Bref historique sur la question des ministères féminins

Complet
Note : 50
( 2 votes )
Bref historique sur la question des ministères féminins

La théologie chrétienne affirme clairement la commune dignité de l’homme et de la femme : tous deux sont créés en image de Dieu, sauvés par l’œuvre rédemptrice du Christ appropriée par la foi, et habités par l’Esprit Saint.

Dans le Nouveau Testament, on souligne l’attitude très positive du Christ à l’égard des femmes. Ces dernières faisaient partie de son groupe de disciples, bénéficiaient de son enseignement, et ont été les premiers témoins de sa résurrection.

Le Nouveau Testament signale aussi qu’elles reçoivent différents charismes, et qu’elles furent des missionnaires très actives (cf. Rm 16.9ss).

L’Église ancienne

La question de l’accès des femmes aux responsabilités de gouvernement de l’Église ne paraît pas se poser dans l’Église ancienne : on ne trouve pas de traces de controverses sur la question. Il semblerait que seules certaines sectes, en particulier celle des montanistes l’aurait pratiqué, mais les « orthodoxes » ont réfuté cette pratique comme contraire à l’enseignement paulinien.

Par contre, dans l’Église ancienne, on trouve des traces de controverses sur le désir des femmes de baptiser et d’enseigner. Différents textes(2) de l’Église ancienne interdisent aux femmes (en particulier les veuves qui étaient honorées et consacrées) de prêcher pour des raisons de convenances, apologétiques et missionnaires : il ne faudrait pas que cette pratique discrédite Évangile aux yeux des païens. Associé aux raisons de convenance on retrouve assez souvent l’argument « théologique », selon lequel, Marie n’ayant pas été appelée à l’apostolat ou à la prêtrise, aucune femme ne peut prétendre à un tel privilège !

Le Moyen Âge

Au Moyen Âge, il n’était pas question qu’une femme puisse être ordonnée à la prêtrise. Le discours des hommes d'Église sur les femmes est marqué par l’ambivalence : des propos positifs, voire élogieux, côtoient des affirmations misogynes et négatives. Thomas d’Aquin en constitue un des meilleurs exemples. Fortement influencé par Aristote, il soutenait que la femme ne pouvait être ordonnée, car l’égalité homme-femme n’existe que « dans l’ordre de la grâce et du salut », mais pas « dans l’ordre de la nature ». Il a pu affirmer que la femme est un « homme manqué », « quelque chose de défectueux, d’avorté (mas occasionatus) ». Mais cela ne l’empêcha pas de décerner à Marie-Madeleine le titre d’« apôtre des apôtres », parce qu’elle fut le témoin privilégié de la résurrection, et de louer la fidélité et la charité des femmes qui, contrairement aux apôtres, n’avaient point quitté le sépulcre du Seigneur.

Notons également que le statut de vierge consacrées a permis à certaines moniales de jouer un rôle public, parfois d’envergure : certaines abbesses ont aussi gouvernés les monastères masculins adjacents aux leurs (tel fut le cas notamment du prestigieux monastère de Fontevraud)(3).

La Réforme « magistérielle »

Avec la Réforme protestante, le sacerdoce universel des croyants est remis à l’honneur, le célibat obligatoire des ministres est aboli, les couvents dénoncés, la femme est davantage valorisée (le modèle reste néanmoins « la femme vaillante » de Proverbes 31). Beaucoup de femmes ont appris à lire pour avoir accès directement à la Bible, elles ont joué un rôle considérable pour la diffusion de la Réforme (pensons notamment aux martyres prédicantes).

Cependant, Luther et Calvin excluent les femmes de l’accès au ministère pastoral. Il y eut certes un mouvement de prédicantes, certaines femmes ayant ainsi pu exercer un rôle d’enseignement ou de prédication, mais ce mouvement fut marginal et rapidement canalisé.

La Réforme « radicale »

En revanche, le courant de la Réforme radicale fut plus audacieux à l’égard de la participation des femmes aux responsabilités. La Réforme radicale radicalise le principe du sacerdoce universel : l’égalité presque complète entre l’homme et la femme est affirmée. La formation de petites communautés locales autonomes, d’Églises de maison et l’abolition du clergé spécialisé ouvrent aux femmes de sérieuses perspectives d’engagement. Par le truchement de l’accueil, elles ont eu un rôle de direction spirituelle important : elles dirigent les moments de prière, exhortent les assistants, etc.

