon normal de toute vie chrétienne : devenir des maîtres, des adultes, des chrétiens mûrs aptes au discernement du bien et du mal.

En être au lait, c’est avoir besoin d’être enseigné et être sans expérience. « Les premiers éléments des paroles de Dieu » sont les compagnons indispensables de l’enfance et de l’immaturité. Ces paroles ont besoin d’être dites et apprises aux nouveaux-nés. Extérieures, elles ont pour but de les guider et de les protéger. Être enfant, que ce soit naturellement ou spirituellement, c’est maintenir les obligations à l’extérieur de soi(2). Et ce qui va en général de pair avec l’enfance, c’est ce flirt constant avec les limites, ce jeu avec les transgressions. Vaquer à mes petits plaisirs, à mes petits désirs tant que je ne rencontre pas l’autorité de la Loi : les parents, le gendarme ou l’Église, « pas vu, pas pris ! »
« À l’Église ou avec les chrétiens, on fait gaffe ; seul ou dans d’autres cercles, on se lâche ! »
Il ne s’agit pas forcément de stigmatiser ces conduites immatures – elles font partie du processus de croissance – mais l’important est de ne pas s’y enliser, de ne pas y demeurer.

Au fur et à mesure de la croissance (psychologique et spirituelle), ce commandement va cesser d’être à l’extérieur, contraignant – ce qu’on me dit, ce qu’il faut que je fasse – pour passer à l’intérieur. Dans ce lent travail d’appropriation, le commandement, la Parole de Dieu devient bonne, désirable, comme va être vécu bon et désirable le Dieu qui me la donne. Ainsi, les limites de mon humanité, balisées par la Parole de Dieu, deviennent progressivement le bon cadeau de Dieu, la grâce d’un Père aimant pour ses fils et ses filles.
L’intériorisation du commandement, de la Parole, marque donc une étape décisive dans notre progrès vers la maturité. La loi de Dieu n’est plus ce qui me brime, elle devient peu à peu ce que je désire. Elle n’est pas seulement ce qui m’est dit du dehors, mais ce à quoi je donne sens intérieurement. J’y aspire de tout mon être : « Je prends plaisir à faire ta volonté, mon Dieu ! Ta loi est au fond de mon cœur… » (Ps 40.9).

La loi de Dieu, désormais écrite sur la table de mon cœur, selon la grâce de la nouvelle alliance et de l’Esprit, cette loi par ailleurs intériorisée selon le processus d’une éducation et d’une maturité acquises, va donc me permettre d’accéder à des sens exercés à discerner le bien et le mal, selon les critères et la pensée de Dieu. Ce processus d’intériorisation de la Loi, jusqu’à en faire mon propre désir, mon propre plaisir, jusqu’à en faire l’outil par lequel je discerne les choix de mon existence, caractérise l’âge adulte. Ce n’est plus Dieu qui me le dit, c’est chacun de nous qui, par l’Esprit, désire intimement ce que Dieu désire, au point d’accomplir cette volonté de Dieu comme si c’était la nôtre.

D’un côté donc, des nourrissons auxquels on doit encore enseigner la Parole, la dire et la redire, comme des parents rabâchent dix fois, vingt fois, cinquante fois les mêmes choses à leurs enfants sans avoir l’impression que cela « rentre » – et cela fait partie de l’éducation !
De l’autre, des adultes qui, par « la pratique » (cf. TOB, FC, Semeur), par « l’usage » (cf. NBS), ont en eux-mêmes les ressources et les sens pour discerner ce qui est bon ou mauvais.

Notons-le : selon le verset 14, une capacité de jugement mature résulte d’un exercice, c’est-à-dire d’une expérience, d’une pratique. Ce ne sont pas des paroles que nous devons seulement connaître et à avoir en tête. Elles s’apprennent, se développent, s’intériorisent à mesure qu’on les met en œuvre, qu’on les met en tension. L’une avec l’autre, elles s’aiguisent mutuellement pour affûter en nous la sagesse d’un discernement.

