Les ministères féminins dans les Églises protestantes de Suède : survol historique et situation actuelle

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Les ministères féminins dans les Églises protestantes de Suède : survol historique et situation actuelle

I. SURVOL HISTORIQUE

La réforme protestante a été ordonnée par le Roi Gustav Wasa, suite à la prédication des réformateurs Olaus Petri et Laurentius Andreae. Ce fut un processus lent et sans grands bouleversements qui se déroula entre 1527 (Riksdag à Västerås) et 1593 (« La réunion d’Upsala »). Le concile d’Örebro en 1529 élabora la base doctrinale de « l'Église de Suède » (Église luthérienne)(1).
La première ordination d’une femme au ministère pastoral au sein de l'Église luthérienne eut lieu en 1960. Une opposition assez forte d’une petite minorité de pasteurs de la « Haute Église » (ou « synode libre ») se manifesta durant une trentaine d’années. Elle est aujourd’hui très minoritaire. La première femme évêque a été consacrée en 1997.
Les « Églises Libres » (« Frikyrkorna », équivalent suédois des « Églises évangéliques » en France) ont manifesté une plus grande ouverture aux ministères féminins que l'Église de Suède, et cela dès la période des grands réveils, à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème siècle. Toutefois, le ministère de ces femmes était limité à la prédication et à l’enseignement. Elles assuraient en fait un ministère d’évangélistes. La direction des Églises (présidence des assemblées générales, de la sainte cène, des cérémonies de baptêmes, etc.) était par contre généralement assurée par des anciens ou des pasteurs d’une communauté proche.
L’appellation « évangéliste » en Suède est souvent utilisée pour désigner de jeunes chrétiens qui se mettent au service de petites Églises durant quelques années, avant de commencer, éventuellement, une formation théologique plus approfondie. Par le passé des stages bibliques de six semaines – « École Biblique » – étaient chaque année obligatoires pour ces évangélistes. Actuellement, des jeunes qui veulent servir dans les Églises comme évangélistes suivent alors une formation de six mois de l'été jusqu'à Noël et puis six mois de stage avec un pasteur expérimenté. Après deux semaines de formation à l'automne suivant ils deviennent autonomes pour servir dans des tâches bien précises ou dans de petites Églises. Ceux qui, après cette expérience, se sentent appelés peuvent ensuite suivre une formation théologique prévue pour pasteurs.
Bien souvent les femmes (notamment de jeunes femmes) ont été plus nombreuses dans ce ministère d’évangéliste, car les hommes, après avoir été évangélistes pendant un temps, poursuivaient leurs études en vue d’être pasteurs. Beaucoup de femmes sont restées évangélistes durant toute leur vie et de nombreuses Églises ont été fondées grâce à leur ministère pionnier. La mission Helgelseförbundet (« HF », une des composantes de la mission InterAct ; les autres étant Fribaptistsamfundet et Örebromissionen - « ÖM ») ont, entre 1887 et 1986, envoyé 807 hommes et 911 femmes dans cette œuvre d’évangélisation et d’édification. Le développement du mouvement évangélique en Suède (Frikyrkorna) est en grande partie le résultat de la prédication de ces évangélistes.
Mlle Nelly Hall (professeur de langues, traductrice et prédicateur) joua un rôle déterminant dans la fondation de la Mission HF. Au sein de la mission ÖM, Mlle Ida Andersson joua un rôle très important dans le développement des Églises dans la région de Västergötland. Elle fonda plus de 25 Églises locales et contribua à la construction de chapelles (elle dirigea elle-même la construction de ces chapelles !). HF et ÖM, ainsi que l’Armée du Salut, ont donc accordé une grande place aux ministères des femmes. Fredrik Franson (fondateur de nombreuses missions dans le monde), John Ongman, fondateur de la Mission ÖM et E.L. M.Hedin, C.J.A. Kihlstedt et August Karleson fondateurs de HF ont été souvent critiqués par des pasteurs luthériens pour l’envoi en mission de « leurs filles ». Pourtant, le réveil a souvent enflammé des régions entières par la prédication de ces femmes. Quand des hommes critiquaient ces ministères féminins, de très nombreuses personnes réagissaient fortement pour témoigner de leur conversion par l’intermédiaire de ces ministères. C’est seulement durant la période 1960-1990 que le titre de « pasteur » a été donné, de manière plus générale, aux femmes dans les Églises évangéliques. Ainsi, durant environ cent ans ces femmes ont exercé leur « ministère pastoral » (apprécié et accepté par beaucoup) sans avoir le titre de « pasteur ».
Dès la fondation des « Écoles de Mission » (Instituts Bibliques/Séminaires de théologie) à la fin du 19ème siècle, les femmes ont été acceptées aussi bien que les hommes. Ces femmes sont devenues des missionnaires dans les champs de mission en Afrique, en Asie, en Amérique du Sud. Par contre, peu de femmes, ayant un ministère dans les Églises en Suède, avaient une formation plus poussée que celle de l'« École Biblique » annuelle. Il faut cependant souligner que cette formation continue était généralement d’une très grande qualité. La connaissance biblique de ces évangélistes était souvent remarquable. Il faut noter que ce ministère de prédication et d’enseignement biblique assuré par ces femmes n’a pratiquement jamais été remis en question. Il n’était pas considéré comme constituant un « acte d’autorité ». La prédication de la Parole de Dieu n’a pas été considérée comme étant la prérogative des seuls hommes. Par contre, comme cela a déjà été souligné, les « actes pastoraux » (baptême, présidence de la sainte cène, enterrement, bénédiction de mariage, etc.) étaient administrés par des hommes, anciens ou des pasteurs du voisinage. L’acceptation que ces actes pastoraux, considérés comme des signes de présidence de l'Église locale, soient effectués par des femmes a été plus difficile.