Les Réveils

Les réveils (méthodistes, piétistes…) furent aussi des périodes de « dynamiques émancipatrices des femmes » (beaucoup de femmes prophétesses, certaines prêchent dans les maisons, en pleine rue devant un auditoire nombreux).

En particulier, lors du réveil de 1734-1744 (en Grande-Bretagne et dans les colonies américaines), les femmes jouent un grand rôle. Beaucoup de femmes se convertissent, d’autres se mettent à prêcher et reçoivent le soutien de John Wesley lequel situe leur vocation dans le cadre d’un « appel extraordinaire ». Elles furent particulièrement actives dans le domaine de l’action caritative et aux premières loges dans le débat social.

Au niveau de la prédication féminine, l’Armée du Salut fut à la pointe du mouvement, sous l’impulsion notamment de Catherine Booth (1829-1890), co-fondateur avec son mari William de l’Armée du salut. Elle publie en 1859 Le ministère des femmes ou leur droit à prêcher l'Évangile. Et elle-même assura de nombreuses prédications dans des temples, lors de cultes dominicaux et anima de nombreuses campagnes d’évangélisation.

La Mission

À partir du début du XXème siècle, les femmes ont eu un rôle prépondérant au sein des Églises évangéliques, dans deux domaines particuliers : les écoles du dimanche et la mission Outre-mer. Leur capacité d’enseignement et de prédication se trouva reconnue et acceptée en terre missionnaire (cela se passe loin des métropoles !), notamment en Afrique, en Inde, en Chine.

La situation actuelle

L'Église catholique romaine et l'Église orthodoxe n'ont pas, à ce jour, de prêtre femme et leurs autorités respectives s'y opposent fortement, malgré les nombreux partisans qu'elles comptent en leur sein. Du côté des Églises issues de la Réforme, on peut observer au cours de ce siècle une notable évolution. Depuis les années soixante, de nombreuses Églises luthériennes et réformées ont consacré des femmes pasteurs. Ainsi, l'Église réformée de France compte-t-elle des femmes pasteurs depuis 1949. Beaucoup plus récemment et toujours en France (en 1993) l'Union nationale des Églises Réformées Évangéliques Indépendantes (E.R.E.I.) a adopté (à une voix de majorité !) la décision d'une ouverture du ministère pastoral aux femmes (mais compte tenu du manque de consensus, elle a estimé plus sage de ne pas précipiter les choses). On connaît la décision prise, en 1992, par le Synode général de l'Église d'Angleterre (Église anglicane) de permettre l'ordination de femmes à la prêtrise (mais pas à l'épiscopat). Il faut savoir que depuis des décennies d'autres Églises membres de la Communion anglicane ordonnent des femmes (la première ordination, en Chine, remonte à 1944).

Qu'en est-il des Église évangéliques ? Comme le signale John Stott, le théologien anglican évangélique bien connu : « Parmi les Églises indépendantes britanniques, les congrégationalistes ont eu des femmes pasteurs depuis 1917. Les méthodistes et les baptistes les ont suivis plus récemment ». En effet, en Angleterre, la première femme pasteur baptiste fut Edith Gates qui commença à exercer le ministère pastorale à partir de 1918 et qui fut consacrée en 1922(4).

Au niveau mondial, on note aujourd'hui une grande diversité parmi les Églises évangéliques. Pour nous cantonner aux Églises baptistes, on observe que certaines Unions ou Fédérations Baptistes étrangères comptent en leur sein nombre de pasteurs femmes (c'est le cas, par exemple, de la Convention Baptiste du nord des États-Unis (American Baptist Convention), des Unions Baptistes de Grande-Bretagne, de Suède(5) et d'Italie), tandis que d'autres n'en comptent aucune (pays de l'Est).

En ce qui concerne la France, John Stott rappelle que :

« Madeleine Blocher-Saillens, a été la première femme pasteur. Elle a exercé son ministère à partir de 1929/1930 pendant vingt-trois ans à l'Église baptiste du Tabernacle à Paris, et a écrit un vibrant plaidoyer en faveur du ministère féminin : Libérées par Christ pour son Service. Le cas de Madeleine Blocher-Saillens est cependant exceptionnel, car, à notre connaissance, aucune Église évangélique française n'a recours, à l'heure actuelle, au pastorat féminin. Par contre, plusieurs emploient des “assistantes de paroisse” qui travaillent au sein d'une “équipe pastorale” et prêchent parfois le dimanche matin. »(6).