Sur ce point, la Bible et la psychologie sont d’accord : la maturité, c’est apprendre à intérioriser des règles, pour ensuite entrer dans la liberté et la responsabilité d’une vie personnelle et unique. Ayant intégré la loi de Dieu, guidé par l’Esprit, j’entre dans l’exercice mûr d’une existence qui se donne pour but la gloire de Dieu. Quel beau défi !

Cette stature d’adulte nous condamne-t-elle au difficile exercice de la solitude ?
Elle ouvre plutôt l’espace pour d’autres types de relations, plus horizontales, et laisse place à la figure du compagnon, celui qui se place à côté pour accompagner ce chemin de liberté, sans l’entraver.


III.    Les types d’accompagnement

La tradition spirituelle a forgé des types d’accompagnement qui répondent à ces deux besoins d’avoir à la fois des pères et des compagnons.

A.    Du côté des pères


1.    La paternité spirituelle

Cette figure prend sa source dans l’héritage des Pères du désert (IVème siècle. apr. J.-C). Pierre-Yves Brandt résume bien ce type d’accompagnement :

« On entreprend un long voyage pour rencontrer un homme de Dieu (il y a aussi quelques mères du désert, mais elles sont plus rares), particulièrement familier de la vie spirituelle, pour recevoir de lui une orientation précise à donner à la suite de sa vie. On compte sur sa clairvoyance et sa sagesse. On lui exposera la situation dans laquelle on se trouve et on attend son conseil. […] Le père spirituel, écoute, conseille et, surtout, prie pour celui ou celle qui se confie en lui. […] Que ce soit sur le mode ponctuel ou sur le mode régulier, un paramètre essentiel de la paternité spirituelle est l’obéissance. L’efficacité de cette relation dépend de la disposition de celui ou celle qui sollicite l’attention du père spirituel à se conformer à ce qu’il dit. […] La relation qui s’instaure est […] celle d’une personne avec une question venant chercher une réponse auprès d’un plus expérimenté qu’elle-même. Schématiquement, « il y a celui qui dit » et « celui qui choisit de faire ce qu’on lui dit ». Le discernement est effectué par le père, le directeur ou le conseiller spirituel »(3).

Sur un fonctionnement de la relation assez proche de la paternité spirituelle, on parle beaucoup aujourd’hui de « mentorat ».

2.    Le mentorat (4)

Le mentorat constitue une relation d’apprentissage et vise la transmission du savoir d’un aîné plus expérimenté vers un jeune disciple. Le mentor partage avec son protégé « ses connaissances, son expertise, ses acquis et la sagesse de son expérience »(5). À l’instar de Jésus qui a concentré ses efforts sur un petit nombre de disciples (douze), qui seront eux-mêmes appelés à en conduire d'autres par la suite, il s’agira délibérément de se concentrer sur la formation de quelques-uns. Ici, c’est bien la dimension du vivre ensemble qui est déterminante : le jeune disciple doit pouvoir suivre un modèle vivant et pas seulement une doctrine biblique ou un enseignement théorique.

Coleman écrit : « Après avoir appelé ses hommes, Jésus met un point d’honneur à rester à leur côté. C'est l'essence même de son programme de formation : laisser simplement ses disciples le suivre. Quand on y réfléchit, c'est une méthode très simple. Jésus n'a ni école, ni séminaire, ni plan d’étude bien défini, ni classe à proposer à ceux qui le suivent. […] Aussi étonnant que cela puisse paraître, tout ce que Jésus fait pour enseigner, c’est de les amener près de Lui »(6)).

Dans les pas de ce modèle divin, il s’agit d’associer le disciple à sa vie comme à son ministère. Tout peut devenir lieu d’apprentissage : temps de prière, temps de service, temps de repos. Tout est à partager : joies, luttes, échecs.

Dans le cas de la paternité spirituelle comme du mentorat, nous pouvons relever une commune asymétrie relationnelle (l’objectif est la vie de l’accompagné), doublée d’une certaine hiérarchisation (l’un dirige ou forme l’autre) : d’un côté un aîné qui a des connaissances, des compétences, une expérience dans un certain domaine et de l’autre une personne plus jeune qui vient chercher des conseils avisés.

