Jürgen Moltmann

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Jürgen Moltmann, Hubert Goudineau, Jean-Louis Souletie

coll. Initiation aux théologiens, Paris, Le Cerf, 2002, 252 p.

Jürgen Moltmann

Jürgen Moltmann, même s’il est peu connu dans nos milieux évangéliques, est certainement l’un des théologiens les plus importants de la seconde moitié du vingtième siècle.

C’est un penseur fécond, créatif, original, qui a tenté non seulement de renouveler la pensée théologique, mais aussi de dire la foi chrétienne d’une manière adaptée au monde moderne.

On peut certes ne pas toujours être convaincu par le résultat, mais on ne peut ignorer une telle pensée et un tel effort.

Moltmann a réfléchi de manière renouvelée, et par là, enrichi la théologie sur les questions de l’eschatologie ou l’espérance chrétienne, de l’interprétation de la croix du Christ, de la pensée trinitaire (il a développé notamment une l’idée de la trinité comme communauté égalitaire), du problème du mal, de la théologie politique.

C’est aussi un théologien œcuménique, qui dit-il adopte « une méthodologie œcuménique » pour penser les problèmes posés à la foi chrétienne.

Toutes ces raisons font qu’il est un penseur incontournable.

L’ampleur de son œuvre pourrait néanmoins décourager le lecteur qui ne dispose pas forcément du temps et des ressources nécessaires pour se lancer dans l’étude de sa pensée.

C’est pourquoi un livre tel que celui signé par Hubert Goudineau et Jean-Louis Souletie, peut rendre d’énormes services à celui qui voudrait s’informer sur l’œuvre de Moltmann ; il dispose avec cet ouvrage d’une très bonne synthèse de l’essentiel de la pensée de Moltmann, à la fois claire, rigoureuse et critique.

Cet ouvrage qui se veut très pédagogique, donne des clefs permettant d’entrer dans la pensée de l’auteur. Une première partie, ayant pour titre « l’homme et son œuvre. Biographie intellectuelle », retrace l’itinéraire personnel et intellectuel de Moltmann, signale les grandes expériences qu’il a vécues et qui l’ont amené à développer sa théologie (l’expérience de la deuxième guerre mondiale entre autres).

La deuxième partie, « La pensée théologique de Jürgen Moltmann », la plus fournie, aborde les grands points de sa pensée : l’eschatologie, la réflexion trinitaire, la christologie messianique, la théologie de la croix, la question de la théodicée (du mal). Les auteurs, bons connaisseurs de l’œuvre Moltmanienne - ils ont tout deux rédigé une thèse de doctorat sur un aspect de sa pensée - nous introduisent avec grand talent et pédagogie (surtout Hubert Goudineau qui excelle en la matière) dans ces domaines qui peuvent sembler ardus, mais combien enrichissants.

Les auteurs tout en mettant en valeur la richesse et l’intérêt d’une telle pensée, savent néanmoins prendre du recul et se monter critiques.  Nous avons entre autre apprécié les remarques critiques fort pertinentes que Hubert Goudineau a pu déployer d’un point de vue évangélique, mettant en œuvre la recommandation paulinienne : « examinez toutes choses et retenez ce qui est excellent ».

Un regret néanmoins : les auteurs n’ont pas suffisamment mis en honneur l’apport de Moltmann à la réflexion ecclésiologique(1).

Certes, Moltmann n’est pas d’abord connu comme un « ecclésiologue », mais sa réflexion ecclésiologique ne peut pas être balayée d’un revers de la main.

Le baptiste qui rédige ces lignes, aurait aimé que l’on signale sa prise de position pour un modèle d’Église libre (c'est-à-dire délié de l’État), qui correspond globalement à une vision professante. Moltmann prend aussi position en faveur du baptême des croyants, et propose toute une pédagogie pour passer du baptême des enfants au baptême des adultes : « le chemin à suivre vers une nouvelle pratique baptismale plus convaincante sera celui qui va du baptême des enfants au baptême des adultes. Par ‘baptême des adultes’ nous voulons dire ici le baptême des croyants, des appelés et de ceux qui confessent leur foi ».(2)

Il défend aussi un modèle globalement « congrégationaliste » (non isolationniste ! ) d’Église.

Compte-tenu de l’orientation œcuménique de sa pensée, de telles prises de position mériteraient d’être signalées : les positions « baptistes » paraîtraient alors moins isolées et « bizarres » sur la scène œcuménique !

La troisième partie de l’ouvrage est une sélection de textes de Moltmann. Le lecteur peut déjà se faire une opinion, grâce à ce choix tout à fait pertinent opéré par les auteurs.

1. Cf. son puissant ouvrage,« L’Église dans la force de l’Esprit. Une contribution à l’ecclésiologie messianique », Cogitatio fidei n°102, Cerf, 1980, orig. de 1975 [le sous-titre de l’édition française porte par erreur : ecclésiologie moderne].

2. L’Église dans la force de l’Esprit, p. 314.

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