II. LA SITUATION ACTUELLE

• Svenska Kyrkan (Église de Suède)

Si autrefois les pasteurs de l'Église de Suède (Église luthérienne) critiquaient fortement les évangéliques, pour leurs femmes prédicateurs, cette Église a actuellement 36 % de femmes pasteurs (1271 femmes pour 2264 hommes) et 2 femmes évêques. L’acceptation d’avoir une femme comme pasteur semble maintenant généralement plus grande, au niveau local, dans les Églises luthériennes que dans les Églises évangéliques.

Missionsförbundet (Union des Églises Libres)

Il y a une collaboration entre cette dénomination et l’Union Baptiste de Suède. Aujourd’hui elle compte environ 70.000 membres. Sur les 500 pasteurs, 166 sont des femmes (33%).
Ces dernières années, la répartition des ordinations pastorales a été la suivante :
- 1997 : 10 hommes et 11 femmes
- 1998 : 9 hommes et 5 femmes
- 1999 : 6 hommes et 5 femmes
Il y a plus de femmes diacres ordonnées que d’hommes ; en 1999 : 1 homme et 9 femmes.

• Union Baptiste

Aujourd’hui cette union compte environ 19.000 membres Par le passé, en réaction à l’enseignement et à la pratique du pasteur John Ongman, qui envoyait des femmes prêcher et qui fonda la Mission d’Örebro, une importante opposition aux ministères féminins s’est exprimée. Mais en 1955 le Congrès des Églises de l’Union Baptiste décida d’accepter des femmes en vue d’une formation au ministère pastoral. Actuellement 35% des pasteurs sont des femmes.

• InterAct (autrefois HF/FB et ÖM)

Elle compte environ 29.000 membres et 224 pasteurs. 39 sont des femmes (17,4%). 27 de ces femmes pasteurs assument seules le ministère pastoral dans leurs Églises, 12 sont pasteurs dans des Églises où il y a un autre pasteur, homme. HF a reconnu la première femme pasteur en 1965.

• Le Mouvement de Pentecôte

Il compte aujourd’hui plus de 90.000 membres. Dès son origine, ce mouvement de réveil a eu des femmes évangélistes (selon le modèle de HF et ÖM). Il y a maintenant aussi des femmes pasteurs.
Un journal chrétien a effectué une enquête sur « le pasteur le plus aimé ». 170 pasteurs ont été proposés par les lecteurs dont 31 femmes. Parmi les 10 premiers, il y avait 3 femmes.

1. La séparation de l’Église et de l’État a eu lieu le 1er janvier 2000.

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