B.    Du côté des compagnons


1.    L’accompagnement spirituel

Dans l’accompagnement spirituel, la relation est aussi asymétrique (au sens où la relation reste centrée sur le vécu de l’accompagné) car elle implique aussi un accompagnateur qui a une certaine expérience de la vie spirituelle. Mais à la différence de la paternité spirituelle, c’est la personne qui vient avec la question, qui discerne aussi la réponse. L’accompagnateur est simplement là pour aider l’autre à repérer les éléments qui entrent en jeu dans le discernement. Il se refusera systématiquement à donner une réponse à la question que se pose la personne venue pour le rencontrer.(7) En cela, ce type d’accompagnement respecte et mobilise pleinement l’adulte visé par Hébreux 5.14.

2.    Le petit groupe

On quitte ici l’asymétrie relationnelle et la hiérarchisation pour entrer dans la dimension du partage (tous sont sur un même pied d’égalité et apportent leur expérience de vie ou leur réception du texte biblique). C’est que, comme l’écrit Louis Schweitzer : « Les réveils ont toujours pris conscience de ce que le culte communautaire […] ne suffit pas à faire une communauté, et surtout pas des chrétiens adultes. C’est le piétisme qui a mis en valeur les groupes d’édification avec ses Collegia pietatis »(8). Ainsi :

En dehors de nos prédications habituelles, on organiserait d’autres assemblées à la manière dont Paul les décrit (1 Co 14) : « Il n’y aurait pas qu’un seul homme qui se lèverait pour enseigner […] mais d’autres aussi […] parleraient, sans désordre ni querelle évidemment, et ils exposeraient leurs idées pieuses sur la matière proposée ; et les autres pourraient juger de tout cela […]. Ils prendraient l’Écriture sainte, y liraient à haute voix, et s’entretiendraient fraternellement sur chaque passage, dans l’interprétation la plus simple, en cherchant dans chacun toutes sortes de choses qui pourraient servir à notre édification. Il serait permis à chacun d’émettre ses doutes, de demander des éclaircissements s’il ne comprenait pas assez bien, ou, à ceux qui ont déjà fait plus de chemin, y compris les prédicateurs, de donner leur interprétation sur chaque passage »(9).

Une version moderne du « collège de piété » se retrouve dans les groupes de croissance(10). Dans ceux-ci, deux ou trois personnes de même sexe se réunissent chaque semaine pour rendre compte personnellement de leur cheminement. La dimension de responsabilité des groupes tourne autour de trois disciplines essentielles :
-    une nourriture personnelle des Écritures (vingt-cinq à trente chapitres lus chaque semaine)
-    la confession des péchés (redevabilité mutuelle)
-    la prière les uns pour les autres et pour des âmes extérieures au groupe « amenées devant le trône de la grâce » en vue de pouvoir un jour leur présenter l’Évangile.

Ici l’accompagnement se fait donc par des pairs, c’est-à-dire des personnes qui en sont plus ou moins au même point et qui décident ensemble de progresser vers la lumière.

IV.   QUELQUES CONSIDÉRATIONS PLUS SOCIOLOGIQUES


La figure du compagnon qui aide l’autre à relire lui-même son trajet de vie ou ses choix dans une traduction personnelle et unique (accompagnement spirituel), est bien en harmonie avec cette soif de liberté individuelle propre à notre époque. Nos contemporains revendiquent fièrement ce droit de chercher leur propre conception en matière de spiritualité, voire même de construire (ou bricoler !) leur propre récit de sens, dans une forme de défiance vis-à-vis du discours régulé et orthodoxe des institutions religieuses traditionnelles.
Comme le relèvent les sociologues du fait religieux(11), cette posture n’est pas sans paradoxe. S’il y a d’un côté ce désir d’indépendance à l’égard des discours perçus comme trop normatifs, il y a en même temps cette « fatigue d’être soi », le besoin de retrouver d’autres personnes dans des affinités plus subjectives. D’où le succès des petits groupes, non plus régulés sur une transmission verticale du sens et de la connaissance, mais sur le partage de ce que l’on vit (expériences et émotions).