La situation a un peu évolué depuis que Stott a écrit ces lignes (1984). Les Églises évangéliques ayant une femme pasteur sont cependant très minoritaires. Notons que dans l'Union des Églises Évangéliques Libres de France (proche de notre Fédération sur bien des points et avec laquelle nous avons des liens étroits), quatre femmes exercent à l’heure actuelle un ministère pastoral, reconnu par l'Église locale et par la Commission Synodale de l'Union (mais non par le Synode national).

Concernant notre propre Fédération Baptiste, durant de nombreuses années dans un passé récent une femme a exercé le ministère pastoral en collaboration avec son mari également pasteur (mais son ministère n’était pas reconnu par tous). Certaines missionnaires femmes, ordonnées pasteurs dans leur pays, ont exercé ou exercent un ministère de type pastoral aux côtés de leur mari, sans cependant avoir, ici, le titre de pasteur. Notons également que certaines femmes ont exercé dans un passé récent ou exercent aujourd’hui un ministère d’« assistante pastorale ».

Il n'existe pas à l’heure actuelle, au sein de la FEEBF, de position officielle, chaque Église locale étant libre d'agir selon ses convictions (système congrégationaliste). La Commission des ministères de notre Fédération a agréé la candidature au ministère pastoral de certaines femmes. Un tel agrément ne signifie pas de sa part une prise de position sur le plan théologique, mais la reconnaissance de l’aptitude des personnes concernées à exercer un ministère de type pastoral. Étant donné qu’il existe des avis différents au sein de la FEEBF, la Commission des ministères propose des postulants hommes ou femmes laissant aux Églises la responsabilité de se déterminer. Certaines femmes ayant reçu une formation théologique et estimant avoir reçu un appel au ministère pastoral ont aspiré ou aspirent à pouvoir exercer au sein de la FEEBF.

Concernant les Églises de la MIB, étant donné qu’elles sont soutenues par l’ensemble des Églises de la FEEBF et certaines missions, il a été décidé jusqu’à présent de ne pas y affecter de femme. On notera que le texte sur la reconnaissance du ministère pastoral qui a été voté lors du Congrès de Nîmes 2000 distingue clairement entre l’agrément par la Commission des ministères et la reconnaissance du ministère, laquelle a lieu plusieurs années après.

1. Nous sommes redevables aux textes suivants : S. FATH, « La prédication féminine en protestantisme évangélique », Hokhma 74, 2000, p. 23-60 ; H. LEGRAND, art. « femme », in Dictionnaire critique de théologie, sous. dir. Jean-Yves Lacoste, PUF, 1998 ; S. TUNC, Brève histoire des femmes chrétiennes, Paris, Cerf, coll. « Parole Présente », 1989.
2. En particulier La didascalie des apôtres (texte originaire de Syrie et datant du IIIe siècle), et Les constitutions apostoliques (compilé à Antioche ou Constantinople autour de 380).
3. Cf. Anne-Marie PELLETIER, Le Christianisme et les femmes, Vingt siècles d’histoire, coll. « Histoire du Christianisme », Paris, Cerf, 2001, p. 100-102.
4. Cf. le texte « Les ministères féminins dans l’Union Baptiste en Angleterre » de Jan COLLCUTT et Robert SOMERVILLE.
5. À noter qu'en Suède une femme a occupé le poste de secrétaire générale de l'Union baptiste, et qu'en 1997 les baptistes d'Angleterre et du Pays de Galles ont nommé, pour la première fois, une femme « surintendante » (fonction qui consiste à être « pasteur auprès des pasteurs » et de leurs familles, à promouvoir l'unité entre communautés locales et à représenter l'Union auprès des personnes et instances extérieures).
6. Le chrétien et les défis de la vie moderne, p. 158.

Vous aimerez aussi

Observations lors d’un colloque de professeurs de la Faculté Libre de...
Certains numéros sont centrés sur un ou deux thèmes. Celui-ci brille par la...
Discerner la volonté de Dieu est le projet de chaque assemblée d’Église ;...
1) La pluralité des ministères Les Principes Ecclésiastiques de notre...

