Rester disponible dans le service

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Suis-je toujours à la place où Dieu me veut ? Cette question, le pasteur est amené à se la poser tôt ou tard. À quel moment faut-il envisager de quitter l’Église dans laquelle il exerce son ministère ? Comment le discerner ? Comment et pourquoi partir ? La question est d’autant plus pertinente qu’il n’y a souvent pas de mandats bien définis au départ... Mais est-ce forcément une mauvaise chose ? Cela ne nous oblige-t-il pas à rester en éveil pour savoir si notre engagement correspond toujours à l’appel de Dieu ? Rester disponible pour être là où Dieu le veut et le servir comme il le demande, nécessite de se poser quelques questions concernant notre attitude dans le ministère. L’auteur nous en présente cinq, à la lumière des Écritures.

Rester disponible dans le service

Résister ou acquiescer ?

Plusieurs personnages bibliques se sont débattus avec l’appel de Dieu et y ont même parfois opposé de vives résistances. Parmi les plus illustres, il y a Moïse que Dieu appelle sur le mont Horeb pour aller en Égypte libérer son peuple (Ex 3). Certes, au moment où Dieu l’appelle, rien ne dit qu’il se posait la question de savoir s’il se trouvait bien là où Dieu le voulait. Sa réponse montre plutôt qu’il n’avait pas envie de retourner en Égypte. L’appel de Dieu s’impose à lui et le bouscule dans son quotidien. Pourquoi partir ? Pourquoi retourner en Égypte alors qu’il a fondé une famille dans le pays de Madian ? On connaît les objections qu’il fera valoir pour ne pas donner suite à l’appel de Dieu jusqu’au moment où la colère de l’Éternel aura raison de sa résistance (Ex 3.14). Mais Dieu, après s’être mis en colère, pallie les difficultés de communication de Moïse en lui envoyant un proche, son frère Aaron qui vient à sa rencontre. Quand Dieu donne une mission, il équipe et encourage.

Jonas est un autre personnage biblique bien connu pour avoir résisté, lui aussi, à l’appel de Dieu. À la différence de Moïse, sa résistance s’enracine dans la dureté de son cœur : il refuse d’accepter que Dieu fasse grâce aux habitants de Ninive, la capitale assyrienne qui dominait alors la région (Jon 4.2-3). Aussi, quand Dieu l’appelle à le servir comme missionnaire à cet endroit, il part dans la direction opposée, à Tarsis ! Le livre de Jonas est d’autant plus intéressant qu’il décrit la manière dont Dieu s’y prend avec son serviteur récalcitrant. Avec beaucoup de patience et de pédagogie ! L’Éternel envoie d’abord une terrible tempête pour confondre Jonas, puis un poisson pour le protéger, enfin un ricin auquel le prophète s’attache mais que Dieu s’emploie à détruire aussitôt pour bien lui faire comprendre combien l’attachement que lui, l’Éternel, porte aux Ninivites est bien plus important que cette plante qui n’a rien coûté à Jonas. Plus Jonas résiste et plus Dieu cherche à lui démontrer combien sa grâce et son amour sont grands. Par sa pédagogie, sa patience envers son serviteur, Dieu témoigne qu’au-delà du service que nous lui rendons, les serviteurs que nous sommes comptent davantage encore. L’exemple de Jonas, le récalcitrant, ou celui de Moïse avec ses problèmes d’élocution (Ex 4.10), nous montrent que Dieu ne nous utilise pas parce que nous sommes meilleurs ou plus performants que les autres mais bien parce qu’il nous aime. N’est-ce pas ce que Jésus nous dit aussi dans Jean 15.15 quand il ne nous appelle plus serviteurs mais amis ?

Ces exemples bibliques nous rassurent car ils nous montrent que les résistances que nous pouvons parfois ressentir ne sont pas étrangères aux hommes que Dieu appelle dans sa Parole. Mais ils nous enseignent aussi et nous invitent à nous poser les bonnes questions afin d’être bien au clair avec nos motivations. Le défi à relever parfois n’est pas tant de discerner l’appel que de l’accepter. L’appel de Dieu à persévérer ou non dans une mission peut, en effet, nous déranger et réveiller en nous des résistances. Quitter un endroit pour un autre ouvre nécessairement une période d’incertitude, parfois même de remise en question : aurais-je l’énergie nécessaire pour repartir ? Rester peut aussi présenter son lot de difficultés suivant la situation qui se présente : aurais-je la force pour persévérer ? Il sera donc important d’identifier ce qui pose problème et d’écarter les motivations qui servent plus nos ambitions personnelles que l’œuvre de Dieu. Une chose est sûre : Dieu donne ce qu’il ordonne. Il pourvoit d’une manière ou d’une autre à nos limites comme il l’a fait pour Moïse par le soutien d’Aaron.

Le livre de Jonas nous invite aussi à dépasser nos résistances en nous ouvrant à ce que Dieu veut nous apprendre à travers elles. Comme nous l’avons relevé dans ce récit biblique, si le service auquel le Seigneur nous appelle est important, les serviteurs que nous sommes le sont tout autant, sinon plus, à ses yeux. De ce point de vue, nos résistances nous invitent à veiller d’abord sur nous-mêmes, sur notre relation avec Dieu, avant de veiller sur notre ministère. N’est-ce pas là, dans la relation à Dieu, que se trouve la force de notre appel et de notre service ? La vocation et le service pour Dieu sont des lieux de formation par excellence où Dieu veut continuer à nous apprendre à dépendre toujours davantage de lui. Or, force est de constater, que pour avoir négligé cet aspect des choses, bien des serviteurs ont pâti dans leur service. Reconnaître nos résistances en les exprimant, au lieu de les ignorer ou de les refouler, nous permet, non seulement de les déposer, mais aussi d’acquiescer à la volonté de Dieu pour nous.

Quitter ou fuir ?


Le récit de Jonas nous met aussi en face d’un prophète qui a pris la fuite. La question de nos motivations est donc importante au moment où nous nous décidons à partir. Si ce n’est pas, espérons-le, la dureté de notre cœur qui nous pousse dans une nouvelle direction comme pour Jonas, les difficultés, la routine, le désir de changer, de voir d’autres horizons peuvent en revanche plus facilement nous motiver à partir. Mais la question n’en reste pas moins la même : est-ce vraiment ce que Dieu veut ? Elle devient plus délicate encore quand...

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