Ceci dit, c’est aussi un fait que les jeunes, souvent exposés à des histoires familiales plus fragiles ou bancales, sont en demande de figures paternelles fortes, d’aînés de référence qu’ils n’ont pas toujours pu trouver chez eux. Ce désir ne répond pas seulement au besoin d’identification, mais aussi à celui de traduction. Là où la famille pouvait naguère être un lieu d’assimilation du catéchisme, elle ne l’est plus de la même manière aujourd’hui. Là, les parents pouvaient reprendre et concrétiser dans des gestes quotidiens le sens de ce que le jeune avait reçu à l’Église, et donner vie à cette petite somme théologique accumulée au fil des années. Bien souvent, la famille n’est plus ce lieu où sont repris, déclinés, mis en œuvre les principes de la foi chrétienne. Il faudra donc aussi proposer un lieu de transposition simple et concret où se met en actes l’expérience chrétienne.

Plus qu’à la validité de fondements doctrinaux sûrs, c’est souvent à ces critères d’authenticité et de cohérence dans le quotidien que seront sensibles les jeunes. Comme l’écrit Bernard Mollat : « Il faut donc évangéliser à proprement parler le jeune en lui rendant crédible la possibilité d’être chrétien. Vivre chrétien est possible, vivre chrétien rend heureux, vivre chrétien donne sens à la vie… d’où une extrême attention à la vie de tous les jours dans la catéchèse »(12).

V.    Articuler le cadre et la liberté/responsabilité


Schématiquement, essayons de reformuler ce qui est en jeu dans l’accompagnement des jeunes.

A.    Le cadre


Pour synthétiser l’enjeu du cadre, je me réfère ici au bel ouvrage de Linda Oyer et Louis Schweitzer(13), et particulièrement à leur chapitre « Phases de la vie spirituelle ». En tentant de systématiser leur propos, nous pourrions dire que le public des jeunes se retrouve principalement dans les attentes des phases 1 à 3 que sont « la rencontre », « l’apprentissage » et « le service ». Quelles sont leurs demandes ? Ce qui suit correspond aux attentes de la phase 2, « l’apprentissage » :

-    Nous posons des questions et nous trouvons des réponses claires et simples qui sécurisent et structurent nos convictions. Même si nous ne les trouvons pas tout de suite, nous vivons avec l’assurance que quelqu’un a des réponses à nos questions.
-    Nous dépendons de personnes plus mûres dans la foi : ami, père ou mère spirituels, pasteurs, responsables de groupe de jeunes, ministères ou leaders « charismatiques »… Nous avons besoin d’admirer et de respecter ces modèles.

     Comme l’enfant s’identifie à ses figures parentales et familiales pour se structurer, le jeune chrétien s’identifie à des aînés pour se définir (structuration de l’identité par mimétisme).
-    Nous avons besoin d’un cadre rassurant dans lequel nous développons notre sentiment d’appartenance. C’est le temps de l’appropriation d’une liturgie, de mots, de chants, de prières, de gestes, d’habitudes. Nous sommes généralement convaincus que la manière de voir et de faire de notre groupe est la plus juste, celle qui correspond le mieux à la volonté de Dieu, à tel point que nous voudrions la voir adoptée par tous (parfois rigidité et jugement à l’égard de ceux qui pensent autrement…).

      Ainsi le groupe va fournir le cadre cohérent au sein duquel on trouve les bonnes réponses, les bons comportements, les bons modèles.

Sans être dupe des limites et dangers de ces attentes(14)  l’accompagnateur doit accepter de nourrir avec sagesse ces besoins. Mais il s’agit aussi de renvoyer les jeunes à tout ce qui se joue de leur croissance dans l’exercice de la solitude. Habitée du « grand Autre » dans la vie spirituelle, cette solitude est ainsi ouverte au regard de l’autre dans l’accompagnement spirituel.