Commentaires

Christian
07 mai 2012, à 21:05
Il est regrettable que votre argumentaire ne s'appuie que sur ce que les hommes (et les femmes) font, et pas une seule fois sur ce que la Bible dit sur ce sujet. Or il me semble que la Bible doit demeurer la seule référence pour nous positionner correctement en matière de foi. Sinon le risque est de nous égarer et d'égarer les autres avec nous.
Comme vous le comprenez, je suis opposé à l'enseignement des femmes , mais non pas parce que je suis misogyne ou rétrograde ou je ne sais quoi d'autre, mais uniquement parce que je me laisse enseigner cela notamment par 1Corinthiens 14 et 1 Timothée 2. Et de plus parce que les raisons que Paul donne à ses déclarations, sont des raisons spirituelles et non culturelles: "Parce que la femme, dit-il, a été séduite la première, ou encore, parce que c'est elle qui est issue de l'homme et non pas l'inverse ...". Ce sont des raisons qui remontent à la chute, qui sont donc intemporelles. Celles-ci dépassent peut être notre intelligence, mais ce sont les raisons que Dieu donne par l'intermédiaire de Paul, personnellement, je les respecte. " Que celui qui se dit prophète, dit-il, reconnaisse que ce que je dit là est un commandement de Dieu". Qui peut faire fi d'un commandement de Dieu? Aucune évolution culturelle ou réforme des mentalités ne peut remettre en cause un commandement de Dieu. Et c'est pourquoi, dans cette économie, Dieu n'a pas donné le même rôle, ni les mêmes responsabilités à l'homme et à la femme concernant l'enseignement de la parole de Dieu. Pour s'en convaincre, toujours en prenant la Bible comme référence, si Dieu avait voulu que la femme enseigne il y aurait au moins un livre, dans toute la Bible, écrit par une femme, or il y en a aucun. Jésus aurait choisi au moins une femme comme apôtre, or il n'en a pris aucune. Pourquoi aurait-il fait une telle omission si ce n'est pas, précisément, parce qu'il estimait que ce n'était pas là, le rôle d'une femme ? Maintenant si les hommes font comme bon leur semble, cela ne doit pas annuler pour autant le texte biblique, c'est à dire: la volonté de Dieu. Juste pour terminer, permettez moi de vous rappeler de ne jamais perdre de vue que l'homme et la femme sont une figure de la relation Christ et l'église. C'est pourquoi la Bible enseigne que la femme doit être soumise à son mari et ne pas prendre autorité sur lui. Maintenant que diriez vous si l'église se mettait soudainement à prendre autorité sur Christ et à l'enseigner? Ne courrons pas le risque de détruire cette analogie, riche en enseignement pour l'église, en faisant prévaloir notre point de vue humain au détriment de celui de la Bible.
Bien fraternellement.
Note du commentaire :
8
- +
Administrateur des C.e.p.
12 octobre 2012, à 14:15
Merci pour votre commentaire. Nous apprécions votre désir de vous laisser enseigner par les Écritures et nous vous rassurons tout de suite: nous partageons ce même désir aux Cahiers de l'École Pastorale comme à Croire Publication en général. Cependant, vous remarquerez que l'article en question est un article d'ordre historique, qui ne cherche qu'à donner un aperçu de la pratique des ministères féminins à travers l'histoire de l'Église. Son but n'est ni de se plaindre de la situation, ni de tenter de la légitimer, ni encore de faire intervenir un quelconque argumentaire biblique. D'autres textes, dans le Hors-Série 3 consacré à la question des ministères féminins s'attardent longuement sur l'exégèse et l'interprétation des textes que vous évoquez. Vous trouverez notamment sur notre site l'article suivant "La place des femmes dans l'Église" qui, de manière succincte, aborde précisément ces textes.
Clairement, ces questions vont continuer à faire débat dans l'Église - c'est qu'elles ne sont pas simples! Notre désir est donc que ce débat soit marqué du sceau de l'amour évangélique, par le respect et l'écoute mutuels.
Bien à vous!

Note du commentaire :
0
- +

Ajouter un commentaire

OK
Chargement en cours ...