B.    La liberté/responsabilité


Pour donner consistance à cet enjeu, en tension avec le précédent, examinons quelques points de vigilance qui limitent les devoirs de l’accompagnateur spirituel dans l’exercice de son service(15).
-    Je laisse l’autre actif, libre, responsable du sens, responsable de chercher les actions à entreprendre, responsable de chercher ses réponses selon la Parole et l’Esprit
-    Je ne fais pas le travail à sa place
-    Je crois en ses capacités de vivre ses émotions, de les comprendre, de les interpréter
-    Je crois en sa capacité de choisir, de développer sa liberté
-    Je résiste à l’envie de prendre l’autre par la main lorsqu’il « patauge »
-    Je résiste au besoin de remplir l’autre, de pourvoir à ce qu’il n’a pas ou à ce qui lui manque lorsqu’il éprouve la frustration
-    Je reste vigilant à ne pas devenir médiateur, intermédiaire entre Dieu et l’accompagné, à ne pas le laisser croire qu’il aurait besoin de moi pour recevoir Dieu.

Face à la personne qui s’exprime « Dis-moi ce que je dois faire ! Dis-moi ce que je dois dire ! Dis-moi ce que tu en penses ! », l’accompagnateur répondra « Non ! Cherche ! Lève-toi ! Entre dans l’exercice de cette liberté/responsabilité d’adulte ! Je n’ai rien, je n’ai pas un savoir que je vais te donner, je vais écouter avec toi ce que tu as reçu, pas ce que j’ai reçu pour toi. Je crois que l’Esprit est en toi, souffle en toi, parle en toi et c’est la trace de cette présence, de cette révélation que nous cherchons ensemble. Dis-moi, apprends-moi comment Dieu te parle, apprends-moi ce qu’il fait dans ta vie ».
Ici, c’est bien l’accompagnateur qui est dans le non-savoir, tout entier à l’affût de ce que l’Esprit et la Parole murmurent dans le cœur de l’accompagné.

VI.    Tentative de synthèse et pratique


Sur la base de ces quelques réflexions, nous dirons qu’accompagner les jeunes, c’est mettre en place autour d’eux des ministères de pères et de compagnons, offrir à la fois des cadres et ouvrir des espaces de liberté/responsabilité.

Qu’avons-nous découvert dans ce cheminement de sept années entre FEU de Lille et Églises partenaires ? La complémentarité de ce qui s’est mis en place pour accompagner la croissance des jeunes est le résultat de cette alchimie unique et mouvante entre :

-    les dons que Dieu a accordés à l’équipe de permanents du FEU de Lille,
-    un certain état des Églises partenaires,
-    les dons et spécificités des responsables qui avaient la charge de les servir.

Cet équilibre fut constamment à réinventer (les ministères pastoraux bougent ou évoluent, comme le font les communautés) et ce que Dieu a permis dans notre histoire ne serait pas forcément adaptable en tous ces points à tous les contextes d’Églises et d’équipes.

Si l’on reprend la tension entre cadre et liberté/responsabilité, c’est plus le côté « cadre » que le FEU de Lille a investi, là où les Églises ont porté l’importance de la diversité, de la complexité et du renvoi de chacun vers la spécificité d’un parcours unique et libre. Dans la tension pères/compagnons, ce fut de façon surprenante plutôt du côté des pères que certains des responsables du FEU se sont positionnés vis-à-vis des jeunes, là où l’on aurait pu s’attendre à ce que des aînés (anciens ou pasteurs) dans les Églises endossent ce type de responsabilités ou de fonctions(16).

Reprenons quelques enjeux relevés tout au long de notre parcours pour cerner ce qui se joue au FEU de Lille : 

-    Une doctrine simple et fidèle (bases de l’Évangile et de la foi) y est dispensée. Ces bases sont souvent manquantes chez beaucoup d’étudiants, ce qui rend parfois difficile l’appropriation des prédications ou des études bibliques entendues dans l’Église (renvoyant parfois à plus de diversité et de complexité).
-    Des modèles de jeunes aînés solides (« grands frères » et « grandes sœurs »). Quand bien même l’âge n’est pas encore canonique (!), la maturité de certains responsables relève bien d’une forme de paternité/maternité spirituelle en termes d’expérience et d’investissement.
-    Une variété assez complète de types d’enseignements et d’accompagnements (groupe de croissance, entretiens individuels, groupes de découverte, vie et service ensemble).
-    Des mentors ou formateurs désireux d’associer les jeunes au plus près des réalités de leurs ministères et de parler « vrai » autour de leurs propres défis et combats.
-    Un souci de pouvoir transposer ce que l’on a appris en le déclinant dans ces trois sphères que sont le caractère, la compétence et la connaissance(17).
-    Pour des jeunes en soif d’authenticité et de cohérence, le FEU propose une plate-forme où est rendue « crédible la possibilité de vivre chrétien » : le fait d’être foyer ouvert six jours sur sept de 17h à 23h, offre le cadre de cette expérience à partager au quotidien, ce que deux heures de culte hebdomadaires, une réunion de semaine et un suivi pastoral ponctuel et plus espacé ne permettent pas dans le rythme d’une vie normale d’Église.
-    Enfin, le FEU donne dans les contours d’un petit groupe homogène (en termes d’âge, de centres d’intérêt, de style de vie et de disponibilité – célibataires pour la plupart –, de niveau d’études), ce sentiment d’appartenance fort et structurant, beaucoup plus difficile à développer dans l’hétérogénéité des âges, des engagements et des arrière-plans spirituels, doctrinaux et sociaux d’une Église.

Il est important de dire que chacun de ces cadres ou accompagnements, s’il est considéré sans l’apport des autres, peut comporter de réels travers.

Du côté de l’accompagné : 

  • Par exemple, offrir à des jeunes la cohérence et le cadre du petit groupe sans les confronter à la diversité parfois déstabilisante de l’Église ou à l’expérience nécessaire de la solitude, expose aux risques réels de la reproduction et du conformisme, plus qu’à l’exigence de la transmission, de la transfiguration et du renouvellement intérieur selon l‘Esprit.
  • Penser que l’interaction de trois jeunes dans un groupe de croissance peut se substituer à un enseignement ou à un programme de formation est naïf : il s’agira alors de clarifier ce qui se joue au sein de ce groupe et quel est son objectif (lieu d’échanges et/ou de formation ?). Comme le remarque Pascal Herrmann : « Un groupe de croissance n’est pas merveilleux de par sa seule structure. Le fait qu’il n'y ait pas d'animateur peut faire rêver... mais en fonction des groupes, cela peut devenir un cauchemar ! ». Ainsi, préserver la richesse de cet échange horizontal, sans hiérarchie, implique la mise en place d’autres petits groupes (au sein de l’Église locale ou ailleurs), où la qualité des échanges n’ira pas à l’encontre d’une certaine directivité et intentionnalité de la part de ceux qui les animent. Sinon, nous pourrions reprendre à notre compte ces remarques de Marshall et Payne à propos des cellules de maison : 

« Certains pasteurs sont à juste titre sceptiques quant à la valeur des petits groupes. S’ils ne sont pas animés correctement, sans réelle supervision pastorale, ils peuvent facilement devenir inefficaces, voire dangereux, car on ne fait qu’y étaler son ignorance. Sans formation, la délégation du ministère pastoral et de ses responsabilités aux responsables des petits groupes n’est rien de moins qu’une abdication de la responsabilité pastorale. Les petits groupes seront des moyens efficaces de faire avancer l’Église si, et seulement si, nous formons des responsables pour qu’ils acquièrent une bonne compréhension de la doctrine, un caractère modelé par Dieu et une aptitude à enseigner la Bible dans le cadre d’un échange en groupe »(18).

Du côté de l’accompagnateur spirituel :

  • Pour pourvoir se consacrer à accompagner ce qu’un jeune a entendu de la Parole de Dieu (et non pas à ce que dit effectivement cette Parole), pour pouvoir se consacrer à l’écoute de cet écho en lui sans être obnubilé par le souci de l’orthodoxie du texte, il faut s’assurer qu’ailleurs dans la pastorale, le souci du respect de la Parole et de son sens est travaillé auprès d’un ministère compétent et exigeant. Sinon la tentation de mélanger catéchisme et accompagnement risquera de brouiller le sens de l’entretien. Accompagner n’est pas enseigner ; s’il faut savoir distinguer les temps, il ne faut pas courir non plus le risque de voir l’un se substituer à l’autre. Le risque d’une subjectivité qui ne cherche plus « ce que le texte dit » pour ne se centrer que sur le « ce que le texte me dit » est bien réel. La fréquentation des études bibliques dans les Églises en est le triste indicateur, fréquentation qui pousse certains responsables à parfois rayer de leurs programmes ce type de réunions. On assiste souvent au duel stérile et mortifère des tenants de ces deux exigences qui absolutisent l’une au détriment de l’autre. Si la Parole de Dieu est aussi relation, l’une ne peut aller sans l’autre.
  • Pour résister à la tentation de nourrir l’autre, ou de se faire médiateur de Dieu pour lui, pour rester dans cette docte ignorance qui ne prétend pas savoir à la place du jeune dans l’accompagnement spirituel, il faut s’assurer qu’il y a ailleurs dans le paysage de l’étudiant des hommes et des femmes qui peuvent poser des repères (à défaut de réponses), sans éteindre pour autant la brûlure vivifiante et féconde du questionnement.
  • Pour pouvoir accompagner une détresse ou un temps de crise sans chercher à être ami avec l’autre, sans vouloir apporter son affection ou son aide matérielle, il faut s’assurer que d’autres relations dans la vie communautaire (de l’Église ou du groupe) seront à l’écoute de ses besoins et éventuellement disponibles pour y répondre(19).


C’est bien dans la précision des cadres – ce que l’on est en train de faire –, dans la clarté des compétences, et des spécificités de chaque ministère – enseignant, accompagnateur, formateur –, et dans leur coordination au service de chacun, que le jeune peut se structurer et goûter à la diversité des ministères tels que Dieu les donne pour l’édification du corps(20).
J’entends bien ce que cette proposition peut avoir d’exigeant en termes de ressources humaines ; toutes les Églises n’ont pas en leur sein les compétences du théologien, de l’accompagnateur, et du formateur (d’où l’intérêt de penser la pastorale des jeunes en réseau, à l’échelle de plusieurs Églises qui pourraient mutualiser leurs ministères). Si jamais toutes ces responsabilités sont concentrées sur une seule personne, c’est dans la rigueur de la définition des cadres et dans la façon de les respecter tout au long de la relation qu’accompagnateurs et accompagnés trouveront le bienfait d’une relation harmonieuse. Un peu comme ces salades de riz ou de pâtes, qui fleurissent dans les agapes évangéliques, où l’on mélange un peu de tout dans le saladier, il s’agira d’éviter, tant dans l’accompagnement individuel que dans la vie des petits groupes, la rencontre fourre-tout, où l’on enseigne un peu, où l’on écoute un peu, où l’on débat et échange un peu, et où rien finalement n’est vraiment dispensé et assumé comme tel.

Comme en politique, c’est dans le cumul des mandats et la confusion des cadres, dans l’appropriation de plusieurs fonctions, postures autour d’une même figure, que se construisent des liens qui, à terme, enferment et rendent dépendants plus qu’ils ne nourrissent et libèrent. Choisir et savoir ce que l’on fait, rester conscient de ce que font les autres, s’attendre pleinement à l’action de Dieu et lui laisser toute la place, c’est bien dans cette complémentarité, cette justesse et cette humilité, que va progressivement s’ouvrir un chemin d’accompagnement qui favorise la croissance et la vie.

1. Cf. Joseph-Marie Perrin, o.p. : « La paternité spirituelle parmi les chrétiens », L’accompagnement spirituel, Christus, H. S. 153 Assas Éditions, Paris, 1992, p. 36.

2. Je suis redevable pour l’essentiel de cette section à un article de J. L. Richardeau, « Maturité psychologique et maturité spirituelle », Hokhma 16, 1981, p. 1-14.

3. Pierre Yves Brandt, « Accompagnement spirituel, psychologique et pastoral. Similitudes et différences », Revue de la Communauté des Diaconesses de Reuilly 173, 2004, p. 10-27.

4. Martin Sanders et Alain Stamp, sous dir., Multiplier les leaders, BLF Éditions, Marpent, 2012, p. 25, écrivent : « Dans l’Odyssée d’Homère, durant son fameux voyage, le héros confie à Mentor l’éducation de son fils Ulysse. Ce nom propre est devenu nom commun ».

5. Ibid, p. 25.

6. Robert Coleman, Évangéliser selon le Maître, BLF Éditions, Marpent, 2013, p. 25.

7. Cf. Brandt, Ibid. 

8. Louis Schweitzer, Les chemins de la vie spirituelle, Cerf/Excelsis, Paris, p. 72.

9. Philipp Jacob Spener, Pia Desideria, cité par Louis Schweitzer, op. cit., p. 73.

10. Cf. Neil Cole, Une bible, du café, des disciples, Clé, Lyon, 2009.

11. Cf. Danièle Hervieu-Léger, « Le paradoxe de la scène religieuse occidentale », conférence du 5 février 2014, Villeurbanne.

12. Bernard Mollat, s. v. « Jeunesse », in Dictionnaire de la vie spirituelle, Cerf, Paris, 1983, p. 595.

13. Linda Oyer et Louis Schweitzer, Les crises de la foi, étapes sur le chemin de la vie spirituelle, Excelsis, Charols, 2010, p. 31-36.

14. Linda Oyer et Louis Schweitzer prennent soin de pointer les pièges potentiels relatifs à chaque phase sans les stigmatiser, (cf. p. 30-36).

15. Pour ces remarques, je suis au bénéfice de l’héritage transmis par Pierre-Yves Brandt et Sœur Anne-Étienne dans le cadre des formations à l’accompagnement spirituel données à Versailles (Diaconesses de Reuilly).

16. Ce qui tend à démontrer que cette fonction est aussi investie plus ou moins facilement selon les caractères de chacun et qu’elle est moins dépendante de l’âge que de l’héritage spirituel dans lequel chaque serviteur a lui-même grandi.

17. Suite à une question posée en vue de la préparation de cet article, Pascal Herrmann, l’un des responsables, écrit à propos de sa pratique : « En formant des plus jeunes qui marchent à nos côtés, il est bon de penser à la formation du caractère avant de penser à la compétence ou la connaissance. J'aime accompagner des jeunes en les aidant premièrement à prendre l’habitude d'un face-à-face avec Dieu, en apprenant à se voir pécheur et en ayant conscience du besoin quotidien de la grâce de Dieu. C’est de ce que la personne accompagnée tire de son temps devant Dieu que j'aime, lorsque c’est possible, trouver des défis concrets en ce qui concerne ensuite les engagements. Un fardeau pour les perdus ? Allons témoigner ensemble ! […] Puis, en étant dans l’action, certaines choses semblent devenir floues, on se pose de nombreuses questions sur certains absolus, on réalise notre manque de connaissance. C’est alors le meilleur moment de se poser, d’ouvrir la Bible, d’ouvrir de bons livres, et d’étudier plus en profondeur pour progresser en connaissance ».

18. Colin Marshall et Tony Payne, L’essentiel dans l’Église, p. 191, Édition Réflexions, IBG, Clé, Paris, 2014.

19. Comme l’écrit Pierre-Yves Brandt, op. cit., p. 8 : « L’accompagnement spirituel ne consiste pas à entrer dans la vie de la personne, à l’attacher affectivement ou matériellement à soi. […] Au moment d’une détresse, la demande reste celle-là : l’accompagnateur(trice) est là pour aider la personne à écouter ce que Dieu lui dit en ce moment, pour qu’elle puisse librement se situer dans ce qu’elle doit traverser. Ce n’est pas le moment de l’entraver… »

20. Cf. Ép 4.12 : « Il a fait don de ces hommes pour que ceux qui appartiennent à Dieu soient rendus aptes à accomplir leur service en vue de la construction du corps du Christ ».

*Que ce soit au sein des discussions du CA des partenaires du FEU (réunissant six Églises de la métropole lilloise) ou dans les échanges réguliers avec les responsables de cette œuvre en milieu estudiantin.

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Commentaires

Ephata
25 janvier 2016, à 19:19
C'est un thème qui me tient à coeur surtout pour ma vie spirituelle et pour aider les jeunes dans leur cheminement.
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Kaba-Ndebolo
09 avril, à 21:08
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Les Cahiers de l'Ecole Pastorale
11 avril, à 11:04
Cher Kaba-Ndebolo, n'hésitez pas dans ce cas à aller voir noir notre onglet "je m'abonne" pour y découvrir les différentes propositions d'abonnement que nous offrons.
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